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ERARD Pierre Orphée
à Paris (°1775)


1834 – 1851

ERARD vers 1831

1834

PARIS - "393. Érard, r. Mail, 13. Magnifiques et excellens pianos et harpes. — Nouvel échappement d'Érard.— L'invention qu'a laissée Sébastien Érard consiste dans 4 points séparés qui se combinent ensuite ensemble :

le 1° est un point de contact entre le marteau et un ressort qui lui sert de support après qu'il a frappé la corde;

le second consiste dans un autre point de contact entre le ressort et le marteau, plus près du centre de celui-ci, pour préparer la chute du marteau au moment de l'échappement; le troisième est un point d'arrêt du mouvement du pilote, monté sur le levier intermédiaire pour opérer l'échappement; le quatrième est un point de contact entre le marteau et le levier intermédiaire, pour fixer le premier après qu'il a frappé la corde, de manière qu'il ne peut ni resister à la corde ni s'en éloigner.

Il suffit donc, pour faire parler le marteau faiblement, de lever le doigt de dessus la touche d'une manière que nous pouvons appeler imperceptible. Veut-on augmenter sa force? on n'a qu'à laisser à chaque coup la touche se lever un peu plus et par degré, jusqu'à ce qu'on emploie la profondeur entière du clavier.

Ainsi, l'enfoncement de la touche, qui est un obstacle aux exécutans dans un échappement ordinaire, devient ici un véritable avantage; car on peut obtenir beaucoup de force en faisant enfoncer le clavier, et cela sans produire cet empâtement que l'on trouve dans les claviers à échappement ordinaire.

La supériorité de cet échappement, fruit des recherches constantes de l'homme le plus capable dans cette application de la mécanique, est une chose positive qu'on ne peut pas nier. On y trouve pour le clavier du piano la perfection si long-temps désirée par les pianistes. (Perfect. dans le mécan. des pianos; Érard, in-fol. avec pl., 1834.)" François Malepeyre, Mémorial encyclopédique et progressif des connaissances, Volumes 4-5, 1834

Première médaille pour PAPE ou ERARD ?

PARIS - "Dans presque tous les journaux de Paris, des départemens et même de l' étranger, on lit un article qui paraît avoir pour but de faire croire que la première médaille d'or pour la fabrication des pianos aurait été accordée par le jury de 1834 à M. Pierre Erard.

Cette assertion est inexacte; la première médaille d'or pour cette fabrication a été décernée à M. Pape, facteur de pianos du roi. M. P. Erard n'a obtenu que le rappel de la médaille d'or qui avait été accordée en 1827 à feu Sébastien Erard.

Pour s'en convaincre, il suffit de voir dans le Moniteur du 15 juillet dernier la liste des récompenses décernées par le jury." Journal du Loiret, 07/08/1834, p. 2 (Aurelia.Orléans.fr)

PARIS - "On nous communique la réclamation suivante, qui a pour objet de rétablir les faits au sujet des distinctions qu'on a voulu faire, dans plusieurs journaux, entre les rappels de médailles et les médailles, dans la distribution des récompenses accordées à l'industrie, et notamment aux fabricans de pianos, à la suite de l'exposition de 1834.

La commission spéciale du jury chargé d'apprécier les instrumens de musique s'était adjoint une commission bénévole, composée de MM. Cherubini, Aubert, Baillot et Gallay.

C'est après le concours ou vert en présence de cette commission qu' il a été décidé, ainsi que l' attestent les procès-verbaux, que M. Pierre Erard serait placé en première ligne pour les pianos, et M. Pape après.

Le rapport fait par M. Savard a été basé sur cette décision et adopté par le jury général. En conséquence, la première médaille d'or a été votée à M. P. Erard ; mais le jury avait décidé en principe, avant de décerner les récompenses, que pour économiser le metal on ne donnerait de médailles qu'aux fabricans qui n'en n'auraient pas obtenu à des expositions précedentes, et que ceux dont la personne ou le nom aurait été honoré d'une distinction de ce genre seraient portés dans les rappels de médailles.

C'est par suite de cette jurisprudence adoptée par le jury, que M. Erard conservant toujours sur les procès-verbaux du jury et sur les rapports officiers le titre et la position de première médaille d'or pour les pianos, et qui en outre était porté comme médaille d'or unique pour les harpes, a été placé dans les rappels, attendu que son père et son oncle, fondateurs de sa maison, avaient obtenu des médailles d'or aux expositions précédentes.

C' est ainsi que M. Bosquillon, fabricant de châles cachemire, à qui le jury avait voié la médaille d'or, a été placé dans les rappels comme précédemment recompensé d'une médaille d'or; c'est ainsi encore que M. Chenavard fabricant de tapis, dont le père avait obtenu précédemment une médaille d'or, et à qui le jury décernait la même récompense, a été placé dans les rappels, eu raison de la distinction déjà obtenue par le nom qu'il porte.

Au surplus, c'est parce que M. Pierre Erard avait été mis en première ligne pour la fabrication de pianos, que la décoration de la legion-d'honneur lui a été accordée sur la recommandation des membres du jury.

Les procès-verbaux et le rapport général du jury d'exposition, qui doivent être incessamment publiés, établiront jusqu'à l'évidence la sincérité de ces explications." Journal du Loiret, 17/08/1834, p. 2-3 (Aurelia.Orleans.fr)

PARIS - "[...] Nous ne pourrions dire au juste le nombre des pianos exposés par M. Erard; son exposition changeait continuellement d'aspect par l'arrivée de nouveaux instrumens destinés à remplacer ceux qu'on retirait.

Voici ce que nous avons successivement remarqué: Deux pianos à queue, l'un simple dans le goût des meubles du jour, l'autre en style gothique; Un grand piano vertical à six octaves et demie; Un piano de nouvelle forme pour remplacer le piano carré dans un salon.

Ces instrumens avaient tous le nouveau mécanisme. Les autres étaient à échappement ordinaire perfectionné. Deux pianos carrés, l'un à trois, l'autre à deux cordes; Trois pianos droits dont deux à cordes verticales, l'un à cordes obliques.

Ce dernier était le seul à sept octaves; tous les autres n'avaient que six octaves et demie, et nous aurions voulu féliciter M. Érard de ne pas avoir fait cette concession a un abus, qu'un facteur pianiste s'obstine à répandre par ses instrumens et ses compositions. [...]" Gazette musicale de Paris, Volume 1, 1834, p. 219

PARIS - "Au milieu de la concurrence qui s'est établie depuis quelques années dans la fabrication des pianos et des harpes, l'ancienne maison Era ni fait plus que soutenir le premier rang. Le chef actuel de ce bel établissement qui répand depuis des années, des milliers d'instrumens dans toute l'Europe et les Indes vient d'ajouter encore à la réputation de ses pareils.

Devant le jury de 1834, les pianos de M. Pierre Erard l'ont emporté sur tous les autres par la beauté de leur son et la facilité du toucher; l'un d'eux surtout, a été jugé tellement supérieur qu'il a servi de point de comparaison à plus de 80 pianos envoyés au concours.

C'est pour ce piano modèle que la première médaille d'or de 1834 a été votée par le jury à M. Pierre Erard. Cependant il exposait pour la première fois. Aussi l'a-t-on eu outre jugé digne de la plus haute récompense que l'on accorde à l'industrie, la croix de la Légion-d'Honneur. C'est la seconde distinction de ce genre dans cet honoable famille. Feu -Sébastien Erard, avait été décoré en 1827." Le Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, 29/07/1834, p. 2 (memoireetactualite.org)

PARIS - "Il y a là une façon de musicien, que l'on dirait plutôt un jeune Sauvage, campé sur un piano de M. Erard, en tirant des sons barbares et diaitaliques, et se déconcertant à peine, bien qu'accompagné de tems en tems par le bruit épouvantable du tamtam qui est appendu vis à vis.

C'est le premier tamtam fabriqué en France il n'en est pas moins d'une horrible sonorité. Il faut savoir pourtant que ce n'est pas du fameux piano en or que sortent ces sataniques accords le piano peint, enjoliva, mordoré, le piano régence, le piano Pompadour a disparu.

Où est-il ? peut-être en Angleterre d'où il était venu, dit-on.

Je n'en sais rien. Le fait est qu'il s'est évaporé car il ne figure plus parmi les produits de l'industrie française. Bon voyage. C'est probablement un piano en fer qui sert à ce sabbat musical. On le dirait vraiment tant les oreilles en sont écorchées.

Tenez, vous pouvez vous en assurer; tendez la main, on plutôt ne la tendez pas; vous n'avez pas besoin de vous déranger, il ne vous en arrive pas moins une pluie, une ondée de notices ce sont les pompeuses explications de l'exposition instrumentale de l'exposant.

C'est bien, que chacun fasse valoir sa marchandise et prêche pour son saint et pour son église. Je n'en ferai pas un reproche à M. Erard, mais il faudrait, ce me semble, ne pas mettre l'exposition de ces pianos sous le nom de M. Sébastien Erard qui est mort.

M. Sébastien Erard n'expose pas, et pourtant j'ai vu de bonnes et simples gens s'y tromper et ressusciter le défunt sur la foi de l'enseigne fichée contre un pilastre. Puis avant tout il faudrait laisser le passage, déjà si étroit des galeries, abordable et libre au public.

L'exposition de M. Pierre Erard, sa musique, son instrumentiste, ses notices sont vraiment un obstacle à la circulation et une attaque à la liberté individuelle.

Voilà ce que j'avais,à dire, la foule m'étouffe, m'assassine le piano maudit et le tamtam me brisent la tête encore deux coups de coude. Dieu soit loué ! je suis dehors. Dieu vous garde de tomber devant les pianos de M. Pierre Erard quand la foule s'amasse pour recevoir ses notices et entendre son Orphée." Le Figaro : journal littéraire : théâtre, critique, sciences, arts, moeurs, nouvelles, scandale, économie domestique, biographie, bibliographie, modes, etc., etc., 18/06/1834, p. 2 (Gallica)

PARIS - "1476 (393). Nous ne pouvons actuellement parler qu’avec distinction, d’un artiste pour la construction des pianos et des harpes. C’est de M. Erard (Pierre Orphée), rue du Mail, n° 13, à Paris.

Successeur de son père et de son oncle avaient déjà porté ces instrumens à une grande perfection, il a su les rendre encore plus parfaits. Son exhibition était riche, et comprenait des articles nombreux; il n’y avait pas moins de dix harpes, dont sept a double mouvement, et neuf pianos dont deux à queue, deux carrés, quatre verticaux et un horizontal de forme particulière.

Les deux pianos à queue qui étaient pourvus du double échappement que l'oncle de l'exposant a imaginé, étaient parfaitement construits. M. Erard, fournisseur des cours de France et d’Angleterre, a donné une grande extension à sa fabrique de Paris; nous disons de Paris, parce qu’il en a une a Londres.

Cent cinquante ouvriers y trouvent une occupation habituelle, et produisent 400 instrumens par année. Elle avait reçu la médaille d’or aux Expositions précédentes, et le jury de 1834 l'a jugée digne de la même distinction; celui qui la dirige et l'exploite avec habileté et talent, a été, en outre, décoré de l'ordre royal de la légion d’honneur." Le musée artistique et industriel : exposition 1834, p. 191

PARIS - "A la variété des formes déjà essayées dans ce genre, et dont l'Exposition nous montre encore de nouveaux modèles, il est facile de s'apercevoir que les facteurs de pianos sentent toute l'importance de ce genre, et y devinent un immense débouché; on peut s'assurer aussi que l'on arrivera à des formes plus gracieuses encore.

Quelques-unes de celles qui sont exposées sont dignes d'éloge. Nous avons remarqué particulièrement un piano droit de M. Erard, d'une forme simple, commode et élégante. Comme œuvre d'ébénisterie, c'est un des produits de meilleur goût de l'Exposition. Il est en bois d'amboisie, avec incrustations en bois de corail et d'ébène.

Dans les premières semaines de l'Exposition, M. Erard avait un piano qui a été l'objet d'une attention très-vive et de beaucoup de critiques aussi. Ce piano, commandé par le roi d'Angleterre, a été exécuté, dans ce pays, sur des dessins du temps de Louis XV.

La commande était faite ainsi; M. Erard a dû s'y soumettre. Toute la caisse du piano se compose d'un fond d'or, sur lequel sont dessinés des attributs et des allégories de musique, à la manière de Vatteau, des bergères avec des robes à paniers, des singes au galop sur des chiens, des nains grotesques, tous jouant d'instrumens divers.

Toutes les peintures, à part leur goût ridicule, sont faites avec une exquise délicatesse. Il n'en est pas de même des ornemens sculptés en bois qui accompagnent la caisse entre les pieds qui la supportent.

Les sculpteurs anglais qui les oui exécutés n'y ont pas fait preuve de talent. Et comme, ce piano est étrange; généralement, il n'a pas plu. Cette commande du roi d'Angleterre est l'expression au reste du goût aujourd'hui dominant dans ce pays, le goût du temps de Louis XV, et les artistes anglais paraissent en borner à en copier servilement les formes.

Nous avons déjà vu que ceux de nos artistes industriels qui font ce genre parce qu'ils y trouvent des débouchés importans, ont eu, du moins, le courage et le talent de l'améliorer en l'imitant. M. Erard a fait succéder à ce piano un autre piano à queue, d'une belle simplicité; il est en bois de palissandre avec incrustations parfaitement ménagées en cuivre.

Il y a joint un autre piano plus étroit sur l'une des faces que sur l'autre; cette forme ne nous paraît pas heureuse, on y a d'ailleurs porté à l'extrême l'abus et le mélange des incrustations.

Deux autres pianos, l'un en palissandre, avec cadre en courbari, et l'autre tout entier en courbari de premier choix, avec de légères incrustations en bois de houx, meubles de la plus élégante et de la plus riche simplicité, montrent que ce n'est que pour satisfaire à des goûts bizarres que M. Erard confectionne des produits semblables à son piano Pompadour ou à son piano incrusté." Stéphane Flachat,  L'industrie, 1834, p. 94

PARIS - "D'abord, comme usa grand seigneur de Versailles, dans un cercle modeste de bourgeois, le grand piano à queue de M. Erard se distingue, par ses sculptures dorées et ses peintures-dans le style de Louis XIV, de la foule des autres pianos recouverts plus humblement de leur boîte de bois aux couleurs naturelles. [...]

M. Erard vient de faire imprimer, avec un luxe typographique digne de sa magnifique industrie, une brochure dans laquelle il rend compte de tous les perfectionnemens apportés au mécanisme des pianos par les facteurs célèbres dont il porte le nom.

Les détails techniques de cette brochure ne sauraient être analysés dans notre feuille plus curieuse de connaître, dans une pareille question, les résultats que les moyens par lesquels on les obtient; mais ils offrent un intérêt véritable pour tous les pianistes." La Romance. Journal de musique, 1834-35, p. 82 (Gallica)

PARIS - "Instrumens de musique à l’exposition. Pianos et harpes de M. Erard. Bien qu’un écrivain spécial se soient chargé de rendre compte aux lecteurs de la Quotidienne, de tous les produits de l’industrie qui composent l’exposition de 1834, nous n’en devons pas moins aux amateurs de musique quelques considérations purement artistiques sur les instrumens renfermés dans la salle n° 4.

Parmi ces instrumens, les pianos tiennent la place la plus importante.

Le piano, le plus moderne, le plus cultivé, le plus répandu et le plus compliqué dans son mécanisme, de tous les instrumens de musique, est aussi par cela même celui sur lequel doit s’exercer plus particulièrement le génie inventif des luthiers.

Il est à croire pourtant qu’il a atteint déjà son plus haut point de perfection et de simplicité, car, en mécanique, ces deux mots sont synonimes, et que les divers efforts et la louable émulation des fabricans, n’ont point pour but que de se surpasser réciproquement en excellence.

Quand bien même, ce que nous sommes loin d’admettre, M. Erard ne serait pas aujourd’hui au premier rang des facteurs qui se distinguent le plus dans la confection des pianos, il serait impossible de se livrer à l’examen de ses instrumens, sans que ce nom se présentât d’abord à la pensée.

En effet, le nom d’Erard ne peut être prononcé sans réveiller à la fois un sentiment d’admiration et un sentiment de reconnaissance. Ce sont les deux frères Sébastien et Jean-Baptiste Erard qui nous ont affranchi de la nécessité de recourir aux étrangers pour ce genre d’industrie.

Ce sont ces deux ouvriers célèbres qui, en popularisant une foule de découvertes, fruits de cinquante années de méditations, de travaux et de nombreux sacrifices, ont contribué aux progrès d’un instrument dont ils peuvent être regardés comme les créateurs, en même temps qu’ils ont procuré une industrie et une existence honorable à tous les facteurs leurs compatriotes, qui ont multiplié parmi nous les instrumens dont nous parlons.

Désormais, ce nom doit être consacré par un souvenir national, et s’il est à désirer que l’établissement Erard voie s’élever des établissemens rivaux, du moins il est impossible qu’il puisse compter des ennemis parmi eux, puisqu’ils lui doivent en partie leur prospérité et leur fortune.

Ce fut vers 1775 que Sébastien Erard, arrivé depuis quelques années de Strasbourg à Paris, fonda sa réputation par son clavecin-mécanique, chef-d’oeuvre d’invention et de facture, dit une notice publiée par la Revue musicale, qui causa la plus vive sensation parmi les artistes et les amateurs de Paris.

Ce morceau remarquable avait été construit pour le cabinet de curiosités de M. de La Blanchaie. L’abbé Roussier en fit une description détaillée qui fut insérée dans le Journal de Paris, et qui fut ensuite reproduite dans l’Almanach musical de Luneau de Bois-Germain.»

En 1780, Erard publia le piano à pilotes, à deux cordes et à cinq octaves. Cet instrument présentait d’importantes améliorations, parmi lesquelles plusieurs sont encore en usage, tel est le mécanisme de la grande pédale forte.

Après ce premier perfectionnement, vinrent successivement ceux qui consistent dans le faux marteau ou double pilote, dans l’addition d’une corde, ce qui portait les cordes de chaque note à trois, dans l’extension du clavier qui fut fixé à six octaves et demie et enfin dans le mécanisme à échappement.

Ces diverses inventions et améliorations sont parfaitement analysées et exposées dans un Mémoire récent, intitulé: Perfectionnemens apportés dans le mécanisme du piano par les Erard, depuis l’origine de cet instrument jusqu’à l’exposition de 1834, et qui nous dispense de le détailler ici.

Les frères Erard étant morts, l’un, Jean-Baptiste, en 1824, l’autre, Sébastien, 1831, ce fut sur M. Pierre Erard, fils du premier, que retomba le fardeau des deux grands établissemens de Londres et de Paris.

Toutefois la perte irréparable de Sébastien apporta quelque rallentissement à l’activité de la manufacture de pianos de Paris. M. Pierre Erard, obligé de partir pour Londres, où il avait passé une partie de sa jeunesse dans le but de former des ouvriers, après avoir été lui-même formé par ses parens, consacra plusieurs années à réaliser les conceptions de son oncle pour l’amélioration du piano et de la harpe.

Pendant son absence, des facteurs de Paris se firent une réputation juste et méritée, et il est aisé de concevoir qu’ils profitèrent de cette sorte de lacune avec d’autant plus d’avantages que la mort de Sébastien Erard semblait les avoir débarrassés d’un rival redoutable. Cependant M. Pierre Erard s’occupait avec persévérance du perfectionnement du grand piano à nouvel échappement.

Quelle que soit la carrière que ce jeune artiste est appellé à parcourir, on doit le louer de consacrer ses efforts, son zèle et son temps à soutenir l’honneur de son nom : on doit le louer surtout, dans la position brillante où l’ont mis les travaux de ses parens, et pouvant jouir de l’indépendance que donne une fortune considérable, de ne reculer devant aucune sorte de sacrifice pour apporter, lui aussi, son tribut à l’industrie et à l’art, et de donner l’exemple de cette noble émulation héréditaire qui, à la longue, se perd souvent dans les familles, lorsqu’elles se sont à la fois illustrées et enrichies.

Avant de songer à faire de nouvelles découvertes, M. Pierre Erard a dû chercher à porter à la perfection, qu’il conçoit, celles qui ont été laissées par son oncle Sébastien. C’est ce que nous pensons qu’il a fait dans la fabrication du grand piano à queue avec le système de nouvel échappement, dont nous venons de parler.

Le premier piano qui offrait l’application de ce procédé, était le bel instrument de la duchesse de Berry, possédé aujourd’hui par M. Troupenas. Cet instrument avait été fabriqué en Angleterre.

A son arrivée à Paris, il fit l’admiration de tous les pianistes et de tous les facteurs. Mais ces derniers prétendirent que M. Erard n’en pourrait confectionner de semblables en France, et que le concours des ouvriers anglais lui était absolument nécessaire pour maintenir le piano à ce degré de perfection. Que fit M. Erard?

Il s’adressa à ses ouvriers français dont plusieurs travaillent dans son établissement depuis nombre d’années; il les forma de telle sorte qu’ils rivalisèrent bientôt avec les ouvriers de Londres, et, en obtenant les mêmes résultats avec moins de tâtonnemens encore, il se mit en état de prouver aux yeux de tout le monde que l’excellence de ses produits ne devait pas être uniquement attribuée à l’habileté de ses ouvriers, mais qu’elle dépendait principalement de sa direction éclairée et de l’active surveillance qu’il exerçait.

Or, les produits de cette nature sont ceux qu’il a présentés au concours.

La supériorité de ces pianos, soit par la plénitude et la puissance du son, telles qu’ils semblent pouvoir lutter contre un orchestre, soit pour la flexibilité du mécanisme qui se prête à toutes les nuances de l’exécution, est attestée par la préférence que leur donnent les grands artistes qui se font entendre journellement à Paris et à Londres.

On sait que Litz [Liszt] a adopté exclusivement les pianos d’Erard. A Londres, Hummel, Moscheles, Mendelshon [Mendelssohn], Pixis, Schunck [Schuncke], Mme Dulcken, Herz, n’ont pas dissimulé la préférence qu’ils donnent à ces instrumens, même sur ceux du célèbre Broadwood.

Nous avons entendu nous-même un pianiste du plus grand talent, M. Bertini, dire que le mécanisme appliqué par M. Erard se prêtait à certains effets auxquels la nature du piano s’était constamment refusée.

Enfin, quelques personnes peuvent se rappeler qu’à l’époque de l’arrivée de Hummel à Paris, on plaça dans sa chambre un piano dont il fut assez satisfait, mais que dès qu’il eut vu un piano d’Erard, il ne voulut plus du premier et choisit le second pour se faire entendre. Ce piano était justement celui de la duchesse de Berry, aujourd’hui entre les mains de M. Troupenas.

Mais les artistes que nous venons de nommer ne s’en tinrent pas à ce témoignage. Ils engagèrent M. Pierre Erard à appliquer le même mécanisme aux instrumens de toutes les dimensions, dès-lors ce facteur songea à l’adapter au piano carré et au piano vertical.

Le piano triangulaire, orné dans le genre de Boule, et qui attirait tous les regards à l’exposition, nous semble offrir, tant sous ce rapport que sous celui de sa forme élégante et simplifiée, les résultats les plus satisfaisants.

Ce fut en 1785 que la harpe devint à la mode à Paris. La reine Marie-Antoinette en jouait, et toutes les dames de sa cour suivirent son exemple. Krumpholtz, le célèbre harpiste, contribuait aussi à la vogue de cet instrument.

Mais bien que le son de la harpe fût délicieux, son mécanisme était dans un tel état de barbarie, que Krumpholtz sentit la nécessité de l’en tirer. Mais cet artiste n’était qu’excellent musicien, il s’adressa à Sébastien Erard, dont la réputation, comme mécanicien, était déjà établie.

Celui-ci se mit à l’ouvrage, et inventa, en 1787, le nouveau principe de mécanisme connu sous le nom de mécanisme à fourchette, aujourd’hui universellement adopté.

En 1794, ce mécanisme perfectionné fut établi en Angleterre, comme l’atteste un brevet pris à Londres à cette époque. Quatre ans plus tard, il fut établi à Paris.

En 1810, nouveaux perfectionnemens. La pédale fut en une seule branche et le ressort fut appliqué à cette pédale au lieu d’être placé dans le bras de la harpe. Ces diverses inventions portèrent la harpe à simple mouvement à une telle perfection qu’elle est restée à peu près stationnaire.

Ce fut en 1801 que Sébastien Erard conçut la première idée des moyens mécaniques d’après lesquels il devait établir sa harpe à double mouvement. Il y travailla dix ans, et dès 1810 elle parut en Angleterre. Cette belle invention fut importée en France en 1814 et présentée en 1815 à l’Institut, qui publia à ce sujet un rapport imprimé.

Cinq mille harpes à double mouvement répandues bientôt dans toute l’Europe et les Indes attestèrent l’excellence de cette invention et de son exécution. Toutes les recherches auxquelles se livra Sébastien Erard depuis 1810 jusqu’à l’époque de sa mort, en 1831, lui confirmèrent que nul procédé plus simple ne pouvait être appliqué à cet instrument. Le principe était donc trouvé.

Cependant la harpe laissait encore quelque chose à désirer pour la puissance du son et la facilité du toucher.

L’inventeur prévoyant qu’il n’aurait pas le temps de s’occuper des perfectionnemens qu’elle pourrait acquérir, communiqua ses idées à son neveu, et le nouveau modèle de harpe présenté aujourd’hui par M. Pierre Erard, doit être regardé comme le résultat de ses efforts pour atteindre la réunion de tous les avantages que son oncle n’avait pu que pressentir.

Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur faire connaître, en terminant cet article, un brevet par lequel Louis XVI constata les services que Sébastien Erard avait rendus à l’industrie française.

«Aujourd’hui cinq février mil sept cent quatre-vingt-cinq, le roi étant à Versailles, informé que le sieur Sébastien Erard est parvenu, par une méthode nouvelle, de son invention, à perfectionner la construction de l’instrument nommé forté-piano, qu’il a même obtenu la préférence sur ceux fabriqués en Angleterre, dont il se fait un commerce dans la ville de Paris, et voulant Sa Majesté fixer les talens du sieur Erard dans ladite ville, et lui donner des témoignages de la protection dont elle honore ceux qui, comme lui, ont, par un travail assidu, contribué aux arts utiles et agréables, lui a permis de fabriquer, faire fabriquer et vendre dans la ville et faubourgs de Paris, et partout où bon lui semblera, des forté-pianos, et d’y employer, soit par lui, soit par ses ouvriers, le bois, le fer et toutes autres matières nécessaires à la perfection ou à l’ornement dudit instrument, sans que pour raison de ce il puisse être troublé ni inquiété par les gardes, syndics et adjoints des corps et communautés d’arts et métiers, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, sous les conditions néanmoins, par ledit sieur Erard, de se conformer aux règlemens et aux ordonnances concernant la discipline des compagnons et ouvriers, et de n’admettre dans ses ateliers que ceux qui auront satisfait auxdits règlemens; et, pour assurance de sa volonté, S. M. m’a commandé d’expédier audit sieur Erard le présent brevet, qu’elle a voulu signer de sa main et être contresigné par moi, secrétaire-d’état et de ses commandemens et finances.  -  Signé LOUIS.  -  Le baron de BREUTEUIL.» " LA QUOTIDIENNE, 10 juillet 1834, p. 1–2.

PARIS - "Il a présenté deux pianos à queue, deux pianos carrés,  quatre pianos verticaux de petite dimension, et un piano horizontal d'une forme particulière. Tous ces instruments, exécutés avec un rare talent, sur les patrons et les dessins de M. Érard, sont d'une très-belle structure.

Les deux pianos à queue ont été jugés de beaucoup supérieurs à tous les instruments du même genre.

Dans les pianos à queue, M. Érard emploie le double échappement imaginé par son oncle. Ce mécanisme permet de reprendre le son avant que la touche soit entièrement relevée; par ce moyen les exécutants habiles peuvent graduer à volonté l'intensité du son et donner à leur doigt une vitesse, une légèreté beaucoup plus grandes.

Le piano horizontal, à forme particulière, présenté par M. Erard, est considéré comme un très-bon instrument. Neveu du célèbre Sébastien Érard, mort il y a peu d'années dans un âge fort avancé, M. Pierre Erard a relevé la fabrique que son oncle avait fondée et qu'il avait laissée languir, sur la fin de sa carrière.

L'établissement occupe aujourd'hui 150 ouvriers et confectionne annuellement 400 instruments. Cette fabrique a reçu la médaille d'or aux expositions précédentes, et le jury la juge autant que jamais digne de cette haute distinction."   Charles Dupin, Rapport du jury central sur les produits de l'industrie française exposés en 1834, p. 284-285

PARIS - "Sébastien Erard, inventeur de la harpe à double mouvement, qui a si heureusement étendu le champ musical de ce bel et suave instrument, conçut le projet d'une modification analogue dans le piano.

L'objet de ses recherches était de donner au mécanisme une sensibilité telle que le doigt pût modifier le son à volonté, sans nuire à la force ni à la légèreté.

Dans les pianos à échappement du système anglais comme du système allemand, aussitôt que l'échappement a fait son effet, le marteau retombe, et le doigt ne peut le relever qu'après avoir quitté la touche pour la frapper de nouveau.

Erard voulut que l'abaissement du marteau, après qu'il a frappé les cordes, fût proportionnel au degré d'enfoncement où le doigt maintient la touche, et que, quel que fût cet enfoncement, il fût toujours possible de faire frapper de nouveau le marteau sur les cordes, sans relever absolument le doigt; de telle sorte que le pianiste pût donner au son tel degré d'intensité qu'il jugerait convenable, et qu'il pût sans peine répéter les notes autant de fois qu'il voudrait sans quitter les touches.

Ce problème de mécanique, le plus difficile peut-être qu'un facteur de piano pût se proposer, a été résolu de la manière la plus ingénieuse par Sébastien Erard, au moyen de deux leviers agissant en sens inverse et mis en contact par des ressorts.

Le mécanisme, qui résulte de cette combinaison, présente une certaine complication au premier coup-d'reil qui ne lui est pas favorable; mais, si on l'étudie avec soin, on comprend que rien d'inutile ne s'y trouve, et que le but, vers lequel tendaient les efforts de l'inventeur, ne pouvait être atteint autrement.

A l'égard de l'appréciation de l'utilité de ce mécanisme, les artistes diffèrent d'opinion; mais ce n'est pas à dire que les uns ou les autres se trompent; seulement ils considèrent les exigences de leurs genres de talent.

Un pianiste, dont le jeu est brillant, dont les doigts sont doués d'une puissante énergie et dont la rapidité dans l'exécution des traits difficiles forme le caractère distinctif d'habileté, tirera peu d'avantage de l'extrême sensibilité du mécanisme d'Erard ; mais qu'un musicien, dans toute l'acception du mot, veuille exécuter un quatuor, un trio, une fantaisie de Mozart ou de Beethowen [sic], aucun mécanisme ne se prêtera aussi bien que celui-là à l'impression dont il sera animé; en ce sens, le mécanisme d'Erard paraît le chef-d'œuvre de la facture du piano.

M. Pierre Erard, neveu de M. Sébastien Erard, a succédé à ses parens dans la fabrique d'instrumens qu'ils ont fondée à Paris, après avoir long-temps lui-même dirigé la maison de Londres.

Il a rendu à cette fabrique toute son ancienne activité, et a établi en grand la construction des pianos, d'après ce nouveau mécanisme inventé par son oncle.

Il l'a appliqué au piano carré, et, dans tous les produits qu'il a exposés cette année, il s'est rendu digne de l'approbation des artistes, autant à cause de la beauté du son de ses instrumens, que par le fiui de tous les détails de leur construction." L'industrie ... recueil ...: Exposition des Produits de l'industrie en 1834, Stéphane Flachatn 1834, p. 100

PARIS - "N° 595. — M. ÉRARD (Pierre), facteur de pianos et de harpes du roi et des princesses, rue du Mail, n. 13, facteur de pianos et de harpes de la reine et des princesses d'Angleterre, (great Marlborough street à Londres) Successeur des frères Erard ses père et oncle, M. Erard (Pierre) continue avec zèle les travaux de ses parens dans ses deux établissemens qu'ils ont fondés à Paris et à Londres.

La fabrique de Pans, la plus ancienne de ce genre en France, est toujours la première par la supériorité de ses produits ; rien n'approche de la perfection des pianos à nouvel échappement d'Erard; et les harpes à double mouvement, qu'on s'efforce de copier à Paris comme à Londres, sont toujours sans concurrence.

La supériorité de ces deux instrumens repose sur une expérience de cinquante années et sur les inventions précieuses de Sébastien Erard, conservées dans toute leur perfection par Pierre Erard, son élève.

Ce fabricant établit aussi des pianos carrés et verticaux de différentes formes et grandeurs à 2 et 3 cordes, et des harpes à simple mouvement d'Erard de différens modèles.

L'importance de la maison Erard, unique dans son genre, et les grands progrès que le chef actuel de ce bel établissement à fait faire tout récemment aux pianos et aux harpes à Paris et à Londres, ne peuvent manquer de fixer l'attention publique a l'exposition de 1834.

Voici le détail aussi varié qu'intéressant des principaux instrumens fabriqués par M. Erard:

- Piano d'or.

Dans le style de Louis XIV, avec peintures de couleur sur un fond d'or, orné de sculptures dorées du même style.

Cet instrument est d'une telle magnificence, que la vue peut seule en donner une idée exacte.

- Pianos à échappement d'Erard.

Deux grands pianos à queue, de salon ou de concert, l'un dans le gout des meubles du joiiry très-simple; Vautre dans le style gothique, avec des sculptures de ce genre.

Un piano de nouvelle forme pour remplacer le piano carré dans un salon de musique. Cet instrument est décoré dans le genre de boule (ou bulh).

- Pianos à échappement ordinaire perfectionné.

Un piano carré à six octaves et demi, trois cordes, avec le système d'agrafes pour attacher les cordes; sommier-table et tous les perfectionnemens et ornemens de sculpture et d'incrustation dans le style grec.

Un piano carré à six octaves et demie, deux cordes ; même système de construction que le précédent ; dans le style des meubles du jour, très-simple.

-
Pianos droits, cordes verticales.

Deux pianos de boudoir avec des incrustations dans le style étrusque.

Deux pianos de boudoir qans le style gothique.

- Cordes obliques.

Un piano, console, pour salon ou cabinet à sept octaves.

- Harpes à double mouvement.

Deux, grands modèles, ornées dans le style gothique, en ut.
Deux, second modèle, ornées dans le style grec, du plus beau dessin, en ut.

Une, troisième modèle, plus petite en la b.
Une, quatrième modèle, plus petite en la b.
Une quatrième modèle, plus petite en la b.

- Harpes à simple mouvement.

Un grand modèle, avec les pédales transposées pour le monter en fa.
Un petit modèle, en mi b.

Une petite d'accompagnement ou ditale, ornée dans le style des harpes antiques." Notice des produits de l'industrie française, précédée d'un historique des expositions antérieures et d'un coup d'oeil général sur l'Exposition actuelle: Exposition des produits de l'industrie française, Éverat, imp., 1834, p. 106–107

NOTTICE SUR LES PIANOS D'ERARD

PARIS - "L'essor qu'à pris le piano comme instrument d'accompagnement et d'exécution, les ressources qu'il offre aux concerts publics ét à la musique de Chambre lui donneur une influence tellement large et active que le perfectionnement de sa fabrication se rattache étroitement aux progrès de l'art en général.

L'histoire de ce bel instrument, autrefois si modeste, aujourd'hui si important, serait une chose à la fois pleine d'intérêt et de curiosité, mais qui excéderait les limites d'un simple feuilleton.

Nous nous bornerons ici à consigner le résultat des travaux d'une famille de mécaniciens, dont le talent, se transmettant comme un héritage sacré, de génération en génération, aborda le piano à l'état de clavecin, vers la fin du, dernier siècle, pour produire le magnifique instrument que nous venons d'entendre dans les concerts du Conservatoire.

Etablissez un principe; le temps et l'expérience amèneront nécessairement les améliorations. Or, le principe du mécanisme d'Erard a été combiné par feu Sébastien, après trente années de recherches et d'étude que nous ne mentionnerons ici que pour mémoire, et c'est en 1823 que le premier modèle en fut exposé au Louvre par ce mécanicien distingué.

II fallait naturellement un certain laps de temps pour que t'exécation de ce mécanisme ingénieux pût arriver à la perfection; car, s'il est facile de produire des pianos suivant l'ancien système, parce qu'on trouve d'habiles ouvriers tout fermés à ce genre de fabrication, il n'est pas aussi aise de façonner des ouvriers pour les rendre adaptés à un genre de travail entièrement nouveau.

Un changement de modèle dans la confection des pièces du piano fit retomber l'habite facteur dans tous les inconvénient, dans toutes les diffcultés que présentait la fabrication des premiers instrumens.

MM. Erard, en établissant le nouveau système, ont donc recommencé deux fois leur profession; deux fois ils ont du s'imposer les sacrifices qu'exige un nouvel établissement.

S'ils avaient voulu se borner comme tant d'autres à faire, par contination de la routine, des pianos en manufacture, ils auraient employé à réaliser de grands bénéfices le temps que réclamait leur seconde entreprise, et ils auraient ainsi conservé le monopole des affaires qui ont enrichi d'autres facteurs.

Mais aussi, ces dignes et laborieux artistes n'auraient pas doté l'art d'une amétioration précieuse en portant an plus haut degré de perfection le mécanisme du piano.

Nous avons souvent entendu ces délicieux instrumens dans les concerts publics et dans tous les salons de Paris, et toujours avec une complète satisfaction mais le dernier modèle que M. Pierre Erard vient de terminer et pour lequel il demande un brevet, surpasse tout ce que ces manufactures ont livré jusqu'aujourd'hui à notre admiration !

Cet instrument (qui réunit deux qualités moins homogènes qu'on ne croit, la force et !a beauté) est particulièrement remarquable par la qualité de ses sons, dont la pureté, le moelleux et l'énergie réalisent le rêve de la perfection.

En effet, On n'entend plus dans cette nouvelle merveille de M. Erard le martellement si désagréable de certains pianos. Le son jaillit avec facilité, reproduisant dans le haut et dans le médium du clavier toutes les qualités des meilleurs instrumens à vent dans les basses, la vibration des cordes présente les avantages d'un violoncelle, et certes, les contrebasses n'ont jamais produit de sons aussi nets et aussi mordans que les notes graves de ce piano, qui, du reste, pour la portée de ses effets de haute sonorité, lutte avec sucées contre le fracas d'un orchestre.

Nous avons établi la supériorité incontestable des pianos d'Erard, nous allons maintenant en expliquer les motifs.

Par la même raison que la fabrication des pianos a pris une grande extension depuis une vingtaine d'années, beaucoup d'excellens ouvriers ont trouve les moyens de perfectionner leur travail, et il est juste de dire qu'on fabrique assez généralement de bons instrumens à Paris.

La supériorité de telle ou telle maison dépend donc entièrement aujourd'hui du principe de là fabrication, puisqu'on trouve à peu près partout les mêmes qualités dans la main-d'œuvre.

Mais, dans le principe de construction comme dans le travail, on trouve une grande similarité chez les meilleurs facteur pour ce qui concerne le mécanisme, qui est la partie la plus importante de l'instrument; car c'est lui qui transforme un meuble inutile en un corps sonore dans lequel il répand le mouvement et la vie. L'effet du mécanisme e partout le même.

Que le marteau frappe sur le plan des cordes, ou qu'il les attaque en dessous, c'est toujours le mécanisme à échappement ordinaire avec ses avantages comme avec ses défauts, et dont le premier modèle (il est juste de le mentionner ici) fut établi à Paris vers 1796 par MM. Erard frères, dant les premiers pianos à queue fabriqués en France dans leur manufacture déjà célèbre a cette époque. Depuis lors chacune de leurs combinaisons nouvelles signala de nouveaux progrès dans leur art, et quels progrès!

Dans les pianos d'Erard seuls on trouve aujourd'hui un mécanisme d'un effet nouveau. Leur système d'échappement réunit tous les avantages du mécanisme à marteau libre et du mécanisme à échappement, sans avoir les inconvéniens de ces deux systèmes.

C'est donc principalement dans le perfectionnement du principe du mécanisme que consiste la supériorité reconnue des pianos d'Erard. C'est par ce nouveau principe que, à l'exposition de 1834, le piano d'Erard s'est maintenu en première ligne, et qu'il a été distingué par le jury, qui, après un examen consciencieM, l'a porté en tête d'une liste de quatre-vingt pianos de tous genres, exposés par vingt facteurs.

C'est par ce nouveau principe que iespianos d'Erard l'emportent à Londres sur ceux desautres grands fabricans dont les instrumens méritent toujours leur première renommée, mais qui ne peuveut souvenir la comparaison avec les pianos du mécanisme d'Erard.

C'est à ce nouveau principe que les pianos d'Erard doivent leurs récens succès à Vienne, où les pianos à échappement ordinaire, fabriqués à Paris et à Londres, n'ont jamais réussi, bien qu'ils aient été joués par les pius grands maîtres, et à différentes époques.

Enfin, c'est à cause de ce nouveau principe que les pianos d'Erard sont adoptés par des hommes tels que Hummel, Moscheles, Thalberg, Pixiis, Bertini, Liszt, et par tous les grands pianistes de notre temps en exceptant seulement ceux qui font eux-mêmes le commerce des pianos du vieux système, et dont l'intérêt doit nécessairement influencer le jugement.  - STEPHEN DE LA MADELAÏNE." Notice sur les pianos d'ERARD', grand article dans La Presse, 28/02/1838, p. 4 (Gallica)

LISZT

PARIS - "La Camera ha ordinato una più ampia informazione; sembra essa attendere che su tal argomento si albia una più esatta cognizione dei fatti e degli analoghi documenti. i S. M. il Re nella sua visita all'esposizione dei prodotti d'industria domandò al sig. Liszt, che si trovava presente, di fargli sentire i piano-forti perfezionati d'Erard celebrati per la dolcezza del suono, la facilità del meccanismo e la ricchezza degli ornamenti.

S. M. e le principesse espressero all'illustre artista tutta la loro sodisfazione di rivederlo e di intenderlo sopra un istrumento sì degno del suo talento." Gazzetta di Firenze, 15/05/1834, p. 246

ERARD PAPE

PARIS - "PIANOS ET HARPES DE LA MAISON ERARD. Au milieu de la concurrence qui s'est établie depuis quel-ques années dans la fabrication des pianos et des harpes, l'ancienne maison Erard fait plus que soutenir le premier rang.

Le chef actuel de ce bel établissement qui répand depuis des années des milliers d'instrumens dans toute l'Europe et les Indes, vient d'ajouter encore à la réputation de ses parens.

Devant le Jury de 1834, les pianos de M. Pierre Erard l'ont emporté sur tous les autres par la beauté de leur son et la facilité du toucher; l'un d'eux surtout a été jugé tellement supérieur, qu'il a servi de point de comparaison à plus de 80 pianos envoyés au concours.

C'est pour ce piano modèle que la prmeière médaille d'or de 1834, a été votée par le Jury à M. Pierre Erard; cependant il exposait pour la première fois.

Aussi l'a-t-on en outre jugé digne de la plus haute récompense que l'on accorde à l'Industrie : la Croix de la Légion d'honneur. C'est la seconde distinction de ce genre dans cette honorable famille : feu Sébastien Erard avait été decoré en 1827." Le Papillon : journal de l'entr'acte - littérature, arts, poésie, nouvelles, théatres, modes annonces, 27/07/1834, p. 7-8  et  Le Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, 29/07/1834, p. 2

ERARD PAPE

PARIS - "Dans presque tous les journeaux de Paris, des départements et même de l'étranger, on lit un article qui paraît avoir pour but de faire croire que la première médaille d'or pour la fabrication des pianos autait été accordée par le jury de 1834 à M. Pierre Erard.

Cette assertion est inexacte : la première médaille d'or pour cette fabrication a été décernée à M. Pape, facteur de pianos du roi; M. P. Erard n'a obtenu que le rappel de la médaille d'or qui avait été accordée en 1827 à feu Sébastien Erard; pour s'en convaincre, il suffit de voir dans le Moniteur du 15 juillet dernier la liste des récompenses décernées par le jury." Le Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, 10/08/1834, p. 1

ERARD PAPE

PARIS - "On nous communique la réclamation suivante qui a pour objet de rétablir les faits, au sujet des distinctions qu'on a voulu faire dans plusieurs journeaux entre les rappels de médailles et les médailles, dans la distribution des récompenses accordées à l'industrie et notamment aux fabricans de pianos, à la suite de l'exposition de 1834.

La commission spéciale du jury chargée d'apprécier les instrumens de musique, s'était adjoint une commission bénévole, composée de MM. Chérubini, Auber, Baillot et Gallay; c'est après le concours ouvert en présence de cette commission qu'il a été décidé, ainsi que l'attestent les procès-verbaux, que Pierre Erard serait placé en première ligne pour les pianos, et M. Pape après.

Le rapport fait par M. Savar [Savart] a été basé sur cette désicion et adopté par le jury général. En conséquence, la première médaille d'or a été votée à M. P. Erard; mais le jury avait décidé en principe, avant de décerner les récompenses, que pour économiser le métal, on ne donnerait de médailles qu'aux fabricans qui n'en auraient pas obtenu à des expositions précédentes; et que ceux dont la personne ou le nom autait déjà été honoré d'une distinction de ce genre, seraient portés dans les rappels de médailles.

C'est par suite de cette jurisprudence adoptée par le jury, que M. Erard, conservant toujours les proces-verbaux du jury et sur les rapports officiels le titre et la position de première médaille d'or pour les pianos et qui en outre était porté comme médaille d'or unique pour les harpes, a été placé dans les rappels, attendu que son père et son oncle, fondateurs de sa maison, avaient obtenu des médailles d'or aux expositions précédentes.

C'est ainsi que M. Bosquillon, fabricant de schals cachemire, à qui le jury avait voté la médaille d'or, a été placé dans les rappels, comme précédemment récompensé d'une médaille d'or; c'est ainsi encore que M. Chenavard, fabricant de tapis, dont le père avait obtenu précédemment une médaille d'or, et à qui le jury décernait la même récompense, a été également placé dans les rappels, en raison de la distiction déjà obtenu par le nom qu'il porte.

Au surplus c'est parce que M. Pierre Erard avait été mis en première ligne pour la fabrication de pianos, que la décoration de la Légion-d'Honneur lui a été accordée sur la recommandation des membres du jury.

Les procès-verbaux et le rapport général du jury d'exposition, qui doivent être incessamment publiées, établiront jusqu'à l'évidence la sincérité de ces explications." Le Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, 21/08/1834, p. 1-2

PARIS - "Jamais exposition ne fut plus riche que l'exposition actuelle en instrumens de musique, et surtout en pianos. On en compte environ une centaine de diverses formes et de mérites bien différens.

Au milieu de cette surabondance musicale, il doit en être des instrumens comme des artistes : beaucoup sont appelés, peu sont élus, et c'est, en effet, ce qui arrive.

A part trois bu quatre facteurs habiles, il est difficile de citer les œuvres des no'mbr, ux fabricans dont les pièces figurent à l'exposition.

C'est même une chose remarquable que chacun d'eux n'ait plus ou moins bien réussi que dans un seul genre ; ainsi nul ne surpasse M. Erard pour les pianos à queue ; M. Pape nous semble toujours un des facteurs les plus distingués pour les pianos carrés, et M. Pleyel présente le meilleur piano droit qu'il y ait à l'exposition.

Autour de ces fabricans du premier ordre, se rangent les talens secondaires, qui sont en assez grand nombre, et, au-dessous, les médiocrités, qui sont plus nombreuses encore.

Constatons toutelois uu progrès : c'est que les departemens commencent à se livrer à la fabrication des pianos avec assez de succès pour lutter avec Paris même sur les marchés étrangers, témoins les villes de Rouen et de Marseille, représentées cette année à l'exposition par MM. Eder et Boisselot ; le' premier, auteur de pianos droits, et le second de pianos à queue, dont on s'accorde généralement à dire beaucoup de bien.

Les perfectionnems apportés à la fabrication des pianos sont surtout remarquables, lorsque l'on considère l'état dans lequel se trouvait cette intéressante industrie, il y a moins de cinquante ans.

A peine quelques mauvaises épinettes à deux cordes, à cinq octaves, au son cuivreux, figuraient dans les salons les plus à la mode ; les meilleurs de ce temps, s'il en reste, ne vaudraient pas vingt-cinq francs aujourd'hui.

Les cordes étaient plutôt grattées que touchées par des marteaux durs et grossiers, doift on entendait le bruit en même temps que le son de la corde, et qui produisaient l'effet le plus désagréable.

Enfin les Erard vinrent, qui comprirent tout le parti qu'on pouvait tirer d'un clavier mieux construit, et ils le construisirent. Ce fut une véritable révolution dans l'art.

Bientôt au mécanisme à double piloté, succéda le mécanisme à échappement, qui est devenu la base de toutes les améliorations de ce genre ; les étouffoirs ont été perfectionnés ; la table d'harmonie a été exécutée d'une manière plus conforme aux progrès de l'acoustique, et nous sommes parvenus à obtenirsur les pianos à queue des effets d'harmonie comparables à ceux'qu'on obtient d'un orchestre tout entier.

Toutefois, c'est seulement dans les pianos à queue que l'on renpontre cette perfection tant désirée.

La forme carrée s'oppose à ce que l'on produise les mêmes effets, parce que les cordes sont placées et frappées obliquement tandis que, dans les pianos à queue, les marteaux frappent la corde perpendiculairement et lui communiquent des vibrations plus larges et plus sonores.

Nous n'hésitons donc point à mettre au premiér rang les pianos à queue, et nous voyons avec chaque jour plus de consistance.

On a fiat par reconnaître que les pianos longs-n'étaient pas beaucoup plus gênans que les autres, sous le rapport de l'encombrement, et qu'ils joignaient à l'avantage de conserver plus long temps leur accord., celui de produire des sons plus harmoaieur et plus variés.

Il n'y aura bientôt plus que des pianos à queue dans les salons fashionables de Paris, et nous sommes persuadés que le goût de la musique, si important à propager, ne pourr a qu'y gagner.

M. Erard, dont nous plaçons toujours la maison au premier rang, surtout depuis qu'elle a été vivifiée parles travaux de M. Pierre Erard, son représentant et sou héritier, expose un magnifique piano à queue dont le son est véritablemment extraordinaire par sa plénitude, sa force et son étendue.

Un piano carré à deux cordes, du même auteur, exposé seulement depuis quelques jours, est aussi très-remarquable par sa belle harmonie, les perfectionnemens récens que M. Erard a apportés dans l'exécution des pianos, sont d'ailleurs tellement reconnus, que ce facteur a pu établir une fabrique à Londres en concurrence avec Bradwood [Broadwood] et les plus habiles facteurs de l'Angleterre, sur lesquels il a obtenu la préférence même à la cour du roi Guillaume.

Nous ne pouvons que féliciter M. Erard du succès qu'il a obtenu et surtout des efforts qu'il n'a cessé de faire pour augmenter la réputation plus qu'européenne de sa maison." Le Constitutionnel, 13/06/1834, p. 3 (Gallica)

1835

TOULOUSE - "72. Erard (Pierre Sébastien), facteur de piano, à Paris. Un piano carré, bois d'acajou, à trois cordes six octaves et demie, pieds à X avec roulettes, avec agraffes pour attacher les cordes, tous les mécanismes en dessous sommiers. Appartenant à Meissonier père et fils, à Toulouse." Exposition produit de Beaux Arts de l'industrie à Toulouse, 1835, p. 95 (num.bibl.toulouse.fr)

1839

PARIS - "Enfin, en 1830, Pierre Erard prit la direction de la fabrique de son oncle, et, par ses études et ses soins intelligents, par l'excellente qualité de ses instruments, sut conserver la réputation qui lui était si justement acquise.

Les pianos de Pierre Erard ont aujourd'hui une sonorité excellente et sont supérieurement finis; ils sont dignes entièrement de leur belle renommée.

Depuis cette époque la fabrication des pianos a pris un développement considérable; un grand nombre de fabriques s'est élevé; de Paris, cette industrie s'est étendue en province, et quelques-uns de nos départements produisent maintenant des pianos extrêmement remarquables sous tous les rapports.

La France, qui, il y a trente ans, ne produisait pas 500 pianos année commune, en fabrique aujourd'hui plus de 6000. Notre nation, qui recevait autrefois ses meilleurs pianos de l'étranger, exporte aujourd'hui les siens, et ses instruments rivalisent avantageusement avec les produits des manufactures étrangères.

Les États Unis et l'Italie, qui tiraient exclusivement, il y a dix ans, leurs pianos de l'Angleterre et de l'Allemagne semblent préférer aujourd'hui les instruments français : l'année dernière le chiffre des exportations pour ces deux pays s'est élevé à 400.

On compte en ce moment en France de 120 à 130 facteurs qui confectionnent l'un dans l'autre une moyenne de 40 à 50 pianos chacun et qui occupent 4000 bras environ.

Parmi tous ces facteurs il en est beaucoup qui fabriquent d'excellents instruments, auxquels par conséquent nous aurions dû consacrer une mention particulière.

Ne pouvant le faire et pour être juste envers tous, nous allons publier le jugement des savants et celui du public en donnant la liste des récompenses obtenues dans la dernière exposition, à laquelle chacun était libre de concourir, et le chiffre des pianos sortant annuellement des quinze manufactures qui occupent le plus grand nombre d'ouvriers.

Récompenses obtenues.
Médaille d'or : MM. Erard, Pleyel, Pape, Roller et Blanchet.
Médaille d'argent : MM. Kriegelstein et Plantade, Pfeiffer, Soufleto, Wolfel, Boisselot et fils, de Marseille.
Médaille de bronze : MM. Busson, Bernhart, Côte, Gaidon, Hatzenbuhler, Koska, Mercier, Mermet, Schoen, Wetzel.
Mention honorable : MM. Cluesmann, Eslanger, Gibaut, Grus, Herz, Roger, Rosellen.

Nombre de pianos fabriqués chaque année ;

Par MM. Camille Pleyel et ce, de 800 à 900
Pape, de 400 à 450
Pierre Erard, de 380 à 420
Boisselot et fils, de Marseille, de 250 à 300
Roller et Blanchet, de 160 à 220
Souffleto, Wetzel, Cluesmann, Bernhardt, Mercier, Schmidt, de 120 à 150
Petzold, Kriegelstein et Plantade, Bell, Herz, de 80 à 100

Revue étrangére de la littr̄ature, des sciences et des arts, Volume 37, 1839, p. 553-554

PARIS - "M. Pierre ÉRARD, neveu du célèbre Sébastien Érard, M. Pierre Érard à pris à tâche de soutenir la grande réputation de l'établissement que son oncle avait créé et qu'il lui a légué.

Cette tâche difficile, M. Érard l'a dignement remplie : ses pianos, dans trois genres différents, ont été mis en première ligne, et, nous devons le dire, leur supériorité était marquée.

Les instruments qui sortent des ateliers de M. Érard se distinguent non-seulement par la qualité des sons, mais encore par le fini du travail, par la disposition du mécanisme et par la solidité de toutes les parties qui les constituent." Rapport du Jury Central, Exposition, des produits de l'Industrie Française en 1839,  M. Savart, rapporteur, 1839

PARIS - "Cette année, comme aux expositions précédentes, la maison Erard s'est distinguée non moins par le luxe que par les qualités supérieures de ses instruments.

Elle en avait fabriqué un grand nombre destiné à figurer au concours industriel; mais n'ayant pas de place suffisante pour les exposer à la fois, elle n'a pu les faire paraître que successivement.

Ainsi, l'enceinte occupée par M. Erard changeait continuellement d'aspect. Des pianos à queue, des pianos carrés, des pianos de toutes formes, se succédaient et se trouvaient groupés avec les harpes qui les entouraient d'une manière pittoresque.

Nous ne saurions affirmer si tous ont passé sous nos yeux; mais nous croyons que rien de remarquable ne nous a échappé touchant les améliorations que M. Erard a introduites dans ses instruments.

La manufacture de M. Erard est actuellement la plus ancienne de celles de Paris, fondée vers 1780 par Sébastien Erard, dont la célébrité a retenti dans toute l'Europe, elle ne tarda pas à se placer à la tête d'une branche d'industrie pour laquelle la France était jusqu'alors restée en arrière.

C'est Sébastien Erard qui a donné l'élan à la fabrication française des pianos, devenue supérieure à celle des pays étrangers.

La route étant frayée, d'autres s'y lancèrent avec plus ou moins de bonheur; de nouveaux établissements furent fondés successivement, et, grâce à une émulation toujours croissante, cette fabrication a pris une extension prodigieuse.

Aujourd'hui les nombreux des facteurs, grands et petits, est tellement considérable qu'on a peine à comprendre comment ils trouvent tous des débouchés pour leurs produits.

Il est vrai que le piano a pénétré partout, qu'il est devenu le meuble indispensable de tout salon, et qu'il occupe la mansarde comme la loge du portier. Au milieu de ces manufactures naissantes qu'il vit surgir autour de lui, Sébastien Erard ne s'effraya pas d'une concurrence qu'il balançait par la puissance de son génie.

Toujours préoccupé de quelque idée nouvelle, il signala sa longue carrière par de nombreuses découvertes sur lesquelles nous ne pouvons nous étendre ici. et dont trois surtout, le double mouvement de la harpe, le double échappement du piano, et enfin l'orgue expressif, feront à jamais vivre son nom dans l'histoire de ces instruments.

Sa manufacture s'agrandit toujours, et il en fonda une seconde à Londres qu'il mena de front avec celle de Paris. Après sa mort, M. P. Erard, neveu de Sébastien, prit la direction de cet immense établissement. Jaloux de lui conserver son éclat, M. Erard n'a cessé de déployer une louable activité, et sa maison, loin de rester stationnaire, marche toujours dans la voie du progrès.

Tout en suivant les procédés de son oncle, il en a perfectionné les détails, et la harpe aussi bien que le piano lui doivent de notables améliorations. Les instruments qu'il a exposés cette année font preuve du soin qu'il apporte a leur confection, car on ne saurait rien voir de plus fini, de plus parfait.

Dans un précédent article nous avons parlé des harpes; il nous reste aujourd'hui à examiner les pianos dont nous allons signaler les perfectionnements.

Les pianos à queue, si remarquables pour la puissarce et la qualité du son, laissaient toujours quelque chose à désirer dans les notes aiguës. M. Erard est parvenu à faire disparaître ce défaut au moyen d'une barre de cuivre fixée dans le sommier, et qui s'étend sur les deux dernières octaves.

Cette barre harmonique (comme l'appelle M. Erard, à cause de l'effet qu'elle produit, el qui consiste à rendre les sons plus purs et plus harmonieux) a été prolongée dans un des pianos exposés de manière à tenir toute à largeur de l'instrument.

Le résultat de cette innovation est des plus satisfaisants. Les soins de M. Erard se sont aussi portés sur les agrafes qui servent, comme on sait, à comprimer les cordes sur le sillet.

M. Erard, ayant remarqué que ces agrafes manquaient parfois de stabilité, ce qui ne pouvait être que nuisible à la pureté du son, a imaginé d'en faire une seule pièce en les pratiquant dans un bloc solide dont la forme et la disposition présentaient des difficultés à cause de la précision qu'il exigeait, mais qui ne pouvait manquer de réussir entre des mains aussi habiles.

Comme il arrive quelquefois que l'idée d'une amélioration en fait naître une autre qui s'y lie naturellement,

M. Erard s'est servi de ce sommier mécanique du côté des chevilles pour asseoir les barres longitudinales qui reposent du côté opposé sur le sommier métallique des pointes, et qui forment maintenant avec ces deux sommiers un châssis métallique indépendant de la caisse, lequel soutient presque tout le poids des cordes dont le corps sonore se trouve ainsi débarrassé.

Il résulte de ce double perfectionnement des avantages réels pour la qualité de son et pour la solidité de l'instrument.

Dans les pianos carrés nous avons a signaler une nouveauté importante. M. Erard vient d'y introduire le mécanisme à double échappement, qui jusqu'à présent n'avait été appliqué qu'aux pianos à queue.

On sait que ce mécanisme, inventé par Sébastien Erard, qui en exposa le premier modèle en 1823, permet de reprendre le marteau lorsque la touche est à moitié abaissée, de sorte qu'on peut répéter la note sans avoir besoin de relever entièrement le doigt de la touche.

Conçu d'une manière très ingénieuse, et exécuté dans une rare perfection, ce mécanisme frappa d'étonnement tous ceux qui savaient en apprécier le mérite.

Mais en même temps les objections ne manquèrent point; on prétendait qu'il était trop compliqué pour pouvoir être durable, et que le succès n'en serait que passager.

Sébastien Erard persista dans son œuvre, et tous les pianos à queue qui sortirent depuis de ses ateliers furent munis de ce mécanisme, dont quinze années d'emploi ont constaté la solidité.

Aujourd'hui M. P. Erard s'est décidé à l'adopter pour les pianos carrés; mais quelques modifications étaient nécessaires par suite de la différence dans la construction des deux instruments, et M. Erard a triomphé de toutes les difficultés.

Sans entrer ici dans une description comparative des deux mécanismes, qui ne serait d'ailleurs que difficilement comprise sans le secours de planches, nous dirons que les deux leviers qui agissent en sens inverse dans celui de Sébastien ont été remplacés par deux pilotes dont l'un saisit le marteau au moment où l'autre l'abandonne.

Le piano, dans lequel nous avons vu ce nouveau mécanisme se fait remarquer encore par une amélioration du système de barrage.

Les sommiers de chevilles et de pointes y sont réunis par des barres longitudinales formant ainsi une assise métallique qui soutient le poids des cordes. Construit de cette manière, ce piano réunit toutes les qualités désirables, facilité et nuance dans le clavier, solidité dans la construction, et volume de son presque égal a celui d'un piano à queue.

Parmi les pianos en forme verticale dont M. Erard a présenté plusieurs, tant à cordes perpendiculaires qu'à cordes obliques, il y en avait un qui se distinguait par un nouveau système d'accord dont les avantages ne sauraient être contestés.

Nous avons parlé dans un précédent article des inconvénients attachés aux chevilles ordinaires, dont les mouvements se font par secousses, et qui, maniés par une main inhabile, font non seulement rompre les cordes, mais finissent par fatiguer l'instrument au point de lui faire perdre une qualité précieuse, celle de bien conserver l'accord.

Nous avons mentionné les essais que plusieurs facteurs viennent de faire à la fois pour substituer au système des chevilles des systèmes d'engrenage qui permettent de tendre les cordes insensiblement.

Le procédé de M. Erard est aussi simple que solide; il consiste dans une vis sans lin qui engrène dans une roue dont la rotation fait monter ou descendre la corde attachée à l'axe de cette roue. Le mouvement de la vis s'opère au moyen d'une clef de pendule ou de montre, et se fait avec une extrême facilité.

Voilà une innovation utile qui ne peut manquer d'être favorablement accueillie de tout pianiste. M. Erard l'appliquera-t-il aux autres pianos.

C'est ce que nous ne saurions affirmer; nous l'engageons à en faire l'essai. Outre les perfectionnemens que nous venons d'indiquer, M. Erard a porté ses soins sur l'extérieur de ses instruments, dont il a cherché à varier les formes, tant pour les rendre agréables à la vue que dans un but d'utilité.

C'est sous ce dernier rapport qu'il a diminué les dimensions en construisant des pianos à queue qu'il nomme demigrands pianos, et qui sont d'un pied plus courts que les grands sans être inférieurs de beaucoup pour le volume du son.

Les pianos carrés ont subi le plus de changements: En coupant ou évasant les coins de derrière, M. Erard a fait des pianos pentagones, hexagones, trapèze et autres; il y en avait même un auquel nous ne saurions appliquer un nom, parce qu'il n'est ni carré ni ovale, mais moitié l'un moitié l'autre.

Ce dernier, de même que le piano pentagone et hexagone, possède le nouveau mécanisme à double échappement et la construction du barrage dont nous avons parlé plus haut.

Un goût exquis a présidé à la confection de tous ces instruments, dont l'exécution est parfaite, comme on peut l'attendre lorsqu'on prononce le nom d'Erard. Quelques uns de ces pianos sont des instruments de luxe et de haut pénibles autres se distinguent par une élégante simplicité.

Parmi les premiers on a remarqué le piano en forme de trapèze, décoré avec toute la magnificence du style des meubles de Buhl, et un piano vertical orné d'incrustations dans le style étrusque; mais la pièce capitale était un piano à queue, avec dorures, peintures et sculptures, qui attirait tous les passants et excitait leur admiration.

On se rappelle le fameux piano d'or qui brilla à l'exposition de 1834, et qui passa ensuite en Angleterre où il fut vendu à un prix très élevé.

Après cet instrument d'une richesse sans exemple, que pouvait faire M. Erard pour ne pus rester au dessous de lui-même?

On s'attendait à voir quelque chose d'extraordinaire, et cette attente n'a pas été trompée; seulement M. Erard nous a ménagé une surprise en présentant un piano qui réunit le luxe à la simplicité. Ce piano à queue grand modèle à six octaves et demie, montant au sol n'est arrivé à l'exposition que peu de temps avant la clôture.

Beaucoup de personnes, qui ont fréquenté la salle auparavant, n'auront pus vu cette merveille de l'ait, et voudront en avoir une idée au moyen de la description qu'ils espèrent en trouver ici.

Hélas ! une tâche pareille et au-dessus de nos forces; notre mémoire se trouve eu défaut, et nous aurions besoin du secours de la muse qui inspira jadis la description du bouclier d'Achille. Disons toutefois simplement que ce piano est en bois de noyer auquel on a laissé sa couleur naturelle, sans vernis, sans altération aucune.

Des tètes d'hommes et de femmes sculptées dans le même bois, également en couleur naturelle, ornent les côtés de la caisse. Entre ces têtes se trouvent des panneaux contenant des peintures sur fonds doré, et qui contrastent avec lu simplicité du bois.

L'ensemble de ce piano a quelque chose qui frappe par la nouveauté, nous dirons même par la singularité, car à la première vue on croirait que c'est un piano non achevé dont le bois attend le vernis ou la dorure. Les sculptures aussi bien que les peintures sont d'une finesse extrême; elles font honneur aux artistes qui, en cette occasion, ont aidé M. Erard de leur talent.

Nous apprenons que les dessins et peintures sont dus à MM Cavelier et Jozan; les sculptures à M. Chabreau. Espérons que ce piano, précieux comme instrument et comme objet d'art, ne suivra pas son devancier au-delà du détroit, mais qu'il se trouvera en France un amateur opulent qui voudra en faire l'acquisition.

De reste, nous approuvons peu cette émulation ruineuse qui semble s'être emparée de quelques facteurs, à pousser les ornements extérieurs de leurs instruments à un degré qui touche à la folie. En continuant cette lutte, on finira un jour par exposer des pianos garnis de rubis, d'émeraudes et de diamants.

Mais, on ferait ainsi un piano de la valeur de quelques millions, en serait-il meilleur pour les qualités essentielles ? et quel mérite y aurait-il à le faire, sinon celui d'avoir une fortune colossale, pour suffire à la dépense qu'en exigerait la construction ?

Quant à nous, nous préférerons toujours un piano d'un extérieur simple, pourvu que le goût ait présidé à cette simplicité, comme dans tous ceux que M. Erard fabrique ordinairement.

Après les éloges qui sont dus à M. Erard, et que nous lui avons donnés de grand cœur, il sera permis à la critique d'élever sa voix au sujet d'une innovation que nous ne saurions approuver, et que nous persistons à regarder comme un abus. Nous voulons parler de l'addition de quelques touches dans le haut pour compléter la septième octave.

Il nous a toujours semblé que six octaves étaient la limite dans laquelle on aurait du se renfermer. On a ajouté une demi-octave dans la basse. Bien que ces touches ne rendent qu'un bourdonnement dont l'oreille ne distingue pas les rapports, cette augmentation du clavecin est encore excusable, parce que ces touches de la basse, frappées ensemble avec leur octave supérieure, peuvent servir à renforcer celle-ci.

Mais les touches ajoutées dans le haut, à quoi seraient elles utiles? Leurs cordes, qui n'ont pas la longueur suffisante pour vibrer, ne rendent aucun son, et elles ne font qu'un claquement qui pourrait tout au plus servir à imiter les castagnettes ou tout autre bruit rythmique.

L'émulation peut être utile dans les arts: elle mène à des découvertes, elle fait chercher et trouver de nouveaux précédés, mais elle entraîne aussi dans des écarts qu'il serait bon d'éviter.

Parce qu'un virtuose célèbre devenu facteur de pianos s'obstine à faire des instruments à sept octaves, est-ce une raison de donner dans le même excès? Nous savons du reste que M. Erard n'est pas ici imitateur.

Il nous a prouvé que déjà en 1814 son oncle avait fait un piano de sept octaves, mais qu'il avait abandonné cette innovation. Nous engageons M. Erard à y renoncer également, pour ne pas donner un-exemple, qui deviendrait contagieux sous l'égide de son nom." Revue et gazette musicale de Paris, Volume 6, 1839, p. 237-239

PARIS - "ERARD, à Paris, 13 et 21, rue du Mail. - Médaille d'or en 1817, 1823, 1827 et 1834. M. Erard avait fait, pour l'exposition de 1839, 28 instrumens de musique; 19 pianos et 9 harpes, que, faute d'espace, il n'a pu présenter au public que successivement; nous croyons que nos lecteurs ne seront pas fâchés d'en trouver ici la désignation. Ainsi M. Erard avait exposé :

PIANOS DE PREMIÈRE CLASSE A ÉCHAPPEMENT DOUBLE. 

1. Grand modèle à 7 octaves complètes, avec barres et sommiers harmoniques et tous les perfectionnemens.

2. Modèle ordinaire à 6 octaves et demie, avec barres et sommiers harmoniques et tous les perfectionnemens.

3. Petit modèle ou demi-grand à 6 octaves et demie, avec barres et sommiers harmoniques et tous les perfectionnemens.

4. Grand piano à 6 octaves et demie, montant au sol, avec barres et sommiers harmoniques et tous les perfectionnemens. ( Cet instrument est décoré dans un style classique, avec dorures, peintures et sculptures d'un fini précieux). 

5. Piano forme carrée, grand modèle, à 3 cordes, 6 octaves et demie, montant au sol, avec un nouveau mécanisme, possédant les avantages du piano à queue d'Érard, nouveau barrage en châssis métallique pour résister au tirage des cordes.

6. Forme carrée, modèle ordinaire à 6 octaves et demie.

7. Forme pentagone irrégulière déterminée par les proportions harmoniques des cordes et par les exigences de l'instrument. (Ce piano repose sur trois pieds comme un piano à queue. )

8. Forme hexagonne régulière, avec les mêmes perfectionnemens que les précèdes. (Ce piano, supporté par des colonnes torses, est décoré de moulures guillochées.)

9. Forme trapèze, possédant les mêmes avantages que les précédens. (Ce piano est décoré avec toute la magnificence du style des meubles de Boule.)

N. B. Ces trois derniers instrumens prennent moins de place qu'on gond piano carré. C'ait dans le but d'utilité seulement, et pour faciliter le placement d'un instrument supérieur dans un salon peu spaciau, que ces formes nouvelles ont été présentées au public.

PIANOS DE DEUXIÈME CLASSE A ÉCHAPPEMENT ORDINAIRE,
PERFECTIONNÉ PAR P. ERARD.

PIANOS CARRÉS. —A TROIS CORDES.

1. Grand modèle à 6 octaves et demie, montant au sol avec le nouveau barrage ou châssis métallique. (Cet instrument est supporté par un X à colonnes torses d'un style élégant et nouveau.)

2. Modèle ordinaire au fa.

A DEUX CORDES.

3. Grand modèle à 6 octaves et demie.

4. Modèle ordinaire à 6 octaves et demie.

PIANOS-DROITS. CORDES PERPENDICULAIRES.

5. Petit piano ou pianino à 6 octaves, orné d'incrustations dans le style étrusque. ( Cet instrument n'était exposé que comme objet d'art.

6. Petit piano ou pianino à 6 octaves. (Sur ce piano se trouve appliqué le nouveau système d'accord, qui donne au mouvement de la cheville beaucoup de précision et de douceur. )

7. Piano du même genre à 6 octaves et demie, montant au sol.

8. Piano du même genre à 7 octaves, montant à l'ut.

CORDES OBLIQUES.

9. Grand piano droit à 3 cordes 6 octaves et demie, montant au sol.

10. Grand piano droit à 3 cordes 7 octaves, montant à l'ut.

M. Pierre Erard est le digne et persévérant continuateur de Sébastien et son oncle, qui, occupé sous  l'empire a assurer le succès de son invention du double mouvement appliqué à la harpe ne semblait pas prendre part à la révolution qui s'opérait dans le système général de la construction des pianos.

Mais,  tout-à-coup, il arrive d'Angleterre avec un mécanisme sur lequel il méditait depuis long-temps, et d'un genre absolument différent de tout ce qu'on avait fait jusqu'alors. L'objet de ses recherches était de donner au mécanisme une sensibilité telle, que le doigt put modifier le son à volonté, sans nuire à la force ni à la légèreté.

Dans les pianos à échappement du système anglais, comme du système allemand,  aussitôt que l'échappement a produit son effet, le marteau retombe et le doigt ne peut le relever qu'après avoir quitté la touche pour la frapper de nouveau.

Sébastien Erard voulut que l'abaissement du marteau, après qu'il a frappé les cordes, se proportionnât au degré d'enfoncement où le doigt maintient la touche,  et que, quelque fut cet enfoncement, on eut toujours la possibilité de faire frapper de nouveau le marteau sur les cordes sans relever absolument le doigt, de telle sorte que le pianiste put donner au son tel degré qu'il jugerait convenable, et qu'il pût, sans peine, répéter les notes autant de fois qu'il voudrait sans quitter les touches.

Ce problème difficile de mécanique fut résolu d'une manière fort ingénieuse par Sébastien Erard, au moyen de deux leviers agissant en sens inverse et mis en contact par des ressorts ; ce que Sébastien Erard fit pour le piano à queue, Pierre Erard le fit pour le piano carré : il construit aujourd'hui ce genre de piano à double échappement ; au lieu de deux leviers, ce sont deux pilotes qui agissent, le second venant-saisir le marteau au moment où le premier l'abandonne.

La maison Erard se subdivise en deux branches : la première, fondée à Paris, vers 1780, et la seconde établie à Londres (18, Great Malborough street), en 1792 ; cette position, à la tête de la fabrication des instrumens de musique dans les deux premières capitales de l'Europe, est fort remarquable ; ce n'est que par des moyens peu communs qu'elle a pu se soutenir en concurrence avec les autres manufacturiers anglais.

Pour engager cette lutte à l'étranger, et la continuer pendant un demi-siècle, il fallait le génie de son fondateur qui, à une époque où les Anglais inondaient la France de leurs instrumens, à une époque où on ne voulait que des pianos anglais, fit, à Londres, adopter, par un peuple jaloux et orgueilleux de son savoir faire, la construction française.

Les limites de cet article ne nous permettent pas de rechercher dans les annales de cette maison tout ce qu'a fait et imaginé Sébastien Erard ; nous devons donc nous borner à examiner les travaux de son successeur, M. Pierre Erard, pour l'exposition de 1839.

Un des plus beaux titres dont puisse se glorifier M. Pierre Erard, c'est l'extension accordée à sa patente, ou brevet, pour la fabrication de ses pianos à queue à double mouvement.

La patente allait expirer, il allait perdre une propriété qu'il n'était parvenu à établir qu'avec beaucoup de temps et d'argent ; ses ouvriers, qu'il avait formés, allaient porter à d'autres facteurs ses moyens de fabrication, il profita d'une loi récente, dont il n'y avait pas encore eu d'application, qui permettait au roi de proroger de sept ans la durée d'une patente, lorsque l'utilité d'une invention était reconnue et lorsqu'il était établi que l'inventeur n'était pas rentré dans ses premières dépenses.

Ainsi il demanda une enquête, laquelle fut dirigée par les lords Brougham et Lindurst, membres du conseil de la reine, et eut pour résultat de prolonger de sept ans son brevet.

Le grand piano laissait encore à désirer pour la qualité du son, surtout dans les notes aiguës. Un nouveau procédé fut inventé et appliqué dans cette partie de l'instrument ; l'effet en fut très-satisfaisant. Le premier piano à queue présenté par M. Erard à l'exposition, portait la barre harmonique d'un bout à l'autre de l'instrument.

M. Pierre Erard a établi trois modèles différens de pianos à queue : le premier, ayant 7 octaves complètes, est destiné aux grands artistes et compositeurs, qui trouvent toujours les bornes d'un instrument trop rétrécies ; le second, ne monte qu'au sol et peut suffire pour l'usage ordinaire ; le troisième modèle, composé par M. Erard, est un piano à queue destiné à être placé dans des petits salons. Cet instrument, appelé demi-grand est d'un pied plus court que le modèle ordinaire, bien qu'il possède comme lui 6 octaves et demie de ut au fa; sa force d'harmonie est étonnante pour sa dimension.

M. Erard s'étant aperçu que parfois l'agrafe à laquelle les cordes de chaque note sont attachées manquaient de stabilité, a imaginé, pour donner toute la fixité possible à cette partie de l'instrument, de pratiquer les attaches de toutes les cordes dans un bloc solide ; la forme et la disposition de cette pièce la rendait excessivement difficile à exécuter avec toute la précision convenable : la construction de cette seule pièce est presque un tour de force ; toutes les difficultés présentées par ce travail ont été vaincues.

Ce perfectionnement apporté dans la fabrication en a amené un autre. M. Erard s'est servi de ce sommier métallique du côté des chevilles pour appuyer les barres longitudinales qui reposent à l'autre bout sur le sommier métallique; maintenant, ils forment, avec les deux sommiers de pointes et de chevilles, un châssis indépendant de la caisse, dont le corps sonore se trouve ainsi débarrassé.

M. Erard a tâché également d'améliorer les pianos de petite dimension dont on est forcé de faire usage dans nos maisons modernes.

Nous avons remarqué un piano carré de M. Erard, auquel il a adapté le double mouvement, et qui est d'une grande solidité, au moyen d'un châssis métallique, formé, comme au grand piano, par la rencontre des sommiers de chevilles et des pointes avec les deux extrémités des barres longitudinales. Le volume du son était d'une belle qualité, docile au toucher, facile à nuancer, très-solide dans sa construction.

M. Erard a tâché, par ses formes, d'occuper le moins de place possible dans les appartemens. Ses formes ne sont pas toujours régulières ni agréables à la vue ; l'utile peut très-souvent n'être pas gracieux. Tout cependant dépend de l'acquéreur, à qui peuvent plaire des formes plus ou moins bizarres.

M. Erard a exposé également des pianos droits. Dans un de ces instrumens, nous avons remarqué l'application d'un nouveau système d'accord. Ce système consiste en un engrenage pour chaque corde, mis en mouvement par une vis sans fin, ce qui doit donner de la stabilitité dans l'attache de la corde. Le mouvement est facile et s'opère par une clé de la grosseur d'une clé de montre ordinaire.

M. Erard nous a habitué à voir à chaque exposition de belles choses : le piano renaissance de 1834 était magnifique; il a été acheté dernièrement par la reine d'Angleterre. Cette année, il s'est surpassé encore par le bon goût de tout l'ensemble de son instrument de luxe, style de François 1er, caisse en noyer, sculpture en bois d'une finesse extrême, peintures délicieuses. Il a été dessiné par M. Cavelier, et peint par M. Josan.

Les pieds de cet instrument sont ingénieusement tracés ; cependant nous regrettons ces pauvres petits chiens lévriers dont les pattes servent de pédales, il nous semble toujours que nous allons les entendre crier.

Nous voudrions également que la barre du clavier fut dans le même style que la caisse; les incrustations dont cette partie est surchargée font tort à l'ensemble plein de goût de cet instrument. Le luxe extérieur n'est souvent destiné qu'à cacher la médiocrité du mécanisme ; dans celui-ci, il en relève la valeur.

On assure que ce beau piano a été acheté par une sommité industrielle. Parmi les personnes désignées, nous avons entendu nommer M. Sallandrouze Lamornais." Lucas Al. Panorama de l'industrie française publié par une société d'artistes et d'industriels sous la direction de M. Al. Lucas, 1839, p. 91 (Gallica)

ERARD Ier.

PARIS - "Sébastien Érard, Alsacien, fut reçu maître facteur de pianos à Paris, vers 1775; il acquit et conserva jusqu'en 1815, une supériorité marquée sur tous ses confrères.

Cet habile facteur avait éclipsé tous ses rivaux de Paris en 1807, lorsque Petzold apporta de Saxe une nouvelle mécanique de piano carré, appelée échappement, parce qu'après avoir lancé le marteau contre la corde, il s'échappe de lui-même pour être prêt à recevoir une nouvelle impulsion de la touche.

Cette découverte, on le conçoit, devait augmenter les ressources de l'artiste; aussi fit-elle révolution dans la facture. Petzold introduisit en même temps les longues tables qui régnent dans toute l'étendue de l'instrument et couvrent la place occupée par les touches et leurs accessoires.

Ces pianos étaient excellents; l'harmonie n'en était pas forte; mais elle était agréable. Les sons étaient homogènes d'un bout à l'autre du clavier et possédaient un beau timbre dans les phrases de chant.

Une injustice dont Petzold eut à se plaindre en 1823 le tint éloigné, depuis ce temps, de toutes les expositions. Heureusement que sa fortune et sa réputation, bien établies toutes deux, le placent au-dessus du besoin de faire de la divulgation.

Mais cet habile facteur eut longtemps à lutter contre la routine. On accusait ses instruments d'avoir des sons sourds, sans portée et sans mordant, et sur lesquels, disait-on, il était impossible de faire nettement les traits rapides, sans confusion; mais chaque artiste trouve aisément une expression de louange pour le facteur qu'il patronise, et s'évertue à chercher une expression de décri plus ou moins saillante contre les autres.

Ainsi le mot de nasillard fut souvent lancé contre la qualité de son des anciens pianos d'Érard, et au plus fort de sa vogue, le célèbre chanteur Bordogni s'écria, en essayant un de ces instruments: « Ze ne sais, ma cet outil cante de la gorze. »

On sait avec quelle rapidité des mots de ce genre font fortune à Paris, et combien ils nuisent à la réputation de l'industriel qui en est atteint. Le meuble sur lequel nous écrivons ceci fut un des beaux pianos d'Érard, frères : il porte la date de 1804, et il est encore bon... pour serrer nos papiers.


L'homogéneité des sons, le timbre prolongé, l'émission franche, vibrante et tour à tour suave et puissante, réunissant à une solidité parfaite un clavier d'une obéissance entière et dont toutes les parties fonctionnent sans perte de temps ni de force : voilà les qualités que l'on doit chercher dans un piano, et c'est ce que pas un facteur consciencieux ne saurait avouer avoir souvant rencontré à son entière satisfaction.

ERARD II

Ce ne fut que lorsque son établissement eut pris un peu d'importance que Sébastien appela son frère Jean à Paris. Les pianos de leurs contemporains Merken [sic], Zimmerman, Armand Blanchet, Freudenthaler,it mécanicien, c'est à lui que la France est redevable du perfectionnement qui consiste à tailler en biais la hache de la guillotine.), etc. n'étaient que des copies plus au moins heureuses des innovations faites par les frères Erard.

Les ateliers de ces derniers étaient à eux seuls plus considérables que tous ceux de leurs confrères ensembles. Ils ont même fondé une fabrique à Londres. Mais la maison de Paris était tombée en décadence entre les mains de Jean Erard, qui dirigea seul les ateliars de Paris de 1815 à 1823. Erard II faillit perdre la dynastie.

Comme beaucoup de vieillards qui ne croient pas au progrès, Jean s'entêtait à conserver les doubles marteaux, lorsque tous les facteurs avaient adopté avec raison l'échappement de Petzold; et quand il fut obligé d'y arriver, il s'y soumit de mauvaise grâce et le fit mal; ses contre-pointes étaient aussi fort mal placées sur ses chevalets.

Jean, qui ne faisait que deux à trois cents pianos par an, eut beaucoup à souffrir de la maison de Broadwood, qui en fabriquait l'énorme quantité de 15 à 1800; car les Anglais ne font pas les choses à demi.

Un jour Broadwood disait devant les Roller que Tomkisson, son ancien concurrent, avait pour ainsi dire abandonné la partie, attendu qu'il ne faisait plus que cinq pianos par semaine.

« Comment! s'écria le fils Roller, mais nous étions bien fiers dans le principe quand nous en faisions dix par an.

« Dis donc quand nous en faisions cinq!
» reprit le père, avec sa prononciation et sa naïveté germaniques.

On conçoit que de pareils aveux qui, du reste, sont vrais pour la plupart de nos industries, relativement à celles de la Grande-Bretagne, sont bien faits pour exciter l'orgueil national des Anglais, et leur pitié à l'égard des pauvres continentaux. Aussi mistress Trollope l'a bien dit : Il n'y a pas de brasseur à Londres qui ne se croie l'égal d'un roi du continent.

ERARD III.

A tout seigneur, tout honneur. Voici ie facteur des princes qu'un journaliste a appelé le prince des facteurs: Facteur des princes, parce que ses instrumens sont d'un haut prix, entre autres ce magnifique piano à queue, en noyer sculpté, orné de peintures sur fond d'or, qui ne saurait figurer convenablement que dans un palais; Prince des facteurs, parce qu'en effet ses pianos à queue sont d'une puissance, d'une intensité et d'une pureté de sons admirables, et peut-être à cause de la munificence avec laquelle il sait traiter les grands artistes.

Sa barre métallique a été une idée excellente; nous avons remarqué un très-bon piano trapèze, dont la qualité de son est supérieure à celle des pianos carrés les mieux soignés. Ses pianinos n'ont rien de biert neuf et ses pianos ovales ne sont qu'une tentative pour satisfaire aux goûts les plus excentriques.

Les harpes à double mouvement de cette manufacture sont encore sans rivales en France, comme en Angleterre, surtout celles de la fabrique de Londres, que l'on regarde comme la perfection même.

Pierre Érard a relevé la maison qui devait toute sa gloire au génie de son oncle Sébastien, dont il nous a montré le portrait avec un religieux respect.

Nous avons parcouru avec soin l'immense fabrique d'Érard, des caves aux greniers; nous avons monté et descendu des centaines d'escaliers; car cette fabrique est un monde qui n'a pas été créé du tout à l'usage des pianos. Nous fimes observer à M. le chevalier Érard, qu'il était impossible de surveiller les travaux d'un atelier si mal disposé; mais il nous répondit que ses ouvriers travaillaient presque tous à la pièce, à l'exception de quelques vieux serviteurs de confiance.

M. Erard, qui prenait la peine de nous accompagner en personne, faveur dont nous n'ignorons pas la valeur, enleva d'un clavier et nous fit voir le nouvel échappement qu'il applique maintenant à tous ses pianos carrés et à queue. Le système a pour but de pouvoir répéter la note aussi vivement que l'on veut, sans qu'il soit besoin, comme dans tous les autres échappements, que la touche remonte à son niveau, et, ce qui est remarquable, avec une énergie égale.

Nous avouons que cette dernière prétention nous a semblé un peu hasardée, bien que M. Erard soit un homme froid qui n'a pas la moindre apparence d'être enthousiaste de quoi que ce soit.

A voir ce mécanisme en détail et la fragilité apparente de plusieurs de ses parties, nous n'avons pu nous défendre d'une certaine inquiétude sur sa durée et sur la difficulté de trouver, loin des grandes villes, un ouvrier assez habile pour l'entretenir ou le réparer au besoin, surtout dans l'intérieur de la France, où la mécanique n'est guère plus avancée qu'en Egypte.

Mais c'est une grande justice à rendre à Érard III, de pouvoir dire qu'il est parvenu à faire oublier toutes les fautes de son père, et à reprendre le dessus parmi tant de réputations qui avaient eu le temps de grandir pendant la régence de Jean, deuxième du nom, de la dynastie des Érard." Industrie française: rapport sur l'exposition de 1839, Volume 2, Jean Baptiste Ambroise Marcellin Jobard, 1839, p. 99-104

VOIR

BLANCHET (°1750), MERCKEN (°1770), ZIMMERMAN (°1780), SCHMIDT (°1785), SYSTERMANS (°1785),  et FREUDENTHALER (°1789) sur la page des Pianos français 1700-1799.

ET VOIR

PETZOLD (°1806), ENDRES (°1802), ROLLER Père (°1808), ROLLER Fils de ROLLER & BLANCHET (°1826) tous sur la page des Pianos français 1800-1829.

PARIS - [Harpes] "Sébastien Erard, homme d'un génie supérieur, s'était depuis long-temps occupé de la harpe.

Déjà, en 1787, il avait substitué au mécanisme défectueux des crochets celui qu'on appelle mécanisme à fourchettes, fonctionnant an moyen d'un disque armé de deux boutons qui, par un mouvemeni de rotation, saisit la corde dans la position naturelle et la raccourcit de la quantité nécessaire pour l'élever d'un demi ton, et cela avec une solidité, une fermeté à toute épreuve.

Mais ce ne fut qu'en 1794 que sa première harpe, ainsi construite, parut à Londres où il avait établi une maison

En 1798 il l'introduisit en France et y obtint un brevet de quinze ans. Après l'expiration de ce brevet le mécanisme d'Erard fut imité par tous les facteurs de harpes, dont plusieurs l'avaient combattu dans l'origine.

Erard augmenta le mérite de ses harpes en perfectionnant la courbe de la console de manière à donner une meilleure proportion au diapason, et il améliora une foule de détails que nous passons ici sous silence.

Tous ces travaux, auxquels il ne cessa de se vouer, ne furent que l'avant-coureur de la harpe à double mouvement, invention qui mit le comble à sa gloire.

Cette harpe, qui coûta à son auteur un travail constant de plusieurs années et des sommes considérables en essais, parut à Londres en 1811.

Elle eut un succès prodiieux; prétend qu'Erard vendit, dans le cours de la pren née, pour 625,000 francs de ces nouvelles harpes importa son invention en France, et toutes les harpes de ses ateliers de Paris et de Londres ont été construites sur ce principe aujourd'hui adopté par tous facteurs.

Dans cette harpe chaque pédale fait une double fonction pour élever, à volonté, chaque corde d'un demi-ton ou d'un ton. Il y a deux fourchettes semblables à celles qu'Érard emploie dans ses harpes simples.

Au premier mouvement de la pédale, la première fourchette saisit la corde et l'élève d'un demi-ton; au second mouvement, la seconde fourchette agit et porte l'élévation à un ton. Le relâchement de la corde peut s'opérer ou successivement ou d'un seul coup.

En 1815 cette harpe fut soumise à l'examen de l'Académie des Sciences et de l'Académie des Beaux-Arts réunies qui en firent un rapport très favorable auquel nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir de plus amples détails sur ce mécanisme ingénieux.

La supériorité des nouvelles harpes ne pouvait être méconnue. Cependant un artiste distingué, Henri Nadermann, attaqua le rapport de M. de Prony et osa nier les avantages de l'invention d'Erard.

Réfuté victorieusement par le directeur de la Revue musicale, Nadermann s'est obstiné toute sa vie à défendre les harpes qu'il continuait à fabriquer suivant l'ancien système.

Le temps a fait justice de cette prévention, et la harpe à double mouvement ayant été adoptée par les harpistes es plus renommés de l'époque, la question de sa supériorité est désormais résolue sans réplique.

Sébastien Erard est mort, comme on sait, en 1831 ; son établissement a passé entre les mains de son neveu, M. Pierre Erard, qui le dirige avec intelligence et activité.

Nous reviendrons à cette maison célèbre lorsque nous parlerons des pianos qu'elle a envoyés et qu'elle enverra encore à l'exposition. Aujourd'hui nous n'avons à nous occuper que des harpes.

M. Erard en expose neuf ou dix de différentes grandeurs, et dont une surtout se distingue par la richesse des ornements; tontes sont d'une élégance de forme et d'un fini d'exécution qui ne laisse rien à désirer.

Ce sont du reste des choses qu'on est en droit d'attendre des instruments qui sortent des ateliers d'Erard, et sur lesquelles nous n'appuierons pas. Pirions plutôt des perfectionnements que nous avons remarqués.

D'abord Sr. Erard a cherché à augmenter la puissance du son ; pour obtenir ce résultat il fallait donner au corps sonore de la harpe des vibrations plus libres et plus fortes.

A cet effet la table a été allongée, et la longueur de la baguette, sur laquelle les cordes sont attachées, a été augmentée de trois pouces sept lignes ; ce changement permis d'ajouter trois cordes, une dans le haut et deux dans la basse, de sorte que le clavier de la harpe a acquis l'étendue de celui du piano, c'est-à-dire qu'il est maintenant de six octaves et demie.

Pour pouvoir allonger la table d'harmonie, les crans destinés à recevoir les pédales lorsqu'elles sont levées dans la position naturelle, ont été pratiqués dans le corps même de la harpe.

Le mécanisme à double mouvement était, depuis vingt-cinq ans, resté tel que Sébastien Erard l'avait établi ; M. Pierre Erard vient d'y faire quelques modifications pour lesquelles il a pris un brevet.

Il a substitué des équertes doubles aux équerres simples pour transmettre, à l'aide des deux tringles d'attache, le mouvement des fourchettes inférieures, aux fourchettes supérieures. Chaque équerre double à deux joints ou articulations distinetes pour les deux tringles d'attache et le mécanisme ainsi combiné, fonctionne avec une extrême précision.

On conçoit que ce changement a dù en nécessiter d'autres ; c'est ainsi que les dillérentes perforations de la plaque de métal pour les centres et tous des boutons ont dù être combinées d'une nouvelle manière.

Nous n'entrerons pas ici dans les détails minutieux de plusieurs améliorations qu'il serait difficile de faire comprendre sans le secours d'un dessin.

Ce que nous avons dit suffit pour faire juger des soins que M. Erard apporte à la confection de ses harpes. Nous engageons les artistes et les amateurs à voir ces beaux instruments et surtout à les entendre, ce sera le meilleur moyen d'en apprécier la haute valeur." Revue et gazette musicale de Paris, Volume 6, 02/06/1839, p. 172-174

Pianos droits à cordes obliques

PARIS - "Pianos droits à cordes obliques. [...] Il est encore il remarquer ici que le piano de M. Erard était plus grand que tous ceux du même genre, et qu'il remportait de beaucoup sur les autres par l'intensité et la rondeur du son." Annuaire général du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de ..., 1841, p. 45 (Gallica)

PARIS - "Comme volume de son, les pianos de M. Erard sont toujours préférés.

Mais, puisque'il nous est permis d'exprimer ici nos prédilections personnelles, c'est le son même, sa qualité, sa pureté, sa faîcheur, son égalité de nature dans toute l'échelle du clavier, qui nous plaît et nous charme, mais hélas ! trop rarement; or ces qualités précieuces et réellement musicales, que des doigts conduits par une âme d'élite et non par la frénétique manie des tours de force savent faire valoir, nous les savons trouvées, au degré le plus éminent, dans les pianos longs et carrés de MM. Wolfel et Laurent." La France Industrielle, 22/08/1839, p. vii  - voir les expositions de  WOLFEL & LAURENT

PARIS - "The piano'fortes form the largest and the most remarkable class of these instruments; and at the head of the manufacturers stand the great houses of Erard, Pleyel and Pape.

In external appearance the first of these three contributed the most beautiful instrument that we ever saw or heard of—a long piano a queue, in native walnut, carved in the most exquisite and masterly manner, to the style of the Renaissance, while the pannels were all painted with the delicacy and finish of miniatures.

The sound, and internal merits of this instrument, we understand, are quite as remarkable as its external beauty; it is, altogether, a work of art ofthe highest kind; but its price is said to be so elevated that no purchaser has as yet been found for it." Niles' National Register: Containing Political, Historical, Geographical ..., 1840, p. 89

1844

PARIS  - "Les pianos de M. Pleyel sont toujours remarquables par ce son doux et argentin qui leur donne un caractère mélancolique essentiellement distingué. De là la préférence que leur accordent certains artistes, tels que Chopin et Osborne, par exemple, dont les oeuvres elle talent d'exécution brillent surtout par des qualités analogues.

Les grands pianos d'Erard et de Pape appartiennent aux grandes salles de concerts et aux théâtres; les pianos de Pleyel sont mieux placés dans les salons de peu d'étendue; ils conviennent mieux à la musique intime." L'Exposition : journal de l'industrie et des arts utiles, 1844, p. 4 (Gallica)

PARIS - "M. ÉRARD (Pierre), à Paris, rue du Mail, 13 et 21; rue Saint-Maur, 3 et 87. - M. Pierre Erard se montre toujours le digne successeur du célèbre Sébastien Erard. Sous son habile direction, l'établissement créé par son oncle a reçu de nouveaux accroissements. Plus de trois cents ouvriers y sont occupés à la confection de toutes les pièces du piano et de la harpe.

Les instruments qui sortent des ateliers de M. Érard viennent de prouver encore une fois qu'ils méritent à, tous égards la réputation dont ils jouissent. Ils ont été, d'une voix unanime, placés au premier rang parla commission. Le jury décerne à M. Pierre Erard le rappel de la médaille d'or, qui lui a été accordée en 1839." Rapport du Jury central ..., Paris Jury central, Imprimerie de Fain et Thunot, 1844, p. 547

PARIS - "1749. Erard (Séb.-Pierre), facteur de forté-pianos et harpes du roi et'de S. A. R. madame la duchesse d'Orléans, fournisseur de la maison royale de Saint-Denis, du Conservatoire et de l'Académie royale de musique ( rue du Mail, 13 et 21, à Paris), et facteur de la reine d'Angleterre (Great-Marlborough Street, 18, à Londres).

MM. Erard fabriquent des pianos de différents genres et de différentes grandeurs. La réputation de leur maison est européenne, et leur commerce à l'étranger a été très avantageux pour la France.

La fabrication de cette maison, la «plus anciennede toutes dans cette partie, se distingue par un nouveau système de mécanisme, inventé par Sébastien Erard, qui rend leurs pianos supérieurs à ceux de Londres et de Vienne, et que tous les grands artistes (dont l'opinion est désintéressée) ont adoptés en France, en Angleterre etc.

Telle est la supériorité de ce système, qu'il oblige les autres facteurs à abandonner leur ancienne manière de travailler pour soutenir la concurrence.

Ce système de mécanique, que MM. Erard ont sans cesse perfectionné leur a constamment valu le premier rang à toutes les expositions et notamment une nouvelle médaille d'or à celle de 1839. Harpes à double mouvement, à 6-8 et demi, mises également au premier rang par le jury de 1839." Catalogue explicatif et raisonné des produits admis à l'exposition quinquennale de 1844, p. 79 (Gallica)

PARIS - "La maison de M. Erard est la plus ancienne et ses produits ont une réputation européenne, universelle pourrait-on dire, qui dispense d'en parler longuement.

Ils n'offrent d'ailleurs rien de différent sur ceux de la dernière ex position; c'est toujours la même solidité, la même qualité de son ; nous noterons seulement l'application du système de double échappement aux pianos carrés ; c'est une bonne chose sans doute mais nous ne croyons pas qu'elle sauve cette forme de pianos de l'arrêt qui l'a frappée; le piano droit pour l'étude et la musique intime dans des appartements de médiocre étendue; les pianos à queue pour les artistes et les grandes réunions sont les seules formes raisonnables." Mémorial du commerce, 1844, p. 521 (Gallica)

PARIS - "La maison Erard est toujours à la tête de cette industrie. M. Pierre Erard, le digne héritier de l'homme de génie qui, il y a plus d'un demi-siècle, a formé cet établissement, en soutient aujourd'hui, à l'aide de son expérience, de ses études et de sa fortune, l'incontestable prééminence.

Le piano à queue d'Erard, avec son excellent clavier à double échappement et les belles qualités de ses sons, est construit encore aujourd'hui sur le modèle de Sébastien Erard; rien n'est changé que l'enveloppe qui a subi, dans ses formes, l'influence de la mode. Il est vrai de dire que le créateur de la maison avait devancé ses confrères de cinquante années.

Le mérite de M. Pierre Erard est d'avoir, par un respect qui honore autant ses sentimens que son intelligence, suivi les données de son oncle, en ayant soin d'apporter chaque jour son attention éclairée au perfecttionnement des détails du mécanisme et du fini de l'exécution. Le système d'échappement a notamment subi, grâce à ses soins, d'heureuses modifications, qui ont fait marcher de pair le mécanisme du piano avec lesprogrès des pianistes.

L'application du double échappement aux piaos carrés, essayée avec succès depuis peu de temps par la maison Erard, est destinée à rendre put-être son ancienne vogue à cette forme négligée depuis quelques années au profit des pianos à queue et des pianos droits.

Inventa perficere non inglorum.

C'est ainsi qu'en mettant à profit pour sa maison le double mérite de l'artiste et du fabricant, M. Pierre Erard en a maintenu la supériorité à toutes les expositions, et qu'il a rendu tributaires de sa fabrication les pays étrangers dans lesquels les pianos d'Angleterre et d'Allemagne avaient jusque-là régné en maîtres." Archives du Commerce ..., Volume 36, 1845, p. 388

PARIS - "Feulleton du Journal des Débats - Exposition de l'Industie [...] A la tête des facteurs de pianos de Paris, on compte depuis longtemps Erard, Pape, Pleyel et Herz la maison Boisselot, de Marseille, est célèbre parmi les facteurs de province et la prééminence semble devoir rester longtemps encore à ces artistes fabricans, grâce aux efforts intelligens et continus qu'ils font pour la conserver.

Ainsi on a souvent dit que le piano moderne d'Erard était si parfait qu'it était impossible de faire mieux, et pourtant, il s'améliore chaque jour. L'introduction de la barre harmonique est un perfectionnement récent.

Avant cette addition importante, les destus des grands pianos n'étaient jamais bien en rapport avec le médium et les basses. Le son manquait généralement d'intensité et de pureté dans cette partie.

Ce défaut a complètement disparu dans les pianos d'Erard, par l'applicatin des brevets de 1838 et 1843. En récapitulant les points importans dans la construction du grand piano, nous trouvons :

1° Le nouvel échappement d'Erard dans ses diverses phases de perfectionnement, de 1809 à 1844.

2° Le système d'agrafes dans ses diverses phases de perfectionnement, de 1809 à 1844.

3° Le barrage métallique dans ses diverses phases de perfectionnement, de 1822 à 1844.

4° L'application depuis 1834 du nouveau système de monture et de proportion des cordes de basse sur un principe qui leur permet de résister aux variations de la température de 15 à 20 degrés, dans les salons et les salles de concert.

5° L'application de la barre harmonique depuis 1837. Toutes ces diuerentes propositions ont été résolues avec une rare habileté et l'on peu,t dire qu'un piano à queue, d'Erard, des derniers modèles, réumssant tous ces avantages, est une production de l'art et de la niécanique qui laisse bien peu à désirer.

[M. Erard ne se borne pas à chercher sans cesse et à trouver des améliorations nouvelles dans l'art qu'il exerce avec tant de succès, il consacre aussi les plus grands soins à l'ébénisterie et à l'ornementation de ses instruments.

Le grand piano en chêne sculpté, point et doré, qu'il a exposé celle année n'était pas seulement un admirable instrument, c'était encore un meuble plein de richesse, d'élégance et degoùt, un meuble vraiment superbe; il attirait, dans les galeries industrielles, tous les regards par la magnificence de son aspect; mais bientôt la foule devenait plus compacte et demeurai longtemps, ainsi pressée, devant ce splendide instrument, attentive aux sons pleins de puissance et d'expression qu'en lirait une jeune et jolie personne, d'un talent hors ligne comme pianiste, talent mâle et énergique, comme le caractère de sa beauté.]

Après le piano à queue, le piano carré est celui qui mérite le plus l'attention du facteur, puisqu'il figure plus souvent dans les salons que le piano droit, qui se place ordinairement dans les salles d'étude. C'est aussi le plus dificile à bien construire.

C'est le modèle qui présente le plus de difficultés à surmonter dans son plan, pour placer les pièces composant le mécanisme, tant pour l'échappement que pour l'étouffoir c'est celui où le tirage des cordes est le moins aisé à vaincre; c'est encore celui ou la forme de la caisse permet le moins d'étendue à la table d'harmonie c'est par conséquent le plus difficile à bien faire sonner.

M. Erard présente aujourd'hui tm piano de ce genre, supérieur dans son ensemble à tout ce qu'on a fait jusqu'à présent, possédant toute la précision et les nuances des claviers des pianos à queue, une solidité à toute épreuve, et, pour le son, un développement que l'on ne trouvait auparavant que dans les pianos à queue." Journal des débats politiques et littéraires, 23/06/1844, p. 1 (Gallica) et un texte dans l' Exposition de l'industrie française, année 1844 : description méthodique..... Tome 2 / texte de M. Jules Burat ; publ. par M. Challamel, 1845, p. 51 (Gallica) et L'Exposition : journal de l'industrie et des arts utiles, 1844, p. 3 (Gallica)

PLEYEL ET ERARD.

PARIS - "Avant d'entrer en matière, disons ont d'abord qu'en appréciant ici les produits de ces deux célèbres facteurs, notre intention n'est pas d'établir une suprématie systématique en faveur de l'une ou de l'autre.

Ces deux maisons sont placées en première ligne dans l'opinion du monde musical, nous avons cru utile de faire connaître par quels moyens elles sont arrivées toutes les deux à balancer son suffrage.

Mettre en lumière les élémens qui ont servi à former leur réputation et l'influence que leur fabrication peut exercer sur l'exécution des grands artistes, c'est rendre le public juge définitif du mérite relatif des deux chefs de la facture instrumentale. La sonorité le mécanisme et la construction, telles sont les parties constitutives du piano.

D'après toutes les expériences d'acoustique, il est à peu près reconnu que les qualités de son les plus agréables a l'oreille, sont celles qui proviennent du bois aussi en lutherie comme en facture générale, l'habileté du facteur se reconnaît au choix des parties qui concourent à former la table d'harmonie.

L'expérience et l'habileté sont les meilleurs guides quand il s'agit de faire ce choix, qui est la base de tout instrument à cordes. M. Pleyel, avant de songer à la facture, et alors qu'il ne s'exerçait sur le piano qu'en artiste, était surtout préoccupé de cette idée, que l'un devait chercher à faire produire à cet instrument un son analogue aux effets des Stradivarius et des Amati.

Il crut avoir rencontra cette qualité a un degré supérieur dans les pianos fabriqués par John Broadwood, l'un des plus habiles facteurs de l'Angleterre et dès lors il créa sa belle manufacture de pianos, dans laquelle, sans janais abandonner le type admirable de cette sonorité il apporta d'immensis modifications.

C'est ainsi qu'il a perfectionné tour à tour les formes verticales ou carrées, en leur appliquant le principe qui pouvait le mieux rapprocher ces instrumens de la sonorité du piano à queue, le véritable piano normal.

La maison Érard, uns se préoccuper autant de la qualité la son, pavait avoir dirigé tous ses efforts vers un bat, celui l'en augmenter la puissance. Si l'on examine les titres qu'elle fait valoir comme innovation dans la facture, on remarquera qu'elle fait emploi des barres métalliques comme annexes de la table d'harmonie dans la génération sonore.

De ces points de départ, il résulte que la facture Pleyel s'attache principalement à obtenir un timbre homogène dans toutes les parties du clavier, et que la facture Érard fait participer à la fois le bois et le métal à sa sonorité.

Pour suivre une analyse méthodique, nous devons examiner si l'expérience peut, dés aujourd'hui nous donner les moyens de constater d'une manière rigoureuse les résultats de ces deux systèmes.

MM. Érard et Pleyel ont mis dans la circulation un si grand nombre de leurs instrumens, que nous croyons cette tâche facile, car chacun peut, en consultant ses impressions, peser la valeur de notre jugement.

Le piano Pleyel joué pendant quelques années, conserve à un degré remarquable la qualité de son qu'il avait en sortant de l'atelier, le piano Érard, sans perdre les belles proportions de sa sonorité, offre seulement une modification dans le timbre qui devient plus métallique. Ceci tient au principe générateur des deux fabrications.

Quelques mots maintenant de la sonorité appliquée à la musique moderne.

Depuis Dusseck l'art des pianistes a subi de profondes transformations. Mais dans l'intervalle qui s'est écoulé entre Dusseck et Hummel, la musique de piano n'a exigé, des facteurs du temps, que des instrumens d'une médiocre puissance, et dont le principal mérite consistait dans la parfaite égalisation du clavier.

C'est l'époque où ont brillé des facteurs habiles, lesquels, n'ayant a satisfaire qu'aux exigences d'une école qui ne demandait pas une grande intensité, donnèrent à la facture des pianos carrés une célébrité bien méritée. Mais aujourd'hui cette célébrité a perdu tous ses prestiges.

Les grands pianistes qui se sont succédés en France depuis Hummel, ont pousse la facture dans une route nouvelle. Il a fallu que l'effet du piano fût assez considérable pour remplir des salles où jusqu'alors cet instrument n'avait que rarement osé paraître et il est assez piquant de remarquer que, justement à cette époque, le piano-forte a perdu presque complètement cette seconde désignation pour ne s'appeler que piano tout simplement. Quel non sens !

Dès lors, la fabrication a pris les plus larges proportions. Ici les deux systèmes de Pleyel et d'Erard offrent surtout une différence plus tranchée car si Erard acquiert une suprématie momentanée sous le rapport du grand piano à queue de concerts, il la doit notamment à l'emploi des doubles moyens de sonorité dont nous venons de parler, tandis que Pleyel, tout en marchant progressivement vers le but qu'exige l'école nouvelle, s'attache à ne pas altérer le principe qui assure la remarquable pureté de son de ses instrument.

Nous avons vu alors les grands pianistes employer, dans les vastes salles, les pianos d'Erard; nous avons vu aussi le piano Pleyel régner en maître dans tous les salons où le charme du son a autant, sinon plus d'attrait que la force.

Dès 1839, le piano à queue de Pleyel, petit format, se présente avec une puissance de sonorité presque égale à celle des grands formats. Ici l'application du principe est complète, le résultat est décisif.

Depuis ce temps, M. Pleyel a fabriqué des pianos grand format de sept octaves où la percussion est portée à un très haut degré d'énergie, et beaucoup d'artistes les ont adoptés pour les concerts publics donnés dans les grandes salles, soit à Paris, soit en province.

Voici en effet, ce qu'un de nos critiques les plus distingués, M. Fétis, a proclamé dans la presse belge à la suite d'une audition d'un nouveau piano, sept octaves, de Pleyel, dans la plus vaste salle de l'Europe, celle de la Grande Harmonie.

Après avoir parlé d'Emile Prudent, parlons de l'instrument. Nous considérions les pianos d'Erard comme les seuls admissibles au concert; cette opinion se trouve modifiée depuis que nous avons entendu l'excellent piano de Pleyel, touché par M. Prudent, au concert de samedi (19 avril 1844).

La force, la plénitude, l'éclat tempéré des sons de ce bel instrument le rendent parfaitement propre au même usage; pour en être convaincu, il suffit d'avoir été témoin de l'effet qu'il a produit dans la vaste salle de la Grande Harmonie. Evidemment, il s'est fait depuis peu, dans les ateliers de M. Pleyel, un progrès considérable.

La marche de la facture Pleyel a été plus lente, mais le résultat a été complet. Les deux facteurs, arrivés par des routes différentes à ce point de perfection, honorent l'industrie française. Les travaux de MM. Pleyel et Erard doivent assurer à ces deux maisons des profits bien mérités et une suprématie incontestée à l'étranger, car leur facture résume les diverses qualités qui peuvent satisfaire tous les goûts.

En abordant l'examen du mécanisme, nous ne devons pas avoir égard aux sympathies de certains artistes en faveur de l'un ou de l'autre facteur. Tout esprit de parti ou d'école doit être mis de côté.

Au point de vue le plus rationnel en mécanique, il est évident que les pianos Pleyel doivent être préférés, puisque leur mécanisme est le plus simple et par conséquent celui dans lequel il doit y avoir le moins de chances de détérioration.

C'est là ce qui nous semble le cachet distinct et persistant de la fabrication Pleyel. Mais remarquons cependant que le mécanisme dit à double échappement d'Erard a une apparence de facilité pour l'exécution des œuvres modernes de quelques uns de nos grands pianistes et compense, par cet avantage, les inconvéniens de sa complication.

Aussi cet maison semble-t-elle attacher l'importance et le principal mérite de ses produits a l'application de ce principe. Voila ce qui explique la diversité des opinions sur la valeur des deux mécanismes comparés, de la part d'artistes d'un talent éminont, mais chez lesquels une étude toute différente de l'attaque du clavier amène des exigences différentes.

Somme toute, sur chacun des pianos d'Erard et de Pleyel, nous voyons aujourd'hui tour à tour, a Paris et dans les grandes villes où l'art du piano est cultivé d'une manière sérieuse et intelligente, les premiers pianistes traduire leurs ouvres et celle des maîtres de la manière la plus satisfaisante.

Reste maintenant la construction. Ici les deux factures semblent révéler toutes les conditions qui assurent la plus grande solidité.

La maison Pleyel, fondée depuis vingt ans, a établi de vastes ateliers de construction, où se trouvent, classés par époques, les bois les plus recherchés et les meilleurs. Dans cet espace de temps, M. Pleyel a mis dans la circulation environ douze mille pianos de toutes les formes.

Sa manufacture est devenue la plus considérable de l'Europe continentale. M. Erard possède aussi des ateliers considérables. Après une lacune de quelques années, il se replace, avec la maison Pleyel, à la tête de la fabrication et fonde, en Angleterre, une facture rivale des meilleures factures anglaises.

Ces deux maisons, luttant entre elles d'efforts persévérons, obtiennent à l'étranger, par l'excellence de leur fabrication, une confiance qui, en définitive, réagira puissamment et avec fruit en faveur de cette industrie aujourd'hui exploitée en France par un nombre vraiment remarquable de fabricans.

En écrivant cet article nous n'avons pas voulu nous préoccuper de l'exposition particulière des deux facteurs. Ce n'est pas dans les galeries réservées aux produits de l'industrie, où MM. Erard et Pleyel ont une place trop exiguë pour l'importance de leur manufacture, qu'il tant aller chercher des élémens d'appréciation; mais bien dans la généralité de leurs produits.

Nous devons cependant appeler l'attention des artistes et du public sur les nouveaux pianos à queue, à double percussion, présentés par M. C. Pleyel, et qui produisent une vive sensation parmi les artistes.

Ces instrumens seront l'objet d'un examen tout spécial dans les colonnes de la France Musicale. Nous avons dû nous montrer sobres d'éloges à l'égard des divers genres de pianos fabriqués par MM. Pleyel ou Erard, car nous avons eu pour but surtout de constater des mérites différens en en appelant à la propre expérience de nos lecteurs.

Nous avons en besoin d'oublier la brochure écrite par M. Erard, en son propre honneur, au sujet de ses pianos de l'exposition pour rester dans les termes d'une appréciation impartiale. Où en serions-nous, bon Dieu ! si désormais chaque manufacture en venait à imiter cet exemple et se croyait obligée de faire imprimer des éloges in-folio, pour prouver la supériorité de ses produits ? - Escudier." La France Musicale, 07/01/1844, p. 193-194 (Gallica)

PARIS - Voir texte et image dans L'Illustration, No. 0071, 4 Juillet 1844

PARIS - "MM. ÉRARD. RUE DU MAIL.  -   Lorsqu'on arrive dans la vaste partie des galeries de l'exposition envahie par les pianos, ou trouve, presque au centre de l'angle qu'ils occupent. et saillant par sa position autant que par son importance, l'espace consacré aux produits de la maison Érard.

A la fois tête de colonne et centre de ralliement, cette disposition locale paraît dominer les groupes voisins, tout en leur donnant de l'unité. Il semblerait qu'on a voulu figurer par cet arrangement matériel la place que MM. Érard occupent parmi leurs confrères.

Telle est, en effet, la position de ces grands fabricants, que leur supériorité est incontestée, même par leurs collègues les plus distingués.

Recourir aux preuves de ces assertions, ce serait retracer l'histoire presque complète du piano, et cette tâche rentre plutôt dans l'étude générale que nous aurons à faire de cette importante fabrication, qu'elle ne constitue l'examen d'un industriel considéré individuellement.

Toutefois, nous prendrons notre parti sur des répétitions qu'on ne saurait éviter qu'au prix d'une injustice réelle et en passant sous silence des plus beaux titres de la maison Érard.

Heureux les hommes qui sont tellement identifiés avec leur art, qu'on ne saurait s'occuper de celui-ci sans se trouver en face de leurs noms, et qui semblent être nés avec lui pour ne finir que quand il s'éteindra !

Ce n'est pas seulement à d'habiles manufacturiers, à d'honorables fabricants, que s'adresse un pareil tribut d'éloges. C'est au génie, à la puissance créatrice, à la savante patience de Sébastien Érard que nous rendons hommage ; c'est le culte de sa tradition, c'est l'amour constant du progrès.

C'est la largeur des vues et des procédés que nous honorons chez ses successeurs.

Dépositaires d'un nom devenu européen et d'une fortune qu'ont amassée soixante années de travaux, ils se sont regardés comme les continuateurs de l'œuvre du premier des Érard, et ont concentré sur cette mission les immenses ressources dont ils disposent.

Aussi ont-ils pu créer pour la facture des instruments de musique un de ces centres de fabrication analogues par leur étendue à ces grands établissements où la haute industrie accumule les ouvriers par centaines et entasse les capitaux par millions.

Grâce à cette importance et aux habitudes industrielles qu'ils ont puisées en Angleterre, où ils sont allés combattre l'ancienne facture de pianos sur son propre terrain, ils ont introduit dans leurs vastes ateliers tous les procédés de la science economique la plus avancée.

Si leurs instruments se trouvent toujours à la tête de ce genre de produits, on se tromperait en en attribuant exclusivement la supériorité à l'esprit d'invention et aux savantes combinaisons mécaniques dont cette famille semble avoir reçu l'apanage. Il convient d'en reporter en partie le mérite sur l'organisation des travaux et des moyens matériels d'exécution.

Le grand principe de la division des fonctions, la méthode des approvisionnements de longue date, les spécialités classées dans les nombreuses. industries accessoires dont le concours est nécessaire à la facture, tout cet ensemble de conditions pratiques a été depuis longtemps amené à un haut degré de perfection dans le grand établissement de la rue du Mail et dans celui de Londres.

Mais en opérant sur une aussi vaste échelle, il y avait un écueil à éviter, c'est qu'on ne fût entraîné à produire la quantité plutôt qu'à soigner la qualité et l'exécution ; la nécessité d'une fabrication sans intermittences et la charge de capitaux aussi énormes pouvaient jeter ce vaste établissement dans la voie d'une production considérable et fort économique, mais indigne de son nom et de son passé, sous le rapport du fini.

Tout lui rendait facile une pareille détermination ; chacun de ses ateliers spéciaux, mécanisme, ébénisterie, montage, est aussi considérable que les divers ateliers qui se sont fondés à Paris pour ces diverses branches de la facture.

Il était donc aisé d'imiter avec moins de frais le procédé suivi par la plus grande partie des facteurs de la capitale, et qui ne consiste qu'à assembler ces membres épars, ces organes disjoints, pour eu composer un instrument de toutes pièces, sans se préoccuper du résultat plus ou moins heureux de cette association. Des bénéfices énormes étaient au bout d'une production ainsi organisée.

Mais l'art devenait un métier; l'instrument un meuble; l'artiste, le savant mécanicien, un fabricant spéculateur. Les héritiers de Sébastien Erard ne pouvaient accepter un semblable rôle ; ils laissèrent à d'autres les consommateurs à bas prix et trouvèrent dans le développement de leurs relations européennes et dans l'extension du goût musical un ample débouché à leurs beaux modèles, à leur irréprochable fabrication.

Cette lutte, d'ailleurs, entre l'intérêt de l'art et celui du commerce n'était pas nouvelle pour eux.

Dès 1785, à l'époque où Sébastien inventait le piano français et s'apprêtait à repousser de notre pays les factures anglaise et allemande, seules admises dans nos salons, les marchands de ces pianos, qui les débitaient à Paris avec les priviléges de leur corporation, cherchèrent à entraver cette industrie nationale à sa naissance, et il fallut l'intervention Auguste de Louis XVI, pour que les ateliers d'Érard restassent ouverts.

Ce brevet royal est le premier titre de noblesse de la famille ; les autres sont les découvertes successives de son chef et les combats qu'il eut à soutenir pour triompher sans cesse de la routine aveugle et de la concurrence commerciale.

Chose remarquable c'est contre elle-même en quelque sorte que la maison Érard a eu les plus rudes assauts à livrer. C'est pour substituer à ses propres procédés adoptés peu à peu par les fabricants des procédés plus parfaits et plus récents, qu'elle a été obligée d'employer la plus persévérante énergie.

Ainsi, à peine Sébastien, protégé par une patente, a-t-il installé à Londres même, au centre de la fabrication anglaise, une manufacture de pianos basée sur le principe de l'échappement simple, et construit ses premiers pianos à queue, l'importation des pianos anglais se réorganisa à Paris avec une nouvelle vigueur, de sorte que quand il invente son nouvel échappement et s'efforce de le substituer à l'ancien, au risque de compromettre sa fortune en luttant contre des habitudes prises, il est réduit à se vaincre lui-même et à renier l'ancien système dont il a été le créateur.

Y a-t-il beaucoup d'industriels, disons même de théoriciens savants, dont la vie offre un pareil amour du progrès, un pareil culte de la perfection ?

Ce que nous avons dit avec quelque détail pour l'échappement est vrai pour la plupart des perfectionnements introduits dans la construction ou dans le mécanisme du piano.

Ainsi, le mode de fixation des cordes sur le sommier des chevilles à l'aide d'un système d'agrafes, la transformation de la cheville en un écrou mobile le long d'une vis de pression destinée à faciliter l'accordage, l'accroissement du diamètre des cordes pour obtenir un son de plus en plus intense.

L'emploi d'un barrage métallique pour consolider la caisse de l'instrument, soumise à un tirage constant qui s'élève parfois jusqu'à 12,000 kilogrammes, enfin l'application de la barre harmonique pour égaliser, dans les grands pianos à queue, les dessus avec les basses et le médium, telle est, rapidement et à vol d'oiseau, la série des améliorations introduites dans la facture, soit par Sébastien Érard, soit par ses continuateurs.

A ceux qui connaissent les luttes de la rivalité industrielle, il sera inutile de décrire la résistance qu'éprouvait à son apparition chacun de ces progrès nouveaux. Mais la persévérance est aisée à ceux qui se sentent forts.

MM. Érard étaient les souverains de la facture. Ils ont usé pour son bien de cette autocratie, et comme les grands artistes se comprennent vite et se prêtent un mutuel concours, tous les exécutants prodigieux qui depuis trente ans parcourent l'Europe au bruit des applaudissements ont adopté pour organe de leurs inspirations et pour instruments de leurs succès une des créations de MM. Érard.

C'est sur un piano de Sébastien que Steibelt et Dussek charmaient les salons de l'empire; c'est sur le premier piano de sept octaves à barrages métalliques que Liszt, en 1824, se faisait connaître à Londres et à Windsor; et, vingt ans plus tard, c'est encore sur des pianos d'Érard qu'il se livre aux élans de ses fougueuses inspirations.

Parlerons-nous des distinctions obtenues à si juste titre par une aussi longue et honorable série de travaux ? Depuis le brevet de Louis XVI, en 1810 la sanction scientifique vint confirmer la protection royale, et l'Institut, toutes ses classes réunies, rangea Sébastien dans le petit nombre des hommes qui ont commencé et fini leur art.

A partir de 1819, une médaille d'or, constamment rappelée, devient en quelque sorte le privilége de cet illustre artiste jusqu'au moment où M. Pierre Érard, son neveu, lui succède et débute, en 1839, par obtenir la supériorité sur tous ses concurrents. Déjà la médaille d'or de son oncle lui était acquise autrement que par hérédité.

Le principal objet de l'exposition de MM. Érard en 1844 consiste dans l'application de tous leurs divers perfectionnements à la construction d'un piano carré, le plus difficile à confectionner des trois catégories de ce genre d'instrument.

Ils ont eu en vue de doter le piano carré de l'intensité et des nuances de son que le piano à queue a seul possédées jusqu'à présent, tout en lui donnant une solidité qui assure l'accord et la précision. Attendons l'opinion du jury sur cette dernière création, destinée en quelque sorte à résumer tous les procédés supérieurs introduits depuis vingt ans dans cette fabrication savante." L'Industrie. Exposition des produits de l'industrie française en 1844, p. 85-87 (Gallica)

Image d'un piano à queue sur l'exposition 1844, Die Pariser Industrie-Ausstellung im Jahre 1844, Friedrich Georg Wieck, p. 24

PARIS - "Sous le titre plus qu'ambitieux : Le piano d'Erard à l'exposition de 1844, la maison Erard a publié un grand in-folio, accompagné de planches représentant surtout les bâtiments de ses vastes ateliers. Le texte de cette singulière publication est en harmonie avec la fastueuse représentation des parties extérieures de l'établissement.

On y chercherait vainement quelque chose de précis, de suffisamment technique sur les conditions employées dans les instruments qui sortent des magasins de cette maison.

La seule chose qui ait un caractère de nouveauté, et dans laquelle je puisse voir franchement figurer les propriétaires actuels de l'établissement, c'est l'application aux pianos carrés de la mécanique de Sébastien Erard, que, jusqu'alors, on n'avait appliquée qu'aux pianos à queue.

Ils annoncent, en outre, des essais pour faire la même application aux pianos verticaux.

Assurément il y a quelque mérite à avoir vaincu les difficultés réelles de la première application, et peut-être d'avoir tenté la seconde; mais, en conscience, je ne puis, en présence des résultats obtenus avec tant de simplicité par M. Pape, emboucher la trompette avec l'auteur, pour féliciter MM. Erard du nouveau service qu'ils auraient, suivant lui, rendu à l'art, en multipliant les applications d'un mécanisme dont l'extrême complication rend le prix hors de proportion avec son utilité, et surtout avec sa durée." Revue scientifique et industrielle, Volume 17, 1844, p. 389

1845

TOULOUSE - "282. Erard (Pierre), facteur, rue du Mail, 13 et 21, à Paris.
Un piano à double échappement. (Petit modèle.)
Un idem. (Grand modèle.)
Un dit carré. (Salle H.)
Un dit oblique." Exposition de Produits de Beaux-Arts et de l'Industrie, Toulouse, 1845, p. 110

TOULOUSE - "Parmi les facteurs qui ont exposé cette année à Toulouse, nous devons citer au premier rang MM. Erard ( Pierre ) et Pleyel et Comp. de Paris. La réputation justement établie de ces deux maisons, les récompenses flatteuses dont ces habiles facteurs ont été l'objet, l'excellence de leurs instruments, justifient cette supériorité.

Nous ne pouvons que joindre nos éloges à ceuxdonnés par les différents juris qui les ont jugés : sanctionner leurs décisions, c'est rendre pleine et entière justice à ces facteurs hors ligne.

Si Paris possède des facteurs aussi distingués, la province n'est pas non plus restée stationnaire; elle est entrée dans une large voie de progrès et de perfectionnement, nous pouvonsmême ajouter d'inventions utiles qui doivent amener avant peu une révolution nouvelle, soit dans le toucher du piano, soit dans lamanière d'écrire pour cet instrument." Exposition des Produits des Beaux-Arts et de l'industrie : A Toulouse dans les galeries du Capitole, 1845, p. 171

1849

PARIS - "M. le ministre de l'agriculture et du commerce vient de nommer membre de la commission des instrumens de musique, sur la présentation unanime du jury de l'Exposition, M. Erard, dont les pianos se trouvent ainsi hors de concours." La Presse, 27/07/1849, p. 3 (Gallica)

PARIS - "En attendant notre revue de l'exposition, signalons provisoirement le nouveau modèle de piano à queue exposé cette semaine par la maison Erard.

Il appartenait à M. Erard de créer un piano de concert en rapport avec les exigences de l'époque, c'est-à-dire un véritable piano-orchestre par la variété et la puissance de ses moyens d'action.

Son nouveau piano à clavier de pédales, qui, par le secours d'une tirasse fort ingénieusement agencée, fait parler, sous la pression des pieds, les deux octaves de notes graves, réalise en effet un pas immense dans la fabrication des pianos. [...]" Le Ménestrel, 29/07/1849, p. 3 (Gallica)

PARIS - "1849. EXPOSITION DES PRODUITS DE L'INDUSTRIE - PIANOS D'ÉRARD. - EXPORTATION.

Dans les circonstances actuelles, où la question du travail est la question vitale de la société, on doit hautement apprécier les services rendus au commerce et à l'industrie de la France par ceux de nos fabricants qui contribuent, par la supériorité de leurs produits, à en étendre la circulation au dehors, et ont ainsi rendu l'étranger leur tributaire.

Parmi les manufactures françaises qui soutiennent avec avantage, sur les marchés extérieurs, la concurrence des fabriques étrangères, se range en première ligne la maison Erard.

La réputation des pianos d'Erard s'étend dans tout le monde musical; on les trouve partout où le goût de la musique est répandu. La supériorité de ces instruments, vrais objets d'art, repose sur les inventions de Sébastien Erard, célèbre mécanicien, dont la place est marquée parmi les hommes de génie de son époque; la maison qu'il à fondée à Paris conserve sa prééminence depuis plus dé trois quarts de siècle, grâce à la constante sollicitude de ses chefs à perfectionner leur art.

Sans la supériorité du principe de fabrication établi par cette maison, saris la perfection d'exécution d'un travail extrêmement précis, il lui eût été impossible de lutter, sur les marchés étrangers, avec les fabriques anglaises et allemandes, renommées, les unes, pour de bons instruments, et les autres pour la modicité de leurs prix.

Les fabriques qui se sont élevées depuis vingt-cinq ans dans les principales villes de l'Europe et de l'Amérique, loin de nuire à la maison Érard, n'onat servi qu'à étendre sa réputation ; car leurs produits divers ont fourni des points de comparaison avec les liens et partout où les professeurs et les amateurs de musique, les meilleurs juges dans cette question, qui donné leur avis d'une manière impartiale, la préférence a toujours été accordée aux pianos d'Érard.

C'est un fait constant, appuyé sur des preuves irréfragables, et dont il sera facile de se convaincre, si l'on veut examiner avec nous l'opinion publique musicale des diverses contrées où les instruments français s'exportent.

ESPAGNE.

Les événements politiques influent toujours d'une manière plus ou moins fâcheuse, sur notre commerce d'exportation; et bien souvent, depuis cinquante ans, les efforts de nos manufacturiers, pour étendre nos relations au dehors, ont été contrariés par les chances de la guerre.

C'est ainsi que le commerce de la maison Erard, autrefois florissant en Espagne et en Portugal, a été complètement paralysé à Madrid et à Lisbonne par l'influence anglaise, au dénoûment de la guerre de la Péninsule.

Partout depuis, à de rares exceptions près, les pianos anglais avaient succédé à ceux d'Erard; et la jeune reine d'Espagne, Isabelle II, avait fait venir à grands frais, d'Angleterre, un piano pour orner son salon de Madrid; mais ayant eu, il y a deux ans, l'occasion d'entendre, sous les doigts de Thalberg, un piano perfectionné d'Erard, elle fut séduite par la beauté du son et la précision du clavier, et en fit venir un de Paris immédiatement. Le succès de ce piano fut complet.

Si la beauté des sons et la perfection du clavier du piano d'Erard avaient décidé la préférence de la reine d'Espagne, la solidité de sa construction vint la confirmer, d'une manière d'autant plus marquante, que le piano de l'ancienne construction anglaise qu'elle possédait n'avait pu résister au climat sec et pénétrant de Madrid.

Il s'était promptement détérioré, tandis que celui de la nouvelle construction d'Erard se maintient parfaitement. La reine, satisfaite de trouver dans ce nouveau piano toutes les qualités réunies, en voulut témoigner sa satisfaction à MM. Erard en leur conférant le titre de ses Facteurs ordinaires.

Cette distinction obtenue par l'invention d'Erard doit nécessairement rejaillir, d'une manière avantageuse, sur les fabriques françaises. Cet éclatant succès était même indispensable pour relever, en Espagne, la réputation de notre fabrication, gravement compromise, sous le rapport de la solidité, par des accidents sérieux arrivés à des pianos fabriqués en France sur l'ancien principe anglais.

ITALIE.

Dans cette belle patrie de la musique, ce n'était pas l'influence anglaise que les fabriques françaises avaient à combattre; c'était celle de l'Allemagne, et les fabriques de pianos de Vienne en exportaient annuellement en Italie pour des sommes considérables.

Si les pianos de Vienne étaient inférieurs à ceux d'Angleterre sous le rapport de la solidité, ils se recommandaient en Italie par leur bon marché; car les Viennois offraient leurs pianos au commerce pour la moitié du prix auquel les Anglais et nous livrions les nôtres.

Il est vrai de dire que ces instruments étaient construits si légèrement, qu'ils duraient très-peu, même sous les doigts d'un amateur; et quand ils tombaient par hasard sous la main énergique de quelques-uns de nos grands pianistes, les marteaux et les cordes volaient souvent en éclats avant que le concert fût fini.

Ces mésaventures cruelles pour les virtuoses qui voulaient se faire entendre en public, furent, en grande partie, la cause du succès des pianos d'Erard en Italie.

Le public de Naples fut tout étonné d'entendre, un jour, le merveilleux effet d'un piano d'Erard dans la vaste salle de San-Carlo; et son étonnement redoubla lorsqu'il vit le piano résister à la fatigue de tout un concert sans éprouver le moindre accident, ni dans le mécanisme, ni dans l'accord.

Cette réputation de supériorité de la fabrication française s'étendit bientôt dans toute l'Italie. Ses virtuoses et ses vrais amateurs voulurent posséder des pianos d'Erard. Ils comprirent bientôt qu'indépendamment de l'excellence des instruments, il y avait avantage, sous le rapport de l'économie, à faire venir des pianos de France, puisqu'ils se conservaient et duraient plus longtemps.

Aussi la maison Erard vit-elle bientôt arriver les commandes de Naples, Florence, Milan, Venise, Turin, Rome et Gênes ; d'où l'on peut conclure que la supériorité du principe des pianos Erard sur ceux de Vienne a fait pencher la balance du côté de notre commerce, et que les fabriques de France ont profité largement de ce revirement de l'opinion publique, amené, sans contredit, par la perfection des pianos d'Erard.

L'effet de cette bonne réputation s'est fait sentir même à Constantinople et dans le Levant, où les pianos introduits jusqu'alors laissaient surtout à désirer sous le rapport de la solidité. S. A. Saïd-Pacha et d'autres amateurs distingués de ces contrées viennent de s'adresser à MM. Érard, dans l'espoir de se procurer des instruments capables de résister à l'influence pernicieuse du climat du Delta.

LA SUISSE.

Cette contrée se trouvant à peu près dans les mêmes conditions que l'Italie, notre exportation fut produite et étendue de ce côté de la même manière. Les amateurs et professeurs ont payé volontiers le double du prix d'un piano allemand pour un piano d'Erard, quand ils ont voulu posséder un piano parfait.

LA RUSSIE.

Pendant longtemps la Russie faisait venir des pianos d'Angleterre et d'Allemagne; mais aujourd'hui on fabrique, sur les anciens principes, d'aussi bons instruments à Saint-Pétersbourg qu'à Londres ou à Vienne : les fabriques indigènes sont soutenues par des droits protecteurs fort élevés, indépendamment des frais de transport.

Les Russes, jaloux de protéger leurs fabriques par esprit de nationalité, ne feraient certainement pas venir des pianos de l'étranger, s'ils ne reconnaissaient dans notre fabrication une supériorité marquée : or, cette supériorité se trouve surtout dans les pianos d'Erard ; car les autres ne sont que des imitations, plus ou moins heureuses, des pianos des anciens principes.

Aussi les amateurs russes ne reculent-ils devant aucune dépense pour avoir un piano d'Erard; et bien que les frais accessoires en fassent monter le prix, à leur arrivée à destination, à la somme de 4 à 5,000 francs, on en trouve chez les seigneurs russes à Pétersbourg, à Moscou, dans l'intérieur de la Russie et jusque dans le sud, où ils pénètrent par Odessa.

LA PRUSSE.

Berlin n'a jamais été aussi célèbre que Vienne pour les fabriques de pianos. Les facteurs de Vienne ont eu le mérite d'adopter les premiers le principe de construction de Stein d'Augsbourg; leurs confrères de Berlin se sont bornés à les copier avec plus ou moins de perfection.

Aujourd'hui encore à Berlin, lorsqu'un grand artiste veuf se faire entendre, il fait venir son piano du dehors. C'est ordinairement à ceux d'Erard qu'on donne la préférence, et, dans les concerts de la cour, c'est un piano de cette manufacture de Paris ou de Londres qui occupe la place d'honneur.

Il s'établit, il y a quelques années, à Cologne, chef-lieu de la Prusse rhénane, une fabrique de pianos qui prit pour modèle des pianos de Paris, copiés eux-mêmes sur des pianos anglais. Cet état de choses cessa lors de l'arrivée à Cologne d'un grand pianiste qui, à la vue de ces copies anglofrançaises, s'écria, avec toute la franchise qui le caractérise: « Si vous voulez copier, copiez donc Erard! »

C'est à dater de cette époque que commencèrent les relations de la maison Erard avec cette grande ville et la Prusse rhénane. La préférence marquée du grand pianiste pour le principe d'Erard fit pencher le choix des amateurs en faveur des pianos français, qui furent naturellement préférés à leurs copies.

L'invention d'Erard, moins bien comprise par les imitateurs, laissa beaucoup à désirer sous le rapport de l'exécution. La supériorité de fabrication se conserva dans la fabrique-modèle de Paris.

Comment, en effet, serait-il possible d'imiter parfaitement les produits de cet ancien établissement, dont le personnel, aussi habile qu'exercé, est constamment occupé à perfectionner un nouveau genre de travail excessivement difficile et coûteux.

On ne se borna pas en Prusse à copier les grands pianos d'Erard ; d'autres facteurs imitèrent les pianos obliques de cette maison, classés en première ligne par le jury de l'exposition de 1839; on alla jusqu'à mettre le nom d'Erard sur ces copies. La maison Erard a dû chercher à réprimer ces fraudes; elle vient de fonder à Cologne une maison, sous la raison Heimann et Cie, pour la vente spéciale de ses pianos, avec toute garantie de certificat d'origine.

BELGIQUE.

La Belgique, comme la Prusse, ne peut pas se flatter de nationalité en fait de pianos. Les instruments que l'on y fabrique sont des copies des Anglais, des Allemands et des Français : aussi la maison Erard s'y trouve-t-elle, vis-à-vis des contrefacteurs, à peu près dans la même situation qu'en Prusse.

Pour sauvegarder ses intérêts et ceux des amateurs, elle a formé à Bruxelles, conjointement avec M. Rummel, une maison où les artistes trouvent des pianos Erard pour se faire entendre en public, et où les amateurs ont à leur disposition un choix d'instruments qui ne le cèdent, sous aucun rapport, à ceux que l'on trouve dans la maison de Paris. [voir RUMMEL (°1846)]

HOLLANDE.

Avant que les pianos d'Erard fussent connus dans ce pays, les fabriques allemandes et anglaises étaient en possession exclusive de cette branche de commerce. La supériorité du nouveau principe des pianos d'Erard sur les autres vint changer cet ordre de choses, et ouvrir de nouveaux débouchés au commerce français dans le Nord.

Il est hors de doute que, si les pianos français, eussent tous été des copies des modèles anglais, on ne serait pas venu les cherchera Paris, car les sympathies et les tendances commerciales de la Hollande et de la Belgique inclinent plutôt vers l'Angleterre et l'Allemagne; mais ces sympathies ont été d'abord ébranlées par la supériorité du nouveau système d'Erard, et ensuite définitivement conquises, lorsque les amateurs et professeurs hollandais ont eu les oreilles frappées par la beauté et l'étendue du son des pianos Erard joués en public par nos grands pianistes.

Les facteurs étrangers mirent tout en oeuvre pour arrêter ce succès, mais leurs efforts furent impuissants. Lorsqu'il s'agit de leur réputation, les artistes choisissent toujours, pour se produire en public, l'instrument qui leur offre les avantages réunis de la beauté du son, de la précision du clavier, et de la solidité à toute épreuve du mécanisme et de l'accord; ce sont là les qualités qui distinguent au plus haut degré les pianos d'Erard.

L'ANGLETERRE.

La réputation justement méritée de la fabrication anglaise pour les pianos sert encore à faire ressortir tout le mérite de l'invention de Sébastien Érard, puisque cette invention l'a emporté, à Londres même, sur l'ancien principe de fabrication.

Il faut le dire à la gloire d'un mécanicien français, pour arriver à un résultat aussi honorable, il fallait le génie et la persévérance de Sébastien Érard. Il débuta, en Angleterre, par la fabrication des harpes, instrument national dans les îles Britanniques.

La carrière de cet inventeur, marquée par tant de découvertes précieuses, avait commencé à Londres, en 1794, par la harpe à simple mouvement. La harpe à double mouvement, chef-d'oeuvre de mécanisme, et, comme instrument à sons fixes, le plus remarquable peut-être sous le rapport des ressources harmoniques, parut également à Londres en 1810.

Treize ans après, Sébastien Erard exposait, à Paris, le modèle de son nouveau principe de mécanisme pour le piano.

C'était le résultat de ses laborieuses recherches. Ce mécanisme, fruit de sa longue expérience, est si parfait, qu'il ne laisse rien à désirer; et l'on peut appliquer au piano à double échappement, ces mots du rapport de l'Institut sur la harpe à double mouvement :

« que Sébastien Erard était du petit nombre d'hommes privilégiés qui ont commencé et fini leur art. »

Que l'on compare les premiers travaux d'Erard en 1779, son clavecin mécanique conservé dans les magasins de la rue du Mail, avec le grand piano de concert fabriqué en 1849 par la même maison, et l'on sera forcé de convenir que l'éloge est aussi bien mérité pour le piano qu'il l'était pour la harpe.

La maison Erard de Londres n'a commencé la fabrication des pianos sur le nouveau principe d'Erard qu'en 1824.

Après vingt-cinq ans de lutte et de persévérance, la prééminence de cette invention est irrévocablement établie sur l'ancien principe, bien que ce dernier ait été soutenu par la toute-puissance des grands fabricants anglais qui l'exploitent exclusivement depuis trois quarts de siècle.

Il n'en est pas des conquêtes des arts comme de celles de la guerre : les premières profitent à tout le monde.

La fabrique de pianos du nouveau principe, établie par Érard en Angleterre, est un bienfait pour l'art musical en général. L'Angleterre, en protégeant cette fabrique, appréciait le nouveau service qu'elle rendait à l'art par la propagation d'un perfectionnement précieux dans le grand centre de l'industrie anglaise.

L'importance que l'on attache, en Angleterre, à toute invention dont le but est de faire avancer les arts manufacturiers, a été prouvée en cette circonstance d'une manière bien remarquable.

Le conseil privé de la reine, après s'être fait rendre un compte détaillé des mérites de l'invention d'Érard, et de l'influence qu'elle pouvait exercer sur le commerce extérieur de la branche d'industrie à laquelle elle s'appliquait, a rendu un arrêt pour étendre la durée ordinaire du brevet de quatorze ans à vingt et un ans ; juste récompense des services que cette maison a rendus à son art, en stimulant par ses inventions et ses perfectionnements l'émulation de la concurrence.

Cette position exceptionnelle de la maison Erard à Londres a contribué, d'une manière singulièrement efficace, à avancer, en Europe, le progrès de la facture des instruments de musique.

A Londres, à Edimbourg, à Dublin et dans les autres principales villes du royaume, le concert d'un grand pianiste est-il annoncé, c'est un piano d'Erard qui préside dans l'orchestre! A l'exemple des professeurs, les vrais amateurs et connaisseurs recherchent les pianos de ce nom avec un égal empressement.

Il est glorieux pour cette maison de compter à leur tête S. M. la reine Vittoria, qui a pris sous sa royale protection la fabrique anglaise d'Erard. S. A. R. le prince Albert, en choisissant aussi pour la résidence favorite d'Osborne un piano perfectionné d'Erard, est venu confirmer la popularité des pianos de cette fabrique en Angleterre.

Nous donnons ici la vue réduite du piano du prince Albert, fabriqué par MM. Erard sur les dessins de S. A. R.

La réputation dont jouissent les pianos d'Érard dans les îles Britanniques s'étend chaque jour davantage dans les colonies anglaises et dans les possessions des Indes.

Les relations établies par cette voie avec les climats des tropiques les plus contraires à la nature de cette fabrication, ont doté les ateliers d'Erard d'une expérience fructueuse des effets variés que les différents climats d'outre-mer exercent sur les instruments de musique.

Cette expérience de la fabrique de Londres vient encore contrôler et fortifier celle de la fabrique de Paris, dont l'exportation pour nos colonies et les différentes contrées de l'Amérique, telles que la Nouvelle-Orléans, Rio de Janeiro et Buenos-Ayres, etc., etc., a fourni, depuis plus de cinquante ans, de salutaires leçons pour les précautions indispensables à prendre, telles que boulonnage des sommiers, barrages, etc., etc.

Cette expérience, résultat de tant d'années de patientes observations, cette sollicitude persévérante dans la recherche du mieux, ont porté leurs fruits dans les dernières circonstances qui sont venues paralyser les relations habituelles de la société française et bouleverser l'Europe.

Les affaires, réduites subitement à moitié, l'auraient été dans une bien plus grande proportion sans les relations que cette maison a conservées à l'extérieur, et qu'elle s'efforce de maintenir et d'étendre par le perfectionnement indéfini de sa fabrication.

Les nouveaux modèles présentés à l'exposition de 1849 par cette maison en sont la preuve.

Indépendamment de la belle qualité du son, de la précision exceptionnelle des claviers, basée sur le principe du mécanisme de l'invention d'Erard, la condition la plus importante pour l'exportation, celle de la solidité, a été résolue d'une manière incontestable pour les différents genres d'instruments, à queue, carrés et verticaux." Exposition des produits de l'industrie française, 1849 : exportation. Pianos d'Érard en Espagne, Italie et le Levant, Suisse, Russie, Prusse, Belgique, Hollande, Angleterre et les Indes, Amérique, 1849,  p. 3-15 (Gallica)

PARIS - "Tout le monde a remarqué la magnifique exposition de MM. Erard. MM. Erard, qui vendent spécialement des instruments de luxe et d'un prix élevé, ont compris que l'acheteur, quelque fortune qu'il possède, ne peut renouveler souvent une pareille acquisition, et ils ont su joindre la solidité de la fabrication à l'élégance, disons mieux, à la. richesse de leurs instruments.

Quant à la sonorité de ces pianos, elle est d'une très grande puissance. Sous la main d'un virtuose habile, et dont le jeu a de la vigueur et de l'éclat, le piano d'Erard devient un orchestre, ses effets d'harmonie sont immenses, inouïs.

Mais s'il a une sonorité puissante dans les passages de force, il peut rendre également les nuances les plus délicates, et c'est là surtout ce qui fait la supériorité de ces facteurs, et ce qui fait rechercher davantage leurs produits exportés aujourd'hui dans les quatre coins du monde.

Il est inutile de dire que MM. Erard ont obtenu des médailles aux diverses expositions où ils ont concouru, et que parfois mème, ils ont été mis hors de concours, preuve évidente de leur supériorité reconnue sur les les autres grands facteurs parisiens, tels que MM. Pape, Pleyel, etc., etc.

Cette année, MM. Erard n'en ont pas été moins actifs qu'aux autres expositions précédentes. Ils ont présenté huit instruments nouveaux modèles, perfectionnés, savoir :

1. Un nouveau grand piano à queue, de concert ;
2. Le mème modèle avec un clavier de pédales ;
3. Un piano à queue de salon perfectionné ;
4. Un piano carré ou de salon, perfectionné;
5. Un nouveau grand piano oblique à sept octaves;
6. Un piano oblique, modèle de 1839, perfectionné;
7. Un piano droit, fabriqué expressément pour les pays d'outre-mer;
8. Des harpes à double mouvement.

Ces différents modèles se distinguent par une belle qualité de son, la précision et la perfection du mécanisme et leur excellente solidité de fabrication.

Ces facteurs, qui ont beaucoup de commandes pour l'étranger, se sont surtout attachés à rendre leurs pianos capables de résister aux influences des climats contraires d'Europe et d'outre-mer.

On ne saurait trop appeler l'attention des amateurs ou artistes sur cette maison importante, dont les produits honorent l'industrie française, et qui, en augmentant considérablement les ressources du piano, ont par cela même agrandi le domaine de la science musicale.

Ils ont droit à la reconnaissance de tous les amis de l'art et du progrès." La Mode : revue des modes, galerie de moeurs, album des salons, 15/07/1849, p. 117-118 (Gallica)

1850

TOULOUSE - "Erard (Pierre-Sébastien), de Paris, rue du Mail, représenté par M. F. Martin aîné.
209. Deux pianos à queue, grand format et petit modèle. [A]
210. Un piano droit. [A]" Exposition de Produits de Beaux-Arts et de l'Industrie, Toulouse, 1850, p. 54

TOULOUSE - "La commission, nommée pour l'examen des instruments demusique, avait annoncé dans sa première réunion qu'elle allait d'abord s'occuper de l'appréciation des nombreux pianos envoyés à l'exposition.

Elle déclarait en même temps que trois exposants devaient êtremis hors de concours : M. Erard, qui, par l'excellence de ses produits, a été nommé, il y a déjà quelques années, membre de la Légion-d'Honneur, et qui n'envoie plus ses instruments aux différentes expositions de France et de l'étranger que pour prouver qu'il est toujours à la tête des facteurs de tous les pays ; M. Boisselot, facteur de pianos, à Marseille, qui a obtenu, à Paris et à Toulouse, des médailles d'or et les rappels de ces hautes distinctions ; enfin, M. Kriegelstein, qui vient d'obtenir à l'exposition nationale de 1819 la médaille d'or, comme témoignage de la supériorité de ses instruments.

Il est de notre devoir de rapporter l'incident qui s'est produit dans cette séance. M. Boisselot, qui avait été introduit pour donner quelques explications, a déclaré vouloir concourir avec M. Erard.

Sur l'observation qui lui était faite, que M. Erard, d'accord avec la décision de la commission, n'entendait plus concourir dans aucune exposition de France, M. Boisselot s'est alors écrié vivement, qu'il était las d'être traîné à la remorque de M. Erard ; que ses pianos étaient meilleurs que ceux de ce facteur ; qu'il construisait mieux que lui ; et qu'il allait faire retirer ses instruments, puisqu'il n'y en avait pas un capable de lutter avec les siens.

La commission du jury, étonnée de cette assurance, résolut alors, tout en maintenant sa première résolution, de comparer les instruments de ces deux facteurs, et d'émettre son opinion avec toute l'indépendance dont elle était animée.

Il est résulté de cet examen approfondi que, tout en rendant justice à la bonne facture de M. Boisselot, celle de M. Erard l'emportait de beaucoup dans les différents genres de pianos exposés.

Ainsi, les pianos droits à cordes verticales de M. Erard ont été jugés meilleurs que ceux de M. Boisselot, soit dans l'égalité, l'intensité, la rondeur du son et surtout dans la facilité du clavier.

Il en a été de même d'un piano oblique où les qualités les plus essentielles et les plus indispensables l'ont encore emporté sur les instruments de M. Boisselot.

Passant auxpianos à queue, la commission a déclaré un animement que ces instruments pouvaient servir demodèle aux facteurs les plus en renom, et que M. Erard avait obtenu dans ces pianos une admirable sonorité, ronde, brillante dans toutes ses parties.

Elle a trouvé que les basses étaient excellentes de profondeur et d'intensité, que le médium était d'un moelleux exquis et d'une égalité parfaite, que les parties élevées du clavier offraient une pureté de son qui ne laissait rien à désirer, et que cette partie n'était jamais écrasée par les extrémités graves de l'instrument.

Quant au clavier, au double échappement dont M. Erard est l'inventeur, à la douceur extrême de son toucher, à la facilité avec laquelle on adoucit et on renforce les sons, aucune expression ne peut donner une idée de cette ingénieuse mécanique ; c'est l'exécutant seul qui peut apprécier les immenses avantages que lui donne cet admirable clavier, qui est composé de touches qui semblent disparaître sous les doigts, et qui, par leur extrême souplesse, leur rapidité de percussion, permettent à l'artiste de donner à son exécution les plus délicates nuances, et d'imprimer à son jeu ce que l'expression a de plus difficile et de plus chaleureux.

Toutes ces qualités font des pianos deM. Erard des instruments hors ligne, et leur assurent une supériorité que personne, jusqu'à ce jour, n'a pu leur enlever. Les pianos droits et mi-obliques de M. Boisselot ont été jugés d'une bonne facture, quoique les sons ne soient pas toujours d'une égalité parfaite, et que les claviers laissent à désirer sous le rapport de la douceur du toucher.

Ses pianos à queue, grand format, sont sans doute d'excellents instruments, et, s'ils ne réunissent pas les avantages de ceux de M. Erard, ils n'en sont pas moins recommandables, et classent la facture de M. Boisselot parmi les premières fabriques de la capitale, enmême temps qu'ils le placent à la tête des facteurs de la province.

En résumé, les sons de ces instruments possèdent une grande puissance, une excellente égalité, un clavier facile qui fuit bien sous les doigts ; ils méritent, sous tous ces rapports, la haute réputation dont ils jouissent.

Telle est l'appréciation impartiale qui a été faite des pianos de M. Erard et de M. Boisselot, et que je jury a cru devoir publier dans ce rapport." Exposition des Beaux-Arts et de l'Industrie à Toulouse dans les galeries du musée : Année 1850, p. 177-179

1851

Expo Londres 1851, The Crystal Palace, and its contents : being an illustrated cyclopaedia of the great exhibition of the industry of all nations, 1851, p. 200 (archive.org)

LONDON - "The house of Erard sends several splendid harps and a number of pianofortes, among which we perceive a revival of the old method of attaching pedals to an instrument.

This calls to our mind having seen, long ago, an instrument with an octave and a half of pedals, by Kirkman, belonging to the celebrated Bartleman, and which he considered a great curiosity." The Crystal Palace, and its contents : being an illustrated cyclopaedia of the great exhibition of the industry of all nations, 1851, p. 42 (archive.org)

LONDON - "The grand of Erard on the foreign side, is a very chaste and beautiful specimen of the French style of ornamental cabinet-work.

It is of tulip-wood banded with panels of elegant design, richly inlaid with gold, silver, and tortoiseshell, with ormoulu mouldings, while the instrument is supported by well-executed figures in gilt metal, springing from a stand of the same wood.

As a piece of elegant musical furniture it is perfect in design and execution. (see picture just her above)" The Crystal Palace, and its contents : being an illustrated cyclopaedia of the great exhibition of the industry of all nations, 1851, p. 200-201 (archive.org)

LONDRES - "496 Erard, P. O. 18 Great Marlborough St. Inv. Des. and Manu. — New patent metal frames for pianofortes. Harps. 'Prince of Wales' harp, richly decorated." Official catalogue of the Great Exhibition of the Works of Industry of All ..., Great Britain. Commissioners for the Exhibition of 1851, p. 68

LONDON - "Mr. P. Erard has exhibited a variety of pianofortes in the British and French Departments.

In these pianofortes considerable improvements have been made with regard to the mechanical part of the action, which has become one of the most perfect existing, — answering the purposes of the most intricate manual dexterity of the performers of modern times.

This maker combines with his improved mechanical action a peculiar structure of the body of the pianoforte, by which a highly-successful result is attained.

Various patented improvements in the mechanism, See., of pianofortes, are displayed in the instruments exhibited by Mr. Erard, of which the following is a description :

British Department.
— 1. Extra grand pianoforte, in walnut-wood, with carvings gilt; seven octaves, A to A; with Erard's patent repetition action (1821); patent upbearing (1809); complete system of metallic bracing (1825); and other improvements (1850). See description in remarks.
— 2. Extra grand piano (1850), with pedal keys.
— 3. Extra grand piano, with new patent metal wrest-plank (1850).
— 4. A short grand, six and threequarters octaves, new scale, C to A; in a rose-wood case, with nullings.
— 5. Extra grand walnut, oblique, with carvings in the Elizabethan style; seven octaves, A to A; braced with four metallic bars (1850). Action patented (1840).
— 6. The same, in ebony, inlaid with silver (repetition action); also braced with four metallic bars (1850).
— 7. Satin-wood; six and three-quarters; oblique. Patent of 1840.
— 8. A new patent frame, with new screws, tuning apparatus for upright pianofortes; the same having been specified in the patent for horizontal pianofortes.

French Department.
—1. Extra grand pianoforte, in tulip-wood case, inlaid with silver bands, tortoiseshell, and brass, elaborately engraved, supported by 6ix caryatides, in the most rich and elegant style; seven octaves, A to A. Patents of 1809, 1821, 1825, and 1850.
— 2. Extra grand pianoforte in rosewood, with or-molu ornamenti; seven octaves, A to A.
— 3. Short, or semi-grand, with repetition action (1809); six and three-quarters octaves, C to A.
— 4. Grand square pianoforte, of a new form, with repetition action (1821), metal bracing (1825), upward bearing (1809), on the principle of Erard's grand; six and three-quarters octaves, C to A.
— 5. Grand oblique of seven octaves, braced with tour metallic bars. Patents ol 1840 and 1850.
— 6. Oblique rosewood, with or-molu mouldings: six and three-quarters octaves, C to A. Patent of 1840."
Reports by the Juries on the Subjects in the Thirty Classes Into which the ..., 1851, p. 329

LONDRES - "The house of Erard sends several splendid harps, and a number of pianoforte among which we perceive a revival of the old method of attaching pedals to an instrument.

This calls to our mind having seen, long ago, an instrument with an octave and a half of pedals, by Kirkman, belonging to the celebrated Bartleman, and which he considered a great curiosity. Messrs. Collard, among other instruments, send specimens of their square and cabinet pianos, for which they are so famous. [...]

We have had our attention directed to the new repetition mechanism introduced into tlie concert grand pianoforte exhibited by the same firm, which, while it is as effective as that patented by the late Mr. Erard, is of a totally different construction; and the tendency of those actions to get deranged and to become noisy is here removed, and with a perfect repetition the touch is as smooth and light as can be desired. [...]

In regard to the foreign pianofortes, we may safely say. without any undue assuraption of national superiority, that they by no means rival the productions of English skill and industry.

The Paris pianofortes, next to our own, are the best; and the best of them are those of Erard, also an English manufacturer." The Crystal Palace, and its contents : being an illustrated cyclopaedia of the great exhibition of the industry of all nations, 1851, p. 42 (archive.org)

LONDRES - "Erard besides his grand in the Nave, sent more harps, and five other pianos, ordinary enough in their appearance. We cannot perceive the utility of thus exhibiting duplicates of the same article, while in the warehouses of anv of our principal manufacturers dozens of instrument - it could be found very superior in appearance." The Crystal Palace, and its contents : being an illustrated cyclopaedia of the great exhibition of the industry of all nations, 1851, p. 201 (archive.org)

LONDRES - "ERRARD [sic], PIERRE, 12 & 32 Rue du Mail, Paris-Manufacturers.

Pianofortes of various patterns, Carved pianoforte. This instrument is represented in the annexed Plate, 249. Harp, from an invention patented in England." Official descriptive and illustrated catalogue of the Great exhibition of the works of industry of all nations, 1851

LONDRES - "496. ERARD, PIERRE ORPHEUS, 18 Gt. Marlborough Street — Inventor, Designer, and Manufacturer.
 

New patent pianofortes — ornamented extra-grand; extra-grand with pedal keys; small grand, improved new scale; grand oblique, ornamented in the Elizabethan style, adapted to extreme climates; grand cottage; reduced cottage; extra-grand and grand oblique.

Plate 22.

The plate 22 represents a front and side elevation of the Elizabethan pianoforte.

New patent metal frames for pianofortes, intended to carry the principal part of the weight or pull of the wires, independent of the wood frame, with a new screw apparatus for tuning attached to the same; particularly adapted to extreme climates.

Harps:—full and second size, newly improved; third size; highly ornamented; fourth size, adapted for young beginners. "Prince of Wales' harp" decorated.

[The difficulty of keeping harps in order in extreme climates is greatly lessened by always placing them, when not used, in a common mahogany case. — H. E. D.]" Official, Descriptive and Illustrated Catalogue. Class X. Philosophical, Musical, Horological and Surgical Instruments, 1851, p. ?

LONDRES - "DE PIANO'S VAN ERARD (Te Utrecht is het Depót der Piano's van Erard gevestigd in het hoogst aanbevelenswaardig muzijk- en Instrument-magazijn van den Heer H. Rahr.).

Er is misschien geen werktuig, en, voorzeker, geen muzijkinstrument, dat, gedurende de laatste halve eeuw, waarin geheel de Industrie zulk eene hooge vlugt nam, tot eene grootere volmaaktheid is gestegen dan de Forte-Piano.

Door haren tweeslachtigen aard, te gelijk tot instrument en meubel dienende, heeft de Piano bijzonder de aandacht der fabrikanten tot zich getrokken; de aanzienlijke hoogte, waartoe deze tak van nijverheid is opgevoerd, tracht dan ook nog dagelijks toe te nemen, en straks zal men misschien wel eene kamer zonder tafel, maar niet meer zonder Piano vinden.

Men kan zich niet voorstellen, welke leelijke, wonderlijke vormen, wanstaltige sieraden en onbeduidende of belagchelijke veranderingen van mechanismus daaraan dikwijls gegeven zijn. Vele fabrikanten, zich niet kunnende onderscheiden door werkelijk nuttige uitvindingen, hebben onhandig nagemaakt wat vóór hen gedaan was, terwijl zij hunne onkunde onder allerlei hoogdravende woorden verborgen.

De menigvuldige goede verbeteringen, echter, daaraan toegebragt, heeft men meer bijzonder, ja, men kan zeggen uitsluitend aan de volharding der Heeren Erard te danken, wier onvermoeide pogingen tot verheffing hunner kunst, benevens het vindingrijk vernuft van één hunner, den Heer Sebastiaan Erard, het fabrikaat der Piano's in al hare onderdeden tot den hoogsten trap van volmaaktheid hebben opgevoerd.

De naam van het huis Erard heeft dan ook met regt niet alleen eene Europesche vermaardheid verkregen, maar, zelfs in alle anderen oorden der wereld zijn de voortbrengselen dezer kunstenaars mede op de grootste waarde geschat.

Gedurende vele jaren zijn de Piano's slechts zeer gebrekkige werktuigen geweest, die, ja, wel toonen voortbragten, doch bijna geheel ongeschikt waren, om het wezenlijk karakter der muzijk, volgens de inzigten van den Componist, met gevoel en warmte, uit te drukken; en niets werd er tot werkelijke verbetering daarvan aangewend, tot dat Sebastiaan Erard, aangespoord door de gegronde klagten der groote meesters van dien tijd, met Steibelt en Dusseck aan het hoofd, er zich ernstig op toelegde, om een nieuw stelsel te vinden, dat al deze gebreken zou verhelpen.

Na jaren arbeids en grooteopofferingen gelukte het hem, eindelijk, in 1810, eene Piano te vervaardigen, waarvan het mechanismus, wel is waar, slechts het voorspel van het hedendaagsche was, doch die in de muzijkale wereld toen toch veel opgang maakte.

Niettemin werd deze uitvinding van vele kanten onbillijk beoordeeld: de tegenstanders van Erard spaarden geene moeite, om het oude systema op alle mogelijke wijzen te verdedigen, en daaraan de voorkeur te doen geven.

Eveneens ging het met al zijne latere verbeteringen, en had hij zich toen laten ontmoedigen, voorzeker, zoo zouden wij thans niet den dubbelen hamerval van Erard bezitten, en wij betwijfelen ook of de uitvinding van de trom (waarvan thans, Goddank, geen sprake meer is), in dien tijd door zekeren piano-fabrikant zoo zeer aangeprezen, de groote pianisten wel schadeloos zou hebben gesteld voor het gemis der voordeelen van de nieuwe Piano van Erard, welke zij thans zoo goed weten te behandelen.

Met regt kan dus gezegd worden, dat het nieuwe systema van Erard een werk is van uitstekend vernuft, gepaard met de grootste volharding.

Achtereenvolgens zijn door hem de moeijelijkste vraagstukken in de Piano-Fabrikatie opgelost, en de tegenwoordige volmaaktheid van het Corps sonore, de verhouding der snaren, de inrigting om hare zamentrekking onschadelijk te maken, het aanhechten en bevestigen ervan, om ze zuiver te doen trillen, en nog véél meer, is men aan hem verschuldigd.

Het is hier de geschikte plaats, om, met een enkel woord, de voornaamste punten aan te stippen, die nog, behalve het mechanismus, door de Heeren Erard in de Piano-fabrikatie zijn verbeterd, terwijl tevens de datums der aan hen verleende octrooijen daarvan ten bewijze strekken kunnen.

In 1809 werd hun een octrooi verleend voor de uitvinding cener Piano in den vorm van klavier of staartstuk, zijnde. dit de eerste proef van het nieuwe systema, dat den enkelen hamerval (Engelsch mechanismus genaamd) vervangen moest.

Dit octrooi bevatte nog, behalve dat, eene nieuwe manier, om de snaren der Piano stevig vast te hechten en te ondersteunen, hetgeen vooral in de hooge toonen van veel belang is, waar de snaar zeer digt bij het steunpunt door den hamer wordt aangeslagen, terwijl de zuiverheid der trilling veel afhangt van de stevigheid, waarmede dit gedeelte bevestigd is.

Zij bereikten dit doel geheel met de snaren door een metalen oog te laten gaan, en ze vandaar in eene schuinsche rigting opwaarts aan de stempennen vast te hechten.

De snaren der Piano's van dien tijd (1810) waren zeer fijn; het min of meer zamentrekken er van verhinderde de fabrikanten, om zwaardere te gebruiken, daar de kas geen genoegzamen tegenstand aan die trekking bieden kon.

Het was nu noodig, hierin te voorzien, en ook in dat opzigt zijn de Heeren Erard volkomen geslaagd door de uitvinding van hun Barrage métallique (1822), waarmede de Piano's tegenwoordig van snaren kunnen voorzien worden, die tweemaal zoo dik zijn als vroeger, zonder dat daardoor de kas in het minst te lijden heeft.

Door dit middel kan men de kas eener piano eene voortdurende trekking doen ondergaan, gelijkstaande met eenekracht van ongeveer 12000 Ned. pond. zonder ontstemming van het instrument. De grootste verbetering der Piano is echter door het nieuwe mechanismus van den hamerval van Sebastiaan Erard, in 1823, aangebragt.

Om de geheele waarde van deze even groote als eenvoudige uitvinding goed te begrijpen, is het noodzakelijk, de ontelbare hinderpalen te kennen, welke de pianist ontmoette, als hij aan zijn spel de noodige vlugheid en uitdrukking geven wilde.

Met de harp toch werkt de kunstenaar ommiddelijk op de snaren, en kan haar alle bewegingen, zoowel zacht en slepend als krachtvol, mededeelen; doch tusschen de vingers van den pianist en hetgeen hij wil voordragen, bevinden zich de toets, de hamer en nog vele andere bijzaken.

In het oude systema kon men den hamer niet op nieuw doen aanslaan, voordat de toets weder op gelijke hoogte met de anderen teruggekomen was.

De verhelping van dit belangrijk gebrek is de muzijkale wereld aan het vernuft van Sebastiaan Erard verschuldigd : hij plaatste tusschen de toets en den hamer een hefboom, een meesterstuk van werktuigkunde, waardoor de beweging van den hamer aanzienlijk werd vergroot, zonder het aanslaan der toonen te verzwaren; door bijvoeging eener springveer, kan de hamer worden opgehouden na de aanraking der snaar, teneinde, bij de minste drukking, den aangegeven toon te kunnen herhalen.

Het instrument, nu onderworpen en gehoorzaam, trilt en zucht onder de hand, die het bespeelt, alsof een onzigtbare geest, aan elke snaar verbonden, daar aanwezig is, om de gedachten van den spelenden kunstenaar volkomen juist te ontboezemen.

Eene groote verbetering, door de Heeren Erard in 1827 aangebragt, is het vervaardigen der bassnaren van metaal op eene wijze, dat zij door de verandering van temperatuur niet gevoelig worden aangedaan, en bij gevolg niet ontstemmen, zooals dit bij de snaren van koper het geval was.

Wij herinneren ons nog goed den tijd, waarin de pause van een Concert altijd onaangenaam werd aangevuld door een Solo van den stemmer, die de bassnaren meestal 1/4 toon moest komen optrekken.

Volgens de nieuwe methode van Erard ontstemmen de Piano's niet meer, en de snaren springen nooit, terwijl vroeger, door het dikwijls afbreken der koperen snaren, het instrument onophoudelijk moest worden herstemd.

Er blijft ons nog over, om met een enkel woord te gewagen van de zoogenaamde Barre harmonique, door Erard in 1838 uitgevonden, en die mede eene voorname verbetering mag worden genoemd.

De hooge toonen der groote staartstukken waren nooit in goede verhouding met de middenen bastoonen; over het algemeen, waren zij minder zuiver en krachtig; dit gebrek is thans echter ook geheel verdwenen.

Na alles, wat gezegd is, zal het niet moeijelijk vallen, om na te gaan, welke verpligting de pianisten aan Sebastiaan Erard hebben.

Opgewekt door de dringende aanzoeken der grootste meesters, zette hij zijnen arbeid gedurende 30 jaren onafgebroken voort, en het was niet dan na eene menigte proeven, groote tijd- en geldopofleringen, dat het hem gelukte, omstreeks 1841, zijn nieuw systema geheel volmaakt te bestendigen, op den oogenblik, dat, bij vergevorderden leeftijd, de rust van ligchaan en hoofd voor hem noodzakelijk werd.

De hoofddirectie zijner uitgebreide Fabrieken, zoowel te Parijs als te Londen, ging toen over aan zijnen neef en opvolger Pierre Erard; en, in hoeverre ook deze dien tak van nijverheid heeft weten op te voeren en in stand te houden, gedurende zoo vele jaren, getuigt de aanzienlijke massa keurige instrumenten, die jaarlijks uit zijne fabrieken in de geheele wereld worden verspreid; terwijl, wat de zorgvuldige en smaakvolle uitvoering daarvan aangaat, wij wel niet beter kunnen doen dan te verwijzen naar het prachtstuk, door den Heer Erard op de Wereldtentoonstelling, dit jaar, te Londen, ter beoordeeling ingezonden.

Onder een overgroot aantal Piano's, daar aanwezig, en door de beste fabrikanten uit alle landen ten toon gesteld, bevond er zich toch geene, die daarmede te vergelijken is in ieder opzigt overwint de Piano van Erard al hare mededingsters naar den prijs; en dus ook heeft de Jurij ter beoordeeling er over gedacht, daar zij de namen van Sebastiaan Erard en van zijnen waardigen opvolger, met de gouden eerekroon versierd, op nieuw met schitterenden glans bij deze groote en plegtige gelegenheid prijken deed." Astrea: maandschrift voor schoone kunst, wetenschap en letteren, Volume 1, 1852, p. 213-214   -  Voir RAHR à Utrecht.

LONDRES - "M. ERARD a enrichi, perfectionné et complété le mécanisme du piano, et ajouté à la harpe le système de pédales à double mouvement, grâce auquel cet instrument est devenu, sinon chromatique (il ne le sera jamais), au moins libre d'aborder toutes les tonalités, ainsi que je l'ai dit plus haut et de faire entendre tous les accords.

Il serait superflu de faire ressortir ici l'excellence des pianos de M. Erard, au point de vue de la beauté des sons, de la sensibilité du clavier, et de la solidité de construction de l'instrument. Leur diffusion dans toutes les parties du monde, la préférence que leur accordent presque tous les grands virtuoses, parlent assez haut en leur faveur.

L'influence des inventions de cet habile facteur, de son mécanisme à répétition surtout, a été très-grande sur les progrès de l'art du pianiste, et telle, que les meilleurs fabricants de pianos, aujourd'hui, sont ceux qui imitent les siens le plus fidèlement." Travaux de la Commission française sur l'industrie des nations : publiés par ordre de l'Empereur. Tome 3, Partie 2, Exposition universelle de 1851 ; introduction par le Baron Charles Dupin, 1851, p. 4 (Gallica)

LONDRES - "Erard seul, IIIe du nom, demeure à Londres comme à Paris le facteur de pianos par excellence.

Le souffle violent des révolutions n'a pu ébranler sa dynastie qui règne des deux côtés de la Manche, et par droit de conquête et par droit de naissance.

Je ne veux pas laisser passer sans vous en dire un mot son admirable piano, style Louis XVI pour le dehors, façon Erard pour le dedans, qui a excité au plus haut degré l'attention des connaisseurs." La Presse, 27/07/1851, p. 2 (Gallica)

LONDRES - "On lit dans le Constitutionnel : «Quelques journaux ont annoncé, d'après une feuille anglaise, que Sa Majesté l'Empereur avait acheté, au prix de 40,000 fr., un piano de M. Erard que l'on faisait 25,000 fr à l'exposition de Londres; nous ignorons jusqu'à, quel point cette nouvelle mérite la confiance du public.

Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que depuis longtemps Sa Majesté a fixé son choix sur un magnifique piano exposé a Londres par M. Montal qui a mérité à ce facteur, avec médaille de prix, la croix de la Légion-d'Honneur.

Cet instrument est placé à l'Elysée, où il a fait l'admiration de tous connaisseurs, non seulement par sa richesse artistique, mais encore par la perfection de son mécanisme et sa sonorité, tout à la fois agréable et puissante." La Presse, 02/03/1853, p. 2 (Gallica)  -  Voir MONTAL (°1835).

LONDRES - "A capo di tutti trovasi Pietro Érard, con due piano-forti a coda di un terzo verticale con fregi d'oro (questo è il genere di ornamento che domina nell'esposizione), un quarto a grandi proporzioni ed a tre arpe.

I piano-forti di Érard si fanno distinguere fra tutti gli altri per la loro semplicità." L'Italia musicale, Volume 3, 1851, p. 172

GRAND PIANO D'ERARD, Le Palais de cristal : journal illustré de l'exposition de 1851, 26/07/1851, p. 181 (Gallica)

LONDRES - "GRAND PIANO D'ERARD. - Nous n'avons pas besoin de longs développements pour faire sentir combien les pianos d'Èrard sont appréciés à Londres, à leur juste valeur.

Celui dont nous donnons ici le dessin, est un des plus luxueusement orné de l'Exposition." Le Palais de cristal : journal illustré de l'exposition de 1851, 26/07/1851, p. 181 (Gallica)

LONDRES - "N. 201. Pianoforte di Erard (Parigi). - La fama degli strumenti di codesto fabbricatore è troppo divulgata in Europa perchè sia qui necessario tessere elogi alla persezione della loro struttura interna ed esterna.

I pianoforti d'Erard sono una delle meraviglie dell'Esposizione.

Quello di cui diamo oggi il disegno, oltre la precisione della fabbrica interna, va ammirato per sontuosi fregi." Il Palazzo di Cristallo. Album dell esposizione universale di Londra nell ..., 1851, p. 133

Erard sur l'exposition à Londres, 1851, Le Palais de cristal : journal illustré de l'exposition de 1851, 26/07/1851, p. 188 (Gallica)

LONDRES - "M. ALFRED QUIDANT. - M. Erard, qui a exposé cette année le; beau piano dont nous donnons le dessin page 188, à confié à M. Alfred Quidant le soin de faire valoir le mérite de ce mélodieux instrument. La scène, que nous représentons ci-contre se renouvelle quelquefois, ce qui; est; une bonne fortune pour les auditeurs, qui ont le double plaisir d'adim^er un chef-d'oeuvre de fabrication et d'entendre un chef-d'oeuvre d'harmonie." Le Palais de cristal : journal illustré de l'exposition de 1851, 26/07/1851, p. 189 (Gallica)

LONDRES - "Der Engländer überhaupt und auch die ausübenden Virtuosen der Jury verlangten von jedem Instrumente, je nachdem fie einer Partei angehörten, genau den Anschlag der Broadwoodschen oder Erardschen Instrumente; der Virtuose von Profession und nicht Engländer entschied sich beinahe ohne Ausnahme für die Erardschen Instrumente und berührte schon mit einer Art von Vorurtheil alle nicht Erardschen, so daß von dieser Seite her ein unparteiisches Urtheil nicht zu erwarten war.

Ja es sand sich selbst ein Engländer in der musikalischen Jury, der, von der bekannten musikalischen Lärmtrompete verführt, in dem Wahne stand, nur auf einem Erardischen Pianoforte laffe fich eigentlich mit Virtuosität spielen !

Aus dem Gesagten geht von selbst hervor, daß nur die wenigsten der fremden Instrumente, die von Deutschen herrührten, in ihren bescheidenen Erscheinungen dem Engländer genügen konnten, theils weil sie wirklich für andere Käufer gebaut waren, theils weil sie zu diesem noch den Nachtheil hatten, nach einer Seereise, lange Zeit verpackt, hin und her geworfen zu werden und zuletzt auch noch allen Einflüssen des feuchten Klima's ausgesetzt zu sein, ohne daß es möglich war, im Gebäude selbst später andern als den gröbsten hervorstechendsten Mängeln, durch solch ein Mißgeschick entstanden, abzuhelfen.

Auf ein schönes Instrument, das gerade nach dem Verpacken, der Reparatur halber, offen stand, hatte es sogar während eines plötzlichen Regenschauers herabgeregnet und Resonanzboden und Mechanik überschwemmt !

Ein anderer Uebelstand war das von dem Deutschen so sehr abweichende Englische Klima. Es ist der Wechsel des Klima's auch auf die besten Instrumente von größerem Einflusse, als man gewöhnlich zu glauben pflegt.

So beginnen z. B. die Erardschen Instrumente in dem auf einer Hochebene liegenden München in einem nur mäßig geheizten Zimmer so rasch im Holze zu schwinden, daß in wenigen Wochen z. B. die Deckel springen, die Mechanik zu klappern und so außer Ordnung zu gerathen anfängt, daß das Instrument ohne große Reparatur nicht mehr zu brauchen ist.

So sand sich bei allen Deutschen Instrumenten fast ohne Ausnahme der Umstand, daß sie beinahe gar nicht in richtiger Stimmung zu erhalten waren, selbst wenn man ihnen mehr Sorgfalt hätte widmen können, als Zeit und Umstände gestatteten.

Selbst für Englische Fabrikanten an Ort und Stelle war die Instandhaltung ihrer Pianoforte's mit großen Auslagen verknüpft.

So hatten z. B. Erard die Erhaltung und Ueberwachung c. seiner zwölf Instrumente schon in der ersten Hälfte der Industrieausstellung 30000 Franks gekostet." Amtlicher Bericht Über Die Industrie-Austellung Aller Völker Zu London Im ..., 1852, p. 874

Erard sur l'exposition à Londres, 1851

LONDRES - "A full-sized grand, 7 octaves, A to A, is exhibited by Messrs Erard; the peculiarity of which is, that in addition to the metallic string-plate and longitudinal tension-bars, the wrest-block is also of metal, being formed of a framework of brass, in which is fixed a strip of beech wood to receive the wrest-pins.

This, in conjunction with the longitudinal bars and the string-plate, form an entire metallic framing, extending from one end of the instrument to the other.

Entire frames of metal have previously been used for upright instruments, and grands and Squares, with entire metallic frames, are exhibited by American and Danish manufacturers ; Messrs. Erard have, however, a patent for their peculiar method of application. We are inclined to fear that there is a growing tendency to use too much metal in the construction of piano-fortes.

Up to a certain point it may, no doubt, be very valuable for its strength-giving powers; but there will probably be found a limit beyond which it may be injurious to the quality of the tone; it undoubtedly would be so if used to any extent in the violin tribe, whose resonance is produced in a way very analogous to that of the piano-forte.

It must be considered also that so much metal adds greatly to the weight and the cost of the instrument, and diminishes proportionately its portability and general usefulness. Another full-sized grand, by the same house, 7 octaves, A to A, has a pedal clavier, similar to that of an organ. The pedal notes act on the lower notes of the piano, and have a Compass of about two octaves.

This is not new, as organ builders and organ players have frequently adapted pedals to piano-fortes; and, some years ago, Messrs. Coventry and Hollier, of Dean-street, Soho, sold piano-fortes with pedals attached. We must say, however, that Messrs. Erard’s adaptation is superior to any former ones we have seen.

Many of our readers probably know, that the attainment of proficiency in organ playing requires great practice with the pedal clavier ; and, since practising at churches is very inconvenient, it is obvious that an arrangement of piano-forte pedals for the chamber would be of service to organists ; but if, as we understand, the cost of the addition, as made by Messrs. Erard, amounts to nearly 30 or 40 per cent. extra on the price of the piano, we fear its use will be much circumscribed.

A small upright, 7 octaves, A to A, by Messrs. Erard, differs in many respects from the ordinary English construction. In the first place, it has three strings to each note; whereas most English pianos of this kind have only two.

Secondly, the strings, instead of being placed vertically, run obliquely across the instrument, by which a greater length is gained without increasing the height of the case.

(This is a. very old plan, having been patented by Mr. Womum about 1810. The piano, thus made, was called the “unique,” and was the first low variety of the upright form. Several hundreds were made by the firm of Wilkinson and Womum.)

Thirdly, it has a metallic bracing in front of the sound-board, on the same principle as that applied to the grand form. Fourthly, it is provided with a new repetition action, lately patented by this firm.

Fifthly, it has a soft pedal acting in a peculiar way.

The ordinary method of producing the soft tone in grands and uprights, is by shifting the action, so that the hammers strike only two strings instead of three, or one instead of two.

Now this is inconvenient to accomplish where the strings run obliquely; and therefore the soft effect is here produced by interposing a piece of soft cloth between the hammer and the string, which deadens or softens the blow.

It is an old French invention, and was originally called the “jeu céleste” — its effect is pleasing; and it avoids the tendency to throw the piano-forte out of tune, which is often the result of giving the blow to one string.

This firm also exhibit a peculiar method proposed for the attachment of the tuning end of the string. In this, the ordinary wrest-pin is omitted, and replaced by a nut or female screw, to which the end of the string is attached, and in which a fixed screw works.

By applying the tuning key to turn this fixed screw, the nut attached to the string may be drawn or relaxed (according to the direction in which the tuning key is turned), and the pitch raised or lowered at pleasure.

This plan is by no means new; it was adopted by a Mr.Lewis about a quarter of a century ago; and we have seen drawings and models of his instruments, shewing the arrangement precisely as now revived by Messrs.

Erard. The evils of the ordinary wrest-pins are stated to be, that they require considerable force to turn, and become in time liable to slacken and let the piano-forte go out of tune.

These are not of so much weight as is generally supposed; the latter objection, however, increases in importance, as the strings are made thicker, and the tension is consequently greater; and this is further enhanced by the heavier blows given in modern piano-forte playing.

The ordinary friction wrest-pin is, it must he confessed, a primitive contrivance; but its extreme simplicity has retained it in use.

If a firmer method, equally simple, could be devised, it would doubtless be an improvement ; but we do not think the plan exhibited by Messrs. Erard is the most advisable.

There are other modes to be Seen in the Exhibition for attaining the same object; and we shall notice them in due course." Newton's London Journal of Arts and Sciences, 1851, p. 30-32

LONDRES - "Hier fehlte wenigstens die Hälfte der berühmten Pianoforte-Fabrikanten. Unter Allen stehen auch hier wieder die Erardischen Grands weit oben an. Von großen flügelförmigen und tafelförmigen Pianofortes war außer Erard nichts von großer Bedeutung geliefert worden.

Dagegen war eine große Zahl von aufrecht stehenden Instrumenten aller Art ausgestellt, mit Abänderungen und Zugaben in Hinsicht auf den Bau des Körpers sowohl als der Klaviatur, die indessen alle, wie gewöhnlich, sehr wenig Einfluß auf Verbefferung des Tons ausübten." Amtlicher Bericht Über Die Industrie-Austellung Aller Völker Zu London Im ..., 1852, p. 871

LONDRES - "Der Uebergang zu der Abtheilung „Frankreich" wird durch Erard vermittelt, welcher sowohl in London wie in Paris seinen Sitz hat.

Sebastian Erard, der Gründer des genannten Hauses, arbeitete mit seinem Bruder Claviere nach alter Form in dem Atelier, das ihnen die Marquise von Villeroy in ihrem Hôtel eingeräumt. Um 1788 nahmen sie ein Patent auf eine Verbindung des Pianosorte mit dem Flügel durch eine Octav-Verbindung, und erzeugten Claviere in kleinen Formaten von fünf Octaven, zweisaitig. Obwohl kein mit ihnen hierin rivalisirender Instrumentenmacher in Paris war, wurden ihnen doch von dieser Iunft große Hindernisse in den Weg gelegt, bis ihnen Ludwig XVI. l?85 ein neues Patent verlieh. Sie verwendeten zuerst bei ihren Dämpfern Kupferfedern statt der minder dauerhaften Fischbeinstifte, und ersetzten die unbequemen Züge durch Pedale.

Sie hatten einen ungeheuern Erfolg in Frankreich, den Niederlanden und Deutschland; in Hamburg allein verkaufte ein Händler im Iahre 1799 200 solcher Instrumente.

Sebastian Erard verband versuchsweise endlich das Pianoforte mit der Orgel; worauf die Königin ein Aehnliches bei ihm bestellte, mit einer Transpositions-Vorrichtung, die mittelst eines Schlüssels die Claviatur um einen Halbton höher oder tiefer stellen konnte.

Er machte hiebei auch den ersten Versuch zu seiner „vriZue expre88ik", den er später im Großen ausführte, und zwar bei einer Orgel für die Capelle des Königs, von der Gietry mit Begeisterung spricht. Ein eben so großes Aufsehen machte seine Erweiterung der Harfe, die hiedurch ein neues Instrument ward.

Im Jahre der Erfindung des Pédale à deux mouvement8 verkaufte er nach London Harfen für 25.000 L, Die Revolution verscheuchte Erard von Paris; er etablirte in London 1794 eine ähnliche Fabrik. 1796 nach Paris gekommen, baute er da sein erstes großes, aber in der Mechanik noch zu schwerfälliges Clavier, dessen Vereinfachung ihm jedoch schon 1808 glänzend gelang.

Er wurde überall mit Patenten, Medaillen, Ehren aller Art ausgezeichnet; auch der Orden der Ehrenlegion fehlte nicht. Im Jahre 1823 stellte er das Modell seines <1oul>le een»ppement aus.

Pierre Erard hat nun den vielfachen Erfindungen seines Oheims und Vorgängers mehrere eigene hinzugefügt, die vornehmlich aufBefestigungsarten zum besseren Halt der Saiten abzielen, sowie einige Nerspreitzungs-Methoden betreffen.

Er hat den hölzernen Stimmstock durch einen aus Kupfer ersetzt. Die Saite selbst verfertigte er im Basse aus Stahl, der mit Messing umsponnen ist, da die früher verwendeten Kupfersaiten bei leichter Orydirung dem Reißen mehr unterliegen; die Stahlseite (wovon nur eine für jeden Ton verwendet wird) ist dagegen dauerhafter, leichter zu stimmen, klangvoller, und unterliegt dem Temperatur-Wechsel minder.

Erard hatte in London 12 Instrumente, 7 Pianofortes, 1 tafelförmiges und 4 aufrechte Claviere erponirt, deren Werth auf 150.000 Francs, somit durchschnittlich eines auf 5000 fl. C. M. geschätzt wurde.

Eines der Pianoforte zeichnete sich durch seine ungewöhnliche Breite aus, es überstieg die gewöhnlichen Verhältnisse um 6 Zoll. Es hatte 7 Octaven, die Saiten lagen etwas weiter auseinander, um mehr Raum für die sie umgebende Luft zu gewinnen, und stärkere Schwingungen zu erzielen.

Die kleinere Form des Pianoforte (Stutzflügel) wird von Erard Short-grand genannt; die ausgestellten Exemplare von 7 Octaven waren, trotz der etwas kürzeren Baßsaiten doch von klarem, schönen Ton, was auch von den tafelförmigen Clavieren gilt. Die aufrechtstehenden Instrumente Erards bewährten ihren Ruhm.

Von Interesse war noch ein vortrefflicher großer Flügel mit einem Pedale von zwei Octaven Umfang." Mittheilungen über die Industrie-Ausstellung aller Völker zu ..., 1854, p. 331

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