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PAPE Jean-Henri
de Paris (°1815)


1823 – 1855

1823

  PARIS - "311 M. Pape, cour des Fontaines, n°21; 312. M. Pfeiffer, rue Montmartre, n°28. Le jury a reconnu dans les pianos présentés par MM. Pape et Pfeiffer un grand mérite d'exécution, et une très-belle qualite de son.

Les perfectionnemens qu'ils ont apportés dans le mécanisme ont reçu l'approbation des artistes, et leurs instrumens sont placés au premier rang de ceux qui se fabriquent à Paris." Rapport du Jury d'admission des produits de l'industrie du Département de la Seine à l'Exposition du Louvre en 1823, 1825, p. 168

1827

Piano sans cordes, brevet de 1825,
Notice sur les inventions
et les perfectionnements de H. Pape, 1845
, p. 60 (Gallica)

PARIS - "M. Pape. Piano à queue dans lequel un mécanisme ingénieux détourne le jeu des marteaux, de telle sorte qu'il n'est pas nécessaire d'entamer la table d'harmonie pour leur livrer passage, lorsqu'on les soulève." Expo 1827 (Pontecoulant, 1861)

PARIS - "Il a expose plusieurs pianos d'une belle construction et richement décorés à l'extérieur. L'un de ces est un piano à queue dans lequel un mécanisme fort ingénieux détermine le jeu des marteaux, de telle sorte qu'il n'est point nécessaire d'entamer la table d'harmonie pour leur livrer passage lorsqu'on les soulève.

L'établissement de M. Pape a une grande importance commerciale ; quatre-vingts ouvriers y sont constamment employés." Histoire de l'Exposition des produits de l'industrie française en 1827, Adolphe-Jérôme Blanqui, M. Blanqui, Blanqui (Adolphe-Jérôme), A la Librairie du commerce, chez Renard, 1827

Piano Pape, en érable (vers 1825). (Coll. J. Chélo.), Art et industrie : revue générale des industries de luxe et des arts appliqués à la maison, 01/1930, p. 28 (Gallica)

PARIS - "M. Pape est un de nos premiers facteurs; son magasin est devenu un petit temple dédié à la musique; ou y donne des concerts qui font vendre ses instrumens; mais ces instrumens sont encore trop chers.

Nous voulons de la musique à bon marché, comme du drap et du calicot. Loin de là, le prix des pianos va s'élevant de jour en jour.

On parle de 3000 francs, de cent louis, de 2000 francs, comme d'une bagatelle. Il appartient aux grands facteurs de donner l'exemple de la modération, et surtout de supprimer ces prétendues remises de 2 à 300 francs qui entrent dans la poche des professeurs de musique, au détriment des consommateurs." Histoire de l'Exposition des produits de l'industrie française en 1827, Adolphe-Jérôme Blanqui, M. Blanqui, Blanqui (Adolphe-Jérôme), A la Librairie du commerce, chez Renard, 1827

PARIS - "[...] Le même rapporteur fait connaître les nouveaux pianos carrés de M. Pape, construits sur le modèle de ses grands pianos à queue.

Dans ces appareils, les marteaux attaquent les cordes sonores en dessus, au lieu de les frapper en dessous, comme cela se fait dans les pianos ordinaires.

Or ce dernier procédé présente un très-grave inconvénient, attendu que pour le passage des marteaux, il faut couper la table d'une large fente parallèle au clavier, entre les lignes des deux points d'attache des cordes.

Cette solution de continuité fait que, pour résister à la force considérable de tention des 234 cordes sonores, on est oblige d'armer les tables de triangles de fer, qui ne réussissent qu'imparfaitement à empêcher l'instrument de se voiler. M. Pape n'a besoin d'autres arcs-boutans que des pièces de bois.

Ainsi ses pianos ne se déforment pas, ne cassent que peu de cordes, conservent très-bien l'accord, et n'ont qu'un poids très-modéré.

Cette forme du mécanisme des pianos était connue depuis long-tems, mais M. Pape qui en est l'inventeur, n'avait réussi à l'appliquer qu'aux pianos à queue. Les pianos carrés présentent des difficultés pour se servir de ce mécanisme, à cause de l'espace étroit où les cordes sont logées.

M. Pape a triomphé de ces embarras. Ses pianos carrés sont jugés excellents, et la Société d'encouragement approuve les éloges qu'en fait le Comité des arts mécaniques." Nouveau bulletin des sciences, 1833, p. 154-155

PARIS - "M. Pape produced a piano made of ivory, which is a chef-d'oeuvre of cabinet-making, certainly. But something better was expected from him. He now places himself on a level with a M. Beckers, who announces that he has pianos which will serve as objects of curiosity!" The Harmonicon, 1828, p. 6   -   Voir BECKERS 1807)

PARIS - "M. Pape, à Paris, rue des Bons-Enfans, n° 19. Il a expose plusieurs pianos d'une belle construction et richement décorés à extérieur.

L'un de ces instrumens est un piano à queue dans lequel un mécanisme fort ingénieux détermine le jeu des marteaux, de telle sorte qu'il n'est point nécessaire d'enlamer la table d'harmonie pour leur livrer passage lorsqu'on les soulève.

L'établissement de M. Pape a une grande importance commerciale ; quatre-vingts ouvriers y sont constamment employés." Rapport sur les produits de l'industrie française, 1828, p. 391-395

PARIS - "J'ai acquis, par de longues études, le droit de parler d'un art charmant que je cultive depuis vingt ans, et qui fait le charme de ma vie.

On sait que dans les salons de Paris et de la province on trouve soit un piano carré pour accompagner la partition, soit un piano à queue pour exécuter des morceaux à grand orchestre; ceux de H. Pape m'ont paru mériter la préférence que le public leur accorde.

La rondeur du son, leur force, leur éclat sont également appréciés des maîtres et des amateurs.

Et moi aussi j'ai visité, examiné les produits de l'industrie française exposés au Louvre; je n'ai pas la prétention de donner mon opinion sur l'ensemble de cette admirable réunion; je ne parlerai que de ce que je connais, et plût à Dîeu que chacun en eût fait autant ! nous n'entendrions pas aujourd'hui tant de récriminations; il ne serait pas maintenant prouvé, par l'événement, que dans cette bizarre distribution les copistes ont été préférés aux inventeurs, les élèves aux maîtres, et les jugeurs, enfin, ne seraient pas jugés à leur tour, par le public, auquel on ne refusera certainement pas le droit d'avoir aussi son opinion.

Quel a été mon étonnement de ne pas trouver le nom de M. Pape parmi ceux que la Commission particulière de musique avait jugés dignes d'une médaille d'or; cependant l'examen que j'avais fait des instrumens présentés par ce facteur célèbre à l'exposition, m'avait mis à portée de constater que M. Pape ne s'est pas contenté de se montrer digne de sa réputation méritée, mais qu'il a su l'augmenter encore par l'utilité incontestable des perfectionnemens qu'il a apportés à la fabrication des pianos à queue, et des pianos carrés.

Je ne puis encore résister au plaisir de vous parler du piano entièrement recouvert en ivoire présenté par M. Pape. C'est ici que j'ai encore eu l'occasion de le reconnaître pour un mécanicien habile, puisque, par un procédé nouveau et à l'aide de machines inventées par lui, il est parvenu à débiter l'ivoire en feuilles de douze pieds de long sur quinze pouces de largeur, ce qui avait été regardé jusqu'à présent comme impossible, puisque l'on n'avait jamais obtenu que des tablés d'ivoire de cinq à six pouces de large.

Les renseignemens que j'ai pris sur l'importance de la fabrique de M. Pape, rendent encore l'oubli de la Commission plus inexplicable; en effet, ce facteur occupe plus de,quatre-vingts ouvriers, et il s'en faut de beaucoup qu'aucun de ses confrères en emploie un nombre aussi considérable, pour les pianos seulement.

Ce qui doit faire croire enfin que les jugemens de la Commission avaient été rendus à l'avance, et dans la ferme résolution de n'y apporter aucune des modifications exigées par une connaissance plus approfondie de l'état des choses, c'est le refus obstiné de la Commission de procéder à un nouvel examen, qui aurait très certainement remis chacun à sa place.

Ce refus est d'autant plus singulier, que le second examen était réclamé par la presque totalité des facteurs exposans. La Commission n'a donc pas cru qu'il lui fût nécessaire de s'entourer de nouvelles lumières: cette circonstance a décidé M. Pape à se retirer du concours.

Il a, au reste, par devers lui de quoi se consoler facilement de cette partialité: la faveur dont le public l'honore, la prédilection marquée que ses pianos obtiennent, lui feront aisément oublier une injustice, qui fait plus de tort à ceux qui l'ont commise qu'à celui qui en est l'objet.

M. Pape, j'ose le prédire, continuera de se montrer, par ses efforts, digne d'occuper le rang distingué que le public lui a assigné parmi les facteurs de pianos, longtemps après que l'on aura oublié et les noms des membres de la Commission, et les instrumens qu'elle a osé mettre en parallèle avec ceux qui sortent de la fabrique de M. Pape." Revue musicale, 1828, p. 250-251

1834

Piano 'resonateur'

PARIS - "A côté d'Erard se trouvait M. Pape.

Depuis douze ans environ qu'il à fondé son établissement, ce facteur distingué s'est livré aux améliorations de ses instrumens avec une persévérance qui lui a fait obtenir les plus heureux résultats, mais surtout depuis 1827 époque où il abandonna le mécanisme ordinaire pour lui substituer un mécanisme inverse.

On a vu plus haut qu'à la naissance même du piano, Schrceter avait déjà proposé deux systèmes, l'un de marteaux placés en-dessous, l'autrede marteaux en-dessus, et que ce fut le premier qui, seul prévalut. On a vu que le système des cordes frappées en-dessus pendant longtemps a été repris avec peu de succès.

Nous ignorons, si M. Pape a eu connaissance de ces essais, ou s'il doit cette idée à ses propres investigations. Quoi qu'il en soit, le mérite d'avoir complètement réussi où ses prédécesseurs avaient échoué, est assez grand pour qu'il puisse sons regret abandonner celui de la priorité.

On conçoit que le mécanisme de M. Pape devait être plus compliqué que le mécanisme ordinaire. Dans celui-ci le marteau, après avoir frappé la corde, retombe par son propre poids.

Dans le nouveau mécanisme, au contraire, le marteau frappant du haut en bas, il faut un moyen quelconque pour le relever après le coup.

L'emploi d'un contre-poids, essayé par quelques facteurs, rendait la touche lourde et difficile, de sorte que la répétition accélérée d'une note était presque impossible.

Des ressorts avaient, outre les mêmes inconvéniens, celui de s'user, de perdre de leur élasticité, et de rendre alors le clavier inégal, défaut plus grand même que la lourdeur. Cependant il fallait opter entre ces deux moyens.

M. Pape s'est décidé pour les ressorts qui disposés par lui d'une manière ingénieuse ne sont plus assujétis a s'affaiblir et ont la force nécessaire a leur fonction sans alourdir le clavier. Les touches des pianos construits d'après le système de M. Pape, parlent avec beaucoup de précision et avec assez de facilité.

Il en garantit la solidité et un succès complet a couronné ses travaux. Ce qui fit persister M. Pape dans ses recherches pour ce système, ce furent les avantages qu'il lui reconnut, et qui consistent dans une harmonie plus forte et plus sonore, dans la suppression du barrage en fer, et enfin dans le maintien plus sûr de l'accord.

M. Pape a exposé cinq instrumens très beaux : un piano à queue, un vertical, deux pianos carrés et un d'une nouvelle construction en forme ovale.

Dans ces pianos le nouveau mécanisme est disposé de différentes manières pour montrer les diverses applications dont il est susceptible. L'attention des amateurs se portait sur le piano ovale, petit meuble d'une élégante simplicité dont le son, malgré le local défavorable, avait une puissance étonnante en égard au volume de l'instrument. Nous aimons à féliciter M. Pape de ses succès." Gazette musicale de Paris, Volume 1, 1834, p. 219-220

Première médaille pour PAPE ou ERARD ?

PARIS - "Dans presque tous les journaux de Paris, des départemens et même de l' étranger, on lit un article qui paraît avoir pour but de faire croire que la première médaille d'or pour la fabrication des pianos aurait été accordée par le jury de 1834 à M. Pierre Erard.

Cette assertion est inexacte; la première médaille d'or pour cette fabrication a été décernée à M. Pape, facteur de pianos du roi. M. P. Erard n'a obtenu que le rappel de la médaille d'or qui avait été accordée en 1827 à feu Sébastien Erard.

Pour s'en convaincre, il suffit de voir dans le Moniteur du 15 juillet dernier la liste des récompenses décernées par le jury." Journal du Loiret, 07/08/1834, p. 2 (Aurelia.Orléans.fr)

PARIS - "L'ébénisterie de M. Pape nous paraît généralement lourde, bien que très-soignée. Celle de M. Pleyel nous semble devoir être mise au premier rang de cette partie de l'Exposition. [...]

M. Pape se distingue par un perfectionnement d'un tout autre genre. Ce facteur, convaincu, comme les meilleurs artistes de tous les pays, que les conditions de solidité ne sont pas moins importantes dans un instrument que celles de la pureté et de la force du son, a cherché les moyens de ne rien laisser à désirer sous ce rapport.

La force de tirage des cordes dans les pianos est telle qu'elle opérerait bientôt la destruction de l'instrument le mieux construit, si l'on n'avait recours à une grande force de résistance qui maintînt l'équilibre.

On n'en a pas trouvé de meilleure que l'emploi d'un certain nombre de barres de fer fixées en dessus ou en dessous de l'instrument, ou de sommiers prolongés en fonte ou en fer. Le résultat de ces moyens est à peu près aussi satisfaisant qu'on pouvait le désirer, et dans les bons pianos fabriqués chez les meilleurs facteurs, on ne remarque pas d'altération sensible dans la solidité.

Mais, pour obtenir cette solidité, il a fallu augmenter beaucoup le poids des instrumens, car ce fer, ces bois épais et croisés en plusieurs sens, tout cela fait de la plupart des pianos des masses qu'il est difficile de transporter d'un lieu à un autre.

 La fatigue, occasionée aux instrumens par le tirage des cordes, résulte de ce que ce tirage agit sur la partie supérieure de la caisse, et loin de son point de résistance qui est auprès des fonds de cette caisse.

L'espace qu'il faut au mécanisme qui soulève les marteaux et fait frapper les cordes en dessous ne permet pas d'établir ailleurs ce tirage si puissant.

Mais M. Pape ayant adopté le mécanisme qui fait frapper les cordes en dessus, la table d'harmonie peut être descendue dans l'intérieur de la caisse, autant qu'on le juge nécessaire pour assurer la solidité, en sorte que le tirage étant très-près du fond est d'un effet absolument nul, et permet au facteur de supprimer tout le barrage de fer, et même de percer à jour le fond de l'instrument, afin de faciliter la propagation des vibrations au-dehors.

Par-là le poids du piano carré se trouve diminué de plus d'un tiers. Le mécanisme en dessus a un autre avantage; on peut lui faire frapper les cordes en tel point que l'on veut, et lui faire ainsi obtenir telle sorte de timbre qu'on désire. C'est ce que M. Pape a voulu démontrer par plusieurs instrumens exposés par lui.

Dans l'un de ces pianos, le mécanisme est établi de manière à faire frapper les cordes en arrière par les marteaux; dans un autre, ces marteaux s'éloignent davantage du point d'attache des cordes, ce qui donne à l'instrument une qualité plus chantante que brillante, si tel est le désir de la personne à qui l'instrument est destiné.

Enfin, un petit piano à deux cordes, arrondi par les deux extrémités, et dont les dimensions n'excèdent pas celles d'une table-console, offre le phénomène d'une puissance de son qu'on ne trouve pas toujours dans les pianos à trois cordes, et d'un timbre dont la pureté est remarquable.

Pour diminuer encore le volume de cet instrument, M. Pape a rendu le clavier mobile, en sorte qu'il rentre dans la caisse, au moment où l'on veut fermer celle ci." L'industrie ... recueil ... : Exposition des Produits de l'industrie en 1834, Stéphane Flachat, p. 95-101

PARIS - "M. Pape, à Paris, rue de Valois, n° 6 - Il a présenté trois pianos carrés, un piano à queue, un piano vertical. La construction des pianos doit à M. Pape des améliorations importantes. Il a conçu l'idée d'établir au dessus du plan des cordes le mécanisme’ qu'auparavant ‘on plaçait toujours au-dessous. Cette disposition produit trois avantages notables:

elle réduit à trois centimètres au lieu de 16 la distance du plan des cordes au fond de l'instrument; elle diminue dans le même rapport la longueur du bras de levier qui résiste au tirage des cordes; elle réduit à proportion les dimensions des sommières et le fond de l'instrument. Cela rend l'instrument même moins massif et moins dispendieux.

Avec la position du marteau en dessus de la corde, le choc se transmet directement à la table par les chevalets; tandis qu'attaquée en dessous, ce choc n'est transmis que par la réaction élastique de la corde à sa deuxième oscillation: nouvelle source d'intensité supérieure pour le son de l'instrument.

L'on fixe la table par tous les points de son contour; elle n'a plus besoin, pour donner passage aux marteaux, d'être coupée dans toute sa longueur; ce qui rend l'instrument plus solide, et donne aux sons plus de rondeur et d'intensité. Depuis l'exposition de 1827, M. Pape a construit un grand nombre de pianos d'après le système que nous venons de signaler.

Parmi tous les pianos carrés examinés par le jury, le piano à trois cordes, exécuté par ce fabricant, a présenté le plus de qualités réunies. M. Pape est un artiste du talent le plus distingué, qui, par des efforts constants, s'occupe à perfectionner incessamment son art.

Il ne doit qu'à lui sa fortune et sa célébrité: simple ouvrier dans le principe, il s'est élevé par degrés jusqu'à créer un établissement qui comptait 80 ouvriers en 1827, et qui maintenant en occupe et fait vivre 160, lesquels fabriquent par an 400 pianos.

M. Pape, honoré deux fois de la médaille d'argent en 1823 et 1827 mérite aujourd'hui la médaille d'or." Expo 1834, Rapport du jury central sur les produits de l'industrie française exposés en 1834, Charles Dupin, p. 288

PARIS - "PIANO PAPE. - Il est à regretter que M. Pape n'aie pas envoyé son excellent et magnifique piano un peu plutôt, non pour assister au concours, parce que M. Pape n'a jamais eu l'intention de concourir avec les facteurs des départements, en ayant fait d'avance la déclaration au président du jury, mais afin que les amateurs qui ont déjà fait leur choix, eussent pu par leur acquisition, retenir ce superbe instrument (d'un système nouveau à marteaux frappant en dessus) remarquable par la supériorité du son surtout ce qui a paru jusqu'à ce jour, et par l'extrême simplicité et solidité du mécanisme.

Ce piano est le même système dont les journaux anglais ont fait tout récemment un si juste éloge, principalement le The Age, et est le pareil, comme instrument et comme meuble, à celui que S. M. la reine des Francais a bien voulu faire acheter pour sa maison, et qui a obtenu la première médaille d'or du jury 1834 à Paris.

La force et l'harmonie de ce genre de piano sont telles, qu'ils remplacent avec avantage les pianos à queue du système ordinaire.

Leur supériorité est aujourd'hui généralement reconnue, non seulement en France, mais encore dans les pays étrangers, notamment à Londres, où M. Pape vient d'établir une fabrique de ces nouveaux instrumens.

Nous apprenons que le retard apporté par M, Pape dans son envoie, vient de ce que son intention était d'exposer deux pianos d'une construction tout-à fait nouvelle, l'un d'une forme ovale et l'autre ronde, qui présente et peut remplacer une table à thé au milieu d'un salon, mais que ces instruirions n'ayant pu être finis à temps il se vit borné d'en exposer un carré d'une nouvelle construction dine en tout de la brillante réputation dont jouir cette maison." Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haut-Garonne, 31/07/1835, p. 4 (Rosalis)

PARIS - "282. Pape, r. Bons-Enfans, 19. Pianos à queue, carrés et verticaux, d'après son nouveau mécanisme où les marteaux frappent les cordes par-dessus, ce qui assure une incontestable supériorité de force, de pureté et de netteté.

Ces instrumens sont supportés par des roulettes à pompes de l'invention de M. P., dont l'effet est de toujours tenir l'instrument d'aplomb." Mémorial encyclopédique et progressif des connaissances, Volumes 4-5, François Malepeyre, 1834

PARIS - "C'est un fait important que de voir des pianos français être adoptés en Angleterre, et y produire un très-grand effet. Notre habile facteur Pape vient de transporter plusieurs de ses pianos de nouvelle construction à Londres, où il a formé un établissement.

Nous lisons dans un journal anglais The Age l'article suivant, sur un concert dans lequel les pianistes les plus célèbres se sont fait entendre sur les instrumens de M. Pape.

Au concert qui a eu lieu hier soir, 67 Fifth street, Soho square, nous avons été surpris par la supériorité des Pianos nouvellement inventés par M. Pape; les sons ont une qualité et une plénitude remarquables, qui ont été acquis en faisant frapper les marteaux d'en haut." Gazette musicale de Paris, Volume 2, 1835

PARIS - "1498 (282). M. Pape, à Paris, rue de Valois, n° 10, fut récompensé, en 1823, par la médaille d’argent, qui a été rappelée, à son avantage, en 1827. Le jury de 1834 a jugé digne de recevoir une distinction plus haute, la médaille d’or.

- Parmi nos artistes qui se, sont étudiés à perfectionner le piano,- il est un de ceux qui ont montré l'esprit le plus inventif. Le premier il a établi au dessus du plan des cordes, le mécanisme qu’auparavant on plaçait en dessous; les avantages de cette innovation sont connus, et n’ont pas besoin d’être ici expliqués. --

Son exhibition comprenait trois pianos carrés, un à queue et un vertical : dans ses pianos carrés il y en avait un à trois cordes qui, aux yeux et au jugement du jury central, a offert plus de qualités réunies qu’aucun de ceux du même genre admis à l'Exposition. -

La fabrique de M. Pape produit 400 pianos par an, et occupe 160 personnes. Sa fortune, et la célébrité qu’il a acquise, ne sont dues qu’a son talent, car il commença par être simple ouvrier.

On peut sans exagération ajouter que c'est à ses constans efforts, à ses études, à ses recherches, ainsi que le constatent ses nombreux brevets, que la France doit une grande partie des améliorations introduites dans la fabrication de cet instrument.

- Le jury a constaté ces progrès en lui accordant la médaille d’or. Ses concurrens, à l'exception de MM. Roller et Blanchet, n’ont eu que des rappels de la même médaille. M. Pape méritait également la croix d’honneur." Le musée artistique et industriel: exposition 1834, p. 197-198

Médaille d'or à Pape, pas à Erard

PARIS - "Dans presque tous les journaux de Paris, des départemens et même de l'étranger, on lit un article qui paraît avoir pour but de faire croire que la première médaille d'or pour la fabrication des pianos aurait été accordée par le jury de 1834 à M. Pierre Erard.

Cette assertion est inexacte : la première médaille d'or pour cette fabrication a été décernée à M. Pape, facteur de pianos du roi; M. P. Erard n'a obtenu que le rappel de la médaille d'or qui avait été accordée en 1827 à feu Sébastien Erard; pour s'en convain-cre, il suffit de voir dans le Moniteur du 15 juillet dernier la liste des récompenses décernées par le jury." Le Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, 10/08/1834, p. 1 (memoireetactualite.org)

 

PARIS - "C'est même une chose remarquable que chacun d'eux n'ait plus ou moins bien réussi que dans un seul genre ; ainsi nul ne surpasse M. Erard pour les pianos à queue ; M. Pape nous semble toujours un des facteurs les plus distingués pour les pianos carrés, et M. Pleyel présente le meilleur piano droit qu'il y ait à l'exposition. [...]

Après lui [Erard], M. Pape s'est distingué depuis quelques années par le soin extrême avec lequel il a cherché à améliorer la fabrication des pianos carrés.

M. pape, qui d'ailleurs exécute avec talent des pianos de toutes les dimensions, paraît avoir conçu pour les pianos carrés une prédilection toute particulière.

Il a cru pouvoir obtenir dans un espace plus restreint et malgré l'obliquité des marteaux, les mêmes effets que produisent les grands pianos, favorisés par l'étendue de leur table et la disposition plus régulière de leurs cordes.

Nous avons vu, il y a peu de jours, un piano de forme ovale, du nouveau système de M. Pape et dont les marteaux, au lieu de frapper la corde par dessous l'attaquent par dessus et se relèvent immédiatement, poussés par un petit ressort en spirale qui les force de remonter.

Cette combinaison est ingénieuse en ce sens qu'elle plac.e au fond de l'instrument le tirage des cordes, et qu'elle place celles-ci entre deux tables qui doivent contribuer à augmenter le volume du son.

Nous nous sommes assurés que le clavier n'était point dur, malgré l'effort que l'exécutant doit faire pour vaincre la résistance des marteaux ; mais il est à craindre que les ressorts qui les tiennent relevés ne soient inégalement tendus, et ne produisent quelques inconvéniens dans le jeu de l'instrument." Le Constitutionnel, 13/06/1834, p. 3 (Gallica)


1835

PARIS - "C'est à cette nouvelle direction, donnée à la fabrication des pianos, que nous devons le grand nombre de ceux qui ont été présentés à notre Exposition; il y en avait de toutes les formes et de toutes les grandeurs, provenant des fabriques de Paris, de Marseille et de Toulouse.

Nous regrettons que quelques pianos d'envoi des meilleurs facteurs de la Capitale ne nous soient point parvenus en temps opportun pour être admis au concours, entre autres un très-bel échantillon des produits de M. Pape; nous aurions rendu justice à la modification importante qu'il a fait subir à cet instrument et à l'exécution incontestable du système dans lequel ceux qui sortent de ses ateliers sont exécutés." Exposition des Produits des Beaux-Arts et de l'Industrie : Dans les Galeries du Capitole à Toulouse en 1835, p. 138

TOULOUSE - "49. Pape, facteur à Paris. Deux pianos." Exposition produit de Beaux Arts de l'industrie à Toulouse, 1835, p. 91 (num.bibl.toulouse.fr)


1839

Mécanique 'downstriking'

 PARIS - "M. Pape a exposé un piano à queue, plusieurs pianos en forme de console et de guéridon, un piano vertical, deux pianos carrés, l'un à deux, l'autre à trois cordes. Plusieurs de ces instruments étaient à frapper en dessus et présentaient une disposition nouvelle de la table d'harmonie et du chevalet.

Le piano carré à deux cordes de M. Pape a été placé au premier rang de ce genre d'instruments; il se faisait surtout remarquer par le grand volume des sons qu'il émettait.

Les pianos en forme de console et de guéridon que M. Pape a construits, en vue de réduire, autant que possible, les dimensions des pianos, n'ont pas dû être comparés avec d'autres pianos, puisqu'ils sont faits dans un but déterminé, celui d'occuper moins de place et d'avoir une forme gracieuse.

Ils étaient remarquables par la disposition du mécanisme, entièrement de l'invention de M. Pape, et par la beauté des sons. Les instruments qui sortent des ateliers de cet habile artiste sont d'une exécution très-soignée. M. Pape occupe cent-quatre-vingts ouvriers et confectionne quatre cents piano par an." Rapport du Jury Central, Exposition, des produits de l'Industrie Française en 1839, M. Savart, rapporteur, 1839

Pianos carrés à deux cordes

 PARIS - "Pianos carrés à deux cordes. Onze pianos carrés à deux cordes ont été présentés à notre examen : trois ont été distingués. Celui qui a paru mériter d'être mis en première ligne est de M. Pape; le second de M. Busson, et le troisième de M. Côte." Annuaire général du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de ..., 1841, p. 44-45 (Gallica)

PARIS - "Pape’s principal wonder was a large square piano forte, all ivory, richly inlaid with mother-of-pearl, precious woods, &c., quite a chef d'oeuvre as far as its case was concerned. All his piano fortes cannot but be excellent." Niles' National Register: Containing Political, Historical, Geographical ..., 1840, p. 89

 PARIS - "Pape (N° 319) - Nous sommes singulièrement en retard avec MM. les facteurs de pianos. M. le duc et Mme la duchesse tYOrléans sont allés, mardi dernier, à l'Exposition. Leur visite avait pour objet l'examen des instruments de musique.

M. Auber a appelé l'attention de Mme la duchesse d'Orleans sur les produits les plus remarquables à divers titres. S. A. R. a manifesté à M. Pape toute son admiration pour pes magnifiques instruments.

Cet habile et ingénieux facteur avait exposé, cette année encore, des instruments de formes nouvelles et très variées, parmi lesquels figuraient un piano en ivoire, véritable chef-d'œuvre d'art, un piano à queue de nouvelle construction, un piano console.

La princesse, après lui avoir dit les choses les plus flateuses sur la superiorité de ses instruments, a fait l'acquisition d'un piano en forme de guéridon." La France Industrielle, 11/07/1839, p. 1

PARIS - "PAPE, à Paris, 19, rue des Bons-Enfans. —Médaille d'argent en 1823 et 1827, médaille d'or en 1834. — Pianos. —

M. Pape occupe, sans contredit, un des premiers rangs dans la facture des pianos, et par des efforts constans, il s'occupe à perfectionner incessamment son art.

Il ne doit qu'à lui sa fortune et sa célébrité ; simple ouvrier dans le principe, il s'est élevé par degrés jusqu'à créer un établissement qui comptait quatre-vingts ouvriers en 1834, et qui maintenant en occupe et fait vivre au moins cent soixante, lesquels fabriquent par an plus de quatre cents pianos.

Selon M. Savart, il faut, pour qu'un piano soit bon, qu'il joigne un son fort, moelleux et harmonieux, à un mécanisme simple, sensible au toucher et qui puisse marcher longtemps en ne produisant que du son. Voilà le but vers lequel se dirige la fabrication de M. Pape, dont les produits sont nombreux et de formes variées.

C'est à M. Pape que l'on doit la première imitation des pianos anglais verticaux de quatre à cinq pieds de haut, il n'en construisit point un grand nombre, à cause du peu de succès qu'ils obtinrent d'abord ; ce ne fut qu'après l'exposition de 1827 qu'il en construisît de trois pieds de haut, qui devinrent d'un usage général.

Depuis vingt ans, ce facteur a dans son établissement, marché d'améliorations en améliorations, avec cette constante persévérance à laquelle il doit les plus heureux résultats.

En 1827, il abandonna l'ancien système pour y substituer le système inverse. Malgré les difficultés que rencontra ce facteur dans une innovation si importante, il persista dans son travail, à cause des avantages qu'il reconnut dans ce nouveau mécanisme, qui consistait dans des sons plus vigoureux et plus sonores, dans la suppression du barrage en fer, et dans le maintien de l'accord.

M. Pape a également porté ses soins sur la table d'harmonie; on ne saurait trop faire d'essais sur cette partie importante de l'instrument. Là encore, il y a des pas à faire vers la perfection ; il faut tâtonner long-temps pour arriver à un résultat véritable ; nous croyons que M. Pape marche pour y parvenir.

Voici, au reste, ce qu'il a fait paraître à l'exposition : un piano à queue de petit format; — un piano carré, plaqué en ivoire ; — plusieurs en forme de console ; — un en forme de guéridon ; — un vertical organisée — un harmonica à clavier et étouffoirs.

Le piano à queue, dont la table d'harmonie est placée au fond de la caisse, paraît offrir toutes les conditions désirables de solidité, et possède toute la sonorité de son qu'il est possible d'attendre des meilleurs pianos à queue, dont le volume est de moitié plus grand.

Les mêmes avantages existent dans toutes les autres formes de pianos présentées par M. Pape, et notamment dans ceux en forme de guéridon et de console, qui réunissent l'élégance à la bonté du son.

Le piano carré, de sa nouvelle construction, à marteaux en dessus, est plaqué de feuilles d'ivoires débitées par une machine très-remarquable, de l'invention de M. Pape, qui produit des plaques de douze à quinze pieds de long sur deux pieds et plus de large d'une dent d'éléphant de grosseur ordinaire. Cet instrument est, si l'on peut s'exprimer ainsi, un chef-d'œuvre véritable, et M. Pape s'est montré dans sa confection, non-seulement habile facteur et ébéniste, mais aussi mécanicien.

[Piano console ca. 1839, Osborne House, East Cowes, Wight, England, U.K.]

La plupart des instrumens de M. Pape brillent parle son; on est étonné, dans le piano-guéridon,. d'entendre sortir d'un si petit meuble un son volumineux, égal et brillant. Le piano à queue exposé a toute la perfection désirable ; il ressemble, par la puissance du son, aux bons pianos anglais.

La supériorité de M. Pape, dans la construction des pianos, se décèle par l'importance et l'accroissement annuels de sa manufacture. Ce facteur occupe communément cent soixante ouvriers ; ses prix sont raisonnables, ce qui étend son commerce chaque jour davantage.

Nous recommandons donc à l'attention des artistes et des amateurs qui visiteront l'exposition les instrumens de M. Pape, comme méritant leurs suffrages, tous sont dignes du nom de ce facteur.

Il serait difficile de faire un choix parmi tous ces produits de formes si diverses, qui rivalisent par le fini du travail intérieur et extérieur. Il ne nous reste qu'à féliciter M. Pape sur ses progrès et ses succès." Lucas Al. Panorama de l'industrie française publié par une société d'artistes et d'industriels sous la direction de M. Al. Lucas, 1839, p. (Gallica) 95

PARIS - "Pape's Patent Table Pianofortes. — Amongst the objects of the Fine Arts admitted at the late exhibition of the produce of French industry, pianos were unquestionably the most remarkable.

Sixty-seven masters sent to the exhibition nearly 200 pianos, amongst which were several of an entirely new shape; such as table, gueridon, oval, hexagon, and consol. These new instruments are made at the manufactory of M. Pape, piano maker to the king, who also exhibited a square piano, which judges have justly considered as a master-piece of its kind.

The latter is veneered with sheets of ivory, part of which is carved and inlaid, and forms a most beautiful mosaic design.

M. Pape obtains these ivory sheets by means of spiral machinery of his own invention, which produces from elephant's teeth of an ordinary size, sheets of from twelve to fifteen feet in length, and two feet in width.

This invention will, no doubt, be appreciated by miniature painters, to whom this mechanical discovery will be of very great advantage. M. Pape also exhibited an horizontal grand piano of a small size.

The most remarkable improvement in this instrument is the sounding board, which is so disposed that the tension of the string stretches and keeps the sounding) board level. The consequence is, that the sound improves in course of time, whilst in pianos of the ordinary construction, the contrary will happen.

The name of M. Pape stands deservedly at the head of the list of rewards granted by the king on the occasion of the exhibition.

The cross of the Legion of Honour, and the rappel of the gold medal were awarded to him upon the report of the jury, who have fully appreciated his numerous inventions and improvements. M. Pape also obtained the first gold medal at the exhibition of 1834, and the grand gold medal from the Society for the Encouragement of National Industry.

— M. Pape's new instruments have attracted the attention of the Royal Family, and H. R. H. the Duchess of Orleans, has purchased one of the table pianos for her own use. We feel great pleasure in mentioning the success obtained by M. Pape, who formerly exercised his profession in England, where he has since formed an establishment, and where it is well known that his pianos are highly esteemed." The musical World, 12/12/1839, p. 510

Piano en ivoire

PARIS - "Les riches amateurs gardent leurs pianos tels que le facteur les leur cède. Ils sont vêtus de bois précieux, bien poli, bien verni; l'habit paraît assez riche, on doit s'en contenter. On a pu voir chez Erard un grand piano doré en entier; Pape en a fait un couvert en ivoire pour la duchesse de Berri. Ces deux pianos sont les plus riches que j'aie vus.

Les plaques d'ivoire de ce dernier piano sont larges comme un mouchoir; aucune dent d'éléphant n'a jamais présenté cette surface prodigieuse.

C'est par un moyen fort ingénieux que le facteur a pu obtenir des lames d'ivoire aussi étendues. Il a inventé une scie qui tourne autour de la dent au lieu de la diviser d'une manière horizontale. Cette scie manœuvre comme le couteau que l'on tient en main pour peler une orange, une pomme.

C'est par le même procédé que Pape nous donne ces dessus plaqués sur lesquels on voit un dessin régulier comme un manteau d'hermine.

Les nœuds du bois y sont répétés à distances égales, un peu smorzando. Ce placage est un long ruban déroulé sur une branche, une racine d'acajou, de peuplier, d'orme, sur un fragment de deux ou trois pouces de diamètre, et qu'il eût fallu jeter au feu, malgré la richesse de ses accidens, avant que Pape eût trouvé le moyen de le dérouler comme on fait une carte de géographie." Revue de Paris, 1839, p. 170

PARIS - "Pape. - Voici un véritable producteur; c'est le soldat devenu maréchal de France. Pape est du petit nombre des chefs de manufacture qui peuvent dire : Omnia mecum porto; aussi, ouvriers, confrères, artistes, gens du monde, tous ont applaudi à la haute récompense que le gouvernement aurait dû, depuis dix ans, lui accorder, ainsi qu'au laborieux Roller; mais Pape est son aîné; on lui devait la préférence.

Pape fit ses premières armes en Angleterre et vint s'établir à Paris en 1815. Il commença par introduire l'échappement anglais des pianos à queue, dans les pianos carrés qui ont toujours été plus en vogue en France qu'ailleurs.

Pape contribua puissamment à délivrer la France du tribut énorme que prélevaient sur elle l'Angleterre et l'Allemagne, du chef des pianos.

Il a été longtemps le seul facteur en réputation, pour les grands pianos à queue. Ce qui prouve la fécondité de son génie, c'est le nombre de ses brevets d'invention qui s'élève à près de cinquante, tous portant sur quelques perfectionnements de son art; mais dont la plupart, tout en paraissant de peu d'importance aux yeux des gens du monde, n'en sont pas moins autant de pas nouveaux vers la perfection.

Sa garniture de marteaux avec du feutre a été généralement adoptée, sans qu'il ait jamais exigé un liard de ce chef, ni de celui d'aucun de ses autres brevets; par une espèce de délicatesse mal entendue, M. Pape s'est imaginé de se faire un titre d'honneur d'un brevet d'invention qui n'est pour tout le monde qu'un monopole temporaire, destiné à faire rentrer, s'il est possible, le titulaire dans ses frais d'expérience; mais l'invention de Pape que nous avons le plus admirée est sa scie à débiter un cylindre en spirale; par exemple, il est parvenu à scier une dent d'éléphant, en partant de la circonférence pour arriver au cœur, de manière à en tirer une table d'ivoire de 15 pieds de long sur 2 pieds de large.

Les peintres en miniature, qui avaient jadis tant de peine à se procurer des tablettes grandes comme la main, doivent se trouver bien heureux de la découverte de Pape; nous qui avons longtemps souffert de ce mal, le manque d'ivoire, nous aurions volontiers baisé la mule de cet excellent Pape, lorsqu'en 1834, nous aperçûmes un de ses pianos recouvert en entier d'une seule feuille d'ivoire; nous devinàmes à l'instant que ce qui intriguait tout le monde ne pouvait être que le produit d'un outil, dont par un hasard singulier, le plan était tombé entre nos mains, après avoir été présenté à notre ministère pour être breveté.

Mais ce brevet a été refusé comme tant d'autres, ce qui empêcha cette admirable machine de s'établir chez nous, par la raison fort naturelle que tout le monde était libre de la faire.

Rien ne serait cependant plus avantageux que de scier en spirale un arbre d'acajou, pour en obtenir des feuilles de plaqué presque sans fin, comme du papier à la mécanique.

A vrai dire, nous ne concevons pas la raison qui met obstacle à la vulgarisation de cet instrument, dont nous avons publié le plan dans notre journal l'Industriel de 1829 ; nous le recommandons à l'attention des directeurs de notre grande scierie mécanique qui ne reculent pas devant les améliorations qui leur sont signalées.

Nous croyons devoir donner un aperçu du système de la scie à spirale, que tout le monde comprendra facilement : imaginez une scie plate ordinaire, dont la lame, posée horizontalement, reçoit sur place un mouvement de va-et-vient très-court et trèsrapide, imprimé par un arbre légèrement coudé.

Au dessous de cette scie on dispose un tronçon d'arbre cylindrique porté sur un axe, oh soulève ce bois à débiter jusqu'à ce que la scie soit tangente à sa circonférence, et on la met en mouvement; un contrepoids placé sur une poulie contraint l'arbre de se présenter à la scie, avec une vitesse graduée par un système d'engrenage combiné à cet effet.

Un encliquetage fort simple soulève les coussinets de l'arbre, à mesure qu'il diminue de diamètre; la feuille sciée passe par dessus la lame de la scie et va s'étaler sur les dalles de l'atelier. Le premier mécanicien venu doit être en état d'exécuter, d'après ce simple aperçu.

Nous apprenons cependant que M. Pape s'est décidé à mettre en usage sa scie hélicoïde pour le débit de l'ivoire et des bois précieux; les bois indigènes euxmêmes débités de la sorte présentent des racinages symétriques d'un admirable effet. Le brevet de Pape, datant de 1827, est sur le point d'expirer; nous n'avons pas besoin de recommander à tous les ébénistes de se ruer dessus.

Ce qui fit le succès de Pape, ce fut de prendre le contre-pied de ce qu'on avait fait jusqu'à lui; il avait sans doute lu quelque part ce quatrain attribué à Ronsard :

Tout à Rome, si mal en va,
Que je voudrais qu'il se trouva
Un PAPE qui cuiderait faire,
Pour aller mieux, tout le contraire
.

Les inventeurs savent qu'après s'être épuisés inutilement à chercher une solution dans un sens, la réussite a souvent été complète en prenant le problème à l'envers.

C'est ce qui a fait dire à certain philosophe, que tous nos us et coutumes auraient besoin de subir une révolution entière. Par exemple, il voudrait qu'on votât les lois à la minorité, attendu que jamais on n'a trouvé en défaut l'aphorisme de Salomon : numerus stultorum est infinitus.

Les sots depuis Adam sont en majorité.

Pape, imbu de cette vérité, se sera dit : La majorité depuis longtemps frappant les cordes par-dessous, je veux les frapper par-dessus ; j'aurai ma mécanique sous les yeux et sous la main; quant à la table d'harmonie, elle résonnera aussi bien par-dessous que par-dessus.

Voilà l'idée primitive, l'idée simple par laquelle on aurait dû débuter; mais c'est une fatalité qui semble inhérente à notre hémisphère, de partir du compliqué avant d'arriver au simple.

On dirait qu'il en est autrement dans l'hémisphère austral, car tout ce qui se fait en Chine, par exemple, en matière d'industrie et même de législation, est frappé au coin de la simplicité la plus naïve et, par conséquent, du bon sens.

Ce frappement des cordes en dessus existait déjà dans tous les pianos droits, et Pape n'a fait que l'appliquer aux pianos horizontaux.

Le clavier de Pape occupe le haut de la caisse et met en jeu les marteaux, qui font l'effet d'autant de baguettes suspendues au-dessus des cordes, et renvoyées dans cette position par de légers ressorts; cette disposition est sans contredit la plus naturelle et par conséquent la meilleure : mais comme elle offre quelques difficultés aux accordeurs, ces messieurs lui déclarent la guerre.

Les premiers pianos de ce genre étaient un peu difficiles à jouer, parce que l'enfoncement des touches était plus grand que dans les pianos ordinaires; mais M. Pape eut.bientôt remédié à ce défaut, par une légère correction des dimensions du levier.

Sous le rapport de l'exécution et de la solidité, les instruments de cette grande fabrique qui occupe plusieurs centaines d'ouvriers, dans la ruelle Pelée et dans la rue des Bons-Enfants, ne laissent rien à désirer.

Les sons de Pape sont harmonieux et parfaitement homogènes.

Nous n'avons à critiquer chez ce facteur qu'une manie coûteuse, c'est de vouloir déguiser le piano en étagères, en guéridons, en consoles, en tables rondes, ovales hexagonales, etc. Mais puisqu'il les vend, c'est qu'on les veut.

Le piano n'est pas un meuble à dissimuler; il n'y a pas d'affront, comme on dit, à posséder un piano au naturel. Ce n'est pas le cas de ce fabricant de meubles qui, nous montrant un prie-Dieu de sa composition, susceptible de se transformer d'un tour de main en un coquet secrétaire, nous disait naïvement : Avec cela, monsieur, on ne risque jamais d'être compromis quand on vous surprend à prier.

M. Pape a l'esprit fort inventif; il a imaginé un moyen de compléter l'accord de ses pianos par une vis de pression qui appuie sur les cordes, entre le premier et le second sillet; mais nous aurons un jour à parler d'un système bien plus complet, découvert par M. Sax fils, à Bruxelles; il ne s'agit de rien moins que de faire monter ou descendre le diapason de l'instrument tout entier, d'un seul tour de vis, la pression agissant proportionnellement sur chaque corde; nous parlerons aussi de l'invention plus importante encore de M. Sax père, qui s'occupe d'un piano dont l'accord doit être permanent.

M. Pape a réduit de plus de moitié le nombre des frottements de son mécanisme, et il a disposé ses châssis de manière à opérer un effet de compensation; c'est lui qui a trouvé le moyen de redresser une partie des touches qui étaient auparavant coudées de 2 ou 3 pouces.

Il a aussi remplacé la garniture de cuir des marteaux par les garnitures en feutre dont nous avons déjà parlé; mais nous n'en finirions pas, si nous voulions parler de tous les brevets de M. Pape, il faut laisser un peu de place aux autres : les Anglais ont adopté sa disposition oblique des cordes dans les pianos droits; il s'est fait rendre justice de ce chef au patent-office et les contrefacteurs se sont arrangés avec lui.

M. Pape tient un dépôt de ses pianos à Bruxelles." Industrie française : rapport sur l'exposition de 1839, Volume 2, Jean Baptiste Ambroise Marcellin Jobard, 1839, p. 105-110  -  Voir
SAX à Paris (°1843)

PARIS - "Perfectionnemens introduits dans les pianos. Les pianos verticaux étaient déjà fort en usage en Angleterre; mais on ne s'en servait que pour l'élude, ce qui leur fit donner le nom de pianos de cabinet.

Leur forme primitive, étant trop élevée dérobait l'exécutant à la vue du public; par la même raison, ces instrumens n'étaient pas favorables au chant. M. Pape en fit bientôt diminuer la hauteur et en fabriqua qui n'avaient que quatre pieds avec les cordes droites.

On en faisait également en Angleterre qui n'avaient que trois pieds et demi, mais dont les cordes étaient posées diagonalement.

Il avait aussi paru en France des pianos verticaux venus de Vienne ou fabriqués en France d'après le même système, mais ils n'eurent aucun succès. Parmi les améliorations de M. Pape, il faut remarquer les claviers droits et sortant en tiroir de la caisse, les étouffoirs fonctionnant par leurs propres pieds, les échappemens se réglant par des vis a double pas, etc.

L'introduction de ce mécanisme dans les pianos carres offrait de grands avantages, non-seulement pour le son, mais aussi pour la solidité de l'instrument, par le fait que la touche se trouve en ligne droite; tandis que, dans l'ancien système, elle était courbée de trois à quatre pouces. Ce perfectionnement eut tout le succès qu'il mérita et hâta l'abandon du mécanisme à pilote, qu'une routine de cinquante ans avait maintenu jusqu'alors. [...]

Commerce des pianos. Les pianos sont devenus, comme nous avons dit, d'un usage si étendu ou si général, que la fabrication s'est toujours augmentée avec les nouveaux perfectionneniens et le goût pour la musique ; en sorte que le commerce en est devenu considérable, surtout à Paris, où se trouvent les facteurs les plus renommés.

On ne peut pas évaluer au juste le montant de celle fabrication et de ce commerce, qui suivent toujours une progression remarquable.

Cependant, en la portant à environ 10 millions annuellement, nous ne croyons pas être fort loin de la valeur qu'on peut admettre.

Il se fait des envois considérables de pianos aux colonies, dans l'Amérique du sud, aux Etats-Unis, et il s'en introduirait une grande quantité en Angleterre, qui ne possède pas des facteurs aussi habiles qu'en France, si ce n'était les droits énormes d'entrée qu'il faut acquitter, ce qui a engagé M. Pape à y établir une fabrique de ses pianos, perfectionnés d'après son nouveau système." Dictionnaire universel du commerce, de la banque et des manufactures, 1838-1841, p. 600 (Gallica)

PARIS - "Pianos de M. Pape. - On sait quelle est notre opinion sur la vulgarisation de la musique et sur l'influence toujours progressive qu'elle exerce parmi les masses. Plusieurs fois nous avons constaté les heureux résultats de cette tendance populaire vers une récréation, la plus puissante et la plus complète de toutes celles qui puissent être offertes à nos heures de loisirs.

Ces salutaires effets d'un plaisir paisible qui sature l'âme d'émotions élevées, qui retrempe son énergie et rassérène l'imagination pour la disposer à de nouveaux travaux, n'ont plus besoin, d'une approbation motivée pour être admis au nombre des plus utiles améliorations de notre siècle. Il n'y a plus, Dieu merci, de polémique possible sur une cause désormais jugée.

Le meilleur auxiliaire pour ce qui concerne la musique de chambre, est certainement le piano, et l'invasion du piano dans les habitudes de la vie privée répand trop d'intérêt sur les phases ascendantes de cet utile instrument pour que la curiosité publique reste indifférente aux innombrables et pénibles essais qui ont amené les perfectionnemens dont nous jouissons aujourd'hui.

Parmi les hommes pèrsevérans, infatigables, qui ont consacrétes labeurs d'une longue existence et d'une intelligence profonde à cette lutte glorieuse des combinaisons d'où sont sortis les plus magnifiques instrumens du monde, il faut citer aux premiers rangs M. Pape, non-seulement parce que la notoriété publique le désigne, mais parce que le jury, qui a prononcé en 1834 sur le mérite des produits de l'industrie, lui a décerné la première médaille d'or.

La notice que nous allons esquisser à grands traits sur l'enchainement des travaux de cet habile facteur, résume en quelque sorte l'histoire du piano, et ces détails ne seront point sans profit pour ceux qui ne connaissent point à fond le mécanisme ingénieux qui leur livre des trésors d'harmonie.

En 1815, époque à laquelle l'Allemagne et l'Angleterre conservaient encore le monopole presqu'intact des pianos, M. Pape introduisit en France le système anglais pour la fabrication des pianos à queue, carrés et verticaux.

Chacun de ces formats avait ses inconvéniens; les premiers soins de M. Pape tendirent à les faire disparaitre.

Il réduisit la hauteur exagérée des pianaux verticaux à celle de trois pieds et demi, et il introduisit dans ces instrumens plusieurs perfectionnemens remarquantes une table d'harmonie double fut placée devant et derrière les arcs-boutans et unie par un chevalet élevé; le volume du son augmenta de beaucoup, et se doubla quelques années après, au moyen d'une nouvelle disposition d'après laquelle une partie des cordes croisait l'autre et passait par-dessus les arcs-boutans, à l'aide du chevalet élevé.

Frappé des imperfections que présentaient également les pianos carrés, l'ingénieux artiste en changea la construction, et y adapta un mécanisme qui présente pour la solidité les mêmes avantages que celui des pianos à queue.

Des claviers droits sortirent en tiroir de la caisse les étouffoirs fonctionnèrent par leur propre poids, et les échappemens se réglèrent par des vis à double pas.

L'instrument gagnait ainsi le double avantage du son et de la solidité, car ce mécanisme pose la touche en ligne droite, tandis que l'ancien système la courbait de trois ou quatre pouces. Cette amélioration, qui fut bientôt adoptée, détrôna le mécanisme à pilotes qu'une routine de cinquante années semblait avoir consacré à tout jamais.

La forme défectueuse de ces pianos ne pouvait échapper à l'attention de M. Pape; les ignobles coins saillans s'arrondirent, les pieds pointus se transformèrent en balustres avec des estrades en X, et l'incommode fermeture des pianos à queue fit place au gracieux cylindre en usage aujourd'hui.

La supériorité de ces instrumens était déjà reconnue et adoptée pour le fond comme pour la forme, et cependant l'approbation générale ne suffisait pas à M. Pape.

A ses yeux rien n'était fait quand il restait encore quoique chose à faire. Pendant plusieurs années encore ses travaux assidus apportèrent de nouveaux perfectionnemens à ces pianos; il les consolida de la manière la plus satisfaisante en y adaptant des plaques, des sommiers de fonte, des barrages en fer devenant nécessaires par le tirage des cordes dont on avait successivement augmenté la grosseur pour donner plus de volume à sononorité.

C'est ici que l'intelligence du facteur, stimulée par les difficultés, réussit à doter l'industrie d'une invention qui répondait à toutes exigences et plaçait M. Pape au rang qu'il occupe anjourd'hui.

Ses pianos ainsi disposés subissaient un tirage qui dépassait d'un tiers ceux que l'on fabriquait une dizaine d'années auparavant (7,200 kil.).

Le fer et la fonte devenaient insuffnans contre cette force immense, et la résistance était d'autant plus difficile à compléter, que le sommier, se trouvant séparé de la caisse par l'ouverture offerte au passage des marteaux, fléchissait dans tous les sens. Un autre résultat de cet inconvénient était de couper la table d'harmonie dans sa partie la plus essentielle; puis le marteau frappant sous la corde la séparait du sillet et contribuait à la sécheresse du son.

Comme il était matériellement impossible d'affranchir ce système des vices qui lui étaient inhérent, M. Pape dirigea les ressources de son imagination vers un champ tout nouveau. Il trouva le moyen d'obvier à tous les défauts signalés par la découverte d'un mécanisme simple et solide placé au-dessus des cordes. Mais cette idée entraînait un changement total de construction.

D'après cette invention, le marteau frappant de haut en bas imprimait à sa percussion une force nouvelle et facile à concevoir. De plus la corde, frappée d'aplomb contre la table et sans soulèvement, produisait un son plus pur et plus net.

Tous les perfectionnemens de M. Pape convergèrent alors de ce côté, et ce fut en 1825 qu'il réussit à construire ce nouveau piano d'une manière èntièrement conforme à ses idées.

Des améliorations d'un ordre secondaire avaient changé la garniture des marteaux en remplaçant la peau par du feutre; la mortaise du clavier pouvait être réglée par des vis de pression, le degré de dureté des touches se modifiait à volonté et une pédale pouvait en prolonger le son.

Ces instrumens irréprochables pour ce qui concernait la qualité du son, laissaient beaucoup à désirer sous le rapport du mécanisme, qui offrait une série de difficultés presque insurmontables. La persévérance de M. Pape en triompha cependant. En 1832, la société d'encouragement pour l'industrie nationale proclamait dans son buletin du 19 septembre les avantages de cette nouvelle construction.

En 1833, l'Académie des Beaux-Arts, appelée à juger cette invention, l'approuva dans ses moindres détails, et, après avoir reconnu la supériorité de ce système, elle terminait son apport en déclarant que dans l'intérêt de l'art, sans parler même de l'intéret du commerce, M. Pape avait fait une chose utile au pays.

Le succès immense de ces pianos ne ralentit pas les recherches que faisait M. Pape afin de leur donner les nouvelles perfections qu'il rêvait encore. De nouveaux modèles furent présentés à l'exposition de 1834, et ce fut sur la proposition de M. Savart, l'un des hommes les plus experts en ce genre, que le jury leur décerna la première médaille d'or.

Depuis cette époque M. Pape dirigea les progrès de son art vers la réduction du vôlume extérieur des pianos en augmentant leur sonorité.

C'est pour résoudre ce double problème qu'il parvint à créer des pianos-tables, de forme ovale, ronde et hexagone, et à donner à des instrumens, dont la dimension est celle d'un guéridon, une intensité de son qui rivalise avec les pianos ordinaires. D'après ce système le format des pianos à queue vient d'être réduit d'un tiers, sans rien perdre de leur supériorité reconnue en force et en son.

Pour obtenir cette perfection et cette simplicité de mécanisme, que d'expériences, que de sacrifices étaient nécessaires ! Il suffira de dire pour les résumer tous, que les nombreux brevets obtenus par M. Pape constatent que chacune des parties de l'instrument a été tour à tour l'objet d'un perfectionnement.

Les pianos verticaux sont de moitié moins grands que ceux importés d'Angleterre en 1815, et leurs qualités sont plus que doublées.

Il en est qui ressemblent, pour la forme et pour le volume, à une console ordinaire ces instrumens délicieux sont déjà très répandus, quoiqu'ils ne comptent que deux ou trois ans d'existence. Ils sont à trois cordes et à six octaves et demie, et leur puissance de son ne laisse rien à désirer.

Ces dernières améliorations ont été mentionnées avec les plus grands défaits, dans le rapport fait par M. Francœur, à la société d'encouragement pour l'industrie nationale, dans la séance du 9 mai dernier, et la médaille d'or a été décernée à M. Pape.

Nous regrettons que l'étendue de ce rapport ne nous permette pas de le reproduire textuellement, car tes termes dans lesquels ils est conçu sont des lettres de noblesse pour cet honorable fabricant.

L'approbation d'hommes aussi intègres et aussi compétens, est la plus grande satisfaction que puisse éprouver un artiste en dédommagement de travaux souyent ingrats et dont il n'est pas toujours facile de faire comprendre au publique la portée et l'utilité.

Nous en avons assez dit, cependant, pour justifier l'estime particuliere que nous vouons à M. Pape et pour expliquer le succès qui s'attache à ses produits.

Notre but était de démontrer qu'il est un des fabricans qui se sont occupés le plus activement de leur art, et auxquels on est redevable d'améliorations heureuses dans la fabrication des pianos. - STÉFHEN DE LA MADELAINE." La Presse, 03/12/1839, p. 3 (Gallica)

PARIS - "Elever le piano à son plus haut degré de perfection, chercher les moyens de parvenir à ce but en essayant une infinité de combinaisons nouvelles, tel était l'objet du désir et du travail constant de H. Pape.

Suivre plus long-temps les modèles anglais, s'asservir à copier les œuvres étrangères, eût été s'arrêter en chemin, et laisser l'art au point où il l'avait pris. Aussi, dès la première année de son arrivée à Paris, change-t-il en entier le système de ses pianos carrés, en y adaptant un mécanisme dont la solidité présente les mêmes avantages que celui des pianos en forme de clavecin.

Parmi ces améliorations, il faut remarquer les claviers droits sortant de la caisse en tiroirs, les étouffoirs fonctionnant au moyen de leur propre poids, les échappemens réglés par des vis à double pas, etc.

L'introduction de ce mécanisme dans les pianos carrés était d'une grande importance pour le volume et la qualité du son, pour la durée de l'instrument.

La touche s'y trouve placée en droite ligne, tandis que, dans l'ancienne mécanique, elle était courbée de trois à quatre pouces. Cette heureuse innovation eut tout le succès qu'elle méritait, et fit abandonner tout-à-fait le mécanisme à pilotes, que la routine s'obstinait à conserver encore.

La forme extérieure des pianos devint aussi plus riche et plus gracieuse. H. Pape remplaça les coins carrés par des coins arrondis, et les pieds en fuseaux par des balustres avec estrade en X. Il substitua le cylindre à la fermeture, fort incommode, en usage alors pour les pianos à queue.

La construction de ces derniers fut perfectionnée parce facteur, au point que ces pianos, généralement préférés, furent adoptés par les premiers maîtres, tels que Moschelès, Herz, etc.

Pendant plusieurs années encore, H. Pape dirigea ses travaux d'amélioration sur les moyens à employer pour consolider ces pianos.

Il les arma de plaques, de sommiers de fonte, de barrages en fer, pour opposer une plus forte résistance au tirage des cordes. On avait successivement augmenté la grosseur de ces fils métalliques pour donner à leur son plus de volume.

Ces pianos avaient alors à supporter un tirage de sept mille deux cents kilogrammes, un tiers de plus environ que ceux fabriqués dix ans auparavant. Malgré le fer et la fonte employés pour résister à ce tirage prodigieux, il devenait impossible de le maîtriser complètement.

Séparé de la caisse par l'ouverture pratiquée pour donner passage aux marteaux, le sommier fléchissait dans tous les sens. Cette séparation avait encore un grave inconvénient. Elle coupait la table d'harmonie dans sa partie la plus sonore et la plus essentielle.

Le marteau, frappant la corde en dessous, la soulevait, tendait à l'éloigner du sillet, et lui faisait produire un son sec. Tous ces inconvéniens dérivaient d'un système qu'il fallait abandonner, puisqu'on ne pouvait l'en affranchir.

C'est alors que Pape imagina de renverser de fond en comble le mécanisme du piano, en plaçant le jeu des marteaux au-dessus des cordes.

Cette nouvelle combinaison, la plus heureuse et la plus hardie que l'on ait à signaler dans l'histoire de cet instrument, a produit une véritable révolution et des résultats que les personnes les moins exercées peuvent apprécier.

En effet, un mécanisme simple et solide établi au-dessus des cordes est le perfectionnement le plus précieux, puisqu'il a fait disparaître, comme par enchantement, tous les défauts dont on a déjà parlé.

Il est facile de se rendre compte de la force que doit acquérir le marteau en frappant de haut en bas. Le son ne doit-il pas vibrer plus pur, plus net, plus éclatant, si la corde, au lieu d'être soulevée, est frappée d'aplomb contre la table ?

Cette idée, mise en œuvre après beaucoup d'essais, après des recherches, des expériences que sa haute importance commandait, fut mise au jour en 1825. L'invention de H. Pape obtint tout le succès qu'il s'était promis, et l'on put admirer à l'exposition du Louvre, en 1827, plusieurs pianos construits d'après ce nouveau système.

Les rapports faits à la Société d'encouragement, à l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut, en 1832 et 1833, la première médaille d'or que le jury de l'exposition de 1834 décerne à Pape, témoignent de l'approbation, de l'estime que les hautes notabilités de la science ont accordée aux inventions, aux perfectionnemens ingénieux de ce facteur.

Les marteaux frappant en-dessus attaquent les cordes avec bien plus de force et de soudaineté. Pape n'avait d'abord donné ce mécanisme qu'aux pianos à queue; il sut l'appliquer aux pianos carrés, qui devaient en obtenir des avantages plus grands encore, puisque ce procédé permet de livrer à la table d'harmonie toute l'étendue de l'instrument.

On sait que cette table] est ordinairement échancrée en triangle, et perd un quart de sa largeur, quand il faut donner passage aux marteaux placés sous la corde.

Dans les nouveaux pianos carrés de ce facteur, la table d'harmonie occupe tout le plafond du piano, et ses résultats sonores s'augmentent dans une proportion immense. On se souvient d'avoir vu le célèbre Field préférer un de ces pianos carrés aux meilleurs pianos à queue pour l'exécution du concerto qu'il fit entendre au Conservatoire de Musique.

H. Pape a résolu victorieusement un double problème en donnant un plus grand volume de son à ses instrumens, en même temps qu'il en amoindrissait les dimensions.

C'est ainsi qu'il a exécuté les pianostables de forme ovale, hexagone et ronde. Un piano hexagone peut être placé au milieu d'un salon, dans lequel il représente à s'y méprendre le guéridon que l'on y rencontre souvent.

Il a réduit aux petites proportions d'une console la forme de ses pianos de boudoir.

Du moment qu'une belle idée a frappé l'imagination de l'artiste, il la met en œuvre et sait arriver par degrés à l'appliquer, de diverses manières, dans d'autres combinaisons, afin de profiter de toutes les conséquences d'un premier argument. Trouver le mécanisme des marteaux frappant en-dessus, voilà l'idée-mère; et voici le dernier bienfait de cette invention déjà si remarquable.

Tout le monde sait que, dans les pianos à queue de l'ancien mécanisme, les cordes viennent s'attacher aux chevilles rangées en bataille derrière le pupitre; après ce triple rang, on voit une espèce de fossé creusé pour donner passage aux marteaux qui s'élèvent pour frapper les cordes.

Ce fossé n'est plus nécessaire du moment que les marteaux ont été transportés en-dessus; Pape l'a comblé pour venir attacher ses cordes sous le clavier, sous la main de l'exécutant, plus avant même, car le premier rang des chevilles dépasse les touches. Ainsi, tout l'espace occupé par le clavier, par le pupitre, a été supprimé, ou, pour mieux dire, gagné sur la longueur de l'instrument.

Ces nouveaux pianos à queue sont plus courts d'un tiers que les anciens, et cependant Pape a combiné les moyens acoustiques avec un tel bonheur que ces instrumens sont de beaucoup supérieurs aux autres, en force, en qualité de son.

Le piano le plus parfait doit avoir non-seulement des sons qui vibrent avec éclat, moelleux, pleins d'harmonie, mais encore un mécanisme simple, d'un toucher égal et facile, et qui puisse être mis en jeu sans produire d'autre bruit que celui du son. C'est pour obtenir cette perfection, cette simplicité de mécanisme, que Pape a fait de si grands sacrifices de temps et d'essais, qui l'auraient ruiné s'il n'avait réussi.

Il n'est pas une seule partie, un seul détail du piano, qui n'ait été l'objet de sa sollicitude et qu'il n'ait beaucoup amélioré; peut-être n'est-il pas de facteur qui ait fait autant d'innovations dans son art.

Les brevets nombreux d'invention et de perfectionnement qu'il a reçus le prouvent. Les avantages de ses nouveaux pianos sont aujourd'hui reconnus généralement : ils obtiennent partout le plus brillant succès; en Angleterre même, ils sont appréciés au point que Pape s'est empressé d'établir à Londres une fabrique de ces instrumens.

On pourra citer des facteurs qui fournissent un plus grand nombre de pianos au commerce; mais Pape invente, Pape est artiste avant tout, il marche sans cesse vers le but qu'il s'est proposé; sa fortune serait plus considérable s'il avait pu borner son ambition à reproduire sans cesse des types connus et dont le public se contentait fort bien: l'artiste veut autre chose encore.

J'ai dû vous parler de toutes ces inventions d'un intérêt puissant; je ne suis pas au bout, et je dois vous signaler l'apparition du piano le plus singulier qui soit sorti des mains du facteur : un piano sans cordes.

Assis dans une salle à manger confortable, placé devant le pâté dé Strasbourg, ou la dinde truffée, savourant les parfums harmonieux des vins de France, d'Espagne ou de Hongrie, il vous est arrivé souvent d'entendre sonner une horloge de village. Ce village n'existait cependant qu'en peinture, sur un tableau fort médiocre, il est vrai, mais vous avez été surpris d'abord par les vibrations graves et solennelles du champêtre beffroi.

Ce timbre est une des notes basses dn nouveau piano de Pape, les autres ont été combinées, échelonnées par ce maître pour former un clavier avec des lames de métal tordues en volutes sonores.

Ce piano vertical d'un résultat charmant, d'une harmonie fantastique et pleine de séduction, a l'inappréciable avantage de manœuvrer sans craindre aucune avarie; il est d'une constitution si forte, d'une santé si bien établie, qu'il peut vivre un siècle sans appeler ce médecin que l'on nomme accordeur.

Le piano sans cordes vient à peine de naître, et déjà son auteur, impatient de progrès, l'a combiné fort heureusement avec un jeu d'orgue que le même clavier peut unir aux sons donnés par les lames de métal. Si vous ne pensez point à joindre ce nouvel instrument aux pièces curieuses qui meublent votre musée d'amateur, allez du moins chez Pape entendre ou toucher le piano sans cordes." Revue de Paris, 1839, p. 34-38

PARIS - "La manufacture que Pape fonda en 1818 acquit en peu d'années autant d'extension que de célébrité.

L'application aux pianos carrés du mécanisme des pianos à queue de Broadwood contribua grandement à la réputation de ce facteur, dont l'infatigable persévérance ne devait pas s'arrêter en si beau chemin.

Vers 1827, Pape, reprenant l'idée de Marius, appliqua le frappement pardessus aux pianos carrés, évita les inconvénients graves qui résultaient des contrepoids employés dans le système de Streicher de Vienne et inventa un mécanisme qui réalisait supérieurement tous les avantages que l'idée de Marius pouvait contenir.

L'ingénieux travail de Pape ne détermina pas cependant les autres facteurs à l'imiter; en homme sûr de son idée, Pape persévéra dans son système, mais les autres facteurs persévérèrent aussi dans les systèmes généraux.

De là s'ensuivit le schisme dont nous avons parlé tout-à-l'heure, schisme qui divise encore aujourd'hui la fabrication des pianos. [...]

Récompenses obtenues.

Médaille d'or : MM. Erard, Pleyel, Pape, Roller et Blanchet.
Médaille d'argent : MM. Kriegelstein et Plantade, Pfeiffer, Soufleto, Wolfel, Boisselot et fils, de Marseille.
Médaille de bronze : MM. Busson, Bernhart, Côte, Gaidon, Hatzenbuhler, Koska, Mercier, Mermet, Schoen, Wetzel.
Mention honorable : MM. Cluesmann, Eslanger, Gibaut, Grus, Herz, Roger, Rosellen.

Nombre de pianos fabriqués chaque année

Par MM. Camille Pleyel et ce, de 800 à 900
Pape, de 400 à 450
Pierre Erard, de 380 à 420
Boisselot et fils, de Marseille, de 250 à 300
Roller et Blanchet, de 160 à 220
Souffleto, Wetzel, Cluesmann, Bernhardt, Mercier, Schmidt, de 120 à 150
Petzold, Kriegelstein et Plantade, Bell, Herz, de 80 à 100

Revue étrangére de la littr̄ature, des sciences et des arts, Volume 37, 1839, p. 553-554

PARIS  - "M. Pape's Patent Table Piano Fortes. — Amongst the objects of the fine arts admitted at the late exhibition of the produce of French industry, pianos were, unquestionably, the most remarkable.

Sixty-seven masters sent to the exhibition nearly two hundred pianos, amongst which were several of an entirely new shape; such as table, gueridon, oval, hexagon, and consol.

These new instruments are made at the manufactory of M. Pape, piano-maker to the king, who also exhibited a square piano, which judges have justly considered as a master-piece of its kind. The latter is veneered with sheets of ivory, part of which is carved and inlaid, and forms a most beautiful mosaic design.

M. Pape obtains these ivory sheets by means of spiral machinery of his own invention, which produces from elephant's teeth of an ordinary size, sheets of from twelve to fifteen feet in length, and two feet in width. This invention will, no doubt, be appreciated by miniature painters, to whom this mechanical discovery will be of very great advantage.

M. Pape also exhibited an horizontal, grand piano, of a small size. The most remarkable improvement in this instrument is the sounding-board, which is so disposed that the tension of the string stretches, and keeps the sounding-board level.

The consequence is, that the sound improves in course of time, whilst in pianos of the ordinary construction, the contrary will happen. M. Pape's new instruments have attracted the attention of the royal family, and her Royal Highness the Duchess of Orleans has purchased one of the table pianos for her own use." The American Repertory of Arts, Sciences, and Manufactures, 1840, p. 282

1844

PARIS  - "Les pianos de M. Pleyel sont toujours remarquables par ce son doux et argentin qui leur donne un caractère mélancolique essentiellement distingué. De là la préférence que leur accordent certains artistes, tels que Chopin et Osborne, par exemple, dont les oeuvres elle talent d'exécution brillent surtout par des qualités analogues.

Les grands pianos d'Erard et de Pape appartiennent aux grandes salles de concerts et aux théâtres; les pianos de Pleyel sont mieux placés dans les salons de peu d'étendue; ils conviennent mieux à la musique intime." L'Exposition : journal de l'industrie et des arts utiles, 1844, p. 4 (Gallica)

PARIS  - "M. Pape, pour mettre un terme aux variations incessantes de l'étendue du piano, a voulu lui donner, une fois pour toutes, celle que sa nature lui permet d'atteindre, c'est-à-dire une étendue de huit octaves, du second contre-fa grave jusqu'au contre-fa sur aigu.

Ce précieux piano à huit octaves offre en outre des perfectionnements essentiels, tels que : réduction du formai, augmentation de sonorité, simplicité de mécanisme et solidité dans l'ensemble.

La mécanique, ordinairement si compliquée, se trouve réduite ici à quelques frottements ; ses marteaux fonctionnent directement sous la touche, sans l'emploi d'aucun levier intermédiaire.

Cette disposition si difficile à réaliser, mais si heureuse dans ses conséquences, a supprimé d'un seul coup d'une des causes les plus réelles et les plus fréquentes du dérangement; ajoutons qu'en se simplifiant, le mécanisme a beaucoup gagné en force et en facilité.

Enfin la table d'harmonie, posée jadis tantôt d'une façon tantôt d'une autre, a rencontré cette fois sa meilleure et véritable place en dehors des arcs-boutants; car cette disposition paraît devoir lui assigner les qualités de durée, ainsi que l'a démontré l'application de ce système à plus de 1,500 pianos.

Un piano construit de la sorte pouvant servir un temps indéfini, il suffit de remplacer le mécanisme quand il est usé; et comme ce mécanisme, tout à fait indépendant de l'instrument, s'y adapte avec autant de facilité que de précision dans l'espace de quelques minutes, il en résulte que chacun peut, à son gré, enlever et replacer la mécanique de son piano, la transporter d'un instrument à un autre, enfin, tenir en réserve une seconde mécanique, de même que l'on a plusieurs archets de rechange en cas d'accident.

Voici ceque M. Fétis père a écrit récemment sur ce grand piano à huit octaves, oeuvre admirable par laquelle M. Pape semble avoir voulu couronner les grands et nombreux travaux de sa longue et utile carrière :
 

Je ne crains pas de déclarer, dit le savant directeur du Conservatoire de Bruxelles, que je ne connais pas de piano de concert dont l'énergie soit comparable à celle des instruments de cette espèce.

Pendant mon séjour à Paris, ajoute-t-il, j'ai entendu un morceau à huit mains exécuté par MM. Pixis, Osborne, Rosenhain et Wolf, sur deux des nouveaux pianos de M. Pape, et jamais musique de ce genre ne m'a paru avoir produit un pareil effet.

De plus, malgré cette grande puissance, le son était clair, limpide, et, dans la plus grande vélocité de mouvement, toutes les notes partaient avec une netteté remarquable.

Après un tel éloge, de la part d'un tel homme, de quel prix pourraient être les nôtres ?" L'Exposition : journal de l'industrie et des arts utiles, 1844, p. 3 (Gallica)

PARIS - "L'un d'eux, M. Pape, s' était vu réduit à placer, à coté des trois instruments que contenait son exposition, un tableau contenant les dessins de douze pianos divers, avec l'invitation, aux mateurs, d'aller examiner les instruments eux-mêmes dans ses magasins." Revue scientifique et industrielle, Volume 17, 1844, p. 372

PARIS - M. Pape est un des esprits les plus chercheurs, les plus inventifs de notre époque. Il est breveté pour cent trente-sept inventions, dont quelques-unes, il est vrai, ne regardent pas le piano; ainsi du guéridon, de la console, du secrétaire, de la table à jeu, de la commode. Nous ne serions pas étonnés que le fauteuil ne présentât bientôt ses deux, bras garnis de touches, et que le poids du corps, en pressant une soupape, ne formât le soufflet d'un nouveau piano organisé, de par le génie utilitaire de M. Pape.

Malgré la souplesse de conception et l'habileté d'exécution nécessaires pour transformer de mille façons le meuble, l'enveloppe du piano, nous n'apprécions ces résultats qu'en tant qu'ils n'imposent pas la nécessité de modifier, de restreindre les formes essentielles de l'instrument, et surtout celle de contrarier la direction naturelle et les développemens normaux de ses divers mécanismes.

Mais les recherches de M. Pape ne se sont pas bornées à exécuter ce que j'appellerai des tours de force. Il a introduit de notables modifications dans le mécanisme; il est un des premiers qui aient essayé en France de faire frapper la corde en dessus par le marteau.

Malgré les heureuses applications de ce système aux pianos de M. Pape, la question divise toujours les sa vans et les praticiens. Pour combattre victorieusement les notions du sens commun qui militent en faveur du marteau en dessous, nous craignons que l'on ait fort à faire.

Ce n'est rien moins qu'aller contre une loi naturelle, celle de la gravitation qui appelle le marteau en bas aussitôt qu'il a frappé. Il y a de vingt à trente ans que Streicher, de Vienne, avait déjà le premier, sans beaucoup de succès, renversé le frappement.

Le principal objet de l'exposition de M. Pape consiste dans un piano dont le clavier est à huit octaves. C'est une addition utile, à notre avis, qui sanctionnera l'expérience des pianistes.

Pour résumer notre pensée sur la maison Pape, nous dirons que les inspirations incessamment mobiles de l'artiste, paralysent peut-être quelquefois dans ses produits les progrès d'une fabrication persévérante."
Archives du Commerce ..., Volume 36, 1845, p. 388-389

PARIS - "Quoique M. Pape soit, à force de soins et d'études, parvenu d'un seul bond à étendre le clavier jusqu'à huit octaves, nous croyons néanmoins que, jusqu'à nouvel ordre du moins, les facteurs sages, jaloux de conserver à leurs instrumens le mérite si essentiel et si rare de l'homogénéité, s'en tiendront à la limite de sept octaves.

Les notes que l'on conquiert au delà, tant an grave qu'à l'aigu, offrent au facteur tant de difficultés mécaniques pour éviter ici la sécheresse, là le bourdonnement, que le jeu ne vaut pas les sacrifices et le péril auxquels le facteur s'est exposé. Or, pour y échapper, peu d'artistes possèdent le génie et la persévérance de M. Pape." Archives du Commerce ..., Volume 36, 1845, p. 392

PARIS - "M. PAPE, à Paris, rue des Bons-Enfants, 19. - La construction du piano droit à M. Pape plusieurs innovations importantes; nous citerons entre autres le changement que cet ingénieux artiste a apporté dans la garniture des marteaux, en remplaçant la peau par le feutre.

Avant l'adoption de ce procédé, il était très-difficile d'obtenir une égale intensité de son dans toute l'étendue du piano. Les instruments confectionnés par M. Pape sont en général à frappement par-dessus, et renferment des mécanismes très-simples.

La table d'harmonie y présente une disposition nouvelle qui assure la durée de cet organe essentiel de l'instrument. Les pianos carrés à deux cordes, les pianos-tables et les pianos-consoles qui se construisent dans cet établissement, ont une puissance de son fort remarquable, eu égard à leur petit volume. Le jury décerne à M. Pape le rappel de la médaille d'or, qu'il a reçue en 1839." Rapport du Jury central ..., Paris Jury central, Imprimerie de Fain et Thunot, 1844,  p. 547

Piano à queue ordinaire,
Notice sur les inventions
et les perfectionnements de H. Pape, 1845
, p. 57 (Gallica)

PARIS - "PIANOS. M. PAPE. - En voyant la perfection actuelle du piano on a bien de la peine à se faire une idée des nombreux essais qu'il a fallu tenter, des difficultés qu'il a fallu vaincre ponr amener la grossière création de Cristofoli de Padoue, au fini de l'instrument que nous admlrona nous aujourd'hui.

Le clavecin régna pendant bien long-temps dans les salons, et nous ne devons pas avoir une haute idée du goût de nos ancêtres puisqu'ils semblaient en adorer l'harmonie désagréable figurez-vous une corde égratignée par une arête de plume ou de baleine fixée dans un sautereau reposant sur la touche.

Cette mélodie criarde avait tant de charme que Balbatre organiste de Louis XVI, disait a Pascal Taskin qui venait de faire entendre au roi le premier piano introduit aux Tuileries : Vous aurez beau faire, mon bon ami, jamais ce nouveau venu ne détrônera le majestueux clavecin.

Aujourd'hui le piano se trouve partout et le nombre des facteurs augmente chaque année. En 1815 ils étaient au nombre de trente et en 1844 ils ont dépassé le chiffre de 500.

Les facteurs peuvent se diviser en plusieurs catégories, composées premièrement de ceux qui conçoivent, qui tracent, qui exécutent ensuite viennent ceux qui tracent un plan mais le font exécuter après ceux-ci se rangent ceux qui ne conçoivent et n'imaginent rica, mais qui font travailler sans la direction de contre-maîtres habiles enfin ceux qui n'imaginent pas, qui ne tracent pas, qui n'exécutent pas, mais qui prment on clavier ici, une mécanique là une caisse dans un endroit, des accessoires dans un autre et qui montent ou font monter ces diverses parties en un tout.

Il y a encore cenx dont toute l'industrie est de mettre leur nom sur les pianos des autres. En dernière ligne nous classerons les artistes célébra accolés à la facture, à laquelle ils accordent un patronage fort onéreux pour le consommateur.

Le premier facteur dont nous avons examiné les travaux, c'est M. Pape (n° 1017). La place occupée par ce facteur est fort mauvaise.

M. Pape avait bien choisi. Il est vrai, l'emplacement, mais au lieu de la séparation transversale il la désirait longitudinale. De plus, tous les compartimens que l'on a établis sur sa tête dirigent le son en autant de directions, et c'est vainement qu'il cherche à le retenir en face de ces pianos on est trop près, de côté le son est attiré vers le haut par des espèces de ventouses je dois dire que M. Pape méritait mieux, et qu'une maison comme la sienne devait jouir d'un peu plus de faveur.

M. Pape est un facteur de ma première catégorie, il concoit et exécute, et pour parler enfin le langage d'atelier, il a de la colle aux doigts.

M. Pape, né dans le Hanovre, vint en France en 1809 il travailla comme ouvrier chez Ignace Pleyel son intelligence, son activité en firent bientôt un des plus habiles ouvriers mais M. Pape voulait davantage; il passa en Angleterre pour s'y perfectionner, car les facteurs anglais conservaient à cette époque une grande supériorité dans l'art de construire les pianos.

Il revint en France et y fonda sa maison son premier travail fut l'introduction de l'échappement anglais des pianos à queue dans les pianos carrés. En peu de temps sa réputation grandit, il monta avec rapidité les échelons de la carrière et se trouva bientôt eu première ligne.

M. Pape n'est pas seulement facteur, c'est un mécanicien habile le nombre de ses brevets, tant d'inventions que d'additions, et la diversité de ces inventions prouvent la fécondité de son imagination. Mais, disent quelques personnes, M. Pape ne donne pas suite à ses idées.

Je reponds qu'il ne faut qu'un moment pour imaginer que quelques heures pour créer, mais qu'il faut souvent bien des années pour perfectionner, comme M. Pape entend le perfectionnement.

Pour ce facteur, le mot perfectionner est synonyme de simplifier; il ne lui a pas fallu moins de vingt ans de recherches pour faire arriver son mécanisme du piano à queue au degré de simplicité qu'il possède aujourd'hui.

M. Pape conçoit-il une machine, il l'exécute, et s'il trouve sa combinaison trop tourmentée il cherche à la rendre plus simple s'il ne peut y parvenir il l'abandonne.

Cependant tous ces essais ne sont pas perdus, car ce sont autant de leçons pour les facteurs.

Simplifier la construction, la rendre plus durable et adapter à tous les formats l'unité de son système, tel a été le but que M. Pape s'est proposé d'atteindre, et tels ont été les résultats de ses recherches et de ses travaux.

Nous avons si souvent parlé de l'avantage de frapper les cordes en dessns que nous croyons devoir résumer aujourd'hui notre opinion.

Il est plus rationnel et plus normal de frapper les cordes, dans la sens du point d'appui, sur la table d'harmonie que de faire attaquer ces cordos en dessous et de les soulever aussi de ce point d'appui, le levier tombant de bas en haut avec bien plus d'énergie que quand il faut le faire agir dans le sens contraire.

Que l'on ne s'imagine pas que le ressort nécessaire pour faire remonter le marteau donne de la dureté au piano la force du ressort est balancée par le contre-poids. Dans ce mode de construction on n'est pas obligé, comme dans l'ancien système, de couper la table d'harmonie pour donner passage aux marteaux.

M. Savart a démonté, par diverses expériences, que la pression de l'air par ce coup de marteau en dessus, imprimait à la table d'harmonie une vibration plus énergique que lorsque cette pression n'est que le résultat de la vibration de la corde percutée en sens contraire.

Le mécanisme en dessus a donné à M. Pape le moyen de débarrasser la partie inférieure de la caisse de l'instrument de tout l'appareil de l'aucun système. La table d'harmonie et les cordes se trouvent placées près du fond solide de la caisse, ce qui a rendu le tirage des cordes saos danger. Dans la disposition ordinaire, le tirage des cordes pesant sur la table d'harmonie, la force souvent à se voiler et même a se briser.

M. Pape a fait servir le tirage des cordes à tendre sa table au lieu de la resserrer, il dispose, entre le plan des cordes et celui de la table, des barres de fer qui traversent le chevalet en fer et buttent contre le sommier de sorte que cette tension de 7,000 kilogrammes, produite par le tirage, tendant à rapprocher par en haut les sommiers l'un de l'autre, tire en même temps, sous le chevalet, la table par ses deux bouts, et la maintient plate an lieu de la déformer.

Ce que l'on doit le plus admirer dans les nouveaux instrumens de M. Pape, c'est la simplicité du mécanisme. Il a su réunir la puissance de l'attaque à la rapidité de l'articulation de la note. Pendant bien des années, M. Pape a cherche la solution du problème donner a son mécanisme une grande solidité, diminuer les frottemens, diminuer le plus possible le levier d'attaque pour avoir la légèreté du toucher en conservant la force d'impulsion.

Après de longs tatonnemens, restés incompris à beaucoup d'artistes, M. Pape est parvenu à réduire son levier au moins de huit pouces, sans rien perdre de sa force d'impulsion, en proportionnant le poids et la course de chaque marteau, ainsi qae la vitesse du ressort, au point d'équilibre du levier, et par la il a trouvé l'équivalent de sa longueur.

M. Pape expose un grand piano de concert que nous avons vu dans ses ateliers. Il a voulu fixer une limite à l'étendue toujours croissante des claviers. Cet instrument à huit octaves complètes du contre fa grave, ce piano monte au contre fa suraigu.

Rien n'est beau comme les basses, les dernières notes sont peut-être un peu petites; mais si elles ont peu de sonorité par elles-mêmes, elles sont fort bien comprises avec les notes de l'octave inférieure. Comme on ne fait point un usage habituel de cette grande étendue, M. Pape a adopté des boîtes qui, s'ajustant sur les touches, réduisent le clavier aux proportions ordinaires.

M. Pape a établi maintenant ses mécanismes avec une telle précision, et ils occupent si peu de volume, que tout artiste peut en avoir un de rechange, et le changement demande à peine une minute; quelle immense ressource pour la campagne. On écrit M. Pape 'Envoyez-moi un mécanisme, comme on demande à son chapelier de nous faire parvenir un chapeau.

Parlerait des différens genres de pianos exposés par M. Pape, des pianos hexagones, pianos tables, tout petits pianos à queue si vous voulez, mais dans lesquels ou a utilisé l'espace qui se trouve vide dans certains instrumens de ce genre.

La réputation du piano console est etablie, celle du piano carré a fait le tour du monde.

Si je voulais parler de tous les travaux de M. Pape, il me faudrait dix fois autant d'espace qu'un journal peut en accorder. Je me contente de signaler aujourd'hui, dans la France Musicale, les progrès de M. Pape. AD. vicomte de PONTÉCOULANT."  La France Musicale, 07/01/1844, p. 165-167 (Gallica)

Piano vertical (Cabinet),
Notice sur les inventions
et les perfectionnements de H. Pape, 1845
, p. 57 (Gallica)

PARIS - "M. Pape, pour mettre un terme aux variations incessantes de l'étendue du piano, a voulu lui donner, une fois pour toutes, celle que sa nature lui permet d'atteindre, c'est-à-dire une étendue de huit octaves, du second contre fa grave jusqu'au con suraigu.

Ce précieux piano à huit octaves onre en outre des perfectionnemens essentiels, tels que réduction du format, augmentation de sonorité, simplicité de mécanisme et solidité dans l'ensemble.

La mécanique, ordinairement si compliquée, se trouve réduite ici à quelques frottemens ses marteaux fonctionnent directement sous la touche, sans l'emploi d'aucun levier intermédiaire.

Cette disposition si disette à réaliser, mais si heureuse dans ses conséquences, a supprimé d'un seul coup l'une des causes les plus réelles et les plus fréquentes du dérangement; ajoutons qu'en se simplifiant, le mécanisme a beaucoup gagné en force et en facilite.

Enfin la table d'harmonie, posée jadis tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, a rencontré cette fois sa meilleure et véritable place en dehors des arcs-boutans car cette disposition parait devoir lui assigner les qualités de durée, ainsi que l'a démontré l'application de ce système à plus de 1,500 pianos.

Un piano construit de la sorte pouvant servir un temps indéfini, il sufit de remplacer le mécanisme quand il est usé et comme ce mécanisme, tout-à-fait indépendant de instrument, s'y adapte avec autant de facilité que de précision dans l'espace de quelques minutes, il en résulte que chacun peut, à son gré, enlever et replacer la mécanique de son piano, la transporter d'un instrument à un autre enfin, tenir en réserve une seconde mécanique, de même que l'on à plusieurs archets de rechange en cas d'accident pour obvier à l'inconvénient des cordes qui se cassent et à la nécessité d'un accordage fréquent (nécessité embarrassante pour les pianistes qui habitent la campagne).

M. Pape travaille depuis une douzaine d'années à la fabrication d'un piano sans cordes, c'est-à-dire d'un piano dans lequel les cordes sont remplacées par des corps plus solides, tels que des lames métalliques. ïl n'a pas encore réussi complètement, mais à cette heure la route est tracée.

Il a déjà porté à six octaves l'étendue de ces pianos, et l'ensemble en est assez satisfaisant pour qu'ils puissent se substituer, au besoin, aux pianos ordinaires, dans quelques contrées, aux colonies par exemple, où l'on est privé d'accordeurs.

Le médium en est assez harmonieux et offre une grande analogie avec les sons de la harpe. Les côtes élevées sont plus pleines, plus pures que celles du piano ordinaire. Les sons graves seulement laissent encore beaucoup à désirer.

D'apres l'ensémble de ces travaux, il est facile de concevoir combien de temps et d'argent ont du coûter à M. Pape de pareils essais mais il n'a reculé ni devant les obstacles ni devant les sacrifices, son but étant moins de faire rapidement une fortune brillante que de se distinguer par ses productions." Journal des débats politiques et littéraires, 23/06/1844, p. 1 (Gallica)

  PARIS - "M. PAPE, BUE DES BONS-ENFANTS, 19, ET RUE DE VALOIS, 10.   -  
Il est un beau spectacle pour l'intelligence, c'est celui d'un savant, d'un poëte ou d'un artiste luttant contre les difficultés de son œuvre et contre les préventions de ses juges.

Tel est le tableau que nous présente la vie presque tout entière de M. Henri Pape. Le but qu'il assigne à son activité n'est ni de produire ni de vendre, c'est d'inventer, c'est de perfectionner. Jamais cette loi du progrès qui nous crie à chaque pas : Marche, marche, ne se manifesta d'une manière plus éclatante que dans le développement de cet esprit inventif.

A l'âge de vingt ans, M. Pape quitte le Hanovre et se rend à Paris. Dans ce milieu plus vaste, ses facultés s'élargissent. Poussé par le sentiment de sa force, il renonce à la carrière de l'ébénisterie qu'il avait d'abord embrassée, et entre dans l'atelier d'un facteur de pianos.

L'Angleterre et l'Allemagne conservaient encore à cette époque le monopole de ces instruments. Ce sera M. Pape qui le leur arrachera. Il se rend d'abord à Londres et y étudie les principes de la fabrication qu'il veut importer en France. Puis, lorsqu'il se sent l'égal des facteurs anglais, il revient à Paris et y fonde un établissement dont la réputation ne tarde point à devenir européenne.

Les artistes oublient graduellement le chemin de l'Angleterre et de l'Allemagne. M. Pape couronne l'œuvre inaugurée par Sébastien Erard ; le piano français est définitivement créé. Certes, un esprit ordinaire aurait pu s'enorgueillir et se contenter de ce résultat. Une existence tranquille et une fortune assurée étaient au bout de cette route.

M. Pape préféra les dangers de l'invention. Dès la première année de son séjour à Paris, il change entièrement le système de ses pianos carrés, en y adaptant un mécanisme semblable à celui des pianos à queue, c'est-à-dire en redressant les touches qui avaient été courbées jusqu'alors, en imaginant des étouffoirs qui fonctionnent par leur propre poids, et des échappements qui se règlent à. volonté par des vis à double pas.

Ces diverses améliorations eurent tout le succès qu'elles méritaient. Aujourd'hui encore, elles sont adoptées par les principaux facteurs.

Aspirant à l'élégance et à la commodité de l'enveloppe presque autant qu'à l'excellence du mécanisme, M. Pape remplace les coins carrés par des coins arrondis, et les pieds pointus par des balustres avec estrades en X. Il substitue en outre le cylindre à la fermeture incommode qui était alors en usage pour les pianos à queue.

Mais l'instant approche où il va donner la pleine mesure de ce qu'il vaut. Jusqu'ici nous ne l'avons vu occupé qu'à des améliorations de détails. Il suit encore l'ancienne route. Quoique le système en vigueur lui paraisse défectueux, il n'y porte qu'une main timide.

Tantôt c'est une pièce qu'il simplifie, tantôt c'est une autre qu'il retranche ou qu'il ajoute. Au lieu de remonter au principe, il essaye d'en pallier les conséquences. Tout à coup il s'aperçoit que ses efforts sont vains. Il voulait réparer un édifice croulant, et il faut qu'il l'abatte pour le rebâtir sur un plan nouveau.

De la modeste place d'instrument accompagnant, le piano s'était élevé à celle d'instrument concertant. Dès lors on avait cherché à en augmenter la sonorité. On le monta donc avec des cordes d'un calibre beaucoup plus fort, et son diapason fut haussé.

Pour résister au tirage des cordes que cette dernière modification avait porté jusqu'au chiffre énorme de sept mille deux cents kilogrammes, on consolida la charpente de l'instrument en y adaptant des sommiers de fonte et des barrages en fer.

Mais ce remède énergique ne put produire tout son effet, parce que l'action des cordes ne continuait pas moins de s'exercer sur la partie la plus faible de la hoîte, et que le sommier restait toujours séparé de la caisse par l'ouverture pratiquée dans la table d'harmonie pour le passage des marteaux. Le piano avait sans doute acquis plus de puissance, mais il avait moins gagné en volume de son que perduen solidité.

Fatigué du cercle vicieux où il tournait sans cesse, las des palliatifs que sa féconde imagination lui fournissait en vain, M. Pape résolut d'en finir par une tentative hardie.

Il transporta au-dessus des cordés le mécanisme qui jusque-là avait été placé au-dessous. A cette brusque innovation, un haro presque universel se fit entendre.

Artistes et facteurs s'unirent pour déclarer que ce système était irréalisable ; que les marteaux ainsi disposés ne pourraient se relever qu'à l'aide d'un levier ou d'un ressort.

 « Le ressort, ajoutaient-ils, s'affaiblira par l'usage ; la résistance du levier alourdira le toucher. »

Nous ne reviendrons pas sur cette querelle qui est aujourd'hui vidée, et où la victoire est restée à M. Pape. Il nous suffira de résumer en quelques lignes l'opinion de MM. Fétis père, Cherubini, Lesueur, Boïeldieu, Auber, Paer, Berton, Franemur, Castil-Blaze, Anders et de Pontécoulant, sur les divers avantages qui caractérisent le système de l'illustre facteur.

Les conditions de sonorité des pianos sont bien plus favorables quand les cordes sont frappées vers la table d'harmonie et dans un plan perpendiculaire, que lorsque les marteaux soulèvent les cordes de leur point d'appui, comme dans le système ordinaire.

Par la disposition du mécanisme en dessus, M. Pape a acquis la faculté de faire frapper les cordes au point de leur longueur, le plus favorable à la bonne qualité et à l'intensité des sons.

Une remarque générale, c'est que le piano perd considérablement de sa sonorité au bout de quelque temps. Ce déplorable résultat vient du tirage des cordes qui, agissant sur la table d'harmonie, la font fléchir, boucler, et quelquefois même casser.

Dans le nouveau système de M. Pape, non-seulement cette table est à l'abri de la détérioration causée par le tirage des cordes, mais encore l'habile facteur s'est servi de ce tirage pour la bander en quelque sorte, comme on emploie la corde d'une scie pour en bander la lame, en sorte que la sonorité des pianos de M. Pape, loin de s'affaiblir, s'accroît à la longue.

Autre observation : la force de résistance de la caisse au tirage des cordes est bien plus énergique, et les conditions de solidité sont bien meilleures quand il n'y a pas d'interruption depuis le sommier des chevilles jusqu'au point d'attache des cordes, que lorsqu'il faut laisser un passage aux marteaux, comme dans les pianos de l'ancien système.

Les marteaux, poussés immédiatement sur les cordes par une bascule des touches, n'éprouvent qu'un très-petit nombre de frottements, tandis que, lorsque le mécanisme est en dessous, ils ne peuvent fonctionner que par l'intermédiaire d'une foule de leviers. Il est dès lors facile de comprendre auquel des deux systèmes appartiennent les plus sûres garanties de promptitude et de légèreté.

La corde étant toujours maintenue par le coup même du marteau sur le chevalet, tient incomparablement mieux l'accord que dans les anciens pianos, où elle est toujours placée hors du sillet.

Les pianos à queue de M. Pape sont moins longs d'un pied et pèsent deux cents livres de moins que les autres. Diminuer autant que possible le volume extérieur et le poids de ses instruments, tout en augmentant leurs qualités sonores, tel a été le problème résolu par ce facteur.

Enfin, lorsqu'un accident arrive à un piano à queue construit selon l'ancien système, il faut nécessairement cesser la musique jusqu'à ce qu'on ait trouvé l'ouvrier nécessaire pour effectuer la réparation, tandis que les pianos à queue, les pianos-tables et les pianos-consoles de M. Pape ne font éprouver aucune interruption de ce genre.

En ayant la précaution de se munir d'une seconde mécanique, on peut à l'instant même la substituer à la première.

Sonorité, solidité, simplicité et légèreté du mécanisme, telles sont, on le voit, les qualités souvent incompatibles que M. Pape est parvenu à associer. C'est vers ce quadruple résultat que ses efforts ont particulièrement tendu.

Mais à cela ne se borne pas le cercle de ses travaux. Le piano en lui-même n'est que le centre d'une vaste circonférence que parcourt incessamment cet esprit infatigable. Il trouve un nouveau système pour l'accordage des pianos et réduit de neuf dixièmes la force nécessaire pour cette opération délicate.

Il imagine une scie en spirale pour débiter l'ivoire et un nouveau mode d'éclairage pour les ateliers.

Appelant à son aide les ressources de l'ébénisterie, sa première profession, il construit ou plutôt il invente des pianos de toutes formes et de toute dimension, piano-table, piano-console, piano-guéridon, piano sans cordes.

Il semble que cet instrument soit dans ses mains ce que la terre glaise est pour le potier, et que le mécanisme intérieur soit obligé d'obéir aux caprices de la charpente, au lieu de lui faire lai loi.

Et remarquez que la fabrique de M. Pape, c'est M. Pape lui-même. Otez-lui ses capitaux et ses ouvriers, vous ne lui aurez enlevé que ses outils.

Comme le philosophe Bias, il peut dire :

« Je porte tout avec moi. »

Terminons cet article en citant l'opinion récente de M. Fétis père sur le grand piano de huit octaves complètes, par lequel M. Pape semble avoir voulu couronner son œuvre, et dont l'étendue marque les dernières limites du piano :

« Je ne crains pas de déclarer, dit le savant directeur du Conservatoire de Bruxelles, que je ne connais pas de piano de concert dont l'énergie soit comparable à celle des instruments de cette espèce.

Pendant mon séjour à Paris, ajoute-t-il, j'ai entendu un morceau à huit mains exécuté par MM. Pixis, Osborne, Rosenhain et Wolf, sur deux des nouveaux pianos de M. Pape, et jamais musique de ce genre ne m'a paru avoir produit un pareil effet.

De plus, malgré cette grande puissance, le son était clair, limpide, et, dans la plus grande vélocité de mouvement, toutes les notes partaient avec une netteté remarquable.  Après un tel éloge sorti d'une telle bouche, que pourrions-nous ajouter ?" L'Industrie. Exposition des produits de l'industrie française en 1844, p. 7-9 (Gallica)

PARIS - "En commençant la revue des pianos, donnons le pas au géant de l'espèce, au piano-monstre, comme on l'a appelé, au piano à huit octaves enfin.

Le piano à huit octaves, que l'on aurait cru une chimère il y a quelques années, est aujourd'hui une réalité, un fait accompli.

Cette innovation, comme tant d'autres, rencontra de prime abord des critiques, souleva des adversaires et des détracteurs tout prêts à formuler leur opinion sans même avoir vu l'instrument.

M. Pape n'en continua pas moins son oeuvre, et après avoir constrit plusiers de ces pianos, il les fit entendre dans quelques soirées qu'il donna dans les salons vers la fin de l'hiver dernier.

Les personnes qui assistèrent à ces soirées n'ont sans doute pas oublié l'effet imposant que produisit un grand morceau a huit mains, composé par un musicien célèbre et exécuté sur deux des nouveaux pianos par quatre artistes distingués.

On admit à la puissante sonorité des instruments, on apprécia les ressources que présente l'étendue de ce vaste clavier, et dès ce moment le piano à huit octaves compta des partisans.

Aujourd'hui il obtient mieux encore; grâce à l'Exposîtion, qui semble, cette année surtout, singulièrement exciter l'émulation des facteurs de pianos, il vient d'avoir un rival.

Voila donc son succès complet, son avenir assuré, car d'autres facteurs ne voudront pas rester en arrière, et, tout en maudissant cet accroissement du clavier, ils chercheront à rétablir dans leurs instruments.

Constatons que c'est M. Pape qui, en cette circonstance comme en beaucoup d'autres, a pris l'initiative.

Depuis cinquante ans, le piano a successivement vu s'augmenter son clavier; mais ce n'est que petit à petit qu'on ena reculé les limites. On ajouta timidement une ou deux touches, tantôt dans le haut, tantôt dans le bas, et c'est ainsi que le clavier tut porté à sept octaves, où il s'arrêta.

Tous les pianos n'arriveront même pas jusque . Ajouter a ce clavier déjà énorme, d'un seul coup, une octave entière, c'était une tentative aussi hardie qu'inattendue: aussi ne sommes nous pas étonné que ce soit M. Pape qui en ait conçu l'idée. Personne plus que lui n'était a même de la réaliser; d'ailleurs son système de construction lui venait en aide pour surmonter les difficultés.

On sait que le système de ce facteur est l'inverse du système ordinaire, dest-a-dire qu'au lieu de placer le mécanisme au-dessous des cordes, il le place au-dessus.

Cette disposition, qui lui permet de faire passer les cordes en dessus des touches et de fixer les chevilles sur le devant du clavier, lui fait gagner pour les cordes de la basse 25 centimètres de longeur; en outre la table d'harmonie n'étant pas, comme dans les pianos ordinaires, coupée pour laisser passage aux marteaux, conserve toute la longueur de l'instrument et serra en augmenter la sonorité.

Si ces avantages ne levaient pas tous les obstacles qui s'opposaient à l'innovation dont il s'agit,‘ ils en facilitaient au moins l'exécution. Elle ne pouvait manquer de réussir entre les mains de l‘habile et persévérant facteur.

En 1839 M. Pape exposa sept pianos; aujourd'hui sa case plus étroite n'en contient que trois. Toutes ses réclamations, toutes ses instances, pour obtenir un emplacement plus spacieux, plus convenable, ont été inutiles.

Ajoutons quesa place estencore désavantageuse sous le rapport de l'acoustique.

Voulant compléter cette exposition plus quïnsuflisante pour faire. apprécier la variété et le méritede sa fabrication, M. Pape a eu recours a un moyen bien simple : il a exposé avec les trois instruments un tableau contenant les dessins de douze pianos divers; au bas de ce tableau se lit un avertissement qui invite les personnes désireuses de voir les instruments mêmes, à se rendre chez lui tous les jours de quatre à cinq heures.

C'est donc dans un de ses salons que se trouve sa véritable exposition; c'est la que nous avons examiné les pianos qui suivent :

Piano à queue, à huit octaves
Piano à queue, petit format
Piano ovale nouveau.
Piano table, 80 notes (d'ut à sol).
Piano hexagone, à six octaves et demie.
Piano console, à sept octaves.
Piano-console, 94 notes.
Piano vertical, nouveau modèle.
Piano vertical organisé.
Piano sans cordes.
Piano sténographe.
Harmonica à clavier.

L'espace nous manquerait si nous voulions faire une description ou une analyse détaillée de tous ces instruments; g nous nous bornerons aux indications que nous jugerons nécessaires en engageant les amateurs à visiter eux-mêmes cette riche collection.

Le Piano en huit octaves

Le Piano en huit octaves est un instrument magnifique dont le mérite ne se borne pas à l'énorme étendue de son clavier, mais qui se distingue par des qualités bien plus remarquahles. C'est dans ce piano que M. Pape a introduit sa nouvelle mécanique établie cette année, et qui semble être son dernier mot dans cette partie de la facture, car elle est arrivée a une simplicité qu'il paraît impossible de pousser plus loin. C'était là le problème dont lînfatigable l'acteur cherchait la solution depuis de si longues années.

Tout se réduit à quelques pièces dont l'ingénieuse combinaison doit frapper les connaisseurs. Nous pouvons nous dispenser d'entrer dans de plus longs détails à ce sujet, la Gazette musicale ayant consacré à ces nouveaux pianos un article spécial sorti de la plume savante d'un célèbre écrivain qui a analysé et démontré les qualitésde ces superbes instruments (V. la Gazette musicale du 24 mars dernier.).

Parlons seulement d'une modification que le facteur a apportée depuis à son clavier en retranchant quelques notes du haut pour en ajouter dans le bas.

On sait qu'on avait reproché aux dernières notes du dessus une certaine sécheresse on absence de vibration ; les basses, au contraire, avaient été trouvées magnifiques. Le clavier, tel que M. Pape l'a établi dans le dernier piano que nous avons examiné, nous semble devoir réunir tons les suffrages.

Au lieu de partir du fa, il part de l'ut au-dessous et va jusqu'à l'ut suraigu, et comprend ainsi huit octaves bien complètes et bien sonores. C‘est , ce nous semble, qnel'on devrait s'arrêter. Mais qui sait ?

Peut-être M. Pape reprendrat-il un jour ses notes du dessus, lorsqu'il sera parvenu a leur donner une sonorité sulfisanle au moyen des lames métalliques dont il médite depuis longtemps l'application. Du moins oserait-on allirmer que huit octaves sont la dernière limite possible du clavier ?

Le Piano à queue, petit format

Le Piano à queue, petit format, tel qu'on nous le présente aujourd'hui, est une création de i8ltlt. Réduit à sa plus petite dimension, il n'a qu'un mètre 48 centimètres de longueur, et cependant le son est d'une force et d'une ampleur telles, qu'on croirait entendre un instrument de grand format. Quant au mécanisme, il participe aux perfectionnements dont nous venons de parler; c'est le même que celui du piano précédent.

Le Piano ovale nouveau

Le Piano ovale nouveau créé par M. Pape, et exposé pour la première fois en 1834, réunit à l'élégance de la forme l'avantage précieux d'un emplacement facile dans certains appartements trop exigus pour contenir un piano carré ordinaire, dont il possède du reste, les qualités.

Le clavier à tiroir reste dans la caisse, ce qui diminue la largeur de l'instrument. Nous ferons observer en passant que ce clavier mobile a la qualité particulière de rendre le toucher plus ou moins dur, suivant la position qu'on lui donne.

Les premiers pianos ovales n'avaient que six octaves, et le clavier rentrait sous les cordes; aujourd'hui toute la mécanique passe en dessus des cordes, et l'entendu du clavier est de 80 notes, qu'on est étonné de trouver dans un instrument de si petite dimension. Ce qui étonne peut-étre plus encore, c'est sa belle sonorité. Quant au mécanisme, établi sur celui à des pianos à queue, il a été également simplifié.

Le Piano-table

Le Piano-table se présente sous deux formes: il est ou carré à coins arrondis, ou hexagone.
Voilà un meuble vraiment curieux : à levoir, on ne se douterait pas que c'est un instrument. Vous croyez avoir devant vous une table de salon. Ouvrez-la, tirez le clavier en dehors, et vous toucherez un piano dont la sonorité vous surprendra; car elle rivalise avec celle des pianos à queue de petit l'ormat.

Ce n'est pas tout. Vous voulez jouer avec ccompagnement, faire un quatuor. Eh bien la fausse table (placée, comme on sait, en-dessus des cordes) se divise en plusieurs parties qui se relèvent, et forment autant de pupitres devant lesquels les musiciens se rangent autour de ce meuble enchanteur.

L'invention de ces pianos date de cinq à six ans.

Dans l'origine, M. Pape leur donna la forme d'une table ronde, et comme il était dillicile de faire sonneries cordes de la basse, en raison de leur peu de longueur, il les remplaça par des ressorts sonores; mais étant parvenu, après de nombreux essais, à faire sonner ces cordes d'une manière satisfaisante, il abandonna ces ressorts et adopta la forme hexagone comme plus avantageuse pour lc plan de l'instrument.

Plus tard, il construisit des tables carrées à coins arrondis. Ces deux formes sont celles qu'il expose aujourd'hui.

Quant à la construction, il y a une différence pour les deux formes. Dans le piano hexagone, les cordes sont sur un plan uniforme comme dans les pianos à queue, tandis que dans l'autre les cordes se croisent, c'est-à-dire que les cordes de la basse sont placées diagonalement par dessus les autres; disposition ingénieuse déjà employée antérieurement par M. Pape pour ses pianos verticaux, et qui servait puissamment à renforcer les sons graves par le placement des cordes basses sur une partie de la table d'harmonie autrefois inoccupée.

Le mécanisme des pianos-tables a participé au perfectionnement de celui des pianos à queue dont nous avons parlé plus haut.

Ces instruments vraiment remarquables ont obtenu, en Angleterre, un grand succès; ils ne tardèrent pas à se répandre en France, et nous semblent destinés à un usage général a cause de leur double utilité comme meuble et comme instrument.

Le Piano-console

Le Piano-console, ainsi nommé à cause de sa forme, et qui ne présente pas plus de volume qu'une console ordinaire, fut créé en 1838 et figura à l'exposition de l'année suivante, où il attira les regards des visiteurs. Tout le monde fut frappé de la brillante sonorité qui sortait de ce petit instrument.

C'est un joli meuble qui se place aisément partout : aussi eut-il une vogue rapide, un succès décidé.

Le mécanisme du piano-console, qui a subi quelques modifications, est aussi simple qu'on peut le désirer; comparé à celui du pianino, on n'y trouve que la moitié des pièces.

Les cordes sont disposées en éventail, méthode nouvelle d'un avantage notable pour cette espèce de piano, en ce qu'elle permet d'espacer les cordes dans le dessus comme aux pianos à queue, et de les incliner dans les basses de manière à fournir la plus grande longueur possible. Quant à la solidité, elle est parfaite.

Un châssis de fonte en arc-boutant forme la partie résistante de la caisse; la table d'harmonie est placée derrière ces barrages, de telle sorte que le tirage des cordes au lieu de la refouler ou de lui être défavorable, la consolide au contraire et sert à améliorer sa qualité sonore.

Deux de ces pianos sont exposés cette année: l'un a sept octaves, étendue déjà étonnante pour un instrument de pareille dimension ; l'autre a 94 notes (du fa au re) ce qui fait huit octaves moins trois notes !

Le Piano vertical, nouveau modèle

Le Piano vertical, nouveau modèle créé en 1842, se rapproche par sa forme des pianos droits; il est cependant plus bas, car il n'a pas même un mètre de hauteur. L'administration des postes ayant chargé M. Pape de faire des pianos pour les paquebots de la Méditerranée, cet habile fabricant établit ce format si commode.

Piano vertical à orgue (ou organisé)

Piano vertical à orgue (ou organisé). Il y a environ une douzaine d'années que M. Pape commença à construire ces instruments, auxquels il appliqua son système des cordes croisées. Le système, qui a des avantages incontestables pour la sonorité des cordes basses, lui procure en même temps des avantages pour l'application du physharmonica.

Le soufflet occupant le devant de la caisse, les cordes basses se trouvent ajustées par derrière, ce qui donne en outre la facilité de les remplacer lorsqu'elles viennent à se rompre. Les autres cordes occupent toute la table de devant. Les lames vibrantes ou anches libres dont se sert ce facteur sont en acier écroui, et tiennent l'accord d'une manière remarquable.

Piano sans cordes.

Piano sans cordes. Dans cet instrument, qui a le mécanisme du piano. les cordes sont remplacées par des lames métalliques, dont la vibration s'obtient, non par le veut (comme dans les physharmonicas), mais par les coups de petits marteaux.

Il a une étendue de six octaves; le son, qui tient à la fois du piano et de la harpe, est agréable et harmonieux; les notes élevées sont plus pleines et plus pures que celles du piano; mais les sons graves laissent a désirer sous le rapport de la rondeur et de la puissance. C'est la que se trouve la dilliculté de perfectionner cet instrument.

Cependant M. Pape, qui ne cesse de faire des expériences a ce sujet, ne désespère pas d'arriver a un résultat satisfaisant. Une autre idée l'occupe: c'est de réunir l'action du vent au coup de marteau, pour produire des sons soutenus.

On sait qu'un procédé analogue a été essayé sur les cordes du piano; tirais le piano ainsi construit est loin de produire un bon effet, les cordes frappées et souillées rendant un son disparate et désagréable. L'instrument tel que l'a conçu M. Pape nous semble plus rationnel, et doit présenter des conditions de réussite qui manquent au piano ordinaire.

Piano sténographe.

Piano sténographe. Il y a longtemps qu'on s'est mis a la recherche de moyens mécaniques pour conserver les improvisations des. pianistes, en les faisant noter par une machine appliquéea l'instrument.

M. Pape aussi s'est livré a la solution de ce problème dillicile; il est même allé plus loin, car son piano sténographe doit non seulement noter la musique, mais ensuite la répéter tout seul. Nous ne pouvons rien dire du système sur lequel cet instrument est conçu, son auteur n'ayant pas encore jugé a propos d'en révéler le secret.

Harmonica à clavier.

Il nous reste à parler d'un joli petit instrument que M. Pape appelle Harmonica à clavier. Il consiste en une série de timbres frappés par des marteaux au moyen d'un clavier; le son en est très doux, et les notes se détachent nettement sans se confondre, grâce aux étoulloirs dont les timbres sont munis. C'est un petit meuble élégant qu'au premier abord on ne prendrait guère pour un instrument de musique.

Voilà l'exposition de M. Pape, telle qu'il l'a organisée chez lui. Nous ne saurions trop engager les amateurs a s'y rendre; car c'est la qu'ils pourront à leur aise examiner ces beaux instruments.

En terminant cet article, n'oublions pas de mentionner une brochure que M. Pape vient de publier sur ses inventions et perfectionnements. Dans cet écrit simple et modeste on trouve une foule de détails que nous n'avons pu donner ici.

En le lisant, on est vraiment frappé de cette activité infatigable, decette persévérance peu commune qui ne fléchissant devant aucune difliculté, ne reculant devant aucun obstacle, marchent toujours en avant. On ne saurait se figurer ce qu'il a fallu de patience et de travaux pour arriver au point où M. Pape a amené sa fabrication.

Mais si la lutte a été pénible, la victoire est d'autant plus douce, et le célèbre facteur doit se féliciter d'avoir persisté dans sa voie, car il a atdirigés tous vers lequel, pendant de longues années, se sont teint le but ses efforts. G. E. ANDERS." Revue et gazette musicale de Paris : journal des artistes, des amateurs et ..., 1844, p. 216

PARIS - [lire le texte sur le site suivant :]  L'Illustration, No. 0071, 4 Juillet 1844

La garniture des marteaux

PARIS - "[...] Jusqu'en 1826, la peau fut la matière exclusivement employée à la garniture des marteaux ; et, si l'on considère que la même peau présente des parties plus ou moins sèches, plus ou moins poreuses, et qu'il fallait choisir, dans tous les points, les portions qui convenaient le mieux à la note dont on garnissait le marteau, qu'il fallait serrer plus ou moins ces morceaux en les collant, pour donner à chaque marteau le degré de dureté ou de mollesse qui lui convenait, afin de compenser, par cette condition, les défauts reconnus de la peau employée, on comprendra l'importance que prenait, dans un atelier, un bon garnisseur, et on ne s'étonnera pas d'apprendre que les plus grandes réputations, dans la facture, ne se sont, presque toujours, fondées que parce que le chef de l'établissement était le seul garnisseur de ses pianos, et ne s'en rapportait à personne sur l'exécution de cet important travail.

A Vienne, le facteur Graf, à Paris, M. Petzold, onut dû leur fortune à leur habileté comme garnisseurs.

Malheureusement, il ne suffisait pas que la garniture donnât une égalité de sons parfaite dans toute l'étendue du clavier, au moment de la vente de l'instrument.

Il eût encore fallu que cette égalité se conservât assez longtemps pour que le propriétaire y trouvât une compensation du prix élevé qu'on était obligé d'exiger d'un instrument qui avait coûté tant de peines et tant de soins pour l'amener à ce degré de perfection.

Mais, bien loin d'en être ainsi, quelques mois s'écoulaient à peine, que le durcissement excessif de quelques marteaux détruisait cette égalité si chèrement acquise; et quand, par un hasard inouï, l'égalité se conservait, on n'échappait nullement à un durcissement général des marteaux, qui transformait en sons secs et criards les sons pleins et moelleux qu'avait d'abord produits l'instrument.

J'ai déjà signalé trop de perfectionnements capitaux sortis des mains de M. Pape, pour que vos lecteurs ne s'attendent pas à le voir encore aborder le premier cette importante question.

En effet, c'est encore à lui, et à lui seul, qu'on doit les conditions qui, aujourd'hui, rendent à peu près impossible de faire une mauvaise garniture de marteaux, et qui permettent d'acquérir à si bon compte un instrument passable.

C'est à la substitution du feutre à la peau employée, à partir de 1826, par M. Pape, qu'est due cette heureuse révolution. Son mode de fabrication permet, en effet, de lui donner, à volonté, divers degrés de dureté et de mollesse qu'il conserve presque indéfiniment sous les chocs multipliés qu'il reçoit ; de sorte qu'après un très long service, le même marteau donne encore la même qualité de son.

M. Pape avait pris, tant en France qu'en Angleterre, un brevet pour l'application du feutre à la garniture des marteaux. Mais, tandis que les facteurs anglais lui payaient loyalement une prime pour employer cette matière, les facteurs français s'en servaient san;s aucune espèce de scrupule, sous le prétexte qu'ils employaient du feutre anglais, dont la couleur était blanche, et que le feutre employé par M. Pape était vert.

Un premier procès, dont les lenteurs et les tracasseries de tout genre avaient appris à M. Pape le peu d'appui que la propriété industrielle trouvait alors dans la jurisprudence des tribunaux français, l'empêcha de faire valoir ses droits légitimes à l'application exclusive de cette importante invention, et les facteurs français purent impunément lui faire la guerre avec ses propres armes, en négligeant toutefois la couleur verte, parce que M. Pape ne leur avait pas appris que son caractère vénéneux empêche le feutre d'être attaqué par les insectes ainsi que les autres étoffes employées à la garniture de certaines pièces du mécanisme.

Je ne suis point autorisé à révéler les conditions actuelles de la fabrication du feutre employé par M. Pape, et qui possède une incontestable supériorité sur celui qu'emploient aujourd'hui les autres facteurs, dont le scrupule ne s'arrêterait probablement pas devant quelques détails de fabrication.

Aujourd'hui, l'emploi du feutre, pour la garniture des marteaux, a remplacé, dans toute l'Europe, celui de la peau.

C'est à lui qu'on doit cette belle qualité de son des pianos modernes, et cette égalité sans laquelle le meilleur instrument sera toujours défectueux. Enfin, je crois pouvoir ajouter, sans crainte d'être démenti, que ce perfectionnement a été le début d'une nouvelle ère dans la construction des pianos, dont il restera l'une des bases fondamentales.

On doit encore à M. Pape un autre perfectionnement dans l'exécution des marteaux; il consiste à substituer, au marteau plein, en bois, garni de feutre, un marteau creux, formé d'un anneau de cuir, recouvert de peau, et ensuite de feutre; disposition qui détruit la sécheresse du choc, conserve, au son, tout son moelleux, et, au marteau, son élasticité.

Enfin, M. Pape est le premier qui ait aussi remplacé, par le bois de Fernambouc ou celui d'amourette, le cèdre qu'on employait autrefois pour les manches des marteaux, et qui n'est pas assez fibreux pour résister au jeu fougueux des pianistes modernes." Revue scientifique et industrielle, Volume 17, 1844, p. 384-385-386 et 393

PARIS - "M. PAPE n'est pas précisément de cette opinion, il trouve que toutes les formes sont bonnes pour un piano, qu'une console, une table, un bureau, conviennent parfaitement ; nous ne sommes pas de son avis, et lui emprunterons à lui-même des armes pour le combattre : ses pianos droits et ses pianos à queue sont incontestablement supérieurs à ses pianos-meubles.

En dehors de ses tours de force d'ébénisterie, M. Pape a tenté une innovation plus intéressante au point de vue de l'art musical ; c'est un piano à huit octaves qui offrira de précieuses ressources aux exécutants ; nous ne dirons pas que son essai de frappement des cordes en dessus est contraireaux principes, nous émettrons seulement ledoute que cette disposition, plus simple, il est vrai, que l'ancienne, ait des avantages de durée et de précision, sans diminuer le volume du son." Mémorial du commerce, 1844, p. 521 (Gallica)

1849

PARIS - "Telles ont été les récompenses assez judicieusement accordées du reste à nos fabricants d'instruments, et si nous n'y voyons pas briller nos trois premiers facteurs de pianos, c'est que, de fait ou par circonstance, ils se sont, trouvés hors de concours.

Le plus haut placé à tons les litres, Pierre Erard, avait été choisi par la Commission pour faire partie du jury et ne pouvait conséquemmcnl. être juge et partie. Jl a donc été mis hors de concours de fait.

De son côté M. Pleyel était présenté comme délégué des autres facteurs; appelé à faire valoir leurs droits et leurs mérites il ne pouvait concourir.  Enfin, M. Pape retenu à Londres par une grave indisposition, n'ayant pu se faire représenter à Paris de manière à obtenir la place qui lui était due, et en rapport avec l'importance de sa fabrication, a préféré s'abstenir et ne rien exposer." Le Ménestrel, 18/11/1849, p. NP (Gallica)

PARIS - "En attendant notre revue critique de la section musicale de l'exposition de l'industrie de cette année 1849, nous croyons devoir faire connaître à nos lecteurs le résumé de la réclamation adressée de Brighton, en date du 3 juillet, par M. Henri Pape, à la commission des instruments de musique. 

A M. le président de la commission des instruments de musique. Monsieur, L'absence des pianos de ma maison à l'exposition tient à un motif qu'il m'importe de vous faire connaître. Obligé de partir pour l'Angleterre au commencement de mai dernier, j'y tombai malade, et je dus passer quelque temps à la campagne où je suis encore.

C'est vous dire que je n'ai pu être présent à l'ouverture de l'exposition. Toutefois, ma maison avait fait, en temps utile, tout ce qu'il fallait pour réserver ses droits, et je devais m'attendre à occuper au carré Marigny une place analogue à celle des autres fabriques de la même importance; mais il n'en fut rien. Lorsqu'on avertit Mme Pape, et qu'elle envoya le chef d'ateliers pour prendre les dispositions nécessaires, les places étaient toutes prises, sauf un petit coin, dont probablement personne n'avait voulu. Mme Pape prit cela pour une mystification; et, en effet, on serait tenté de le penser.

Personne n'ignore que, de tous les facteurs d'instruments, ma maison est celle qui paie le plus de contributions; qu'il n'en est aucune pouvant exposer autant de modèles de pianos, ni qui puisse invoquer en sa faveur autant d'inventions et de perfectionnements dans cette branche d'industrie.

D'où vient qu'avec de tels titres je ne puis obtenir ce que d'autres obtiennent si facilemeut? C'est une question que je me permets de vous poser, Monsieur le président. A-t-ou le droit d'en agir avec ma maison comme on vient de le faire? Veuillez recevoir, Monsieur, etc. H. PAPE." Le Ménestrel, 22/07/1849, p. 2 (Gallica)


1851

Pianoforte on the Great Exhibition of 1851, The Crystal Palace, and its contents : being an illustrated cyclopaedia of the great exhibition of the industry of all nations, 1851, p. 201 (archive.org)

LONDRES - "Henry Pape (ein Würtemberger) gehört zu den erfindungsreichsten und thätigsten Clavier-Erzeugern Frankreichs. Sowohl in Bezug auf äußere Form (z.B. achteckige Consoles:c.) als auf inneren Mechanismus hat er eine Unzahl glücklicher Neuerungen und Verbesserungen vorgebracht, die einander jedoch so schnell folgen und verdrängen, daß wir von einem feststehenden Resultate kaum reden können, aber hoffen, Pape werde bald zu einem definitiven Abschlusse mit seinen Ideen gelangen.

Einen Begriff von der Thätigkeit Pape's mag die Aufführung der von ihm erzeugten Arten und Formen geben, deren nicht weniger als dreizehn sind.

Er nennt sie:

piano à queue à 8 octaves.
" " " " petit format.
" ovale, nouvenu.
" octaves table à 80 notes (von 0 bis L).
" hexagone à 6 octaves et demi.
" console à 7 octaves.
" console à 94 notes.
" vertical nouveau modèle.
" vertical organisé.
" sans cordes, uni à sexaphine (Flügel ohne Saiten mit einer Physharmonica)
" sténographe
" avec un orgue
" oblique." Mittheilungen über die Industrie-Ausstellung aller Völker zu ..., 1854, p. 333-334

LONDRES - "PAPE, JEAN HENRY, 19 Rue des Bons Enfans, Paris-Manufacturer. Patent square and console pianofortes ; square and hexagonal table pianofortes ; grand pianoforte, with patent action and impproved sounding board." Official descriptive and illustrated catalogue of the Great exhibition of the works of industry of all nations, 1851

LONDRES - "Unter allen den Französischen Ausstellern müssen wir den gedankenreichen und eben so unermüdlichen H. Pape zuerst erwähnen. Er besitzt im Ganzen mehr als 165 Patente, von 1825 bis 1845 beläuft sich ihre Anzahl allein auf 43.

Jedes dieser Privilegien enthält eine originelle Idee oder eine wirkliche Verbesserung, von denen viele bereits von den meisten Pianofortemachern angewendet worden, ohne daß sie oft nur ahnen, wer der Erfinder derselben ist.

Die eisernen Saitenhalter und Stimmnägeltafeln, die Dämpfer von oben durch ihr Gewicht wirkend, die niederschlagende Mechanik, die Anwendung des Hammerfilzes statt des Leders, sind unter den vielen Verbesserungen einige, deren ich hier nur im Vorübergehen erwähnen will.

Auch in der gegenwärtigen Ausstellung hatte Pape mehrere Instrumente von sehr kompendiöser und eigenthümlicher Form. Einige z. B. stellten einen sechsseitigen Tisch vor (hexagonal table piano).

Das neue Grand, das beinahe unvollendet in die Ausstellung kam, mit niederschlagendem Mechanismus, zeichnete sich durch große Einfachheit in der Mechanik, durch eigenthümliche Anlage des Resonanzbodens unter den Widerstands- oder Strebestäben aus.

Eben so fanden sich eine sogenannten Console-Pianofortes in kleinem und größerem Maßstabe, die alle von hoher Einsachheit und gutem Ton waren.

Die Jury erkannte ihm natürlich die Preismedaille zu." Amtlicher Bericht Über Die Industrie-Austellung Aller Völker Zu London Im Jahren 1851, 1852, p. 871

LONDRES - "Häufig waren, wie bei den Englischen Pianofortes, Vorrichtungen zum Transponieren durch mehrere Semitöne. Unter allen den Französischen Ausstellern müssen wir den gedankenreichen und eben so unermüdlichen H. Pape zuerst erwähnen.

Er besitzt im Ganzen mehr als 165 Patente, von 1825 bis 1845 beläuft sich ihre Anzahl allein auf 43. Jedes dieser Privilegien enthält eine originelle Idee oder eine wirkliche Verbefferung, von denen viele bereits von den meisten Pianofortemachern angewendet worden, ohne daß fie oft nur ahnen, wer der Erfinder derselben ist.

Die eisernen Saitenhalter und Stimmnägeltafeln, die Dämpfer von oben durch ihr Gewicht wirkend, die niederschlagende Mechanik, die Anwendung des Hammerfilzes statt des Leders, sind unter den vielen Verbesserungen einige, deren ich hier nur im Vorübergehen erwähnen will.

Auch in der gegenwärtigen Ausstellung hatte Pape mehrere Instrumente von sehr kompendiöser und eigenthümlicher Form. Einige z. B. stellten einen sechsseitigen Tisch vor (hexagonal table piano).

Das neue Grand, das beinahe unvollendet in die Ausstellung kam, mit niederschlagendem Mechanismus, zeichnete sich durch große Einfachheit in der Mechanik, durch eigenthümliche Anlage des Resonanzbodens unter den Widerstands- oder Strebestäben aus.

Eben so fanden sich eine sogenannten Console-Pianofortes in kleinem und größerem Maßstabe, die alle von hoher Einfachheit und gutem Ton waren.

Die Jury erkannte ihm natürlich die Preismedaille zu." Amtlicher Bericht Über Die Industrie-Austellung Aller Völker Zu London Im ..., 1852, p. 871

LONDRES - "M. Pape is an exhibitor in the French department. This maker’s name is well known in England, as having devoted the best part of his life to the study and practice of pianoforte making, and as having introduced probably more novelties in their construction than any other person.

On this account, we shall make no scruple of entering somewhat at length into the description of his inventions. M. Pape exhibits five instruments, - a grand, a square, a table piano, a low upright, called a piano console, and an upright of peculiar shape, with long inclined strings.

The grand piano, as made by M. Pape, is on the downstriking principle, — the keys and action being placed entirely above the strings.

The arrangement of the mechanism has, however, a remarkable peculiarity. In the generality of downstriking actions, the hammers are situated at the back end of the key-frame, and are moved by the back ends of the keys; in M. Pape’s action, on the contrary, the hammers are placed under the keys, and are worked from their front ends, directly under the part struck by the fingers; so that the thrust passes immediately downwards, in a direction nearly vertical, from the finger to the hammer, and thence to the string below. The firmness which this direct action gives to the blow may be easily understood.

Moreover, there is another great advantage attending this disposition of action, namely, that from the hammers being brought so far forward, a much greater length of string is obtained than on the ordinary plan, with the same length of case.

In upstriking instruments (as well as in down-striking ones having the hammer at the back), the front end of the string must, of necessity, lie at some distance from the front end of the instrument; while in M. Pape’s arrangement the string is brought completely up to the front, and thus an increase of about a foot in length is obtained, or, which is the same thing, an equal diminution in the length of the instrument for the same length of string.

M. Pape states, that the principal inducement which lead him to adopt the down-striking action was to avoid the opening for the hammers, and so to simplify the construction of the sound-board and framing,—parts so important to the tone and durability; they are, accordingly, continuous and unbroken throughout their whole extent, as in an upright instrument.

There are, however, other important novelties in their arrangement. In the ordinary construction of pianos, of whatever form, the sound-board is glued firmly to the framing, on the same side of it as the strings, and immediately below them. Now, a little consideration will shew that the pull of the strings has a constant tendency to compress the sound-board; an effect which, when existing to any great extent, must inevitably deteriorate the tone.

There is little doubt that the derangement of the sound-board, by the constant tension of the strings, is the principal reason why piano-fortes have generally lost their tone as they have become older ; for we know, by the analogy of the violin, that, supposing all the parts to remain undisturbed, the effect of age ought rather to improve than to deteriorate (It is worthy of consideration, however, that it is scarcely possible to compare the present tone of an old piano with what it originally was. To try it against a new piano is not fair; for as improvements are constantly being made, the quality of a new instrument must necessarily be superior to that of one made several years before. Hence, a piano-forte that retains its tone perfectly, might, by this criterion, be unjustly charged with deterioration.) instruments depending on wood for their sonority.

M. Pape gets rid of the evil above named, by placing the sound-board on the opposite side of the framing to that occupied by the strings. A strong open frame of cast-iron, or wood strengthened with iron, extends over the whole size of the instrument, forming the bottom of the piano; on the upper side of this the strings are stretched, and on the lower side is fixed the sound-board; by which arrangement the pull of the strings can have no tendency to compress the soundboard; but if any action at all is produeed on it, it must be that of extension, which is beneficial rather than otherwise.

The bridge, over which the strings pass (and which, in the ordinary construction, is glued upon the sound-board), is, in the new arrangement, a loose piece, communicating with the sound-board by sound-pegs, similar to that of a violin, which transmit the vibrations to the sound-board exactly inan analogous manner.

Another advantage is obtained by this arrangement, viz., that the sound-board may be considerably enlarged. In the ordinary construction its size is bounded by the blocks and points of attachment of the strings to the framing; whereas, in this plan, no such limitation being necessary, the sound-board may extend over the whole surface of the instrument, by which increase of dimensions a proportionately greater resonance is obtained.

This is of especial value in the small upright forms. Another alteration in the sound-board is in the position of the strengthening ribs; these are usually fixed on the side opposite to the strings; M. Pape places them towards the strings, in which position he considers them much more favorably placed, inasmuch as the strain tends to fix them more firmly instead of to lousen their ends, as on the ordinary plan.

The sound-board is also made thicker and more solid than usual. M. Pape occasionally makes grands of the compass of 8 octaves,.F to F; for these the new arrangement of sound-board gives the means of obtaining the requisite length for the lower notes, without increasing the size of the case beyond that of an ordinary grand.

The square, as made by M. Pape, has a down-striking action, and the same arrangement of sound-board as above described.

The table piano is an instrument having the size and appearance of an ordinary drawing-room table; one end being lifted up, the keys slide out in a sort of drawer, and the table is converted at once into a piano-forte. The action is downstriking like the grand, and the hammers are directly under the front end of the keys; the strings are brought up to the front, and cross each other in two different planes, by which the necessary length for the lower notes is obtained.

The sounding-board extends over the whole instrument; and it is only by M. Pape’s plan that sounding-boards of sufficient extent, and strings of sufficient length, to yield any tolerable tone, could be given to this small size of instrument. A table piano, of 6 ½ Octaves, measures, on the top, only about 4 feet square.

The console upright is the smallest, the most elegant in shape, and the most effective for its size, of any of the vertical class of instruments we have seen.

It has the appearance of a chiffonier, and stands little more than three feet high, — the top projecting, in fact, only a few inches above the box enclosing the key-frame.

It has a compass of 6 ½ or 7 octaves, and has three strings to each note, placed in an inclined position.

It is in this instrument that the advantage of M. Pape’s plan of framing is most marked, as the sound-board is made to extend over the whole vertical area of the instrument; whereas, in ordinary uprights, it is of necessity limited to the area occupied by the strings alone : on this account, the tone of the console piano is extraordinary for so small a size. The action is very simple and certain, — the hopper at the back end of the key acting directly upon the tail of the hammer.

Another piano, exhibited by M. Pape, is a low upright with lateral projections, by which room is gained for long strings, placed at a considerable angle with the vertical, something like a square set upright on its side. The maker’s intention in this, is to give the power of a grand without occupying its horizontal space; but the form is ungraceful, and will not, we think, be approved.

There are some peculiarities common to all the varieties of action, as made by M. Pape, well worthy of imitation, but which have been little attended to by the majority of makers. In the first place, all the parts are perfectly accessible; and every point liable to wear is provided with a mode of adjustment.

For example, the grand action, although apparently buried in the case, can in a moment he turned round, and every part exposed to view 5 while the escapeinent, the effective length of hopper, the key-centre, and the front pinhole, the dampers, the height of the key, &c., have all adjusting screws, by which they can be regulated with the greatest facility when worn, or otherwise out of adjustment.

By these means, all rattling of the keys and action, unevenness in the touch, imperfect damping, &c., which so often occur almost irremediably in old instruments, may be at once removed, and the mechanism restored to its original good condition.

The key-centres, instead of working on a vertical pin, as commonly made, turn on a horizontal wire, — a plan more in accordance with mechanical rules, and less liable to derangement. We have elsewhere stated that M. Pape was the originator of the substitution of felt for leather in the covering of the hammers.

This change not only improved the tone, but facilitated, in an important degree, the manufacture: the leathering was a difficult operation, requiring much skill and care in the selection and application of the material ; but when the woollen fabric took its place, it was applied with the greatest ease. The practicability of the change was no sooner shewn than its importance was acknowledged by its universal adoption.

The changes we have above described constitute but a small part of the novelties introduced by M. Pape into piano-forte making. He enumerates about 120 patents, taken by himself in France, for improvements in this branch of art; many of which have also been secured in England.

It is possible that his results have not always been successful; but he cannot be denied the credit of a vast amount of originality, ingenuity, and practical skill, and deserves praise for the zealous manner in which he has applied these to the improvement of his instrument." Newton's London Journal of Arts and Sciences, 1851, p. 39-43


1855

PARIS - "M. Pape a exposé un piano droit, d'une forme sévère, élégante et peu chargé d'ornement. La pureté des sons, leur homogénéité irréprochable, le soin minutieux qui semble avoir présidé à la construction intérieure, rachètent suffisamment la simplicité apparente avec laquelle on a traité la caisse de ce piano. Les succès de M. Pape remontent à une date déjà éloignée.

En 1839, il fut décoré de la Légion d'honneur; et il a mérité des médailles à toutes les Expositions." Histoire illustrée de l'exposition universelle, 1855, Charles-Joseph-Nicolas Robin, 1855, p. 105


1861

PARIS - "Moins heureux que ces facteurs célèbres, M. Pape, longtemps leur égal dans la sphère des pianos carrés surtout, auxquels il avait apporté de véritables perfectionnements, s'est éclipsé un beau jour, si bien qu'à cette heure notre génération aurait de la peine à découvrir, dans les plus ignorés de nos salons, un piano de ce fabricant dont nous nous rappelons avoir, visité les ateliers en 1830, c'est-à-dire à l'époque de leur plus grande vogue. On pourrait en dire autant de Petzold, autre facteur très-estimé jadis et tombé complètement dans l'oubli." Expo Marseille - Le Ménestrel, 18/08/1861, p. 2 (298) (Gallica)

Henri PAPE
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