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ROLLER & BLANCHET
à Paris (°1826)

" UN AMI "

Qui invenit, invenit thesaurum.

Gères, Jules de (1817-1878) à Roller & Blanchet.
 

À ROLLER ET BLANCHET




Oui certe, un ami vrai! Le plus sûr, le plus doux,
Qui reste le dernier quanti ils sont partis tous,
Du plus parfait accord le plus parfait emblème;
Plus tendre qu'une femme et plus constant qu'Azor,
Une ressource immense, une joie, un trésor :
Quiconque a le pareil comprendra que je l'aime.


Depuis près de dix ans que je cause avec lui,

Jamais l'astre inégal sur mes vitres n'a lui

Sans qu'il ait pris sa part d'espérance ou d'alarmes.

Quels que fussent les temps, les brises, les saisons,

Prêt toujours, il était à tous les diapasons;

Car, bien qu'il sache rire, il a le don des larmes.



En sincères propos, ardents épanchemenls,
Que nous avons vécu de précieux moments !
Nul, plus vite que lui, n'a fait tourner mes heures.
Telles qu'elles sonnaient, avec leurs déplaisirs,
Leurs bonheurs, leurs assauts, leurs moroses loisirs,
Il avait son fardeau, des pires, des meilleures.



Comme il se mettait bien à l'unisson ! — Parfois

Si quelque dissonnance éclatant dans nos voix

Menaçait d'en briser la paisible harmonie,

Grâce à Roller, son père, et sans .le moindre effort,

Il revenait au ton, plus suave, plus fort,

Et, dans un tour de main, la crise était finie.



0 toi! cher confident ! — car, nommant ton facteur,
Je viens de te trahir, mon beau Transpositeur ! —
Toi, dont l'ivoire ému reçut tant de pensées,
Comme je t'aime, ami! sein vibrant ! coeur de feu !
Frère de mes douleurs, comme je pourrais peu
Vivre sans toi, — songeant à nos douleurs passées !



Qu'elle me manquerait, la discrète amitié,

Qui du poids des longs soirs supportait la moitié,

Lorsque sur ton clavier suivant leur rêverie,

Mes doigts à l'aventure erraient, cherchant, sans art.



Ces inspirations de verve et de hasard
Dont la teinte à l'état de l'âme se marie !



Source vive, prodigue en éclats imprévus !

Dans ces sonorités quels mondes entrevus!

Quels aperçus divins! C'étaient là des poèmes !

Du drame intérieur éblouissants reflets,

Quels mots portent plus juste et seraient plus complets

Que ces veines d'accords improvisant leurs thèmes !

Idiomes du globe, ah! je vous défirai !

Est-il, pour nous traduire, un langage plus vrai,

Plus expressif, plus plein, disant mieux plus de choses,

Qui sache mieux pleurer, surtout, et mieux toucher

Dans l'abîme du coeur, — cet avare rocher

Où, prêtes à jaillir, tant de strophes sont closes !

Céleste médium ! Dialecte sacré!

Baigné d'enthousiasme, immobile, enivré,

Que de fois j'ai senti s'abandonner mon être

A ces courants puissants, magnétiques, soudains,

Qui m'isolaient vivant sur des zéniths lointains

Pleins de ravissements, d'extase et de bien-être !

Où sont-ils, ces élans, expansibles transports!

Oubliés, assoupis dans tes muets ressorts,

Ils ont traversé l'air, que mille notes frappent !

Tu les as, cependant, toi qui sus les rêver !

Mais leurs moments d'ivresse, où donc les retrouver?

Mystère ! — On t'interroge; ils naissent, et s'échappent !

D'autres auront leur jour, mais ceux-là sont perdus.

Fils de'l'occasion, comme elle descendus

De ces sphères sans nom, aux caprices étranges,

Fugitifs, inappris, — nul ue les écrira.

Leur beauté solitaire à jamais se fondra

Dans le choeur inédit des âmes et des anges !


Au moins nous reste-t-il de vieux amis, — tu sais !
Non parmi les bruyants du siècle, à lourds succès,
Des faux Dieux du public éphémères victimes,
Non ; des frères vieillis au foyer, bien connus,
Dans les heures sans foi les toujours bienvenus,
Des amis étemels comme les pleurs intimes !


Voici, — pardonnez-moi, Meyerbeer, Rossini, —
Voici mon grand poète et penseur : Bertini,
Qui d'ineffables chants vêtit d'humbles études ;
Modeste, et de plus d'un devinant les secrets,
Il écrivit un hymne, un nocturne : Regrets,
Un chef-d'oeuvre, — écouté dans mille solitudes !


Voici, du fils de Bonn, l'auteur des quatuors,
Les six valses, — ouvrant d'angéliques essors
De tristesse allemande en orbes balancée; —
Voici Wolf, la Mélancolie; — une aria,
Chopin le doux rêveur, Lacombe, Goria,
Et de Weber mourant l'immortelle pensée... .


Voici, — pardonnez-nous, Auber et Boïeldieu! —
Voici Schubert... l'Ave, la Sérénade, Adieu,


Les Plaintes Mais classer, n'est-ce donc pas proscrire ?

Nous aimons tous les noms, nous aimons tous les chants.

Allons les réveiller, ces modes attachants;

Il fut toujours meilleur de chanter que d'écrire !


Que veut ce papier pâle engourdi sous la main?
Quand se lamente en nous le grand motif humain,
Il fait bon échanger la plume pour la touche !
Que l'instrument fécond tressaille sous nos doigts,
Vingt horizons charmés vont s'ouvrir à la fois,
Si le démon secret nous approche et nous touche !


De quels nouveaux concerts, rapides, inouïs,
Peuplerez-vous l'espace, échos épanouis?
Plus vive que l'idée, une gamme s'envole :
Surpris dans son repos, le vide a frissonné;
Des accords préludant partent... un chant est né !
L'âme sur les marteaux court satisfaite et folle.

 

Courage, ami! — Oui certe, un ami sûr et doux,
Qui reste le meilleur quand ils s'éloignent tous,
Du plus parfait accord le plus solide emblème,
Plus tendre qu'une femme et plus constant qu'Azor,
Une ressource énorme, une joie, un trésor;
Quiconque a le pareil doit comprendre qu'on l'aime.

dans Roitelet, verselets et dédicaces, 1859

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