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ERARD Sébastien
à Paris (°1775)


1783 - 1828

ERARD vers 1775

1783

CLAVECIN D'UNE NOUVELLE CONSTRUCTION

Clavecin d’une nouvelle construction, inventé par M. Erard, attaché à Madame la Duchesse de Villeroi.

"Ce clavecin donne à la personne qui se le joue, tous les moyens qu’elle peut désirer de varier son jeu, d’animer ses sons par le plus ou le moins de force qu’elle leur communique, de colorer et d’ombrer, pour ainsi dire par là, le morceau de musique qu’elle exécute.

Ce clavecin ressemble, pas sa forme extérieure, à tous les clavecins qui ont été jusqu’ici en usage ; il a trois registres de plumes et un de buffle.

En appuyant par degrés le pied sur une pédale attachée au pied gauche du clavecin, on retire la petite octave, le registre du petit clavier, le registre du grand clavier, & on fait avancer le registre du buffle ; en diminuant la pression du pied sur la pédale, on avance la petite octave, le registre du petit clavier, le registre du grand clavier, & on retire le registre du buffle.

Si l’on veut que le registre du buffle donne toute la force de son qu’il peut communiquer, on attire à soi la pédale, on l’accroche. Les gradations du son, ses accroissements et décroissements insensibles peuvent successivement être exprimées en laissant remonter la pédale graduellement.

L’Auteur a placé sous le clavecin à gauche, une genouillère qui, par un mouvement à droite & à gauche, fait jouer alternativement les deux registres qui forment l’unisson : en tirant à soi la genouillère, on laisse la petite octave seule pour le grand clavier.

M. Erard a placé à droite du clavecin une autre genouillère, qui, par une pression faite à droite, unit le jeu du buffle avec celui des trois registres de plumes ; la même genouillère tirée à gauche, retire la petite octave. Ce mouvement ne laisse alors en action que les registres qui composent l’unisson.

Au-dessus du genou à gauche, M. Erard a placé un petit levier, qui, par la pression qu’on lui communique, & qui est perpendiculaire au plan auquel il est attaché, fait mouvoir une mécanique très ingénieuse : elle agit sur la même ligne en sens contraire, & sur les deux cordes en même temps.

M. Erard est le premier facteur qui ait trouvé le moyen de faire parler les quatre sautereaux, au moyen du grand clavier seul, & sans être obligé de recourir à la charge du petit clavier.

Si l’intempérie des saisons, la chaleur ou l’humidité ont affecté un peu trop sensiblement le buffle, M. Erard a trouvé le moyen de remédier à cet inconvénient, & de communiquer au jeu de buffle tout le degré de force qui doit faire disparaitre ce défaut.

Pour faire connaitre les effets charmants que prête à l’exécution d’un morceau de musique, l’ingénieuse découverte de M. Erard, M. Maréchal, très habile Claveciniste attaché à la Musique de Madame la Duchesse de Villeroy, a exécuté chez M. de la Blancherie, l’ouverture d’Iphigénie en Aulide, de M. Gluck, & d’autres morceaux du même Auteur, pris dans Alceste & dans Armide.

Tout le monde est convenu que le Clavecin de M. Erard est le plus favorable qui ait encore paru pour les Clavecinistes qui ont de l’âme, du sentiment, de la sensibilité, & qu’il pouvait seul exprimer les différentes modifications du son que la musique peut employer pour peindre les gradations de nos affections, leurs moments de force, leurs dégradations & leurs extinctions.

Aucun autre instrument ne fournit, selon eux, plus de moyens pour nuancer l’expression des différents sentiments dont le génie de M. Gluck a voulu que le spectateur fût pénétré à la représentation de ses ouvrages.

On doit remarquer, avec plaisir, que le génie & l’esprit d’invention se sont emparés de tous les hommes qui exercent les arts, & qu’ils tiennent dans un mouvement continuel.

Les Ecrits publiés sur chaque Art, ayant rapproché toutes les découvertes déjà faites de l’époque où nous vivons, un Artiste qui veut travailler peut, dès le premier jour de lecture, se placer au point d’avancement & de perfection où se sont élevés les hommes qui l’on devancé dans la profession qu’il exerce.

Avant qu’on eût encouragé les Ecrits qui traitent des Arts, par l’empressement avec lequel on les a recherchés, les connaissances propres à chaque Art disparaissaient à chaque génération.

On revenait sans cesse sur les pas qu’on avait faits dans une carrière où il aurait toujours fallu aller en avant. L’Epoque où nous nous trouvons offre à tous les Artistes la perspective consolante de n’être plus guidés pas l’inexpérience inhabile, ou par l’indocile ignorance.

Les Livres, sur un très grand nombre d’Arts, peuvent tenir lieu de Maîtres. Leurs instruction est plus utile, parce qu’elle est moins sujette à varier, & plus aisée à réformer." Charles Joseph Mathon de la Cour & Pierre Joseph François Luneau de Boisjermain, Almanach Musical Année 1783, Chapitre « Découvertes », p. 51-55

1802

Lettre de J. F. Reichardt, 22 novembre 1802

"Je viens de visiter la grande manufacture des pianoforte et de harpes des frères Érard.

[Sébastien Érard, né à Strasbourg le 5 avril 1752, mort à Paris le 5 août 1831 a son château de La Muette, fut un des plus célèbres facteurs d'instruments de musique.

D'un caractère noble et généreux, aimant les arts avec passion, il employait à l'encouragement des artistes les revenus de sa belle fortune. Son neveu Orphée Pierre, qu'il avait adopté, ajouta de nombreux perfectionnements aux inventions de son oncle.

A sa mort, survenue en 1855, l'etablissment fut pendant plus de trente ans géré avec une rare compétence par sa veuve. Ce sont leurs neveux qui en ont la direction aujourd'hui. La maison Érard occupe toujours le premier rang dans le monde entier et la bienviellance et la générosite à l'égard des artistes y sont de tradition.]

Tout se fait en grand chez eux, et, malgré l'élevation de leurs prix, qui dépassent ceux des fabriques anglaises, le nombre d'instruments qu'ils vendent est énorme.

Les petits pianoforte, format clavecin, coûtent cinquante louis neufs (1,200 francs) ; les grands à queue, decorés avec infiniment de goût, se payent de cent à deux cent louis (2,400 francs). La maison envoie ses produits dans tous les pays accessibles aux transports par eau.

L'établissement occupe deux grands bâtiments de la rue du Mail, un des quartiers les plus commerçants de Paris.

Tout ce qu'exige la confection complète des instruments s'y prépare : menuisiers, ébénistes, tabletiers, serruriers, ciseleurs, ont leurs ateliers spéciaux ; dans d'autres parties de la fabrique, on travaille le bronze, on prépare la laque, les peintures, la dorure.

De grandes salles sont pleines de caisses de pianos terminés ; ailleurs, des ouvriers precèdent à l'assemblage des pièces intérieures, sous la direction du maître en personne ; plus loin on donne le dernier fini à l'instrument.

Des salons contiennent quantité de piano-forte attendant l'amateur ou l'expéditeur ; chaque jour, les emballeurs sont à l'oeuvre. Les cours sont entourées de hangars abritant des piles de bois précieux.

Un comptoir organisé suivant la méthode anglaise, avec teneur de livres et commis, est affecté à la comptabilité et à la correspondance ; la caisse attenante s'occupe des payements, des entrées et des sorties.

C'est dans sa manufacture même qu'habite la famille Érard ; son installation a du confort, comme il convient à des citoyens notables d'un pays riche.

Chacun des frères a son logis particulier ; l'un, amateur de peinture, a réuni une jolie collection de tableaux. Leur excellente soeur, qui gouverne la maison, habite sous le même toit avec ses filles ; son élégant appartement est le rendez-vous habituel de la famille. De vastes salons sont destinés à recevoir les étrangers de distinction qui viennent en personne faire choix d'un instrument.

A certains jours, ces salons s'ouvrent aux nombreux amis d'une famille restée fidèle à ces bonnes traditions d'hospitalité française qui s'en vont.

A l'occasion du mariage de la fille ainée avec l'aimable peintre Bonnemaison ]Bonnemaison, bon peintre d'histoire et de portraits, s'était fait remarquer au salon de 1797 par un portrait du célèbre horloger Bréguet, plus tard membre de l'Institut.], je viens d'assister à l'une de ces réunions.

J'ai été charmé d'y rencontrer plusieurs artistes allemands : notre excellent violoncelliste Romberg [Romberg (Bernard), chef de l'école de violoncelle allemande, avait eu, aux concerts de la rue de Cléry et du théatre de la rue des Victoires, un succès qui l'avait fait appeler, en 1801, à une place de professeur au Conservatoire.

Il n'a pas prolongé son séjour à Paris au delà de 1803. Son exécution était remarquable par l'énergie de l'expression et la puissance du son.), dont le talent est très goûté ici ; les professeurs et compositeurs Adam, Widerkehr, Pfeffinger [Trois artistes alsaciens : Adam (Louis), père d'Adolphe, et Widerkeher, l'un et l'autre professeurs au Conservatoire ; Pfeffinger, compositeur distingué et professeur de piano.], et d'autres.

Ces messieurs m'ont raconté que le pauvre Della Maria avait été l'un des hôtes assidues de la maison, et qu'il aimait à composer ses jolies mélodies sous les ombrages de la villa de Sèvres, mise à sa disposition par les bons Érard.

Les jeunes femmes de la famille sont d'agréables chanteuses [Adam (Louis) a publié un Journal d'ariettes italiennes de Mlles Érard.] et des pianistes distinguées. Elles ont installé un comptoir particulier de musique dans une des salles de cette maison, véritable sanctuaire d'Euterpe.

Ce que je viens de dire peut donner une idée de l'importance de l'établissement. Pour apprécier la perfection des instruments qui en sortent, il fait, comme je l'ai fait, les essayer soi-même.

Ils ont toutes les qualités désirables de brillant et de sonorité de toucher et répondent, mieux que les piano-forte anglais, aux intention de l'exécutant ; ces derniers ont peut-être plus de son.

Les frères Érard ont à Londres une succursale importante. C'est l'aîne, que j'ai regretté de ne pas voir, qui la dirige ; il réside habituellement en Angleterre.

Cette succursale anglais est principalement effectée à la fabrication et à la vente des harpes, auxquelles M. Érard a apporté des perfectionnements remarquables.

La seule vue d'un de ces instruments, si artistement travaillés, entre les bras d'une belle personne, cause du plaisir ; suivant qu'elles sont plus ou moins ornées, les harpes coûtent de soixante (1,440 fr.) à cent louis neufs et au delà (2,400 fr.) !

Les Russes et les Anglais, bons appréciateurs d'un travail fini et plus à même que d'autres de satisfaire leurs fantaisies, achètent la plupart de ces instruments.

A Paris, on en trouve chez quelques «nouveaux riches» ; ils se les procurent, ne fût-ce qu'à titre de meubles décoratifs.

Pas plus qu'eux, leurs enfants n'ont en effet grand souci de cette musique, qui passionnait jadis tout ce qui était riche et distingué.

Les gens du grand monde sont presque tous morts, d'autres ont fui Paris, et ceux qui sont revenus, dans ces derniers temps, n'ont plus ni la fortune ni la tranquillité d'esprit indispensables à la culture des arts d'agrément.

C'est une des raisons pour lesquelles, en dehors des théâtres, on entend si peu de musique. Autrefois, elle vous poursuivait en quelque sorte : dans une foule de maisons, on pouvait entendre un quatuor presque chaque après-midi, et il ne se passait guère de soirée sans grand ou petit concert.

On n'avait que l'embarras du choix entre le bon et le meilleur ; tout cela est fini !"  1802-1803. D'après les lettres de J.F. Reichardt par A. Laquiante, 1896, p. 54-55

"Ce fut alors que l'armée brûla, au bivouac, en une seule nuit, pour plus d'un demi-million de francs de quinquina gris de Loxa, dont la valeur commerciale s'élevait, alors, à plus de cent francs la livre.

De magnifiques pianos d'Erard y servirent comme bois de chauffage, et les soldats riaient beaucoup lorsque les cordes vibraient en se rompant par l'action du feu."  Napoléon à Bayonne : d'après les contemporains et des documents inédits, 1897, p. 27 (Gallica)

1808

UNE HISTOIRE D'EXCLUSIVITÉ

7 mai 1808 dans Bulletin de Lyon

"Avis aux Amateurs de Musiques. - Le sieur Garnier, libraire, marchand de musique et d'instrumens, place de la Comédie, N° 18, prévient les amateurs, qu'il vient de faire un voyage à Paris où il a fait emplette d'un nombre considérable de piano.

On trouvera chez lui tous ce qui l'on pourra trouver dans les magasins des MM. Erard, soit en harpes les plus belles, soit en piano les plus richement ornés comme les plus simples.

L'arrangement qu'il fait avec ces Messieurs, et dont ci-joint copie, l'autorise d'annoncer publiquement qu'il est le seul marchand, à Lyon, à qui MM. Erard envoient leurs instrumens, afin que le public ne soit plus trompé par les contrefaçons qui seront rigoureusement surveillées.

Les affaires considérables qu'il fait avec ces Messiers, le mettent à même de traiter les amateurs d'une manière satisfaite. Copie de l'acte - Il est convenu entre M. Garnier, marchand de musique et d'instrumens, à Lyon, et MM. Erard frères, fabricans de piano et de harpes, à Paris savoir :

Que MM. Erard frères fourniront exclusivement le Magasin du sieur Garnier, à Lyon, de leurs instrumens, et promettent de ne vendre à aucun autre marchand que lui en ladite ville, afin qu'il soit le seul Magasin reconnu qui tienne de leurs instrumens à Lyon.

Ledit sieur Garnier, par contre, s'engage à ne pas vendre d'autres instrumens que ceux des sieurs Erard frères, excepté ceux qui lui proviendront des échanges qu'il pourra faire avec les per ondes à qui il vendra des instrumens de la facture Erard frères.

Cet arrangement est pour la durée de six années à compter de ce jour. Fait double entre eux, à Paris, le sept mai huit cent huit. Signé ERARD frères, GARNIER." Bulletin de Lyon, 1808, Ballanche, Ballanche père et fils, p. 215

Lettre de MM. Erard
à M. Arnaud,
datée du 18 mai dernier.

"Avis aux amateurs de musique - Comme le public pourrait croire, d'après les deux dernières annonces de M. Arnaud, luthier, que le sieur Garnier n'est pas le seul à qui MM. Erard envoient exclusivement leurs instrumens, le sieur Garnier est autorisé de rendre publiques les lettres suivantes, qui ne laisseront aucune incertitude à cet égard.

L'intention formelle de MM. Erard est de n'avoir qu'un correspondant à Lyon ; ils s'y sont engagés par l'acte inséré dans le Bulletin du 6 du courant, et passé à Paris le 7 mai dernier. Depuis cette époque, aucun autre marchand que le sieur Garnier ne pourra montrer ni lettre ni facture, adressées directement. Le sieur Garnier croit devoir donner ce dernier avis pour les interêts des amateurs, à qui il offre des garanties réelles et les mêmes avantages qu'à Paris.

Le nombre considérable de piano qu'il a dans son magasin, le met à même de remplir d'une manière satisfaisante les commissions qu‘on lui donnera, et de justifier en tout la confiance du public." Bulletin de Lyon, 1808, Ballanche, Ballanche père et fils, p. 240

Réponse de MM. Erard,
relative aux annonces de M. Arnaud,
adressée à M. Garnier, le 22 juin dernier.

"D'après les nouveaux arrangemens que nous venons de prendre avec M. Garnier, de Lyon, notre ancien correspondant, nous vous prévenons que nous ne puvons plus à l'avenir vous fournir de nos ouvrages, vu que nous lui avons promis d'être le seul marchand, à Lyon, auquel nous vendrons nos instrumens. Nous vous saluons. Erard, frères." Bulletin de Lyon, 1808, Ballanche, Ballanche père et fils, p. 240

Autre réponse de MM. Erard,
relative à l'annonce du 13 juillet,
adressée à M. Garnier,
en date du 20 de ce mois.

"Nous avons lu dans le journal de Lyon, feuille du 15 juin, que M. Arnaud annonce qu'il vient de recevoir un assortiment de piano d'Erard, ornés de bronze doré et dans le dernier goût, desquels il offre toute garantie qu'on pourra désirer.

Cette annonce nous a extrêment surpris, d'après les genres de piano de notre facture, que nous lui avons vendus, et la date que nous les lui avons expédiés. En voici le détail, savoir :

Le 7 brumaire an 13, un piano à 2 cordes à l'ut, ordinaire, n° 6005.
Les 14-28 octobre 1807, deux piano à 3 cordes à l'ut, ordinaires, n° os 7107-7114; six piano à 2 cordes à l'ut, ordinaires, n° os 7098-7101-7108-7109-7111-7112.
Les 29 février et 7 mars derniers, sept piano à 2 cordes à l'ut, ordinaires, n°.s 7250-7251-7254-7255-7270-7273-7282.
Voilà tous les marchés que nous avons faits avec M. Arnaud : il n'y a eu de piano orné que celui à 2 cordes à l'ut, vente du 7 brumaire an 13, du prix de 1320 l. Dalut amical, Erard, frères."
Bulletin de Lyon, 1808, Ballanche, Ballanche père et fils, p. 240

27 juillet 1808 dans Bulletin de Lyon.

"Le nouvel avis que M. Arnaud, de Lyon, a fait insérer dans les Petites Affiches de votre ville, du 13, nous surprend de nouveau; il ne peut être fondé, à notre connaissance, que sur les piano qu'il a achetés en nos magasins antérieurement à notre arrangement du 7 mai, et dont il peut lui rester quelques-uns.

Au reste, Monsieur, nous vous avons fourni toutes les instructions et moyens qui dépendaient de nous par notre lettre du 22 juin, à laquelle nous nous référons, et aux autres documens dont vous êtes hanti. Nous vous saluons bien cordialement. Erard, frères." Bulletin de Lyon, 1808, Ballanche, Ballanche père et fils, p. 240

2 aout 1808 dans Journal de l'Empire

"Avis aux Amateurs de Musique - Le sieur Garnier à Lyon, marchand de musique et d'instrumens, donne avis qu'il vient d'assortir son magasin de harpes et de pianos les plus richement ornés comme les plus simples, de MM. Erard frères, de manière que l'on trouvera toujours chez lui tout ce que l'on pourroit trouver à Paris chez ces messieurs.

Le succès et la préférence mérites qne les instrumens de MM. Erard Frères ont obtenus, la satisfaction que le sieur Garnier a eue depuis vingt ans, de tous les amateurs qui lui ont accordé leur confiance, viennent de le décider de faire une voyage à Paris, ou il a pris de nouveaux arrangemens avec ces messieurs, afin que son magasin soit reconnu pour être le seul qui vend exclusivement de leurs instrumens à Lyon.

Comme il est connu qu'on a vendu des pianos contrefaits, portant le nom d'Erard frères, ces messieurs ont autorisé le sieur Garnier de poursuivre tout contrefacteur afin que les amateurs ne soient plus trompés." Journal de l'Empire, 02/08/1808, p. 4 (lire la suite en 1809 et 1817 ci-dessous)

Voyez GARNIER et ARNAUD à Lyon

1809

UNE HISTOIRE D'EXCLUSIVITÉ

le 23 août 1809, par Garnier

"Lyon, le 23 août 1809. Aux Rédacteurs, Messieurs, Permettez-moi répondre à l'annonce qu'un demes confrères a fait insérer dans votre Bulletin du 12 juillet, en lui rappelant, ainsi qu'au public, des diverses lettres que vous avez eu la complaisance d'insérer dans votre Journal le 27 juillet de l'année dernière, et qui ont dû prouver que d'après les nouveaux arrangemens que M. Erard frères, fabricans de forte piano et harpes, à Paris ont pris avec moi; ils n'ont pu fournir de leurs instrumens à aucun autre marchand de cette ville.

Si l'assurance qu'ils en ont donné dans ces lettres peut avoir besoin d'être confirmée pour contredire les nouvelles annonces faites au public, elles le seront sûrement par la lettre que MM. Erard frères viennent de m'adresser le t5 de ce mois, que j'ai l'honneur de tous communiquer, et dans laquelle vous pourrez relever le passage suivant :

"Vous nous témoignez votre surprise ce, ue M. Arnaud annonce dans vos Petites Affiches du 1.er juillet, qu'il avait un assortiment de nos piano.

Nous vous déclarons, M. Garnier, que nous n'avons vendu aucun instrument audit M. Arnaud depuis le sept mars 1808 ainsi que nous vous l'avons écrit dans le temps. Vous pouvez faire l'usage qui vous conviendra de cette déclaration."

J'espère, Messieurs, que cette nouvelle assurance suffira pour clétromper les amateurs qui auraient pu être induits en erreur par d'autres annonces, et supposer que ce n'est pluszl moi que MM. Erard frères adressent exclusivement ici le dépôt de leurs instrumens.

Je profite de cette occasion pour leur annoncer au contraire qu'ils trouveront dans mes magasins de nouveaux assortimeus de furte piano et de harpes de la fabrique Erard, bien choisis, dans tous les prix et toutes les qualités; et que moi seul peut montrer des factures de MM. Erard frères, postérieures au 7 mars 1808, ainsi qu'ils nous l'ont eux-mêmes déclaré dans leur lettre du 18 mai, insérée dans votre Bulletin du 27 juillet de l'année dernière. J'ai l'honneur d'être, etc. Garnier." Bulletin de Lyon, 30/08/1809, p. 275

1810

“MM. Erard, auxquels la France est redevable du genre d'industrie dans lequel ils excellent, et d'un commerce qui avant eux, était tout au profit de' l'étranger, viennent d'ajouter de nouveaux perfectionnemens au système du piano.

MM. Gossec, Méhul, Prony et Charles ont examiné en détail leur nouvel instrument; et ils ont reconnu plus de solidité dans le mécanisme, plus de facilité dans l'exécution, et de grands avantages d'harmonie.

Les symphonies concertantes, les sonates à grands accompagnemens, etc., ont forcé le piano de sortir des limites dans lesquelles il semblait d'abord circonscrit.

Les facteurs ont été obligés de chercher des moyens plus puissans, et l'on est revenu à la forme triangulaire des clavecins, forme qu'on avait délaissée. Il a fallu de plus grandes tables d'harmonie, de plus vastes corps sonores. Ce sont ces moyens que les frères Erard ont perfectionnes.

Le rapporteur entre dans le détail des inconvéniens des autres pianos, dont les principaux étaient que les touches ne répondaient pas toujours assez vite à la rapidité des doigts ou de la pensée du musicien exécuteur ou compositeur; que les basses étaient sourdes et vagues, et les sons d'en haut criards.

La description des procédés par lesquels les frères Erard ont corrigé ces défauts, pourrait n'être pas très claire à la simple lecture, surtout pour les personnes peu familiarisées avec le mécanisme de cet instrument : qu'il nous suffise de dire que MM. les commissaires de l'institut ont trouvé le nouveau piano infiniment plus sonore que les autres pianos de même force; que la qualité du son était à volonté douce, brillante ou vigoureuse; que les touches sont d'une sensibilité et d'une égalité parfaites, dans toute l'étendue du clavier, qui pourtant à six octaves.

Enfin les commissaires et les classes ont pensé que ce piano-forte est si supérieur à tout ce qui a été fuit jusqu'à ce jour, que MM. Erard qui ont déjà tant mérité de la France et de l'art, qui ont tout surpassé, se sont surpassés eux-mêmes." Journal des arts, de littérature et de commerce, 20/10/1810, p. 84 - 86

1811

Nouveau piano-forte

"La Classe des Sciences Mathématiques et Physiques et celle des Beaux-Arts de l'Institut ont concouru à l'examen d'un nouveau piano-forte de l'invention des frères Erard.

Ces estimables artistes auxquels la France est redevable au genre d'industrie dans lequel ils excellent et d'un commerce qui avant eux, était tout au profit de l'étranger, viennent d'ajouter, de nouveaux perfeclionnemens au système du piano. MM. Gossec, Méhul Prony et Charles l'ont examine en détail et ils ont reconnu plus de solidité dans le mécanisme, plus de facilité dans l'exécution et de grands avantages d'harmonie.

Les pianos en clavecin ont un très-grand volume de son. L'on sait que cette intensité de son est le produit de la percussion des cordes et de la résonnance du corps sonore; que les doigts, en parcourant lé clavier avec une vélocité légère ou forte, opèrent une dépression plus ou moins profonde dont le marteau suit fidèlement l'action en s'élevant et retombant pour, s'élever encore lorsque la touche est refoulée.

Toutes ces actions successives et coordonnées entre elles exigent un temps donné pour que chaque pièce retourne à sa' place. Mais la succession des sons, souvent rapide comme la pensée précipite les doigts avec une activité à laquelle la touche paresseuse se prête avec lenteur et la déclamation musicale devient subordonnée à la docilité de l'instrument.

Ce défaut des grands pianos étoit tel, qu'un musicien habile avoit besoin de faire connoissance avec eux, et de les étudier particulièrement pour tirer parti de ces touches rétives. La cadence par exemple, étoit lourde et difficile.

Plusieurs facteurs avoient tenté infructueusement jusqu'ici de corriger çesdéfauts. MM. Erard les ont fait entièrement disparoitre ils ont totalement changé le système qui régit les pièces intermédiaires entre la touche et la corde.

Quant aux effets, les commissaires ont trouvé le nouveau piano infiniment plus sonore que les autres pianos de même force. Les frères Erard ont été honorés du brevet de facteurs de forte-piano et harpe de LL. MM. II. " Journal de l'Empire, 02/01/1811, p. 3

1817

UNE HISTOIRE D'EXCLUSIVITÉ

1 janvier 1817 dans Journal des débats politiques et littéraires

"MM. Erard frères rue du Mail, n° 13 et 21, facteurs de forté-piano et harpes du Roi, de ses Menus-Plaisirs, etc. viennent de dénoncer à la sévérité des tribunaux l'atteinte portée a leur propriété industrielle par un nouveau genre de contrefacon bien réprehensible.

Des hommes, qui se disent commerçans se permettent journellement d'annoncer par les affiches et dans les journaux, sous le nom d'Erard, des pianos de qualité inférieure, auxquels ils donnent du relief, en les offrant à moitié prix de la vraie fabrique. Par cette double imposture, et par les calomnies dont ils s'appuient, ils séduisent, ils trompent le public, les etrangers surtout, et tant d'autres qui sont loin de soupçonner l'artifice.

La plupart des fraudeurs, pour arriver plus sûrement à leurs lins, poussent la témérité jusqu'à appliquer le nom d'Erard sur leurs défectueux instrumens. De là, un discrédit non mérite sur la fabrication de MM. Erard frères et le ralentissement des ventes qui en seroient l'encouragement. Des procés-verbaux ont été dressés contre plusieurs de ces usurpateurs notamment rue Dauphine n°. 32; rue Plâtière n°. 14; rue de Grammont, n°. 9, et plusieurs autres.

En attendant que la justice prononce sur ces, délits il importe d'en signaler la gravité, et d'en arrêter le cours.

Tous ceux qui s'approprient ainsi le nom, les marques on cachets d'un établissement accrédité se constituent faussaire à un certain degré, et s'exposent à l'application des pentes établies en l'article 142 du Code pénal.

Pour empêcher les surprises à l'avenir, MM. Erard frères offrent au public de faire verifier toutes les fois qu'ils en seront requis, les instrumens qui seroient mis en vente comme sortant de leurs ateliers." Journal des débats politiques et littéraires, 01/01/1817, p. 3 - Voyez GARNIER et ARNAUD à Lyon.

"Au Rédacteur de la Quotidienne. Mousieur, J'ai l'honneur de vous prévenir que les frères Erard, facteurs de pianos, rue du Mail, no 13, qui avaient porté plainte contre moi, à raison de pianos vendus comme provenant de leurs atteliers, ont été rejettés de cette plainte le 14 janvier dernier, et condamnés par le tribunal correctionnel aux frais et dépends.

Ces Messieurs en ayant rappelé devant la cour royale elle a par arrêté du 25 février dernier, confirmé le jugement de première instance, et ordonné que les scellés apposés sur le piano que le sieur S*** avait feint d'acheter chez moi fussent levés dans les 24 heures.

Comme vous avez, M. le rédacteur, annoncé la plainte, j'espère que vous voudrez bien parler du jugement. J'ai l'houneur, etc. MONTILLY, rue Dauphine, no. 52." La Quotidienne, Volume 10, 18/03/1817, p. 60

1818

"PIANO. (Piano-forté ou forté-piano.) Cet instrument qui à succédé au clavecin, trop automate est bien digne du triomphe qu'il a obtenu sur son prédécesseur, & par son exprèssion, qu'il étend du, piano au forté, d'où il tire son nom, & comme moins embarrassant.

Qu'il y a loin du sautereau emplumé de l'épinette & du clavecin au marteau du piano-forte.

Quelle différence il en résulte & pour la qualité & pour la quantité du fon qu'il tire !

Le précieux avantage du marteau est d'être aux ordres de celui qui fait le maîtriser. Il reçoit du tact du pianiste, une forte d'animation magique qui fait que le son prend successivement tous les caractères.

La couleur lui est donnée par les jeux différens qui composent le piano-forté, & qui font mus par l'action des pédales.

Celle qui lève les étouffoirs fait du piano un instrument à sons beaucoup plus forts & plus prolongés, mais non pas soustenus au même degré, & qui, lorsque l'on frappe avec force, peut s'employer dans les momens qui demandent de la vigueur, & surtout un trouble bruyant voisin de la confusion.

Mais, par un tact plus doux, le jeu qui résulte des étouffoirs levés peut aider puissamment à imiter la voix dans le soutenu du cantabile.

La pédale, qui introduit une languette de buffle entre chaque marteau & la corde, les étouffoirs étant levés, donne aux sons quelque chose d'aérien & de surnaturel, qui a fait donner à ce jeu le nom de jeu céleste, ou d'harmonica.

On emploie pour cela dans la musique, une sorte de trémolo où tremblement radouci & renflé, tour à tour, qui fait beaucoup d'effet, sans prouver beaucoup de talent.

Le charlatanisme abuse de ces divers moyens pour fasciner les yeux ou tromper les oreilles sur l'on défaut de science & d'habileté réelle; mais cela ne doit pas empêcher les grands pianistes de tirer parti, des ressources précieuses qu'offrent ces différens jeux, soit mêlés, foit à part l'un dé l'autre.

Le jeu céleste seul est propre à rendre tout ce qui a de la douceur, une grâce retenue & une timide pudeur. Le jeu de sourdine est propre à imiter la harpe & le pizzicato du violon, ainsi que le détaché sec de l'archet.

Il y a quelque chose de nocturne mêlé au jeu céleste; & lorsqu'on veut ramener vers le jour & à la clarté, on peut commencer à lever les etouffoirs, en tenant toujours la sourdine & le jeu céleste, puis ôter à la fois le pied, de toutes les pédales, en ménageant, par le tact, cette transition.

Qu'a-t-il fallu pour que les cordes pussent souffrie les coups des marteaux ? Qu'elles fussent plus tendues, plus fortes & plus courtes.

La table de résonnance étant rendue le plus sensible qu'on puisse la rendre, & les cordes bien choisies, le reste dépend de l'action du marteau & la manière dont il est garni.

C'est M. Sébastien Erard, & ensuite les deux frères, qui'ont commencé à perfectionner cet instrument à Paris. Leur fabrique est toujours la plus renommée, quoiqu'ils aient quelques rivaux qui semblent vouloir parfois balancer leurs succès.

On fait des pianos carrés, longs, à deux cordes & à deux pédales, ou à quatre pédales.

A trois cordes & à quatre ou cinq pédales.
A cinq octaves & demie & à six octaves.

On en fait en forme de clavecin, de différentes; dimensions & de verticaux.

Jusqu'ici, ce n'est guère qu'à Londres qu'on s'est occupé sérieusement de la fabrication du piano vertical.

Plusieurs facteurs y réussissent d'une manière très-satisfaisante, & entr'autres la fabrique de MM. Clementi, Collard frères & compagnie. (De Momigny.)" Encyclopedie méthodique, Musique, 1791-1816, p. 268 (Gallica)

1824

"L'attention générale du public mélomane est aujourd'hui fixée sur le jeune Listz.

Cette merveille, venue du fonds de la Hongrie pour offrir le phénomené de l'organisation la plus musicale qui se soit encore offerte aux observateurs depuis le grand Mozart.

On n'a pas moins remarqué dans le concert qu'a donné ce jeune homme, l'étonnante fécondité de son imagination et son exécution facile, brillante, que l'éclat des sons que rendait le piano sur lequel il exécutait.

Cet instrument, sorti du magasin de M. Erard, avait été fabriqué exprès pour ce concert, sur le modele de celui qui obtint une médaille d'or à la dernière exposition de l'industrie.

Le procédé du nouvel échappement qui a mérité cette récompense nous semble avoir fait faire un pas à cette partie d'un art important et devenu aujourd'hui si général." La Pandore, journal des spectacles, des lettres, des arts, des moeurs et des modes, 11/03/1824, p. 31

1825

Cadeau pour la petite-fille du Roi

"Nous parlions hier des brillantes étrennes destinées aux Enfans de France. Nous apprenons aujourd'hui que dans le nombre de ces précieux cadeaux, se trouve un objet digne à plus d'un titre d'exciter l'admiration des amis des arts.

C'est un piano qui a été commandé par le Roi à MM. Érard frères, et que S. M. destine à son auguste petite-fille, Mademoiselle.

Les bronzes dorés, les ciselures du goût le plus exquis, la porcelaine peinte pars les plus habiles artistes, tout concourt à faire de cet instrument un véritable bijou, et, ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'étant obligés de régler leurs proportions d'après la taille de la jeune princesse, MM Erard  sont cependant parvenus à produire une qualité de son, qui ferait honneur à beaucoup de pianos d'une grande dimension." Journal politique et littéraire, 07/01/1825, p. 2 (Rosalis)

1826

"PIANOS ERARD. - M. Sébastien Erard nous prévient que, depuis la mort de M. Jean-Baptiste Erard, son frère, il continue en son nom seul la fabrication des pianos et des harpes, il s'est adjoint son neveu Pierre Erard, fils de feu Jean-Baptiste, destiné à la succession de cet établissement.

La réputation que cette maison a acquisé à juste titre depuis 45 ans, par ses nombreuses inventions et ses perfectionnemens, ainsi que par la solidité des instrumens qu'elle fabrique, nous engage à publier ces détails.

Non seulement M. Sébastien Erard a remporté plussieurs fois les médailles d'or destinées à encourager l'industrie, lors des expositions qui ont été faites au Louvre et ailleurs, par les seins du gouvernement ; mais encore S. M. a daigné le nommer chevalier de la Légion-d'Honneur, pour récompense du perfectionnement qu'il est apporté dans les instrumens exposés en 1823." Le constitutionnel: journal du commerce, politique et littéraire, 1826, p. 162

1827

L'EXPOSITION de 1827

"Le jour de la visite du jury d'exposition arriva. Les autres facteurs de pianos avaient leurs instruments exposés dans les salles du premier étage, encombrées d'étoffes et de tapis et d'une sonorité bien moins favorable que les salles basses, où étaient les pianos d'Érard.

Déjà les pianos d'Érard avaient été examinés, les membres du jury étaient dans les salles du premier étage, lorsqu'un facteur de pianos, et des plus renommés, demanda que ses instruments fussent entendus à côté de ceux d'Érard et dans les mêmes conditions.

On accéda à sa demande. Lorsqu'on vint proposer au père Érard de faire porter un de ses pianos au premier étage pour être comparé à ceux d'un rival, il bondit de fureur : cet homme de génie, qui, en fait de pianos, a presque tout inventé, sentait si bien sa supériorité sur ses confrères, qu'il n'en voulait reconnaître aucun, pour lui les deux mots piano Erard étaient inséparables ; hors de sa maison il ne se fabriquait pas de pianos ; il n'y avait que les envieux qui pussent propager un bruit si exorbitant.

Il ne voulut jamais laisser emporter son instrument, et nous eûmes toutes les peines du monde à le faire consentir à laisser descendre celui de son rival.

« Eh bien! s'écria-t-il, puisque vous le voulez tous, qu'il vienne ; qu'on apporte son plus grand piano à queue, et je le combattrai avec un petit piano à deux cordes. »

— Pour le coup nous le crûmes fou, mais il n'y eut pas moyen de le dissuader.

Notre effroi pour l'honneur de la maison s'augmenta encore lorsque nous vîmes que le piano à queue du rival d'Érard allait être joué par un des plus célèbres pianistes.

Pendant dix minutes, celui-ci tint ses auditeurs sous le charme de son jeu savant et harmonieux.

Quand il eut fini, Érard fit un signe à Karr, qui alla se placer devant le piano à deux cordes. Gatayes et moi nous tremblions pour Érard et pour Karr : mais ni l'un ni l'autre n'avaient peur ; la belle tête d'Érard avait perdu la contraction de colère qui l'agitait un instant auparavant, pour reprendre cette dignité calme qui était son expression habituelle; la bonne grosse figure de Karr était riante et narquoise ; il y avait déjà du triomphe dans son malin sourire.

Je ne sais ce que ce diable d'homme avait dans ses doigts, mais nul pianiste n'avait cette élégante facilité, ce charme brillant que l'on croyait venir de l'instrument et qui n'avait pas l'air d'appartenir à l'exécutant, dont il était pourtant la qualité essentielle.

Il ne faisait pas de grandes difficultés, mais il surmontait la plus grande de toutes, celle de plaire, et il réussissait toujours.

Le morceau qu'il improvisa n'était pas si savant que celui de son adversaire; il se serait gardé, sur ce petit instrument, d'aborder le style grandiose qui en eût démontré l'insuffisance ; il fut gracieux, léger, coquet; bref, au bout d'une trentaine de mesures, il avait gagné la partie.

Erard eut encore cette année la médaille d'or ; mais cette fois se fut bien à Henri Karr qu'il la dut." Les guêpes, Série 4, Alphonse Karr, 1867-1874

1828

"[...] Les concurreus touchaient un des nouveaux pianos de M. Erard. Cet habile facteur, dont le nom est européen, vient d'ajouter encore une invention à toutes les précieuses découvertes que la France lui doit et que les étrangers se sont empressés de lui emprunter.

Le mécanisme de la harpe à double mouvement est un chef-d'œuvre depuis long-temps admiré celui du nouveau piano n est pas moins ingénieux.

Les pianos allemands sont d'une grande facilité ils obéissent au doigt le plus faible les pianos anglais fournissent des sons plus prolongés et ne doivent cet avantage qu'à des claviers rebelles dont les touches s' abaissent trop.

Les premiers sont très favorables pour les passages rapides aussi les pianistes allemands prodiguent-ils les notes par milliers les pianos anglais admirables dans les morceaux lents ne permettent pas à l'exécutant de se livrer avec autant de vivacité aux brillantes folies de la fantaisie des variations, et même du concerto.

Il fallait en quelque sorte opter entre le son soutenu et la rapidité d'exécution M. Sébastien Erard vient de réunir ces deux qualités dans un même piano.

Il a résolu le problême qui faisait depuis long-temps le désespoir des facteurs et des exécutans. Le piano que l'on a entendu au concours a fourni des sons brillans et soutenus. Les trait agiles et d'une grande vélocité attestent que le clavier est d'un toucher facile l'excellence de l'instrument est démontrée.

Il suffit d'entendre un piano pour juger de ses résultats les amateurs peuvent cependant réunir le plaisir des yeux aux jouissances de l'oreille; je leur conseille d'aller voir chez M. Erard le mécanisme intérieur de ces nouveaux pianos c'est une chose vraiment curieuse, et qui doit satisfaire également le savant et l'homme du monde." Journal des débats politiques et littéraires, 28/08/1828, p. 2

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