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PAPE Jean-Henri
de Paris (°1815)

1835

"C'est un fait important que de voir des pianos français être adoptés en Angleterre, et y produire un très-grand effet.

Notre habile facteur Pape vient de transporter plusieurs de ses pianos de nouvelle construction à Londres, où il a formé un établissement. Nous lisons dans un journal anglais The Age l'article suivant, sur un concert dans lequel les pianistes les plus célèbres se sont fait entendre sur les instrumens de M. Pape.

« Au concert qui a eu lieu hier soir, 67 Fifth street, Soho square, nous avons été surpris par la supériorité des Pianos nouvellement inventés par M. Pape; les sons ont une qualité et une plénitude remarquables, qui ont été acquis en faisant frapper les marteaux d'en haut.

Ce moyen ingénieux procure aussi à ces instrumens l'avantage de tenir l'accord bien plus long-temps, puisque la table d'harmonie n'est point interrompue par le passage des marteaux. Le mérite de cette invention nous vient de Paris, où l'inventeur, M. Pape, a obtenu la première médaille d'or à la dernière exposition.

Nous avons entendu dans ce concert, pour la première fois, M. Servais, qui a un talent admirable; MM. Mochelès, Cramer, Schullz, Fontana, Sowinski et Alkan ont joué une ouverture pour trois pianos à douze mains, et ont ravi le nombreux auditoire." Gazette musicale de Paris, Volume 2, 1835, p. 187

PAPE pianos en Angleterre

"C'est un fait important que de voir des pianos français être adoptés en Angleterre, et y produire un très-grand effet. Notre habile facteur Pape vient de transporter plusieurs de ses Pianos de nouvelle construction à Londres, où il a formé un établissement. Nous lisons dans un journal anglais, The Age, l'article suivant, sur un concert dans lequel les pianistes les plus célèbres sé sont fait entendre sur les instrumens de M. Pape.

« Au concert qui a eu lieu hier Soir, 67 Frith Street, Sohs Square, nous avons été surpris par la supériorité des pianos nouvellement inventés par M- Pape; les sons ont une qualité et une plénitude remarquables, qui ont été a equis en faisant frapper les marteaux d'en haut.

Ce moyen ingénieux procure aussi à ces instrumens l'avantage de tenir l'accord bien plus long-temps, puisque la table d'harmonie n'est point interompue par le passage des marteaux. Le mérite de cette invention nous vient de Paris où l'inventeur, M. Pape, a obtenu la première médaille d'or à la dernière exposition.

Nous avons entendu dans ce concert, pour la première fois, M. Servais, qui a un talent admirable; MM. Moschelès, Cramer, Schultz, Fontana , Sowinski et Alkan, ont joué une ouverture pour trois pianos à douze mains, et ont ravi le nombreux auditoire. »" Le Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, 28/06/1835, p. 1 (memoireetactualite.org)

1837

"Dimanche, M. Pape a donné une brillante soirée musicale dans laquelle on a entendu de nouveaux pianos sortant de ses ateliers. Jamais nous n'avions trouvé réunies autant de force, de puissance et d'expression.

Toutes les notes sont égales jusqu'aux plus hautes, toutes possèdent les plus belles vibrations, et ont quelque chose de la suavité de l'orgue. M. Listz [sic], qui jouait, non pas sur, mais contre un de ces pianos, n'a pas réussi à effacer les brillantes qualités de l'instrument.

Monsieur Listz [sic] a cependant été justement applaudi; mais sa manière de jouer est si violente, qu'il doit lui importer peu de frapper sur un piano ou une table à manger. Ces artistes et les amateurs les plus distingués ont beaucoup applaudi aux nouvelles améliorations obtenues par M. Pape qui, seul depuis long-temps ne croit pas avoir atteint le but." Le Figaro, 25/04/1837, p. 350 (Gallica)

LISZT chez PAPE

"La dernière soirée musicale donnée par M. Pape dans ses salons, a été extrêmement brillante.

Le talent bien connu de M. Listz a prouvé au public que les pianos à queue de M. Pape pouvaient facilement rivaliser avec ceux de M. Erard et Pleyel, et que sous un moindre volume ils avaient une force et une pureté de sons extraordinaire.

Le changement de mécanique placée au-dessus des cordes, a permis de restreindre d'un tiers la longueur des instrumens, et malgré cette diminution, le volume des sons est plus considérable que celui des anciens pianos à queue." Gazette des salons : journal des modes et de musique, artistique, littéraire et théâtral, 03/05/1837, p. 695 (Gallica)

SUR LES NOUVEAUX PIANOS DE M. PAPE.

"Lorsque M. Pape prit la résolution de placer dans ses pianos le mécanisme au-dessus des cordes, il y a environ douze ans, beaucoup d'artistes et de facteurs de pianos déclarèrent qu'on ne parviendrait jamais à rien de satisfaisant par ce système. On disait que les marteaux étant placés au-dessus des cordes, tombaient sur celles-ci de leur propre poids, et ne pouvaient se relever que par un contre-poids ou par un levier dont la résistance devait alourdir le toucher. On ajoutait que le ressort employé devait s'affaiblir par l'usage, et finirait par donner de la lenteur à l'action des marteaux.

J'ai réfuté toutes ces objections, et j'ai donné dans divers articles de la Revue musicale, en 1827, 1828, et 1834, la théorie du système de M. Pape, où j'ai démontré :

1° Que les conditions de sonorité des pianos sont bien plus favorables quand les cordes sont frappées vers la table d'harmonie et dans un plan qui lui est perpendiculaire, que lorsque lesniarteaux soulèvent les cordes de leur point d'appui, comme cela a lieu dans le système ordinaire;
2° que la force de résistance de l'instrumeutau tirage des cordes est bien plus considérable, et que les conditions de durée et de solidité sont bien meilleures, quand il n'y a point d'interruption depuis le sommier des chevilles jusqu'au point d'attache des cordes, comme dans les pianos de M. Pape, que lorsqu'il faut laisser un passage aux marteaux pour frapper les cordes, comme dans Tes pianos du système ordinaire;
3° que le ressort en spirale de M. Pape ne saurait s'affaiblir par l'usage, parce que sa force de résistance de la circonférence de la base au point de centre est proportionnelle à la force de traction verticale; et d'ailleurs, parce que le mouvement de ce ressort est à peine d'une demi-ligne;
4° et enfin, que par sa disposition du mécanisme en dessus , M. Pape a acquis la faculté de faire frapper les cordes au point de leur longueur le plus favorable à la bonne qualité et à l'intensité des sons; tandis que la disposition des pianos ordinaires oblige à les faire attaquer près du point d'attache et dans l'endroit où elles ont le plus de raideur et le moins de sonorité.

Cette théorie, contre laquelle il n'y a rien de solide à objecter, a reçu beaucoup d'éloges dans divers ouvrages allemands et anglais qui ont été publiés depuis deux ou trois ans sur la construction des pianos. Persévérant et toujours occupe du soin de perfectionner ses inventions, M. Pape a singulièrement simplifié les combinaisons de son mécanisme et assuré la solidité de ses pianos, lorsqu'il a descendu la table d'harmonie près du fond de l'instrument, de manière à faire faire le tirage des cordes au point le plus résistant de la caisse, et à profiter de tout l'espace laissé en dessus pour la libre action et la meilleure disposition possible du mécanisme. Par celte heureuse invention , il a pu débarrasser ses instrumens de tout ce barrage en fer, si lourd et si incommode dans les pianos ordinaires.

Parvenu à ce point, M. Pape a établi d'une manière incontestable la supériorité de ses pianos sur tous ceux du svstème ordinaire. Cette supériorité n'est plus aujourd'hui contestée, et les objections ont cessé contre la lourdeur prétendue de sou mécanisme, car ses claviers sont aussi faciles que ceux des pianos les plus légers, et ont de plus l'avantage de pouvoir être réglés à tel degré de force qu'on peut désirer. Le son de ses pianos est aussi puissant que moelleux, et l'on a acquis la conviction que le ressort qui relève les marteaux n'éprouve aucun affaiblissement. L'expérience a démontré la théorie; et je puis citer un fait important qui prouve que la solidité du mécanisme de M. Pape est à toute épreuve. Il existe depuis cinq ans un piano carré de cet artiste au conservatoire de Bruxelles; cet instru

ment est joué tous les jours pendant huit heures, et souvent par des mains lourdes qui le frappent sans pitié; néanmoins sa qualité de son est restée ce qu'elle était dans l'origine, et le mécanisme a la même précision et la même rapidité d'articulation qu'aux premiers jours. ,

Invariablement fixé sur le principe de construction de ses pianos carrés, M. Pape ne s'occupe plus qu'à perfectionner quelques détails. Je dois signaler ici une des dernières améliorations qu'il a imaginée, et qui me parait importante; elle consiste à fairejouer les touches dans des rainures garnies de peau, dans lesquelles une vis de pression règle à volonté le frottement, en sorte que le travail le plus fatigant ne pourra plus jamais donner de ballotement ni de clapotement aux touches.

Après avoir rappelé les titres de M. Pape à la célébrité dont il jouit par ses instrumens, et particulièrement par ses pianos carrés, il me reste à parler des importantes améliorations qu'il vient d'apporter dans les grands pianos de son système, et de son invention d'un piano-table, charmant instrument dont le succès me paraît certain.

Simplifier, consolider, et porter dans tousses instrumens l'unité de système, quel qu'en soit la forme, tel a été le but de M. Pape dans ses recherches et dans ses travaux. Examinons comment il a résolu les divers problèmes qui se présentaient à lui.

Si nous ouvrons un piano de Al. Pape, carré, à queue, ou en table, et si nous enlevons le mécanisme, qu'apercevons-nous? Une table plane, débarrassée de tous ses creux, de toutes ses traverses, de ses divers plans et de toutes ses barres de fer qui entrent dans la construction des pianos ordinaires.

Sur cette table plane est un chevalet, et sur ce chevalet des cordes sont tendues d'un bouta l'autre de l'instrument, je dis d'un bout à l'autre, et remarquez bien cela, car au lieu de perdre tout l'espace qui dans les pianos ordinaires s'étend depuis le bord extérieur du clavier jusqu'aux chevilles, et qui ne sert à rien, M. Pape a utilisé toute la longueur de l'instrument, en faisant passer les cordes sous le clavier, et a placé les chevilles sur le devant du piano et sur la traverse du fond, en les cachant derrière le bord extérieur qui s'abaisse à charnière pour accorder ou pour mettre des cordes.

Par ce moyen, toute la longueur de la corde vibre, en sorte qu'avec un instrument de près d'un pied plus court que les autres, les instrumens de M. Pape ont la même longueur de cordes. De plus, le tirage se faisant dans ce sens et dans l'endroit où la résistance est la plus considérable, perd environ cinq huitièmes de sa force; ce qui offre une des garanties de solidité les plus heureuses qu'on puisse imaginer. Par ce moyen encore, l'instrument allégé dans sa longueur, et débarrassé de toutes ses barres de fer, traverses, etc., pèse environ deux cents livres de moins que les grands pianos ordinaires.

Examinons maintenant le mécanisme; nous y trouverons un sujet d'étonnement plus grand encore. Au lieu de cet immense appareil, de ces combinaisons plus ou moins compliquées qui entrent dans la composition des divers systèmes de grands pianos , nous apercevrons un ensemble de pièces , qui n'a pas la moitié d'étendue et de poids des autres mécanismes, qui se compose de touches dont la longueur est à peine la moitié delà longueur des touches ordinaires, et dont la forme est courbe afin de loger en dessous l'appareil des marteaux. Ceux-ci, poussés immédiatement sur les cordes par une bascule des touches, sont débarrassés de tous les intermédiaires et n'éprouvent qu'un seul frottement au lieu de cinq, six ou sept, et même beaucoup plus qu'il y a dans les divers autres systèmes.

Par cette disposition, le point de centre, placé tout prêt de la partie des touches attaquées par les doigts de l'exécutant, procure une attaque des cordes aussi prompte que légère. Ce simple mécanisme, qui se meut à charnières pour être levé à volonté, peut être réglé par tout accordeur. Il s'adapte à l'instrument avec tant de facilité et de précision, que quelques secondes ; suffisent pour l'enlever et le replacer; et si, par quelque hasard presqu'impossible à prévoir, quelque pièce se dérangeait ou se brisait, on pourrait avoir un mécanisme de rechange, pris dans le premier piano venu du même système, et le substituer immédiatement au premier sans aucune préparation et sans ajustage.

Arrivé à ce point, le piano est couru de la manière la plus simple et la plus rationnelle. Rien de compliqué, rien d'inutile, tout ce qu'il faut, rien que ce qu'il faut, voila ce qu'on y trouve; et ce beau résultat est la conséquence nécessaire du mécanisme en dessus porté àsadernièreperfeclion, de ce mécanisme si décrié dans son origine par ceux qui n'en ont pas compris la portée. Je ne sais si mon penchant pour les idées simples et pour les principes philosophiques qui en découlent m'abuse, mais il me semble que dans leur état actuel, les instrumens de M. Pape sont la conception la plus originale et la plus complète de notre époque.

Le petit piano-table de cet artiste se présente sous la forme et les dimensions d'une table de salon octogone. La partie supérieure de cette table étant levée, le clavier se présente, on le tire en avant, et il glisse sur des roulettes jusqu'au point nécessaire pour être joué. Ce clavier est facile et léger; le son. plus intense et plus brillant que celui des petits pianos verticaux, étonne par son volume comparé à la petitesse de l'instrument.

Le mécanisme est le même que celui des pianos à queue et carrés; il en a toute la simplicité, toute la solidité. Dans un salon où l'on voudrait avoir deux pianos pour des morceaux d'ensemble, ce petit instrument serait placé avec avantage, parce qu il se présente sous la forme d'un joli meuble.

Cet article, que je consacre aux nouvelles découvertes de M. Pape , est vraisemblablement le dernier que j'écrirai sur ses instrumens, car, à l'exception de quelques perfectionnemens de détails, il me semble qu'il ne pourrait plus y rien ajouter. Fetis." Revue et gazette musicale de Paris, 12/11/1837, p. 486-488

1838

PIANO SANS CORDES

"PIANO SANS CORDES.— M. Pape vient de terminer un nouvel instrument qui ne ressemble en rien aux inventions bâtardes enfantées depuis quelques années par la fabrication des pianos.

Le son de cet instrument, mélange de harpe et de piano ou d'orgue, est produit par des lames métalliques qui remplacent les cordes. L'essai en a été fait à l'occasion d'une soirée musicale donnée dimanche dernier par M. Pape, et d'unanimes applaudissemens ont accueilli cette ingénieuse invention.

Cette soirée offrait surtout un vif attrait par le choix des artistes qui s'y sont associés, et en lête desquels figuraient Mme Jenny Colon-Leplus; MM. Haumann et Sowinski. Nous croyons inutile d'ajouter que l'archet si expressif de ce violoniste, et la voix ravissante de Mme Leplus ont remporté les palmes de ce petit concert." Le Ménestrel, 13/05/1838, p. 4

"Pape s'est fait un grand nom dans les pianos carrés. Il fut frappé de la pureté des sons des pianos droits où les cordes sont frappées en dessus dans le plan de la table d' harmonie, au lieu d'être soulevées en dessous comme dans les pianos carrés et dans les pianos à queue.

Pape eut en 1816 l'idée de placer dans les pianos carrés le mécanisme en dessus.

Un facteur de Vieune, M, Streicher, avait eu cette idée avant Pape; mais il n'avait pas trouvé pour remettre le marteau dans sa position primitive d'autre moyen qu'un contre-poids qui pendait le clavier lourd, difficile à manier; on renonçà donc à l'usage de ces pianos jusqu'au moment où Pape inventa son échappement ingénieux :

à l'instant du frapper, l'échappement saisit le marteau et le mantient immobile tant que le doigt reste sur la touche; un ressort en spirale relève le marteau avec rapidité aussitôt que la touche est rendue libre.

L'usage d'un ressort est une mauvaise chose en mécanique, parce'que ces ressorts s'affaiblissent tôt ou tard et finissent par rendre les mouvements inégaux et mal réglés; cependant il faut dire que Pape a remédié à ce défaut en donnant à ce ressort toute la perfection posssible.

Le mécanisme en dessus a résolu un grand problème en procurant aux pianos carrés les sons purs et moelleux des pianos droits et une partie de la force des basses des pianos à queue." Solution de toutes les difficultés de l'étude : enseignement Buessard. Volume 7, 1837-1839, p. 206-209

"Voici dans quelles proportions ces quatre mille pianos de fabrication française sont produits par les différentes manufactures citées dans l'article qui précède :

Pleyel et compagnie, facteurs du roi à Paris 800
Erard 300
Henri Pape 250
Roller 200
Bernhardt 200
Bell 100
Soufleto 100
Petzold 50

Cinquante ou soixante facteurs, dont l'espace ne nous permet pas de citer les noms, à Paris et dans quelques villes de départements, ensemble 2,000 Total 4,000

- On n'attend pas sans doute de nous que nous signalions ici les qualités qui distinguent les instruments sortis de ces divers ateliers, ou celles qui leur manquent; nous nous bornerons à trois ou quatre noms que le public a depuis longtemps mis hors de ligne. [...]

Les pianos de Pape sont justement célèbres par leur vibration et leur intensité; ce facteur aura atteint le nec plus ultra de l'art quand le mécanisme si ingénieux de ses instruments n'offrira plus une certaine résistance d'inertie qui ne convient pas à tous les touchers. [...]" Pélopidas - Picard, 1838, p. 484-485

1839

"On sait quelle est notre opinion sur la vulgarisation de la musique et sur l'influence toujours progressive qu'elle exerce parmi les masses.

Plusieurs fois nous avons constaté les heureux résultats de cette tendance populaire vers une récréation, la plus puissante et la plus complète de toutes celles qui puissent être offertes à nos heures de loisirs.

Ces salutaires effets d'un plaisir paisible qui sature l'ame d'émotions élevées, qui retrempe son énergie et rassérène l'imagination pour la disposer a de nouveaux travaux, n'ont plus besoin d'une approbation motivée pour être admis au nombre des plus utiles améliorations de notre siècle.

Il n'y a plus, Dieu merci, de polémique possible sur une cause désormais jugée.

Le meilleur auxiliaire pour ce qui concerne la musique de chambre, est certainement le piano, et l'invasion du piano dans les habitudes de la vie privée répand trop d'intérêt sur les phases ascendantes de cet utile instrument pour que la curiosité publique reste indifférente aux innombrables et pénibles essais qui ont amené les perfectionnemens dont nous jouissons aujourd'hui.

Parmi les hommes pèrsévèrans, infatigables, qui ont consacré les labeurs d'une longue existence et d'une intelligence profonde à cette lutte glorieuse des combinaisons d'où sont sortis les plus magnifiques instrumens du monde, il faut citer aux premiers rangs M. Pape, non-seulement parce que la notoriété publique le désigne, mais parce que le jury, qui a prononcé en 1834 sur le mérite des produits de l'industrie, lui a décerné la première médaille d'or.

La notice que nous allons esquisser à grands traits sur l'enchainement des travaux de cet habile facteur, résume en quelque sorte l'histoire du piano, et ces détails ne seront point sans profit pour ceux qui ne connaistent point à fond le mécanisme ingénieux qui leur livre des trésors d'harmonie.

En 1815, époque à laquelle l'Allemagne et l'Angleterre conservaient encore le monople presqu'intact des pianos, M. Pape introduisit en France le système anglais pour la fabrication des pianos à queue, carrés et verticaux.

Chacun de ces formats avait ses inconvéniens; les premiers soins de M. Pape tendirent à les faire disparaitre.

Il réduisit la hauteur exagérée des pianaux verticaux à celle de trois pieds et demi, et il introduisit dans ces instrumens plusieurs perfectionnemens remarquantes une table d'harmonie double fut placée devant et derrière les arcs-boutans et unie par un chevalet élevé; le volume du son augmenta de beaucoup, et se doubla quelques années après, au moyen d'une nouvelle disposition d'après laquelle une partie des cordes croisait l'autre et passait par-dessus les arcs-boutans, à l'aide du chevalet élevé.

Frappé des imperfections que présentaient également les pianos carrés, l'ingénieux artiste en changea la construction, et y adapta un mécanisme qui présente pour la solidité les mêmes avantages que celui des pianos à queue.

Des claviers droits sortirent en tiroir de la caisse les étouffoirs fonctionnèrent par leur propre poids, et les échappemens se réglèrent par des vis à double pas.

L'instrument gagnait ainsi le double avantage du son et de la solidité, car ce mécanisme pose la touche en ligne droite, tandis que l'ancien système la courbait de trois ou quatre pouces.

Cette amélioration, qui fut bientôt adoptée, détrôna le mécanisme à pilote: qu'une routine de cinquante années semblait avoir consacré à tout jamais.

La forme défectueuse de ces pianos ne pouvait échapper à l'attention de M. Pape; les ignobles coins saillans s'arrondirent, les pieds pointus se transformèrent en balustres avec des estrades en X, et l'incommode fermeture des pianos à queue fit place au gracieux cylindre en usage aujourd'hui.

La supériorité de ces instrumens était déjà reconnue et adoptée pour le fond comme pour la forme, et cependant l'approbation générale ne suffisait pas à M. Pape.

A ses yeux rien n'était fait quand il restait encore quelque chose à faire. Pendant plusieurs années encore ses travaux assidus apportèrent de nouveaux perfectionnemens à ces pianos; il les consolida de la manière la plus satisfaisante en y adaptant des plaques, des sommiers de fonte, des barrages en fer devenant nécessaires par le tirage des cordes dont on avait successivement augmenté la grosseur pour donner plus de volume à la sonorité.

C'est ici que l'intelligence du facteur, stimulée par les difficultés, réussit a doter l'industrie d'une invention qui répondait à toutes les exigences et plaçait M. Pape au rang qu'il occupe anjourd'hui.

Ses pianos ainsi disposés subistaient un tirage qui dépassait d'un tiers ceux que l'on fabriquait une dizaine d'années auparavant (7,200 kilo).

Le fer et la fonte devenaient insuffisans contre cette force immense, et la résistance était d'autant plus difficile à compléter, que le sommier, se trouvant séparé de la caisse par l'ouverture offerte au passage des marteaux, fléchissait dans tous les sens. Un autre résultat de cet inconvénient était de couper la table d'harmonie dans partie la plus essentielle; puis le marteau frappant sous la corde la séparait du sillet et contribuait à la sécheresse du son.

Comme il était matériellement impossible d'affranchir ce système des vices qui lui étaient inhérens, M. Pape dirigea les ressources de son imagination vers un champ tout nouveau.

Il trouva le moyen d'obvier à tous les défauts signalés par la découverte d'un mécanisme simple et solide placé au-dessus des cordes. Mais cette idée entraînait un changement total de construction.

D'après cette invention, le marteau frappant de haut en bas imprimait à sa percussion une force nouvelle et facile à concevoir. De plus la corde, frappée d'aplomb contre la table et sans soulèvement, produisait un son plus pur et plus net.

Tous les perfectionnemens de M. Pape convergèrent alors de ce côté, et ce fut en 1825 qu'il réussit à construire ce nouveau piano d'une manière èntièrement conforme à ses idées.

Des améliorations d'un ordre secondaire avaient changé la garniture des marteaux en remplaçant la peau par du feutre; la mortaise du clavier pouvait être réglée par des vis de pression, le degré de dureté des touches se modifiait à volonté et une pédale pouvait en prolonger le son.

Ces instrumens irréprochables pour ce qui concernait la qualité du son, laissaient beaucoup à désirer sous le rapport du mécanisme, qui offrait une série de difficultés presque insurmontables. La persévérance de M. Pape en triompha cependant.

En 1833, la société d'encouragement pour l'industrie nationale proclamait dans son buletin du 19 septembre les avantages de cette nouvelle construction.

En 1833, l'Académie des Beaux-Arts, appelée à juger cette invention, l'approuva dans ses moindres détails, et, après avoir reconnu la supériorité de ce système, elle terminait son apport en déclarant que dans l'intérêt de l'art, sans parler même de l'intéret du commerce, M. Pape avait fait une chose utile au pays.

Le succès immense de ces pianos ne ralentit pas les recherches que faisait M. Pape afin de leur donner les nouvelles perfections qu'il rêvait encore. De nouveaux modèles furent présentés à l'exposition de 1834, et ce fut sur la proposition de M. Savart, l'un des hommes les plus experts en ce genre, que le jury leur décerna la première médaille d'or.

Depuis cette époque M. Pape dirigea les progrès de son art vers la réduction du volume extérieur des pianos en augmentant leur sonorité.

C'est pour résoudre ce double problème qu'il parvint à créer des pianos-tables, de forme ovale, ronde et hexagone, et a donner a des instrumens, dont la dimension est celle d'un guéridon, une intensité de son qui rivalise avec les pianos ordinaires.

D'après ce système le format des pianos à queue vient d'être réduit d'un tiers, sans rien perdre de leur supériorité reconnue en force et en son.

Pour obtenir cette perfection et cette simplicité de mécanisme, que d'expériences, que de sacrifices étaient nécessaires !

Il suffira de dire pour les résumer tous, que les nombreux brevets obtenus par M. Pape constatent que chacune des parties de l'instrument a été tour à tour l'objet d'un perfectionnement.

Les pianos verticaux sont de moitié moins grands que ceux importés d'Angleterre en 1815, et leurs qualités sont plus que doublées. Il en est qui ressemblent, pour la forme et pour le volume, à une console ordinaire ces instrumens délicieux sont déjà très répandus, quoiqu'ils ne comptent que deux ou trois ans d'existence. Ils sont à trois cordes et à six octaves et demie, et leur puissance de son ne laisse rien à désirer.

Ces dernières améliorations ont été mentionnées avec les plus grands défaits, dans le rapport fait par M. Francœur, à la société d'encouragement pour l'industrie nationale, dans la séance du 9 mai dernier, et la médaille d'or a été décernée à M. Pape.

Nous regrettons que l'étendue de ce rapport ne nous permette pas de le reproduire textuellment, car les termes dans lesquels ils est conçu sont des lettres de noblesse pour cet honorable fabricant.

L'approbation d'hommes aussi intègres et aussi compétens, est la plus grande satisfaction que puisse éprouver un artiste en dédommagement de travaux souvent ingrats et dont il n'est pas toujours facile de faire comprendre au public la portée et l'utilité.

Nous en avons assez dit, cependant, pour justifier l'estime particulture que nous vouons à M. Pape et pour expliquer le Succès qui l'attaché de ses produits. Notre but était de démontrer qu'il est un des fabricans qui se sont occupés le plus activement de leur art, et auxquels on est redevable d'améliorations heureuses dans la fabrication des pianos. STÉFHEN DE LA MADELEINE."  La Presse, 03/12/1839, p. 3


"PIANOS. L'art de la fabrication des pianos porté en France à un haut degré de perfection l'on doit à MM. Pape, Erard, Pleyel, Freudenthalde [sic], Petzold, Hatzenbraer [sic] et autres qui jouissent d'une réputation bien méritée.

Le piano est devenu d'un usage si général, qu'on peut le considérer comme le véritable propagateur de la musique. Il y a vingt-cinq ans, on complait à peine une trentaine de facteurs : il en existe aujourd'hui au moins cinq cents, dont un grand nombre ont des fabriques considérables, et cette branche d'industrie occupe une classe nombreuse d'ouvriers.

Vers 1815, l'Allemagne et l'Angleterre conservaient encore le monopole de ces instrumens, et ces deux pays fournissaient à la France un grand nombre de pianos. Ce fut à cette époque que M. Pape introduisit en France le système anglais pour la fabrication des pianos à queue, carrés et verticaux : mais, bientôt àprès, frappé des imperfections que présentaient les pianos carrés, il en changea la construction et y adapta un mècanisme qui présente, pour la solidité, les mêmes avantages que celui des pianos à queue.

Perfectionnemens introduits dans les pianos. Les pianos verticaux étaient déjà en usage en Angleterre : mais on ne s'en servait que pour l'étude. ce qui leur fit donner le nom de pianos de cabinet. Leur forme primitive, étant trop élevée, dérobait l'exécutant à la vue du public; par la même raison, ces instrumens n'êtaient pas favorables au chant.

M. Pape en fit bientôt diminuer la hauteur et en fabriqua qui n'avaient que quatre pieds avec les cordes droites. On en faisait également en Angleterre qui n'ayaient que trois pieds et demi, mais dont les cordes étaient posées diagonalement. Il avait aussi paru en France des pianos verticaux venus de Vienne on fabrique en France d'après le même système, mais ils n'eurent aucun succès.

Parmi les améliorations de M. Pape, il faut remarquer les claviers droits et sortant en tiroir de la caisse, les étouffoirs fonctionnant par leur propres pieds, les échappemens se réglant par des vis à double pas, etc.

L'introduction de ce mécanisme dans les pianos carrés offrait de grands avantages, non-seulement pour le son, mais aussi pour la solidité de l'instrument, par le fait que la touche se trouve en ligne droite; tandis que, dans l'ancien système, elle était courbée de trois à quatre pouces.

Ce perfectionnement eut tout le succès qu'il mérita èt hàlà l'abandon du mécanisme à pilote, qu'une rouline de cinquante ans avait maintenu jusqu'alors.

[...] Commerce des pianos. Les pianos sont devenus, comme nous avons dit, d'un usage si étendu ou si général, que la fabrication s'est toujours augmentée avec les nouveaux perfectionnemens et le goût pour la musique; en sorte que le commerce en est devenu considérable, surtout à Paris, où se trouvent les facteurs les plus renommés.

On ne peut pas évaluer au juste le montant de cette fabrication et de ce commerce, qui suivent toujours une progression remarquable.

Cependant, en la portant à environ 10 millions annuellement, nous ne croyons pas être fort loin de la valeur qu'on peut admettre.

Il se fait des envois considérables de pianos aux colonies, dans l'Amérique du sud, aux Etats-Unis, et il s'en introduirait une grande quantité en Angleterre, qui ne possède pas des facteurs aussi habiles qu'en France, si ce n'était les droits énormes d'entrée qu'il faut acquitter, ce qui a engagé M. Pape à y établir une fabrique de ses pianos, perfectionnés d'après son nouveau système." Dictionnaire universel du Commerce, de la Banque et des Manufactures ..., 1839, p. 600-601

1843

"M. Pape, fabricant de pianos, réclame contre I opinion émise par M. Despretz, dans son dernier mémoire, que, les sons extrêmes des pianos O; dinaires étant à peine perceptibles pourraient être supprimés sans inconvénient, et qu'ainsi on pourrait retrancher <lu piano une octave eqlière sans affaiblir la valeur ni les ressources de cet instrument. Il soutient que dans les bons pianos ces sons produisent un effet dont on aurait tort de se priver." L'institut. Section 1: Sciences mathématiques, physiques et ..., Volume 13, 1843, p. 175

1844

"Pianos de M. Pape. - Il y a quelque seize ou dix-sept ans que seul, ou a peu près, contre l'opinion de la plupart des facteurs et des artistes, j'établis dans la Revue musicale, que le principe du mécanisme placé au’ dessus des cordes du piano, tel que l'avait conçu M. Pape, présentait de grands avantages sous le rapport de la simplicité, et conséquemment de la solidité.

J'ajoutais qu'il est plus normal, plus rationnel, de frapper les cordes dans le sens de leur point d'appui sur la table d'harmonie, que de les soulever de ce point d'appui par la percussion, comme on le faisait dans les anciens pianos, auprès de la pointe sur laquelle ces cordes se condaieut; car, disais-je, c'est a cette fausse conception des anciens pianos qu'il faut attribuer le ton sec et court de ces instruments, et le peu de solidité des cordes.

On affectait alors de confondre les pianos de M. Pape avec ceux du système analogue fabriqués par Streicher à Vienne, ct les défauts de ceux-ci paraissaient, dans l'opinion que je combattais, devoir se rencontrer dans ceux de Pbabile facteur de Paris. Les objections portaient sur ce que le marteau, après avoir frappé la corde dans le mécanisme en dessus, doit être ramené en haut par un contre-poids ou par un ressort.

Le contre-poids, disait-on, ne peut manquer d’allourdir le toucher,et tout ressort mis fréquemment en action tend a s'affaiblir.

Mais ceux qui raisonnaient ainsi n'avaient point examiné avec attention le ressort en spirale concentrique imaginé par M. Pape, ressortit la fois énergique et souple, dont la flexion s'opère dans un si court espace, et dont la réaction est si rapide, qu'il est permis d'allumer que le même ressort, soumis a une action incessante pendant un siècle, ne perdrait pas sensiblement de sa vivacité.

A l'égard du doute qu'on essayait d'élever concernant l'avantage de frapper les cordes dans le sens de leur point d'appui, il est plus apparent que réel; car tout le monde sait que c'est cet avantage qui a fait chercher avec persévérance les modes les plus avantageux de construction des pianos verticaux ou droits, et qui a fait faire tantd’essais pour renverser la table et les cordes en laissant le mécanisme en dessous.

N'est-il pas évidentique l'obligation d'établir une solution de continuité entre la table et le sommier. pour livrer passage aux marteaux qui viennent frapper les cordes en dessous, est une monstruosité dans la construction des pianos culinaires? Quoi qu'on en ait dit, l'avantage de la percussion des cordes dans le sens de leur point d'appui sur le chevalet est incontestable.

Des expériences délicates faites par M. Savart ont démontré d'ailleurs que la pression de l'air par le coup de marteau dans ce sens imprime une vibration plus énergique à la table d'harmonie, que lorsque cette pression n'est que le résultat de la réaction de la corde frappée dans le sens contraire.

Mais il est bien d'autres avantages évidents qui sont le résultat de la disposition du mécanisme en dessus, tel que l'a imaginé M. Pape, et surtout tel qu'il est devenu par les perfectionnements que ce savant mécanicien y a progressivement introduits Tous sont les conséquences nécessaires d'un système bien combiné dans toutes ses parties.

Par exemple, on sait que lorsque le besoin de sonorité plus grande eut fait changer les proportions et les dispositions de l'ancien piano carré, pour le monter de cordes plus fortes, et pour les faire attaquer par un coup de marteau plus énergique, on aperçut la nécessite de contrebalancer le tirage des cordes, qui faisait fléchir la caisse, par des moyens artificiels.

On se rappelle encore que les pianos de Petzold, dont la qualité de son était séduisaute au sortir de l'atelier, perdaient insensiblement leur moelleux et leur rondeur, parce que l'équilibre n'existant point entre le tirage et la résistance, la table finissait par être comprimée jusqu'au point de perdre une partie de son élasticité.

On a vu de ces pianos dont les deux angles correspondant au sçns du tirage se relevaient d'une manière très sensible, de telle sorte que les pieds ne posaient plus a terre. Pour obvier à ce grave inconvénient on ne trouva rien de mieux que d'employer un appareil de barres de fer dans la partie supérieure de l'instrument, cherchant ainsi l'équilibre dans la réaction de deux forces opposées.

Par son système de mécanisme en dessus, M. Pape a trouvé une combinaison bien plus simple et bien plus rationnelle; car, ayant pu débarrasser la partie infériettre de la caisse de l'instrument de tout l'appareil de l'ancien système, il a pu abaisser la position de la table et le placement des cordes près du fond solide de cette caisse, au lieu de faire opérer la traction vers les bords opposés, où les moyens de résistance-naturelle n'existent pas.

Dès lors, le tirage des cordes a été sans danger pourla solidité de l'instrument, par l'effet de la résistance naturelle, et sans avoir recours au formidable appareil du barrage en fer des autres facteurs.

Un autre avantage de cette disposition consiste à faire frapper les cordes au point convenable pour obtenir une meilleure ‘qualité de son en éloignant le coup de marteau de ce point où la corde fait un angle.

Ce qui est surtout remarquable et digne des plus grands éloges dans les instruments de M. Pape, c'est la simplicité du mécanisme.

On sait que le problème à résondre dans les pianos est la réunion de la puissance d'attaquea la rapidité de l'articulation de la note. Dans la construction ordinaire, on obtient la force d'impulsion du marteau par la longueur du levier de la touche; mais M. Pape ne voulait pas user de cette ressource.

D'ailleurs il s'était proposé de donner à son mécanisme la plus grande solidité possible, en diminuant le nombre de frottements, et pour cela il fallait que l'attaque fût directe. Mais la se présentaient les conséquences de ce principe de mécanique que ce qu'on gagne en vitesse on le perd en force, et réciproquement.

Cette difficulté a été le point d'arrêt de M. Pape pendant plusieurs années; et même après avoir si bien conçu toutes les autres parties de ses instruments, il lui resta longtemps à résoudre le problème de la plus grande diminution possible de la longueur de son levier d'attaque, pour avoir la légèreté du toucher en conservant la force d'impulsion du marteau.

Il n'y a que Dieu qui voie d'un coup d'œil le principe et la fin de toute chose; si habile, si ingénieux que soit un homme, il y a des difficultés qui peuvent l'arrêter longtemps, quoiqu'il ne les croie point insolubles. Telle fut la situation de M. Pape pendant quelques années.

Pendant ce temps, les artistes, qui ne s'informent guère du principe des choses, et qui ne voient que les résultats, ne trouvant pas dans les claviers de ses pianos toute la légèreté qu'ils désiraient, ne rendirent pas justice à la beauté d'une conception dont ils ne comprenaient pas l'importance.

Moi seul je protestai constamment contre leurs préjugés, et a plusieurs reprises, dans l'espace de dix-sept ans, j'analysai les améliorations progressives que je voyais faire par l'habile et persévérant facteur dans son système. Enfin, par une de ces heureuses inspirations qui semblent destinées a donner un démenti aux principes de la mécanique universelle.

Il est parvenu a réduire la longueur de son levier à moins de huit pouces, sans rien perdre de la force nécessaire d'impulsion, en proportionnant le poids et la course de chaque marteau, ainsi que la vitesse du ressort, au point d'équilibre du levier, et trouvant dans cette combinaison heureuse l'équivalent d'une longueur proportionnelle de ce même levier.

C'est ainsi que Winkel, d'Amsterdam, a trouvé le moyen de remplacer la longueur proportionnelle du pendule astronomique pour la mesure du temps en tuusiqtte, par le court balancier du métronome attribué a Maelzel, au moyen du poids mobile qui glisse sur ce balancier pour changer le centre de gravité, en raison de la vitesse voulue.

Ce sont la, il faut l'avouer, des conceptions de génie dont les artistes qui se servent du piano et du métronome ne comprennent guère la valeur, mais qui n'en sont pas moins dignes de l'admiration des connaisseurs.

J'ai non seulement examiné avec soin les derniers produits de M. Pape dans tous leurs détails, mais je les ai joués, et j'en ai trouvé le mécanisme aussi facile que prompt, le son puissant, moelleux etchantant.

Ses pianos en forme de table hexagone, de la dimension d'une table de salon, offrent dans cette petite caisse de peu d'épaisseur les phénomènes d'une puissance de son qu'on croirait sortir d'un grand instrument, et de l'étendue des pianos ordinaires.

Rien de plus ingénieux que la disposition croisée des cordes de ce piano, et que celle du clavier mobile, et du mécanisme. C'est en son genre un chef-d'œuvre de simplicité danssa conception et dans son exécution.

A l'égard du grand piano de concert, devenu une nécessité de notre époque, par l'importance que cet instrument a acquise depuis quelques années, les artistes ont longtemps reproché à celui de M. Pape de manquer d'éclat dans sa sonorité et de légèreté dans son mécanisme.

Mais ces défauts, qui disparaissaient en partie sous une main puissante, étaient le résultat de ce qui restait à faire pour que M. Pape atteignit complétement son but, de la plus grande simplicité possible, réunie a la plus grande solidité de l'instrument.

Or, depuis qu'il a trouvé son heureuse loi d'équilibre entre la force d'attaque et la rapidité de l'articulation des notes, ces défauts ont complètement disparu, et le mécanisme de ces grands pianos est devenu aussi léger que celui des autres instruments du même facteur.

Sans être partisan de l'étendue toujours croissante que certains facteurs donnent à leurs pianos, M. Pape éprouvait le besoin de fixer des limites telles que la variation continuelle de ces instruments eût un terme.

Pour cela, il a tracé en dernier lieu le plan d'un grand piano de huit octaves complètes, dest-a-dire l'étendue que l'orgue le plus complet a dans son plus grand développement, depuis sa note la plus basse du son le plus grave jusqu'à la plus élevée du son le plus aigu. Descendant une quinte plus bas que les grands pianos ordinaires, dest-a-dire au contre-fa grave, cet instrument monte jusqu'au contre-fa sur-aigu. Les dernières notes graves ont une majesté imposante.

Quant aux dernières notes sur-aiguës, les cordes en sont si courtes et les‘ vibrationssi rapides, qu'elles ont peu de sonorité par elles- mêmes; mais lorsqu'elles sont harmonisées avec les notes de l'octave inférieure, leur timbre devient beaucoup plus clair et d'une facile perception. En cet état, on peut aflirmer que l'étendue du piano a atteint ses dernières limites.

M. Pape, ayant compris que lorsqu'on n'en fait point usage, cette étendue extraordinaire peut être gênante pour Fexécutant, a combiné des boîtes qui s'ajustent sur le clavier pour le réduire aux dimensions habituelles, tnais dont on peut découvrir à volonté une, deux ou trois notes.

Considérée en elle-même, l'énorme étendue de ces pianos n'aura peut-être pas un grand intérêt aux yeux des artistes qui cherchent avant tout une signification sérieuse à la musique; mais la puissance sonore qu'elle ajoute au reste de l'instrument ne saurait être contestée, et je ne crains pas déclarer que je ne connais pas de grand piano de concert dont l'énergie soit comparable à celle des instruments de cette espèce.

J'ai entendu, pendant mon séjour à Paris, un très bon morceau à huit mains, pour deux pianos à huit octaves, composé par Pixis et exécuté par lui, MM. Osborne, Rosenhain et Wolff, sur deux des nouveaux pianos de M. Pape, et jamais musique de ce genre ne m'a paru avoir produit un pareil effet.

De plus, malgré cette puissance, le son était clair, limpide, et dans la plus grande vélocité de mouvement, toutes les notes parlaient avec une remarquable netteté.

Depuis longtemps les pianos carrés de M. Pape s'étaient fait une réputation par leur excelente sonorité et leur solidité à toute épreuve: dans leur état actuel, ces instruments sont reellement la realisation complète de l'instrument le plus simple et le plus rationnel.

Le savant et ingénieux facteur vient de mettre le comble à sa gloire en donnant les mêmes qualités aux grands pianos, réunies à la puissance sonore et à la légéreté du mécanisme.

Les grands artistes nomades qui voyagent pour se faire entendre, et qui changent de pianos comme vêtements, n'attacheront peut-être pas une grande importance à cette simplicité de construction dans laquelle les frottements sont évités avec soin, ce qui est la condition nécessaire pour la solidité; mais le piano est un instrument d'un prix si élevé, que le public n'aura pas la même indifférence.

Je croix devoir ajouter une considération très importante en faveur des instruments de M. Pape.

On sait que lorsque'un accident arrive à un piano construit suivant les prncipes du mécanisme anglais, de celui de Petzold ou de tout autre, il faut nécessairement cesser la musique jusqu'à ce qu'on ait trouvé l'ouvrier nécessaire pour faire la réparation, ce qui n'est presque jamais possible à l'instant même; mais le mécanisme de M. Pape est si simple et si peu de volume, que les touches, les marteaux, étouffoirs, tout enfin ne forme qu'une boîte de la longueur du clavier, et d'environ 8 pouces de largeur.

Or, les parties de ce mécanisme sont si bien combinées, qu'on peut l'ôter d'un piano pour le poser sur un autre où il s'adapte parfaitement. Il est donc facile d'acheter deux mécanismes avec un seul piano, et si par hasard il survient un accident, le changement pourra être effectué dans l'espace d'une minute environ, par la première personne venue, et la musique ne sera point interrompue.

J'ai voulu, dans cet article, constater les importantes inventions d'un artiste aussi persévant dans ses recherches, qu'habile et consciencieux, et contribuer autant qu'il est en moi à ce que justice soit rendue à de si utiles travaux.

Il y a toujours un temps où le vrai devient évident; mais il n'est pas sans importance que ce soit pendant la vie de celui qui a découvert la vérité. Fétis père, Directeur du Conservatoire de Bruxelles." Revue et gazette musicale de Paris : journal des artistes, des amateurs et ..., 1844, p. 101

1845

"[...] Telle Mme Pleyel nous est apparue une dernière fois la veille de son départ, chez notre célèbre facteur Pape. Un petit cercle d'admirateurs avait été convié aux adieux de cette illustre pianiste.

Un magnifique piano à huit octaves, sortant tout récemment des ateliers de M. Pape, brillait sur l'estrade et pesait à peine sur le sol, tant il semblait coquet, élégant, svelte et dégagé.

Qu'il y a loin de la aux lourds et écrasans pianos à queue dont on se sert habituellement! Celui-ci empruntait une nouvelle grâce des ravissans doigts qui le faisaient résonner.

Le clavier d'une nouvelle invention rendait, prompt comme l'éclair, l'intention de l'artiste, et le charme en même temps que la plénitude du son étaient bien de nature à reproduire tous ces prestiges d'une exécution vraiment enchanteresse.

Mme Pleyel a tour à tour joué des morceaux grandioses, légers, tendres, brillans; partout son talent s'est montré souple, ferme, élevé et saisissant. [...]" Le Ménestrel, 02/02/1845, p. 2 (Gallica)

1846

"A monsieur le directeur du Constitutionnel.
Monsieur,
Je vous serais fort obligé si vous vouliez bien faire supprimer dans l'adresse placée en tête de votre journal les mots: Maison de M. Pape.

Cette indication a produit dans le public un mauvais effet pour mon établissement; on croît que, vous ayant loué le local nécessaire à l'exploitation de voire journal, ma maison ne doit plus exister, ou du moins qu'elle doit être plus restreinte. Il n'en est pas ainsi; « son importance n'a rien perdu par la location que je vous ai faite.

«Par suite de dispositions et constitutions nouvelles, « certaines localités ont été augmentées, » telles que mes bureaux et les « magasins de pianos à queue. »

Le magasin des « pianos d'occasion » seulement a été réduit de quelques pièces en raison de ce que le nombre des anciens pianos a beaucoup diminue. Les nouveaux formats étant d'un volume bien moindre, « les magasins peuvent, dans le même espace, en contenir le double. »

Le souterrain qu'occupe l'imprimerie est en partie de nouvelle consnuiction. Le surplus était occupé par de grosses machines servant au débit du placage, etc., « que j'ai fait transporter à ma fabrique de la rue Saint-Pierre, on a un terrain de 5,000 mètres, couvert d'ateliers » donne suffisamment de place à tous les agrandissemens que je peux désierer faire, et que j'ai en réalité l'intention de faire « par suite de l'extension que prend la fabrication de pianos depuis mon nouveau modèle de pianos à queue.»

Il ne peut donc m'être indifférent que de faux bruits se propagent sur l'importance de mes affaires. C'est pourquoi je viens vous prier, monsieur, de vouloir bien mettre ma lettre sous les yeux de vos lecteurs. J'ai l'honneur, etc. PAPE. Paris, le 40 décembre 1846. (Enregistré au grand bureau des puffs sous le n° 287,877)" Le Tintamarre. Critique de la réclame, satire des puffistes ["puis" Hebdomadaire, satirique et financier]. Journal d'industrie, de littérature, de musique, de modes et de théâtres, 20/12/1846, p. 2

"[...] Erard avait fait d'excellentes modifications dans cet instrument. Pierre Erard continua à soutenir la renommée de ton oncle. Les Pleyel, les Roller, les Dietz ont donné au piano de grands développemens. Pape après avoir voyagé dans plusieurs contrées pour se perfectionner dans son art, a fondé en France une manufacture qui compte aujourd'hui plus de cent cinquante ouvriers il sort de cet établissement quatre cents pianos par an. Pape a su varier la forme de ces instruments de la manière la moins incommode et la plus élégante un charmant petit meuble qui peut trouver place partout."

1847

PIANOS DE H. PAPE.

" - Il y a vingt-cinq ans environ qu'ayant obtenu la récompense de ses travaux, M. PAPE se vit possesseur d'une belle fortune qu'il ne devait qu'à lui-mème.

Alors deux partis s'offrirent à lui, à savoir persévérer dans la route qui l'avait conduit à ces résultats en s'attachent à perfectionner seulement quelques détails des pianos, à l'exemple de plusieurs de ses confrères, ou bien se reposer de ses fatigues, et abandonner à d'autres ce qui n'est pour le plus grand nombre qu'une simple industrie, comme la fabrication des étoffes de laine ou de coton.

Mais Dieu n'a pas mis au monde M. Pape pour n'être qu'un industriel; il l'a fait artiste, et lui a donné la notre ambition de reculer les limites de son art et de reconstruire par de meillieurs principes un instrument dont les divers systèmes jusqu'alors mis en usage lui paraissaient défectueux.

Préoccupé de cette idée, il n'aperçut peut-être pas tout les luttes qu'il aurait à soutenir contre des intérêts opposés et contre l'ignorance et les préjugés; mais on lui doit cette justice que, dans cette entreprise difficile, le courage ne iui faillit pas pour l'exécuter, et qu'il ne recula ni devant les dégoûts dont il fut abreuvé, ni devant la perte de son repos, ni devant le sacrifice d'une partie de son avoir.

Il ne s'agissait pas moins, dans ce que se proposait M. Pape, que de renverser de fond en comble le système de la construction des pianos.

Les facteurs et les artistes n'y virent d'abord qu'un nouvel essai de ce qui avait été tenté à diverses époques et par divers fabricans, c'est du frappé des marteaux au-dessus des cordes, au lieu du frappé en dessous.

Les marteaux disait-on, tombent de leur propre poids sur les cordes pour les ramener à leur point de départ, il faut ou un centre-poids ou un ressort; or les contre-poids donnent de la lourdeur au clavier, et les ressorts, se fatiguant par l'usage, finissent par ne plus remplir leurs fonctions donc la construction des pianos avec les marteaux au-dessus des cordes ne peut conduire à de bons résultats, quoiqu'on ne puisse nier que si elle était possible on n'en tirât des sons plus puissans.

Pour toute réponse à ces pronostics sur le sort de son entreprise, M. Pape et comme cet homme à qui l'on ni ait le mouvement et qui se mit à marcher il exécuta ce qu'on déclarait impossible, sut éviter les écueils dont on l'avait menacé.

Ses adversaires n'avaient songé qu'a des moyens vulgaires mais dans sa haute intelligence des mécaniques, il en sut trouver de fort simples auxquels personne n'avait pensé, et qui donnaient la solution du problème.

Je ne redirai point ici ce que j'ai écrit il y a vingt ans dans la Revue Musicale sur ce sujet, car moi aussi j'ai mis de la persévérance à suivre M. Pape dans ses heureux travaux.

Convaincu, comme je l'étais alors, comme je le suis aujourd'hui, de la bonté de son principe; certain, comme je ie serai toujours, que le beau et le bon résident dans le simple, et voyant que la simplicité devait être le résultat des travaux de cet artiste, je résolus de lui prêter le secours de ma plume pour combattre les préjugés qui s'opposaient à ses succès.

J'analysai alors les combinaisons du mécanisme qu'il avait imaginé, et je fis voir combien était heureuse sa conception d'un ressort concentrique à petite course pour relever les marteaux, et dont en effet l'emploi depuis vingt ans dans plus de quatre mille pianos en a suffisamment constaté l'infaillibilité.

Je démontrai enfin que ses nouvelles dispositions lui faisant placer la table d'harmonie vers le fond de l'instrument, les cordes opéraient leur tirage dans la partie forte de ta caisse, et conrequemment les parois de cette caisse ne devaient pas céder a la puissance de la traction, d'où résultaient des conditions de solidité pour l'instrument.

Force fut à la fin de céder à l'évidence des faits, et les plus obstinés furent obligés d'avouer que M. Pape est un très habile mécanicien cependant il lui restait encore à désirer pour la légèreté du toucher.

Et véritablement ce n'est pas impunément que l'homme le plus ingénieux put entreprendre une réforme radicale en quoi que ce soit il n'est donné à personne d'accomplir une tâche semblable du premier coup, et ce n'est que pas à pas que nous pouvons arriver au mieux possible.

Tout ne fut donc pas fini pour M. Pape après qu'il eut vaincu des difficultés que d'autres avaient considérées comme insurmontables en l'état des choses, un nouveau problème sa présentait à lui il s'agissait de trouver dans les combinaisons du mécanisme en dessus ia plus grande force d'impulsion possible pour la production du son réunie à la pius grande vitesse d'articulation. J'ai dit encore, il y a quelques années, par quel miracle d'invention

M. Pape résolut ce problème en donnant, en cette circonstance un démenti à ce principe de mécanique, que ce qu'en gagne en force, ce qu'on gagne en force, on le perd en vitesse, et réciproquement, et que plus un levier est long, plus il doit avoir de force.

Tout le monde sait que dans les pianos construits selon les systèmes ordinaires, les touches sont de longs leviers destinés à donner une forte impulsion aux marteaux pour la production de sons puissans mais ces leviers, faits d'un bois léger, fléchissent souvent lorsqu'ils sont attaqués par une main vigoureuse, et faisant dévier les marteaux plus ou moins sensiblement, ne leur font attaquer que deux des trois cordes destinées à chaque note et quelquefois qu'une seule.

Lors même que ce dernier défaut ne se produit pas, la puissance du son n'est point en rapport avec la force d'impulsion, parce que le levier fléchit dans sa longueur sous l'effort de la main.

A l'égard de la rapidité d'articulation, on ne l'obtient jamais sur les pianos des systèmes ordinaires que par la délicatesse et la légèreté du toucher: elle est toujours plus ou moins lente dans les effets de force. Au lieu de tout le grand attirail des pianos ordinaires qu'a fait M. Pape pour résoudre le problème dont j'ai parlé ?

Un petit appareil d'environ huit pouces de largeur, qui se peut porter facilement sous le bras et qui contient les touches, les marteaux avec leurs mouvemens et échappemens, et enfin les étouffoirs et leurs leviers!

Véritable chef-d'œuvre de mécanique, où la longueur du levier est remplacée par la combinaison la pius simpie et la plus heureuse pour l'impulsion du marteau, et parce que conséquemment la force se trouve réunie à la vitesse dans cette belle invention, plus de double échappement, et, par suite, plus de double frottement or, la multiplicité des frottemens est, comme le sait quiconque connait les premiers principes de la mécanique, une cause de destruction, il est donc évident que par ses heureux efforts, M. Pape venait de donner à ses instrumens des garanties le solidité qui n'existaient pas dans les autres.

Cette fois encore il fallut renoncer à contester ce qui n'était pas contestable, et les adversaires de l'artiste furent obligés de lui faire des concessions. Cependant les succès ne ralentissaient pas l'ardeur de M. Pape.

Préoccupé du soin de porter & la perfection ce qu'il avait si heureusement commencé, son esprit actif et lumineux se préparait en siience à faire plus qu'on ne demandait, à dépasser en quelque sorte les limites du possible.

Ses premiers soins se portèrent vers la table d'harmonie. Tout le monde sait que ces tables sont généralement minces dam les pianos pour favoriser leur élasticité.

Mais ce qui leur est favorable au moment ou lis viennent d'être terminés, devient une cause de destruction, a mesure que les instrumens vieillissent car un resserrement des pores du bois s'opère progressivement par le tiraillement des cordes, et cet effet va quelquefois jusqu'à produire des inégalités dans la surface de la table.

Alors l'élasticité disparaît, et conséquemment la sonorité avec elle. Lorsque cet effet est produit, c'est en vain qu'on resserre les trous des pointes du clavier et qu'on regarnit les marteaux pour éviter, les claquemens et retrouver du moelleux, le son reste terne et sourd, et bientôt se fait sentir la nécessité de renouveler la dépense d'acquisition d'un instrument.

Par la disposition du clavier en dessus, et par la place qu'occupent les cordes dans les pianos de M. Pape, celle-ci ne causent aucune fatigue à la caisse de l'instrument, et, par suite, les parois de cette caisse n'exercent aucune pression sur la table enfin cette table libre dans ses oscillations, est destinée à conserver en tout temps son élasticité et conséquemment à perpétuer la sonorité de l'instrument.

Ajoutons que par le système de barrage et de sommiers prolongés de fer imaginé par M. Pape, les efforts de traction des cordes sont disposés et répartis avec tant d'égalité sur tous les points de la circonférence de l'instrument, que la liberté des vibrations, loin d'être comprimée, se développe avec toute sa puissance normale.

Enfin, cette liberté dont jouit la table d'harmonie dans ses oscillations a permis à M. Pape de lui donner une épaisseur triple des tables ordinaires.

De la est résultée une telle intensité de son, que des pianos à queue de très petit patron, et dont la caisse n'a pas plus de la moitié du volume de certains grands pianos renommés, les égalent au moins en volume de son, et que les grands pianos à huit octaves du même facteur sont de véritables orchestres pour la puissance.

A regard de certains effets délicats du toucher que désiraient quelques grands pianistes, tels que la répétition la plus rapide possible de la même note, le trille le plus net, le plus brillant et le plus léger, et enfin la faculté de refrapper la même note avant que la touche soit complètement relevée on n'avait pu les réaliser jusqu'ici que par des complications de mécanisme telles, que quinze à dix-huit frottemens s'opèrent pendant la production de l'effet et que ces frottemeus, répétés pendant plusieurs mois, suffisent pour rendre indispensables des réparations.

 Par un nouvel effort d'imagination, M. Pape vient de faire un miracle de simplicité en réalisant le même effet par un seul échappement, et en donnant à tout son clavier une égalité, une délicatesse d'accentuation et une légèreté qui ne laisent plus rien à désirer.

On sait que dans les pianos des divers systèmes ordinaires le bruit des touches qui retombent sur leurs supports n'est amorti que par une bande de molleton.

Cette bande n'empéche pas qu'un bruit sourd ne se produise quand les mains se relèvent, et ce bruit devient plus sensible avec le temps lorsque le molleton a perdu son moelleux.

Or le molleton se lasse davantage dans les parties du clavier dont l'exercice est le plus fréquent, et le temps arrive ou le clavier ne présente pius une ligne parfaitement horizontale, parce que les touches les plus travaillées ont suivi l'affaissement du molleton.

Aucun de cet défauts ne peut jamais se produire dans les nouveaux pianos de M. Pape, car les dispositions des pièces du mécanisme sont telles, que rien 'ne peut jamais en altérer les fonctions aucun bruit ne se produit après le son lorsque l'exécutant lève les mains et jamais le plan du clavier ne peut devenir inégal.

Perfectionnant également toutes les parties de ses nouveaux instrumens, M. Pape leur a donné cette qualité moelleuse et distinguée du son qu'on se plait à reconnaître dans les meilleurs instrumens, sans que le moelleux et la douceur diminuent en rien la puissance et l'énergie.

En cet état, la révolution opérée par ie célèbre facteur dans les principes de la construction des pianos est complète rien n'y peut être désiré, rien n'y pourrait être ajouté sans en altérer l'admirable simplicité.

J'ignore si le public et les artistes comprendront quel est le mérite d'une conception si originale et si belle; j'ignore si l'inventeur accueillera de ses immenses travaux et de ses grands sacrifices le fruit qu'il a droit d'en attendre j'ignore enfin si les préjugés et l'intrigue ne continueront point à faire méconnaitre le mérite d'une œuvre conduite avec tant de persévérance jusqu'à sa perfection mais ce que je sais, c'est que M. Pape est un homme de génie, c'est que tout ce qui compose le système de ses instrumens lui appartient en propre c'est enfin que ce système est le plus simple, le plus rationel, le plus normal de tous ceux qui ont été imaginés jusqu'à ce jour, et conséquemment que c'est celui qui offre le plus de garanties de durée.

J'ajouterai que lorsque le système et les invention: de M. Pape seront tombés dans le domaine public, les facteurs des temps futurs les adopteront de préférence à tout autre, car les pianos de cette espèce sont d'une construction simple et se composent d'un si petit nombre de pièces que la dépense de leur fabrication sera très inférieure à cette des autres pianos, et que leur bon marché, réunie à leurs autres qualités et à leurs garanties de durée, leur fera donner la préférence sur les instrumens du même genre.

Alors on se plaira à rendre justice à l'inventeur, et la gloire qui lui appartient ne lui sera plus contestée." Fétis père, dans Journal des débats politiques et littéraires, 22/02/1847, p. 3

 

1848

"Exemple à suivre. M. Pape, fabricant de pianos, vient d'adopter, dans sa maison, le système d'association; déjà l'élite de ses ouvriers a été admise à y participer.

Cette sorte d'association aura surtout un immense avantage dans un genre de travail artistique, ou la bonne volonté de l'ouvrier, augmentée par l'interet, contribue si puissamment à la supériorité du produit or, comme on le sait, dans cette supériorite, gît tout lé bénéficè du commerce de objets d'art ou de luxe.

Le nouveau plan, adopte par M. Pape, est base principalement sur le désir de produire bien plutôt que beaucoup, en n'admettant que des ouvriers de choix et peu nombreux, contrairement au principe qui a trop longtemps prévalu de produire avant tout en grande quantité.

Si, parmi les ouvriers, il s'en trouvait un petit nombre, que cette mesure supprimerait, le sort ne tomberait que sur la classe mobile, qui se compose d'étrangers venus en France pour s'instruire et d'ouvriers francais, d'autres professions, que le hasard a jetés dans cette branche d'industrie.

- Ce système, s'il est franchement adopte et exécute, aura évidemment pour résultat, tant à l'égard des maîtres que des, ouvriers, de conserver à chacun tes avantages de la profession à laquelle il a exclusivement consacré tout son temps, toutes ses études." La Presse, 31/03/1848, p. 1 (Gallica)

 

1861

LISZT

"Litz [sic], le fameux Litz [sic], que plusieurs journaux ont fait commandeur de la Légion-d'Honneur, est à Paris.

Le Sport raconte à propos de cet artiste phénoménal le fait suivant, dont il garantit la parfaite authenticité :

Un soir, Pape, le facteur de pianos, pria Litz [sic] de faire entendre ses nouveaux instrumens devant une nombreuse réunion d'artistes, de fabricans et d'amateurs.

Cinq magnifiques pianos se dressaient sur l'estrade du salon de M. Pape. Litz [sic] paraît, salue l'assemblée, qui est prise de délire à l'aspect du célèbre artiste.

Mais, par malheur, Litz [sic], sous ses puissans accords, brise deux cordes au premier piano, quatre au second, et ainsi de suite des trois autres. Le concert en resta là. Les instrumens furent jugés un peu faibles; mais le pianiste fut trouvé très-fort ! C. Laurent." Journal du Loiret, 06/06/1861, p. 3 (Aurelia.Orleans.fr)

 

1862

"De heer Pape, piano-fabrikant te Parijs, heeft eene piano uitgevonden, die de gedaante eener console heeft, slechts 85 duim (centimeter) hoog is en alle eigenschappen der zoogenaamde pianos droits in zich vereenigt.

Het instrument heeft boven de tegenwoordige regt-opstaande pianos het voordeel dat de speler door den toehoorder kan worden gezien, als of hij voor een vleugelpiano speelde. Niettemin kan deze console-piano hooger of lager worden gemaakt.

Het lagere formaat is te verkieslijker, naardien het instrument overal zelfs onder een spiegel kan worden geplaatst." Nieuw Amsterdamsch Handels- en effectenblad, 09/01/1862, p. 3

 

1871

"A Asnières, comme partout, les Prussiens se sont ignoblement conduits.

Ils ont dévalisé la manufacture de pianos de la maison Pape, démontant lts machines et les emportant avec tous les outils des ateliers et tous les bois de réserve.

M. Pape, vieillard de 80 ans, a été au trois quarts étranglé." L'Ami de la France : gazette parisienne et internationale, 03/1871, p. 20 (Gallica) - [Il mourut quatre ans plus tard.]

 

1900

"Je lis dans votre numéro du 22 juillet que le musée instrumental de Berlin vient de a faire l'acquisition du plus ancien piano droit à cordes croisées qui existât. Il fut construit à Paris en 1836 par son inventeur M. Henri Pape.

Pape n'est pas l'inventeur des pianos à cordes croisées; en tout cas celui que vient d'acheter le Conservatoire dé Berlin n'est pas le plus ancien qu'ait construit le facteur en question.

M. Tomasini en a exposé un au musée centennal de la classe 17, qui date de 1831. En 1830, un facteur de pianos de Philadelphie, nommé Babcock, a eu l'idée le premier de construire un piano droit à cordes croisées. Le comte de Pontecoulant eu a parlé dans son organographie.

Déjà, avant cette époque, un facteur français nommé Wilhems Hillebrand avait construit un piano carré à cordes croisées. Ce facteur était établi à Nantes et est mort en 1809. Cet instrument se trouve aussi au musée centennal de la classe 17. Il fait partie depuis plusieurs années de la collection de mon père, SI. Léon Savoye. Ce piano a beaucoup intéressé les facteurs qui l'ont examiné.

Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir insérer ces quelques lignes dans votre journal, ces questions peu connues pouvant intéresser un grand nombre de personnes.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le directeur, l'expression de ma considération très distinguée. René SAVOYE. " Le Ménestrel : journal de musique, 29/07/1900, p. 240 (Gallica) - Voir HILLEBRAND (°1782)

Henri PAPE
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