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WOLFEL
à Paris (°1834)


1839 - 1862


1839

PARIS - "M. WOLFEL et LAURENT, à Paris, rue de l'Université, 25 - Ils ont exposé un piano à queue, deux pianinos et un piano carré à trois cordes à frapper en dessus qui a été mis au troisième rang des instruments de cette espèce.

Ces facteurs, dont les instruments se sont fait remarquer par leur belle exécution, ont apporté plusieurs modifications dans la disposition de la table d'harmonie et du chevalet qui la met en commmunication avec les cordes, ainsi que dans celle des mécanismes des divers genres de pianos." Rapport du Jury Central, Exposition, des produits de l'Industrie Française en 1839, M. Savart, rapporteur, 1839

PARIS - "Parmi tous ces instrumens, nous avons surtout remarqué ceux de MM. Wolfel et Laurent.

Le son de ces instrumens est, à la fois, rond, pompeux, franc, suave et pur; dans les grandes salles, il porte loin et sort promptement, il ne change point sa qualité dans les différentes nuances, la quantité seule change selon la volonté de l'artiste.

Les tables d'harmonie sont établies sur un nouveau système inventé par M. Wolfel." La Mode : revue des modes, 1839, p. 25

PARIS - "M. Wolfel et Laurent ont fait leur début à l'exposition d'une manière brillante. Leur établissement n'existe que depuis deux ans environ, et les instruments qui en sortent ont atteint une perfection qui leur a valu la médaille d'argent.

Les travaux de M. Wœlfel nous étaient restés inconnus jusqu'ici; l'examen de ses pianos nous a révélé un artiste de beaucoup d'habileté et de talent. M. Wœlfel a travaillé plusieurs années chez les facteurs célèbres de Vienne, de Londres et de Paris.

Ayant de cette manière acquis une connaissance parfaite des divers systèmes et des procédés employés dans les trois pays les plus renommés pour la facture instrumentale, il résolut de s'établir pour son compte; il s'associa avec M. Laurent, professeur de piano au Conservatoire de Paris, et la réunion de deux hommes, dont l'un possède la partie mécanique de la contruction, l'autre les secrets de l'art de toucher l'instrument, devait amener de bons résultats, surtout pour ce qui tient à la confection du clavier.

C'est probablement par suite des observations et des conseils de M. Laurent que M. Wœlfel a dirigé ses recherches sur cette partie si importante des pianos, et qu'il est parvenu à imaginer un mécanisme qui ne laisse rien à désirer sous ce rapport. MM. Wœlfel et Laurent ont successivement exposé un grand piano à queue, un piano carré, un piano vertical et un pianino.

Tous ces instruments sont remarquables par d'importantes améliorations.

C'est le piano à queue qui a d'abord fixé notre attention; nous avons été frappé de la puissance sonore de cet instrument. Le son en est à la fois pompeux, franc, suave et pur; il sort de prime-abord avec toute sa rondeur, et conserve ses qualités dans toutes les nuances du jeu.

C'est par un nouveau système de table d'harmonie que M. Wœlfel a obtenu ces beaux résultats. Nous ignorons en enoi consist ce système; on n'a pas voulu en divulguer le secret. Une autre qualité précieuse de cet instrument est l'extrême sensibilité du clavier, qui donne la répétition infaillible de la note dans les mouvements les plus rapides.

Ce clavier présente une résistance moelleuse et uniforme de la touche aux doigts de l'artiste, résistance qni permet à la main de chercher les nuances les plus insensibles dans la force du jeu, et d'établir une gradation parfaite, soit de force, soit de douceur.

Cette résistance n'est point due au poids du mécanisme, car alors elle ne serait point continue et n'aurait lieu qu'au moment même du coup; elle est produite par l'action de deux ressorts.

Excessivement faible dans les pianissimo, elle augmente au fur et à mesure que l'on attaque la touche avec plus de force; elle est ainsi pour la main un guide qui sert à mesurer ses efforts. Toutefois, ce n'est pas uniquement de l'action de ces ressorts, mais aussi de la grande concordance de toutes les pièces, que résulte cet effet.

Aucune de ces pièces n'est abandonnée à elle-même; elles sont toutes régies par les ressorts, toutes liées dans leur action comme des engrenages, de sorte qu'un mouvement de l'une d'elles, faible ou fort, commande chez toutes, les attires un mouvement semblable.

Il est à remarquer encore, que le nouveau mécanisme de M. Wœlfel présente l'avantage de pouvoir faire parler la touche lorsqu'elle est à moitié enfoncée. On connaît les efforts de Sébastien Érard pour arriver'à ce résultat qu'il obtint, après bien des recherches, par son mécanisme à double échapppment.

Le mécanisme de M. Wœlfel est-il préférable à celui d'Érard ? C'est ce que nous apprendra le temps, qui décide de l'utilité des découvertes.

Ce que nous pouvons affirmer c'est qu'il est plus simple, ce qui est, selon nous, un grand mérite, parce que la simplicité présente une garantie de durée qui n'existe pas toujours dans les systèmes compliqués. Nous aurions voulu donner ici une description exacte du mécanisme de M. Wœlfel, mais ce facteur ayant exprimé le désir qu'elle ne fût pas encore rendue publique, nous nous sommes borné aux indications que nous venons de donner.

Il s'occupe dans ce moment de la fabrication d'un second piano sur le même modèle, qui réussira encore mieux. C'est après avoir terminé cet instrument qu'il se propose défaire connaître les détails de sa construction.

Les autres pianos de M. Wœlfel étaient non moins remarquables par divers perfectionnements du mécanisme, et leur brillante sonorité. En général nous croyons pouvoir prédire à MM. Wœlfel et Laurent un bel avenir dans la carrière qu'ils ont commencée avec tant de succès." Revue et gazette musicale de Paris, Volume 6, 1839, p. 322

PARIS - "Comme volume de son, les pianos de M. Erard sont toujours préférés.

Mais, puisque'il nous est permis d'exprimer ici nos prédilections personnelles, c'est le son même, sa qualité, sa pureté, sa faîcheur, son égalité de nature dans toute l'échelle du clavier, qui nous plaît et nous charme, mais hélas ! trop rarement; or ces qualités précieuces et réellement musicales, que des doigts conduits par une âme d'élite et non par la frénétique manie des tours de force savent faire valoir, nous les savons trouvées, au degré le plus éminent, dans les pianos longs et carrés de MM. Wolfel et Laurent." La France Industrielle, 22/08/1839, p. vii 

PARIS - "Parmi le nombre considérable des autres exposants de pianos, nous avons particulièrement remarqué les produits de MM. WOLFEL et LAURENT, qui se distinguent par leurs excellentes qualités en même temps que par la grande modicité de leurs prix.

Ces messieurs sont parvenus, d'une part, à obtenir par des moyens économiques, la répétition de la note dans les trilles et cadences rapides, effet auquel le double échappement d'Erard n'arrive qu'au moyen d'un prix élevé et d'un mécanisme compliqué qui ne peut s'introduire dans les pianos ordinaires ; d'une autre part, à une résistance moelleuse, uniforme et calculée de la touche sous les doigts de l'exécutant, obtenue au moyen de ressorts qui permettent de nuancer le jeu sans efforts violents; enfin, à une ampleur et une pureté de son, résultant d'une nouvelle disposition de la table d'harmonie et de ses rapports avec les cordes, établie suivant les lois posées par MM. Savart et Biot, sur la vibration des cordes et corps rigides.

Ces différentes améliorations, basées ainsi sur les lois de la mécanique et de la physique, ont pour effet de soustraire aux caprices du hasard la qualité d'instruments d'un usage aussi général, et dont la perfection est désormais garantie et assurée d'une manière mathématique par les beaux travaux de MM. Woltel et Laurent." Exposition des produits de l'industrie nationale en 1839, 1839, p. 222-223 (Gallica)

 

1844

PARIS - "MM. WÖLFEL et LAURENT, à Paris, rue des Martyrs, 26 et 27, - Ont exposé un piano à queue qui a été mis au cinquième rang des instruments de cette espèce; Un piano droit à cordes obliques, mis au troisième rang; Un piano droit à cordes verticales, mis au premier rang.

MM. Wölfel et Laurent ont en outre présenté un grand piano à queue avec clavier en forme d'arc de cercle, et un second piano droit à cordes verticales qui s'est fait remarquer par la beauté et l'égalité des sons; mais comme cet excellent instrument avait un peu plus de hauteur qu'on ne l'admet d'ordinaire, et que ses notes aiguës étaient garnies de quatre cordes, la commission a pensé qu'elle devait le ranger dans la classe des pianos exceptionnels.

Ces facteurs ont modifié la disposition de la table d'harmonie, et ils remplacent dans quelques-uns de leurs pianos les chevilles ordinaires par des chevilles mécaniques dont l'objet est de faciliter l'accord.

Les instruments qui sortent des ateliers de MM. Wölfel et Laurent sont d'une exécution trèssoignée dans l'ensemble et dans les plus petits détails.

Le jury décerne une médaille d'or à MM. Wôlfel et Laurent, qui avaient obtenu une nouvelle médaille d'argent à l'exposition de 1839." Rapport du Jury central, Paris Jury central, Imprimerie de Fain et Thunot, 1844, p. 537-538

PARIS - "Médaille d'argent de l'exposition 1839 , brevet d'invention pour divers mécanismes à simple et double échappement ; cheville-mécanique, nouveau système de clavier, etc. Manufacture à l'adresse ci-dessus, 26." Catalogue explicatif et raisonné des produits admis à l'exposition quinquennale de 1844 : précédé de la liste générale des objets exposés... avec des notes explicatives et descriptives sur les produits les plus remarquables, 1844, p. 237 (Gallica)

PARIS - "MM. Woelfel et Laurent avaient, dans leurs pianos exposés, une disposition particulière pour tendre les cordes. La cheville est creuse et implantée dans le sommier. Une petite poulie, placée au bas de la cheville, reçoit la corde, qui, remontant, à l'extérieur de la cheville, s'accroche à l'extrémité d'une vis verticale qui descend dans le tube et laisse saillir au dehors, par une fente, le crochet qui reçoit la corde.

Un écrou, placé entre la tête de la cheville et celle de la vis, fait marcher celle-ci de la quantité nécessaire pour mettre la corde au ton.

Cette disposition n'est pas nouvelle. Elle a été depuis longtemps appliquée, en principe, par M. Pape, qui y a renoncé parce qu'il a pensé que la mobilité de la poulie, diminuant avec la pression de son axe, produite par la tension de la corde, celle-ci est toujours plus tendue entre la poulie et la vis que dans les autres points de sa longueur, condition qui en produit plus rapidement la rupture." Revue scientifique et industrielle, Volume 17, 1844, p. 380

PARIS - "M. Wœlfel destinait à l’Exposition six pianos d'espèces différentes, savoir : deux pianos droits à cordes obliques, deux pianos verticaux et deux grands pianos à queue.

Cinq de ces instruments ont successivement paru dans la salle des Champs Elysées; le sixième, le plus remarquable de tous, n'a pas été vu du public. Achevé trop tard, la veille de la clôture, il a été envoyé directement au Palais Bourbon. C'est en visitant la manufacture même que nous avons pu l'examiner.

Tous ces instruments se distinguent par un fini de travail qu’il serait difficile de surpasser. Ils ont en outre reçu divers perfectiounetnents dont l'inventeur s'est assuré la propriété. Nous y avons remarqué un nouveau mécanisme et un nouveau système de chevilles, qui nous a paru ingénieux, et dont les accordeurs surtout sauront apprécier le mérite.

Depuis assez longtemps, plusieurs facteurs reconnaissant la défectuosité des chevilles ordinairement employées pour tendre les cordes, ont cherché d'autres moyens plus propres à faciliter l'opération de l'accord.

On sait que l'emploi des chevilles est fréquemment sujet a des secousses qui ne permettent pas toujours de saisir la note avec une grande précision. Pour remédier à cet inconvénient, quelques uns ont essayé de substituer aux chevilles un système d'engrenages semblable à celui qui a été appliqué aux contrebasses.

On se rappelle peut-étre avoir vu, à l'Exposition de 1839, un piano droit de M. Erard, construit sur un pareil système imaginé, dit-on, par un facteur allemand de Mayence, qui avait cédé la propriété de cette invention à son célèbre confrère de Paris.

Cette nouveauté n'eut point de succès; du moins nous ne sachions pas que M. Erard ait continué de l'appliquer à ses instruments.

D'autres, tout en conservant les chevilles ordinaires, ne les faisaient servir que pour opérer l'accord en gros, et ils le réglaient ensuite au moyen de vis à pression placées entre les chevilles et le sillet.

Nous passons sons silence des essais moins heureux, tels que, par exemple, l'idée de remplacer la pointe d'attache par un levier auquel la corde était fixée, et que l'on faisait aussi marcher par une vis de pression (Voir la Gazette de 1839, n° 41, p. 324).

M. Wœlfel a pensé qu'on pourrait perfectionner la cheville de manière a remplir toutes les conditions voulues, et il a inventé une cheville mécanique (comme il l'appelle) qui, d'une construction simple et solide, se manie avec la plus grande facilité.

Voici en quoi elle diffère de la cheville ordinaire : la partie supérieure (celle qui domine le sommier) se compose d'un tube ouvert dans toute sa longueur, et dans lequel joue une vis que l'on peut élever. On abaisse à volonté, et qui, dans ses divers mouvements, tend on détend la corde fixée à un talon saillant de cette vis, et passant sur une poulie qui se trouve au bas du tube.

Cette description toute incomplète qu'elle est, suffira cependant, nous le croyons, pour donner une idée de l'objet. Dans ce système. comme on voit, c'est la vis qui tourne, et non pas la cheville.

Cette dernière, une fois fixée, l'est invariablement. On conçoit l'avantage qui en résulte pour l'accord; car, la vis se tourne insensiblement et n'exige aucun effort, tandis que la cheville ordinaire demande une certaine force physique et en outre une grande habitude.

Le procédé au moyen de la vis est toujours sûr lorsqu'il s'agit de tendre la corde à des degrés presque imperceptibles; il ne l'est pas avec la cheville ordinaire, qui dépasse souvent la nuance que l'on veut obtenir, a cause des secousses que la clef lui imprime.

Ajoutons que M. Wœlfel emploie depuis trois ans ses chevilles mécaniques dans les pianos de divers genres: leur solidité est ainsi suffisamment démontrée.

Nous passons au grand piano à queue qui n'a pas figuré dans la salle d'exposition, et qui mérite un examen particulier. Tout est nouveau dans cet instrument, qui se fait surtout remarquer par la forme inusitée de son clavier.

On a plusieurs fois tenté de réformer le clavier, soit en supprimant les touches noires pour le rendre tout uni, soit en faisant régulièrementalterner les touches blanches et noires (au lieu de ranger ces dernières par groupes de deux et de trois), soit en donnant aux touches mêmes une forme toute nouvelle, comme par exemple dans le piano harntonomètre, que l'on a vu à l'Exposition, et dans lequel les touches ressemblaient à de larges pions d'un damier placés verticalement.

Rien de tout cela dans le nouveau clavier de M. Wœlfel; les touches y ont conservé leur forme; elles se suivent de la manière habituelle: seulement, au lieu de les placer parallèlement et en ligne droite, ce facteur les a disposées en éventail, de sorte que le devant de son clavier figure un arc de cercle.

Un semblable essai a été fait a Vienne, en 1825, par un facteur nommé Stauffer, connu aussi comme inventeur d'une nouvelle espèce de guitare, à laquelle il donna le nom de guitare d'auteur. L'innovation du clavier, n'ayant pas été approuvée par les pianistes, fut abandonnée.

Sera-t-elle plus heureuse entre les mains de M. Wœlfel?

Cet intelligent facteur parviendra-t-il à faire adopter cette nouvelle construction ? Nous ne voulons rien préjuger a cet égard.

C'est aux grands pianistes qu'il appartient de décider s'ils y trouvent réellement les avantages que l'inventeur s'en est promis ; car ce n'est pas le désir d'attirer l'attention publique par quelque nouveauté bizarre qui lui a suggéré cette idée; il s'est proposé un but d'utilité. Ecoutons les explications qu'il nous donne :

La position, dit-il, la plus convenable du bras par rapport au clavier pendant le jeu, est sans contredit celle où l'avantbras se trouve toujours en ligne droite avec les touches, pour ne gêner en aucune façon l'articulation des doigts et de la main.

Le clavier ordinaire ne permet pas -de conserver cette position lorsqu'il faut attaquer les touches des notes élevées ou basses; car il faut alors que le coude s'éloigne du corps, que le corps même suive le coude en se penchant du côté où la main doit agir.

Plus les notes a frapper approcheront d'une des extrémités du clavier, plus cette inclinaison sera sensible, et de la‘ position continuellement dérangée du corps il résultera incertitude et difficulté dans l'exécution.

Dans le clavier nouveau, ces inconvénients disparaissent. Ce clavier décrit par devant, au lieu d'une ligne droite, un arc de cercle, où le corps de l'exécutant représente en quelque sorte le centre, ce qui fait que les coudes peuvent rester dans la position une fois prise et servir de pivots à l'avant-bras. Le corps n'ayant plus besoin de se pencher, il y aura plus de sûreté dans l'exécution, surtout pour les passages où la main est obligée de sauter.

Voila ce que dit M. Wœlfel, et il faut avouer que son raisonnement est fondé jusqu'à un certain point.

Mais on lui opposera peut-étre qu'il s'est exagéré les inconvénients du clavier ordinaire; que la nécessité de pencher le corps pour atteindre les touches des deux extrémités n'est pas un mal si grand, puisque cela peut se faire avec aisance et sans contorsion. Voyez Thalberg ! dira-t-on ; comme sa pose est toujours calme au milieu même des passages les plus difficiles et qui embrassent toute l'étendue du clavier !

Les opinions seront donc partagées au sujet de cette innovation ; mais si l'on peut douter qu'elle soit utile pour l'exécutant, on ne saurait nier qu'elle ne soit avantageuse pour la sonorité de l'instrument.

La disposition des touches en éventail a permis d'espacer les cordes plus que d'ordinaire, et d'élargir la table d'harmonie, qui, présentant ainsi aux vibrations une plus grande surface, doit nécessairement augmenter l'intensité du son; aussi le piano qui nous occupe se distingue-t-il par une puissance remarquable.

Toutefois M. Wœlfel, qui n'est jamais satisfait de ses œuvres, espère obtenir un résultat plus décisif dans un second piano qu'il se propose de construire sur le même plan. Ce plan, nous l'avons dit, est entièrement neuf; il présentait de grandes difficultés; la persévérance et l'habileté du facteur les ont vaincues heureusemeut.

Quant au mécanisme, il est a frappement par dessus et à double échappement; il permet de répéter la note sans lever le doigt entièrement de la touche, avantage que M. Wœlfel avait déjà obtenu par un autre mécanisme dans un piano exposé en 1839, et dont nous avons parlé a cette époque.

Si nous ne donnons pas ici la description du mécanisme nouveau, c'est qu'il serait impossible d'en faire comprendre les détails sans le secours d'un dessin.

ll est encore à remarquer que l'accord de ce piano se fait par dessous, c'est-a-dire que la cheville se trouve placée en sens inverse.

Par suite de cette disposition, elle a dû être modifiée; et au lieu d'être fixée par sa partie inférieure, c'est par le tube même qu'elle tient au sommier, en sorte que la clef vient saisir d'en bas l'écrou qui sert à faire tourner la vis.

Puisque nous eu sommes sur l'accord, disons un mot d'un appareil que M. Wœlfel a construit, pour obtenir avec la plus grande précision ce qu'on appelle la partition en terme d'accordeur. Il consiste en une série de diapasons formant la gamme chromatique d'une octave.

L'idée en elle-même d'un semblable appareil n'est pas nouvelle; on se rappelle, sans doute, le diapasorama de Matrot. Ce qui constitue le mérite de celui de M. Wœlfel, c'est le procédé qu'il a suivi pour accorder ses diapasons en adoptant le système de Scheibler, supérieur à toutes les méthodes que l'on avait employées antérieurement.

Ce système, peu connu en France, repose sur les ‘battements de deux sons dont les vibrations se heurtent, et qui sont pris pour mesurer le nombre de ces vibrations.

C'est par ce moyen que Scheibler, après de nombreuses expériences, a fixé la valeur numérique de toutes les intonations de l'octave, représentées par une suite de diapasons en acier, appareil auquel il donna le nom de tonomètre. Scheibler publia plusieurs écrits sur sa découverte; ce sont ces écrits qui ont guidé M. Wœlfel dans son travail. Voici comment ce facteur a procédé pour faire ses calculs :

Partant du la d'orchestre, qui donne huit cent quatrevingt-six vibrations par seconde, il prit un second diapason qu'il accorda à huit vibrations de moins que le premier; puis un troisième qu'il accorda a huit vibrations de moins que le second, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il fût arrivé au cinquante-septième diapason qui donnait quatre cent quarante-trois vibrations, ou la moitié de celles du premier, et formait ainsi l'octave inférieure de celui-ci; car il est a remarquer que M. Wœlfel établit son appareil dans une gradation descendante.

Ayant de cette manière trouvé l'octave, il reprit son calcul pour répartir entre douze autres diapasons le nombre de ces vibrations, et pour former entre les Jeux la une gamme chromatique d'une justesse et d'une pureté impossible à obtenir par des expériences sur le monocorde ou par tout autre procédé. Le tarvail était pénible et long, mais il fut récompensé par le succès.

M. Woelfel n'a pas exposé cet appareil; mais il le montre chez lui à qui désire le voir. Il l'a construit pour son propre usage; mais il serait à souhaiter qu'il en fabriquât pour le commerce. Ce serait un service rendu, non seulement aux accordeurs d profession, mais surtout aux amateurs qui voudraient accorder eux-mêmes leurs instruments.

Au point de perfection où le piano est arrivé de nos jours, on dirait qu'il n'a plus de progrès à faire. Jamais cependant les facteurs ne montrèrent une plus ardente activité à chercher de nouveaux perfectionnements.

M. Woelfel, de son côté, ne reste pas en arrière dans cette lutte d'émulation générale: en ce moment même, nous savons qu'il s'occupe d'une amélioration importante dont nous n'avons pas le droit de divulguer le secret, mais que nous empresserons de faire connaître dès qu'il jugera à propos de la soumettre au public. G. E. Anders." Revue et gazette musicale de Paris : journal des artistes, des amateurs et ..., 1844, p. 301-303

PARIS - "Nous craignons que le modèle de piano de M. Wolfel (dont la dimension pourra nuire à la vulgarisation), n'ait pu être terminé à temps pour être soumis au jury.

Avant de clore ce travail, nous devons déclarer que dans cette première série inaugurée sous la protection d'un des noms les plus considérables de la facture du piano, l'ordre suivi d'ailleurs dans la mention des facteurs est purement arbitraire; l'auteur de l'article proteste contre toute pensée, toute signification hiérarchique que dans cette succession de noms honorables l'on croirait se rattacher dans son esprit, soit au mérite de l'artiste, soit à l'importance industrielle ou commerciale du fabricant."
Archives du Commerce ..., Volume 36, 1845, p. 390

PARIS - "Tel n'est pas précisément lebut que se proposent MM. Wolfel et Laurent, avec leur grand piano circulaire ou du moins cintré; ils ne veulent que rendre l'exécution de la nouvelle musique plus facile et étendre ses ressources en donnant au clavier plus d'étendue sans augmenter la fatigue du pianiste, sans l'obliger à étendre les bras et à se contracter le poignet pour être toujours en face de son clavier; un autre perfectionnement dont plus de pianistes sauront gré à MM. Wolfel et Laurent, est celui qu'ils ont introduit dans la construction de leurs pianos droits en rem plaçant les chevilles ordinaires par des chevilles mécaniques qui rendent la construction plus simple et plus solide, tiennent mieux l'accord, qui a lieu graduellement et sans secousses, et enfin permettent d'augmenter le nombre des cordes, et par conséquent le volume et la qualité du son.

Tous ces avantages sont attestés par des expériences réitérées, malheureusement il faut les acheter un peu cher, ce qui retardera la propagation des excellents pianos de MM. Wolfel et Laurent." Mémorial du commerce, 1844, p. 522 (Gallica)

PARIS - "1647. Wolfel et Laurent, facteurs de pianos du roi, rue des Martyrs, 26 et 27, à Paris. Médaille d'argent de l'exposition 1839 , brevet d'invention pour divers mécanismes à simple et double échappement ; cheville-mécanique, nouveau système de clavier, etc. Manufacture à l'adresse ci-dessus, 26." Catalogue explicatif et raisonné des produits admis à l'exposition quinquennale de 1844, p. 237 (Gallica)

1845

PARIS - "Paris, 10 mai 1845 - Aujourd'hui a eu lieu au Théàtre-Italien, en présence d'une réunion d'artistes, l'exhibition d'un piano, construit par MM. Wolfel et Laurent.

Ce piano, qui n'avait pu titre jugé à l'exposition, réunit il un degré supérieur toutes les qualités qui, jusqu'alors, ont fait défaut cet instrument.

Sonorité ampleur dans les cordes basses, médium parfait, octave du haut d'une suavité et d'un moelleux admirable, telle est l'appréctation qui a été faite par ceux qui avaient été appelés comme juges.

Cette amélioration est due aux soins et et à l'intelligence des habiles facteurs dont les pianos droits ont obtenu à l'exposition la médaille d'or. MM. Wolfel et Laurent ont fait aussi une innovation dans la construction du clavier. Au lieu de le faire droit, ils lui ont fuit décrire un quart de cercle, et ont rendu ainsi l'exécution plus facile et aplani beaucoup les difficultés.

M. Anatole Petit, jeune pianiste de la plus grande espérance, a fait valoir ce magnifique instrument; nous espérons que cet artiste se produira l'hiver prochain, et nous sommes assures que s'il continue ses laborieux efforts, un beau succès l'attend.

Le piano à queue dont on fait l'essai, était monté avec des cordes Sanguinède leur supériorité, que tous les facteurs ont reconnue, a reçu une nouvelle consécration on ne pourra plus maintenant construire un piano de quelque valeur sans le monter de ces cordes.

Nous remercions MM. Wolfel et Laurent de nous avoir invité à cette réunion; les félicitations qu'ils ont reçues de tous ceux qui étaient présens à cette expérience, ont dû leur prouver que toujours, et malgré les coteries, un artiste consciencieux et habile recevait de juges compétens et impartiaux, le tribut d'éloges dont ses travaux le rendaient dignes, A. D. Y." La France Musicale, 1845, p. 158 (Gallica)

1849

PARIS - "Ce n'est point parmi les petits facteurs que nous mettrons M. Wœlfel, déjà connu parmi les travailleurs ingénieux et consciencieux qui s'occupent du progrès de la manufacture des pianos. M. Wœlfel est un homme chercheur, inventeur, modeste, trop modeste ou peut-être trop craintif de se voir spolié de ses inventions qu'il devrait s'appliquer à perfectionner.

Il nous souvient qu'il avait trouvé un excellent moyen de fixité pour l'accord, qu'il a trop négligé de propager. Son beau piano à queue et à clavier demi-circulaire est une innovation qui méritait plus d'attention qu'elle n'en a obtenu des professeurs, des virtuoses et des organes de la publicité. Le clavier de cet instrument, qui permet un développement de force égale et rationnelle aux deux bras et aux mains, aurait sans doute fixé l'attention du jury.

Que M. Wœlfel se garde du travers d'inventer pour le plaisir de créer, et non pour utiliser.

Quoi qu'il en soit, on pourrait voir une preuve de son mérite dans la jalousie qu'il excite parmi les petits industriels que nous avons cités plus haut, et qui ne sont probablement pas étrangers au bris de quelques marteaux d'un des pianos exposés par M. Wœlfel, la veille de l'envoi devant les membres du jury pour l'audition." Revue et gazette musicale de Paris, Volume 16, 1849, p. 261

PARIS - "MÉDAILLES D'OR. - Pour la facture des pianos de M. Wolfel. Dans la construction des pianos M. Wolfel s'attache, avec le plus grand soin, à tout ce qui peut assurer la puissance et la qualité des sons et leur stabilité.

Ainsi il construit ses tables d'harmonie de manière à augmenter la sonorité, le volume et la pureté des sons. Les sommiers sont établis dans des conditions nouvelles, qui augmentent la solidité etla durée de l'instrument.

A cet effet, le mécanisme du clavier a reçu, dans les mains de M. Wolfel, des améliorations et un soin remarquable dans l'exécution.

Enfin il n'est aucune partie de l'instrument dont M. Wolfel a fait sa spécialité qui n'ait été pour lui l'objet d'une étude approfondie, et, lorsqu'on examine attentivement ses travaux, on reconnaît, dans chacun des détails qui les composent, l'œuvre d'un homme instruit et consciencieux, qui ne croit jamais avoir assez fait lorsqu'il aperçoit encore quelques pas à faire dans la voie du progrès.

La fabrication de M. Wolfel n'est pas très-considérable, mais ses instruments atteignent, dans leur exécution, un degré de perfection qu'il est rare de rencontrer ailleurs; toutes leurs parties révèlent l'esprit intelligent, rationnel et éclairé de cet habile facteur. On voit qu'il a pensé à tout et qu'il n'a rien négligé.

Nous avons entendu ses pianos, nous avons recueilli le témoignage des personnes qui en possèdent depuis longtemps, et nous croyons qu'ils méritent pleinement les éloges que les savants et les artistes s'accordent à en faire." Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, Volume 53, 1854, p. 25

1862

LONDRES - "Voici un des facteurs de Paris les plus distingués, homme d'un grand mérite et qui a autant de modestie que son mérite est grand, c'est nommer M. Wolfel (n° 1,691). A toutes les Expositions auxquelles s'est présenté ce facteur il a reçu des récompenses.

Comme M. Wolfel n'a pas cru devoir les rappeler à la suite de son nom, comme l'ont fait la grande majorite de ses confrères, je crois devoir obvier à cette omission du catalogue officiel, et dire à mes lecteurs que M. Wolfel obtint en 1839 une médaille d'argent; en 1844 la médaille d'or, et en 1849 une seconde médaille d'or.

Depuis cette époque, ce facteur n'avait point exposé, fatigué qu'il était de la sotte jalousie et de la basse envie de l'incâpacité.

On doit à ce facteur une innovation dans les pianos verticaux : celle de monter de quatre cordes les dessus, au lieu de trois ordinairement employées. Il est également auteur d'un mécanisme répétiteur fort ingénieux.

Si les pianos de M. Wolfel n'ont pas autant de vogue parmi les artiste exécutants que les instruments d'Érard et de Pleyel, cela tient à ce que M. Wolfel est Allemand, et qu'il a constamment cherché à conserver, à ses pianos, la qualité de son des instruments de sa patrie : c'est-à-dire un velouté, une douceur que n'ont point d'ordinaire les instruments français; il a dû, alors, renoncer au brillant, au mordant.

Les vrais amateurs, les artistes, les compositeurs qui cherchent dans leur piano, comme le désiraient Beethoven et Mozart, un instrument dont le son résonnât à l'unisson de leur âme, seront charmés d'avoir, pour interpréter leurs pensées, un instrument de M. Wolfel." Douze jours à Londres : voyage d'un mélomane à travers l'Exposition universelle, 1862, Adolphe Le Doulcet Pontécoulant, p. 140-141

LONDRES - "A PROPOS DES PIANOS DROITS DE WÔLFEL.
On me communique à l'instant la troisième lettre de M. Fétis sur les Instruments de musique exposés a Londres (Rev. et Gaz. music. du 23 juillet).

La troisième colonne de cet article contient un paragraphe très-élogieux sur les pianos droits de M. Wolfel; toutefois, la conclusion dudit paragraphe s'accorde mal avec le commencement.

Après avoir vanté les détails de la facture, M. Fétis parle de la maigreur du son, ce qui est inexact. D'abord, il serait difficile d'admettre, en bonne logique, que la perfection du travail dût produire un résultat médiocre; on second lieu, j'en appelle a tous les grands pianistes qui ont été à méme d'examiner les pianos droits de Wolfel, la rondeur du son et sa plénitude sont, au contraire, les qualités qui caractérisent ces instruments; à cet égard, M. Wolfel peut soutenir, si ce n'est défier, toute comparaison.

Dans l'Univers musical du 16 octobre 1855, j'ai exprimé le regret que Wolfel n'ait point envoyé d'instruments aux précédentes expositions universelles; le mérite de ce facteur est rehaussé par sa modestie c'est une raison de plus pour ie récompenser. CH. POISOT." L'Univers musical : journal et abonnement musical, 1862, p. 332 (Gallica)

LONDRES - "M. Wolfel apporte dans tous les points de sa fabrication un soin minutieux qui fait de ses pianos des chefs-d'œuvre de mécanique de précision.

Il porte cet amour du fini jusque dans les détails les plus insignifiants de son œuvre.

Le jury a examiné avec une vive satisfaction son piano droit à cordes verticales, et son piano à cordes obliques d'un nouveau système.

Dans cet instrument, les sommiers et les barrages sont remplacés par une pièce unique en fonte évidée, qui supporte seule le tirage des cordes, et qui est consolidée par un système de tringles de contre-tirage en acier.

La substitution de la fonte au bois dans la majeure partie de l'instrument, n'a pas réagi d'une façon désavantageuse sur la sonorité de cet instrument, comme il était permis de le craindre.

L'avenir fera connaître ce que l'on doit attendre de ce nouveau système. La fabrication de M. Wolfel est peu importante, et le petit nombre d'instruments qu'il produit chaque année lui permet d'imprimer à chacun d'eux le cachet de sa personnalité artistique.

Sans atteindre à un fini aussi complet, la fabrication courante de nos grandes maisons peut produire d'excellents résultats.

Néanmoins, les œuvres de M. Wolfel sont des modèles dont ses concurrents eux-mêmes reconnaissent la valeur, et où ils ont puisé plus d'une fois d'utiles inspirations." Rapports des membres de la section française du jury international sur l'ensemble de l'exposition. M. Michel Chevalier, Exposition universelle de Londres de 1862, p. 208-209 (Gallica)

LONDRES - "F. WÖLFEL, facteur de pianos, 27, rue des Martyrs, à Paris.

M. F. Wölfel a fondé son établissement en 1834 ; ses connaissances scientifiques et pratiques lui ont permis de donner à ses pianos une supériorité incontestée.

A l'Exposition nationale de 1839, le Jury lui décerna une médaille d'argent ; à celle de 1844, une médaille d'or ; à l'Exposition de 1849, la médaille d'or lui a été rappelée." Exposition Universelle de 1862 à Londres, section française. Catalogue Officiel, 1862

LONDRES - "La perfection du travail dans les instruments sortis des mains de M. Wœlfel est proverbiale en France. Dans le piano qu'il a placé à l’exposition internationale, la conception des fonctions de chaque pièce du mécanisme et le fini de celles-ci sont tout à fait exceptionnels.

Le double échappement du marteau produit son articulation avec une certitude, avec une sûreté qui ne laissent rien à désirer. L’étouffuir fonctionne par un ressortà crochet qui le règle d’une manière invariable et lui donne le degré d’étoull’ement nécessaire pour chaque note.

Enfin, lorsque les étouffoirs sont levés, le poids du mécanisme ne varie pas sous les mains de l'exécutant, et celuivci ne sont sous ses doigts ni plus ni moins de résistance.

Si la beauté du son de ces instruments si bien faits répondait à la perfection du travail, le dernier mot de la facture du piano droit serait dit; malheureusement, la sonorité est ici un peu maigre.

Le piano droit à cordes verticales, dans ses conditions ordinaires, n’appartient pas, à proprement parlcrà la classe des instruments d’artistes; c’est un objet d’utilité et de commerce, plus ou moins bien travaillé.

La consommation qui s’en fait est immense; à ce point de vue, il est digne d’intérêt.

Beaucoup de facteurs se bornant à en assembler les pièces, particulièrement à Paris, où il y a des manufactures spéciales de caisses, de claviers, de mécaniques toutes montées, et même de tables d’harmonie d’épaisseurs diverses, toutes barrées.

Depuis la loge du concierge (je ne me permets pas de dire le portier) jusqu’à la mansarde du cinquième ou sixième résonnent les instruments fabriqués avec ces éléments :

Ceux-là se désignent sous le nom de piano: courants; leur prix est minime; il en est même qui, bien travaillés à l’extérieur, et régulièrement construits dans la mécanique, se vendent neufs quatre cents francs." Le Guide Musical, 31/07/1862, p. 91

LONDRES - "M. Wölfel of Paris (1691) exhibits an upright with a framing entirely of cast iron, showing great ingenuity in the mechanical arrangements. He has also a common upright, and is awarded a Medal." Reports by the Juries on the subjects in the thirty-six classes into which ..., 1862, p. 149

Pour les références voyez la page
pianos français 1830 - 1839


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