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Georges Louis WARNECKE
(1784 – 1848)
Facteur-Fabricant de pianos
à Nancy

par Jean-Marc STUSSI



ORIGINE. DESCENDANCE.

Le développement de la facture de piano-forte puis de pianos à Nancy dans la première moitié du 19° siècle passe, outre Joseph STEZLE, par Georges Louis WARNECKE et MANGEOT. WARNECKE, artisan-ébéniste, est arrivé à Nancy en janvier 1808 venant de Lüneburg (royaume de Hanovre) où il est né le 14/06/1784, fils de Jean Georges WARNECKE et Marguerite Oppermann (1).

On ignore tout de sa formation et surtout de sa motivation à venir s’établir à Nancy quelques années après la fin de la tourmente révolutionnaire. Le 22/05/1809, il épouse, à Nancy, Marguerite Moris, née le 19/02/1788 à Luxembourg, fille de Joseph Moris, brasseur en cette ville, et de Catherine Spranck. Les témoins à ce mariage ont été Joseph STEZLE, facteur d’instruments, âgé de 41 ans, et Jean HENRION, facteur de « forté-pianos » (probablement chez STEZLE), âgé de 26 ans, ainsi qu’un horloger, Jean Philippe Etienne, 53 ans (il y a plusieurs horlogers dans les relations des WARNECKE et des STEZLE).

La présence de ces deux facteurs au mariage est très symptomatique de la présence de Georges Louis WARNECKE dans l’atelier de J. STEZLE. En 1812, le couple résidera au 45 puis au 26 rue des Champs à proximité du lieu de résidence de J. STEZLE, autre argument supposant un travail chez ce dernier. Cette union, sans descendance, sera cependant de courte durée, car Marguerite Moris décèdera le 16.3.1814 à Nancy.

Georges Louis WARNECKE se remariera l’année d’après le 12/04/1815 à Nancy avec Barbe Florentin, née le 19/02/1788 à Rosières-aux-Salines, fille de Pierre Florentin, cultivateur, et Anne Rozier, tous deux de cette localité. Ce couple se trouvera au 21 rue de l’Esplanade (rue Stanislas depuis 1839 ; immeuble de l’actuel Hôtel des Portes d’Or) de 1818 à 1841. Il résidera ensuite au 49 Place Carrière jusqu’au décès de Georges WARNECKE le 09/03/1848 (1). Son épouse, Barbe Florentin, décèdera à Alger le 6.1.1854, très probablement au cours d’un voyage auprès de son fils François Alexandre, à l’époque artiste - musicien à l’Opéra d’Alger. Le couple a eu plusieurs enfants, tous nés à Nancy (1) et restés dans le domaine musical :

Nicolas Jules, né le 14/03/1816. Il deviendra pianiste, professeur de piano et chef de la musique à Lunéville.
François Eugène est né le 16/03/1818. Un des déclarants de sa naissance était François Abarca, organiste à la cathédrale de Nancy. François Eugène deviendra également Professeur de piano. Il décèdera à Rio de Janeiro le 4.6.1872, sans que l’on sache s’il y résidait pour exercer sa profession, ou y était de passage pour des concerts ou des affaires liées à la maison STAUB-WARNECKE qui exportait vers ce pays.
François Alexandre. Né le 19/01/1820, il deviendra facteur de pianos puis altiste-artiste musicien. Il est décédé le 26 décembre 1889 à Paris 16°.
Hortense Anne Eugénie, née le 20/07/1824 ; en 1845, elle deviendra l’épouse de Jean Joseph STAUB, facteur de pianos chez G. WARNECKE.
Anne, née le 08/02/1827, décédée le 03/06/1835 à l’âge de 8 ans ;
François Gabriel, né le 25/06/1830. Il deviendra également facteur de pianos exerçant, au début de sa carrière, dans la manufacture STAUB-WARNECKE. Après 1860, il s’installe à Bayonne.

LES LIENS FAMILIAUX entre les familles WARNECKE et STAUB sont les suivants
(sources : 1, 2; Geneanet/Mme Pety/):

WARNECKE Jean Georges, o ca. 1754 à Lüneburg, †1809, x à Lüneburg (Royaume de Hanovre) OPPERMANN Marguerite † ca. 1809.
. | WARNECKE Georges Louis o le 14/06/1784 à Lüneburg (Hanovre), † le 09/03/1848 à Nancy, Ebéniste / Facteur de pianos / Facteur d'instruments / Luthier, x(1) le 22/05/1809 à Nancy MORIS Marguerite o le 07/06/1787, † le 16/03/1814 à Nancy.
. | WARNECKE Georges Louis o le 14/06/1784 à Lüneburg (Hanovre) † le 09/03/1848 à Nancy, Ebéniste / Facteur de pianos / Facteur d'instruments / Luthier, x(2) le 12/04/1815 à Nancy FLORENTIN Barbe o le 19/02/1788, † le 10/01/1854 à Alger.
. | . | WARNECKE Nicolas Jules o le 14/03/1816 à Nancy, Professeur de Piano, † 26/10/1880 à Lunéville, x le 23/09/1847 à Nancy DE TOUSSAINCT Marie Alexandrine o le 06/09/1822, † le 16/02/1902 à Nancy.
. | . | . | WARNECKE Jean Gabriel Marcel o le 26/8/1853 à Lunéville, médecin-major ; a aussi exercé à Limodes et Bayonne.
. | . | WARNECKE François Eugène o le 16/03/1818 à Nancy, † le 04/06/1872 à Rio de Janeiro, Professeur de Piano ;
. | . | WARNECKE François Alexandre o le 19/01/1820 à Nancy, † 26/12/1889 à Paris 16°, Facteur de pianos, Artiste Musicien, x le 20/07/1842 à Besançon GIGOUX Philippine Elisabeth Marthe o le 10/07/1823 à Besançon, † le 26/02/1889 à Paris 17° ;
. | . | . | WARNECKE Georges Louis o le 04/06/1843 à Besançon, Artiste musicien, Violoniste, professeur, 60 rue des Dames, x(1) le 08/08/1868 à Paris 17°, GONINFAURE Marie Amable Marthe o le 03/09/1846. Couple séparé en 1879.
. | . | . | . | WARNECKE Victor Louis o le 09/04/1869 à Paris 17°, Artiste musicien, † 1895 à l’âge de 26 ans, x le 16/4/1895 à Saint-Georges d’Oléron MONTEAU Jeanne Amélie o le 10 mars 1876 à Saint-Georges-d’Oléron, † 1956.
. | . | . | WARNECKE Georges Louis o le 04/06/1843 à Besançon, Artiste musicien x(2) le 02/10/1886 à Paris 18° STEGEN Emilie Jeanne o le 09/04/1846, † à Paris, Rentière.
. | . | . | WARNECKE Georges Louis o le 04/06/1843 à Besançon, Artiste musicien x(3) le 18/07/1894 à Paris 1° LEBLANC Juliette Marie o le 10/01/1863, Institutrice.
. | . | . | WARNECKE Marie Clotilde Barbe o le 13/06/1845 à Nancy, Artiste peintre x le 27/01/1870 à Paris 17° CORNELY Jean Joseph o le 15/01/1845, Journaliste.
. | . | . | WARNECKE Gabrielle Adélaïde à Paris, o 24/12/1854 à Alger, † 10/10/1882 à Bayonne, x le 14/11/1872 à Bayonne BOURRUS Ferdinand, Tapissier-Décorateur, Marchand tapissier, o le 20/01/1842, † >1891.
. | . | WARNECKE Hortense Anne o le 20/07/1824 à Nancy, † le 23/12/1859 à Nancy, x le 10/03/1845 à Nancy STAUB Jean Joseph o le 09/04/1813 à Menzingen (Zug, CH), † le 01/04/1891 à Nancy, Ebéniste, Facteur et fabricant de pianos.
. | . | . | STAUB Marie Elisabeth o le 21/10/1846 à Nancy, x le 27/01/1866 à Nancy ROHDE Joannes Henry o le 17/03/1836, Facteur de pianos / Editeur de musique / Fabricant de pianos.
. | . | . | STAUB Paul Gaspard o le 28/10/1848 à Nancy, † <1907 hors Nancy, Facteur-Fabricant de pianos, x le 20/1/1877 à Nancy BLAISE Marie Marguerite o le 05/10/1858 à Nancy, † <1907 hors Nancy.
. | . | . | . | STAUB René Paul Edouard o le 13/06/1878 à Nancy, † le 22/07/1907 à Nancy, Parqueteur.
. | . | . | . | STAUB Marcel Joseph o le 23/04/1881 à Nancy, x le 08/09/1911 à Nancy TASSIN Berthe Augusta.
. | . | . | . | STAUB Henri Jean o le 05/03/1889 à Nancy, † le 15/12/1956 à Vandières, Hôtelier, Cafetier, x(1) le 16/01/1913 à Vandières (54) Amélie THIEBAUT, o à Vandières, † le 28/05/1916 àVandières,
. | . | . | . | . | STAUB René, o 1913 à Vandières
. | . | . | . | STAUB Henri Jean o le 05/03/1889 à Nancy, † le 15/12/1956 à Vandières, Hôtelier, Cafetier, x(2) le 07/10/1919 à Paris 11°, Clémence Marthe Marie MESME o22/09/1896 à La Flèche, union dissoute en date du 01/03/1933 tribunal civil de Nancy,
. | . | . | . | . | STAUB Jean, o 1921 à Vandières,
. | . | . | . | STAUB Henri Jean o le 05/03/1889 à Nancy, † le 15/12/1956 à Vandières, Hôtelier, Cafetier, x(3) le 28/08/1933 à Vandières Marie Eugénie VELFRINGER o 1890 à Vandière.s
. | . | . | STAUB Marceline Anna Maria o le 11/12/1855 à Nancy, † le 03/04/1909 à Nancy, x le 07/07/1877 à Nancy GUERRE Hippolite François o le 6/4/1849, † 29/08/1912 à Dommartemont, Représentant / Comptable de commerce / Fondé de pouvoir Fleury- Cie (transports).

. | . | . | . | GUERRE Eugénie Joséphine Christine o le 27/04/1878 à Nancy, † le 23/07/1963 à Nancy x le 01/07/1901 à Nancy LAMBINET Lionel Paulin o le 02/04/1874, † 1947 à Nancy, Coupeur-Tailleur
. | . | . | . | . | LAMBINET André o en 1903 à Nancy, facteur de pianos (1926), co-associé manufacture STAUB.
. | . | . | . | . | LAMBINET Anne Marie o en 1906 à Nancy, † en 1967 à Nancy, employée chez Vaxelaire (1936)
. | . | . | . | . | LAMBINET Elisabeth o en 1910 à Nancy
. | . | . | . | GUERRE Henriette Octavie Aimée o le 09/09/1879 à Nancy, † le 30/11/1957 à Nancy, x le 18/06/1909 à Nancy GENY Lucien Louis, entreprenuer de peinture, † en 1943 à Nancy.
. | . | . | . | GUERRE Suzanne Marcelle Emilie o le 26/02/1891 à Nancy, † le 21/02/1969 à Nancy, x le 06/10/1913 à Nancy PELLE René Louis Marie, médecin-major.
. | . | . | . | GUERRE Henri Emile, o le 22/07/1894 à Nancy, † ?, apprenti électricien, mécanicien (1914), Facteur de pianos, co-associé manufacture STAUB, Représentant de commerce (1940), x ? Henriette N. o1900.
. | . | . | . | . | GUERRE Monique o1922 à Jarville.
. | . | . | . | . | GUERRE Christianne o1924 à Jarville
. | . | . | STAUB Pauline Octavie o le 28/06/1857 à Nancy, † le 08/02/1940, x le 07/04/1883 à Nancy BERNET Jacques Emile o le 24/09/1858, † le 15/03/1931 à Jarville, Employé de commerce / Fabricant de pianos, Maire de Jarville (1 mandat).
. | . | . | . | BERNET Marthe Marie o le 24/03/1884 à Nancy.
. | . | . | STAUB Gabriel Henry o le 06/01/1859 à Nancy, † le 20/02/1911 à Nancy, Facteur et Fabricant de pianos, x le 10/10/1900 à Nancy ARMBRUSTER Marie Alexandrine, o le 15/05/1861, † le 8/01/1906 à Nancy.
. | . | . | STAUB N. o le 20/12/1859 à Nancy, † le 20/12/1859 à Nancy.
. | . | WARNECKE Anne o le 08/02/1827 à Nancy, † le 03/06/1835 à Nancy.
. | . | WARNECKE François Gabriel o le 25/06/1830 à Nancy, † > 1872 Pyrénées atlantiques, Facteur de pianos-forté et pianos, x(1) le 15/2/1860 à Nancy BATLOT Marie Camille, o le 10/04/1833, † le 22/10/1870 à Bayonne.
. | . | . | WARNECKE N., m.n. le 11/10/1865 à Bayonne
. | . | . | WARNECKE Marie Eugénie, o le 11/10/1865 à Bayonne.
. | . | WARNECKE François Gabriel o le 25/06/1830 à Nancy, † >1891 (Bayonne ?), Facteur de pianos-forté et pianos, x(2) 21/06/1875 à Saint-Jean-de-Luz (Pyr. Atlant.) CONTENT Marie-Louise, 05/10/1843 à Bassussary (Pyr. Atlant.).
.. | . | . | WARNECKE Marie Bernardine Elisabeth, o le 30/09/1876 à Bayonne, † le 01/02/1963 à Saint-Jean-de-Luz..



SA CARRIÈRE DE FACTEUR DE PIANOS

Qualifié d’ébéniste jusqu’en 1816, mais aussi de « facteur d’orgues » en 1812 quand il était chez STEZLE, G.L. WARNECKE se déclarera « facteur de pianos-forte » à partir de 1818 (il est donc aussi polyvalent que J. STEZLE comme c’était le cas pour la plupart des facteurs d’instruments de l’époque) (1). On peut donc situer la création de l’atelier WARNECKE à l’année 1818. Celle-ci coïncide avec l’arrivée chez J. STEZLE de Joseph Steger qui l’a sans doute remplacé. En tant qu’artisan indépendant, il n’a plus travaillé en facture d’orgues. Dans les premières années, il se consacre surtout à la lutherie. On présume que son activité de facteur de pianos s’est surtout développée à partir de 1828.

Comme luthier, sa qualité de fabricant est certifiée dès 1820. Il s’est fait connaître par la fabrication d’instruments à cordes, dont des guitares, dont l’une est conservée au musée de la lutherie de Mirecourt et porte sur le fond une étiquette imprimée “WARNECKE / Facteur de Pianos Forte/ Breveté par le Roi / Rue de l’Esplanade N°21 / à Nancy / tient toutes sortes d’Instrumens de Musique” (3). En 1826, il prit également un brevet pour sa guitare-basson et reçut en 1827, une mention honorable à l’exposition nationale de Paris pour ses violons, violoncelle et alto (4, 5, 6) et en 1833 une médaille de bronze à l’exposition nationale de Nancy pour une basse et des violons. A l’exposition nationale de Paris en 1834, il n’obtiendra aucune récompense, ce qui l’a sans doute amené à ne plus se représenter aux expositions pour sa lutherie.

« Brevet d’Invention du 11.4.1826 à Nancy (Bulletin des Lois, « 33. Le Sieur WARNECKE (Louis George), demeurant à Nancy, département de la Meurthe, auquel il a été délivré, le 24 février dernier, le certificat de sa demande de brevet d’invention de cinq ans, pour un instrument de musique qu’il appelle guitare-basson » (4).

Les origines de mandolines et guitares en « pointed cutaway » ou à « pan coupé pointu » remonteraient au facteur français Georges WARNECKE dont un de ses instruments se trouve dans la « Steve Howe Guitare Collection » (6). L’attribution de la paternité de la guitare-basse à WARNECKE a fait l’objet de discussions par des spécialistes espagnols (7) :

The origin of these two popular forms of cutaway guitars (venetian, florentian) (8), or at least their names, can be traced back to the Gibson guitar company. Because Orville Gibson appears to have been strongly influenced by 19th century Italian design, it is speculated that "Venetian" and "Florentine" are actually tribute terms and were intended to bring additional style and history to the features themselves.
Of course, Gibson wasn't the first guitar company to produce cutaway style guitars. Pointed cutaways, or Florentines, can be traced to French guitarist Georges WARNECKE - a 19th century guitar maker. However, because Gibson has been such a dominant force in the guitar world, they are credited with popularizing the styles and creating the terminology which is now used as an industry standard.


En facture de piano, son fils François Alexandre devient, environ 20 ans plus tard (1846-1847), son « associé » sous la raison sociale « WARNECKE et Fils » (incluant peut-être déjà le second fils François Gabriel qui n’a alors que 17 ans), raison sociale apposée dans ses instruments ou documents attestant leur activité (1). Parmi ses collaborateurs, on trouve un certain Jean Christian Kunth, 43 ans, ébéniste, témoin à la déclaration de naissance de François Gabriel en 1830 (1). Claude Foltz, facteur et fabricant de pianos à Nancy entre 1848 et 1877 aurait-il aussi été un employé de WARNECKE, car il semble s’être mis à son compte autour de 1848-1850 ?

On connaît peu de choses de l’activité et de la production effective de pianos de G.L. WARNECKE puis « WARNECKE et Fils ». En 1841, un piano était mis en vente concerne dont la nature carrée ou droite, n’est cependant pas spécifiée. Comme l’attestent les données de L. Verbeeck (9), G.L. WARNECKE fabriquait des piano-forte et des pianos droits dont seulement quatre ont été détectés à ce jour.

L’un d’eux, droit, ne fournissait que peu d’éléments descriptifs pertinents. Un autre était en forme de « niche de chien » ou « piano-pont », supposant, au moins pour la caisse (ou meuble) qu’il n’est pas forcément de WARNECKE mais d’un autre fabricant parmi lesquels on peut citer ROLLER et BLANCHET ou SOUFLETO et quelques autres dont s’était la spécialité. Le placage en « fourche d’acajou », assez peu utilisé, de ce piano est similaire à celui d’un instrument de Souffleto de la même époque, les instruments se distinguant par d’autres éléments dans la finition de la caisse.

Cette provenance initiale explique sans doute aussi l’absence de n° de série. Doté d’une plaque « WARNECKE rue Stanislas Nancy », il devrait remonter à avant 1841, année au cours de laquelle WARNECKE s’installe Place Carrière. Enfin, un autre piano au numéro de série supérieur à 2500, portant l’adresse « WARNECKE Père et Fils » et « Maison à Paris et Besançon », a été vendu par le magasin H. Laug d’Epinal autour de 1845. Il est similaire, à la finition du décor près, à celui du cliché du site de Lieve Verbeek « Les pianos français » (9).

Considérant le n° de cet instrument, trop élevé pour une production de plus de 2500 instruments par l’atelier WARNECKE en environ 20 ans, deux hypothèses peuvent être avancées : ou bien WARNECKE se procurait des pianos finis chez un fabricant parisien en y apposant son nom (peut-être en intervenant pour des finitions), ou bien, plus probablement et compte tenu de l’inventaire du commissaire priseur de 1848 (10), il se procurait tous les éléments chez divers fournisseurs : caisses (en particulier celles des pianos-ponts ou en niche de chien spécifiques de quelques fabricants parisiens), claviers, mécanismes, etc… qu’il assemblait dans son atelier. La décoration moins élaborée (absence de guillochage, pédales moins décorées…) suppose une offre d’instruments à prix plus économique.

G. WARNECKE obtiendra une médaille d’or à l’exposition de Nancy en 1838 pour sa lutherie et une médaille d’argent à l’exposition de Besançon en 1842, peut-être pour ses pianos, car à cette date il dispose d’un dépôt de pianos à Besançon. Ce dépôt est à rapprocher de la présence, pendant quelques années, de son fils François Alexandre en cette ville où en 1842, lors de son mariage, il se qualifie de facteur de pianos (11). On ne sait cependant s’il était indépendant ou travaillait chez un autre facteur ou pour un magasin de musique. Résidant au 74 rue Grande, son domicile se situait au-dessus d’un magasin qui, en toute hypothèse, aurait être un magasin de musique. Il y était sans doute aussi pour sa formation musicale de violoniste et d’altiste, car il rejoindra plus tard Paris pour une carrière musicale dans des orchestres.

D’après ses annonces publicitaires de 1847, la Maison J. Benacci-Peschier de Lyon propose à la vente six pianos droits WARNECKE et Fils, dont trois « à 4 cordes verticales, avec les cordes basses obliques, 6 ½ octaves, au sol, à palissandre, à perles », et trois « à trois cordes verticales, avec les cordes basses obliques, 6 ½ octaves, au sol, à palissandre, à perles ».

Cette maison devait être très importante car elle avait commandé 16 pianos à Erard en autonme 1843 et janvier 1844. Est-ce depuis Lyon que des pianos WARNECKE se sont retrouvés en Italie (vente sur le site Ricardo 2013) ? Ces publicités montrent que WARNECKE ne livrait pas seulement sur Nancy et en Lorraine, mais aussi au-delà, se révélant de ce fait commercialement plus actif que Stezlé, situation sans doute aussi créée par l’accroissement des échanges entre régions à cette époque. Le fait de figurer à côté d’instruments de Pleyel, Erard, Boisselot, Porcher, Rousselot, Herz, Petzold, Pape et Rosselen, suggère que les instruments de WARNECKE devaient avoir une certaine renommée, même si on peut supposer qu’ils pouvaient figurer parmi les premiers prix.

Selon l’inventaire destiné à l’adjudication de l’affaire après son décès (10), l’atelier de WARNECKE comprenait 14 établis, ce qui suppose qu’il comptait plusieurs d’employés : lui-même, au moins deux de ses fils, Jean Joseph STAUB à partir de 1842 et sans doute quelques autres, dont peut-être Foltz qui se mettra à son compte en 1848. On peut présumer qu’il a fabriqué ou vendu ( ?) environ 400 à 500 instruments entre 1828 (entre 1817 et 1830, il s’est surtout consacré à la lutherie) et 1848, soit environ 20 par an en moyenne, ce qui est vraisemblable pour un atelier artisanal. L’annuaire Didot-Bottin des années 1840-1848 (Gallica.bnf.fr) le signale comme facteur de pianos, mais également comme marchand d’instruments et de musique.

On ne connaît toutefois pas l’adresse précise de son magasin ; il pourrait s’agir du 21 rue Stanislas, comme l’indique une plaque d’adresse et où il résidait également. Il a dû établir son atelier au 11 Grand’Rue au plus tard en 1841, année où il résidait au 49 place de la Carrière.

G.L. WARNECKE est décédé le 9 mars 1848. Seules les annonces légales concernant la liquidation de sa succession fournissent quelques informations sur son atelier. Une première signale, dès le 9 avril, la vente de pianos droits et à queue neufs. Sa production parait avoir été primée par une médaille d’or, mais on ne sait à quelle occasion (Besançon ?) et s’il s’agit pour des pianos ou des instruments à cordes.

Une autre annonce, plus explicite du 6 juillet suivant (10), fait part de la vente les 11 et 12 juillet de biens personnels au 49 Place Carrière (domicile ; dont des armures et autres objets d’art personnels), de dix pianos droits et à queue neufs (sans doute les mêmes que dans l’annonce précédente) et des éléments de son atelier situé au 11 Grand’Rue (seule mention connue de son atelier en dehors de ses domiciles). L’énumération des articles mis en vente montre que l’atelier de WARNECKE était assez important. Il semble, au vu du nombre d’établis (mais est-ce une bonne référence?), que l’on puisse considérer que l’atelier de WARNECKE était un peu plus important que celui de STEZLE de son vivant.

Le descriptif de cette seconde annonce de 1848 indique que WARNECKE ne produisait, à cette date, que des pianos. Il n’est, en effet, fait aucune allusion à des articles concernant la lutherie. En aurait-t-il arrêté la fabrication, peut-être en raison de la concurrence du luthier Jacquot bien établi à Nancy depuis 25 ans? Il n’est pas non plus fait état d’un magasin de musique que lui attribue l’Agenda musical de 1835 (Gallica.bnf.fr). Enfin, sans doute a-t-il dû être concurrencé par l’atelier de MANGEOT créé en 1832 et qui semble avoir pris rapidement de l’ampleur, ayant fabriqué une centaine d’instruments en quelques années, assortie de récompenses à des expositions locales et régionales. L’arrivée de Jean Joseph STAUB en 1842 sera une bonne opportunité pour l’affaire WARNECKE.

Il semble logique de présumer que l’ensemble des éléments de l’atelier et les pianos mis en vente ont dû être rachetés par les fils WARNECKE et Joseph STAUB pour qui ils représentaient un potentiel artisanal indispensable à la reprise, dès 1848, de la manufacture sous la raison sociale « STAUB-WARNECKE ». Dans la mesure où STAUB figure en premier dans celle-ci, il est probable qu’il a dû tenir un rôle majeur dans la création de la nouvelle manufacture, préfigurant l’homme d’affaires qui l’amènera à lui donner l’importance et la renommée qu’elle a eues sous la rison sociale « J. STAUB » jusqu’en 1936.

Ces données montrent clairement que G.L. WARNECKE avait l’esprit inventif et maîtrisait la fabrication de divers types d’instruments, pianos et instruments à cordes. Pourtant, très curieusement, il est omis dans les travaux d’Albert Jacquot (12) et de Vidal (13). Enfin, G.L. WARNECKE ne semble jamais avoir opéré indépendemment comme facteur d’orgues. Sa qualification de “facteur d’orgues” a dû se limiter à sa participation comme employé dans les interventions avec STEZLE. De manière générale, les années 1800-1830 étaient assez peu propices à la facture d’orgues, restreinte surtout à l’entretien des instruments qui avaient subsisté de la période révolutionnaire ou à la pose d’instruments d’occasion. Vautrin et Chevreux semblent avoir tenu le marché des orgues à cette période, STEZLE s’étant orienté essentiellement vers la facture de pianos (fabrication propre et revente d’instruments acquis prélablement ailleurs), plus rentable.

En facture de pianos, une enigme subsiste quant à François Gabriel WARNECKE qui s’était installé comme facteur de pianos à Bayonne, mais dont il n’a pas été possible, à ce jour, de préciser l’activité. Les raisons qui l’ont poussé à quitter la manufcature de Nancy pour s’établir à Bayonne ne sont pas connues. A défaut d’informations complémentairers sur son activité, on présume qu’il s’était consacré, en cette ville, à l’entretien, la réparation et l’accord des pianos.

  



RÉFÉRENCES



(1) - Archives Municipales Nancy, Etat Civil NMD – Archives Municipales Nancy, Répertoire de la Population (1800-1929). Archives départementales de Meurthe-et-Moselle : Etat civil (BMS, NMD) en ligne : Nancy.
(2) - Etat civil de Paris – Archives numérisées en ligne
(3) - Terrier R., 2010, in http://www.musee-lutherie-mirecourt.fr/index.
(4) - Généalogie.com/WARNECKE, extrait du Bulletin des Lois, 1826.
(5) - Constant Pierre 1893, in : http://www.luthiers-mirecourt.com/ pierre_constant1893.htm
(6) - www.mandolincafe.com
(7) - http://guitarra.artelinkado.com/foros/showthread.php?11208-INS-%BFGuitarra-baja-%BFBajo-espa%F1ol
(8) - http://swedy13.hubpages.com/hub/What-is-a-Cutaway-Guitar
(9) - Verbeeck L., Le piano français. http://www.lieveverbeeck.eu
(10) – Bibliothèque municipale Médiathèque Nancy, Journal de la Meurthe 9. et 11.4.1848. Journal de la Meurthe 6 juillet 1848 (BMNy).
(11) – Archives départementales Doubs, Etat civil numérisé.
(12) - Jacquot A., 1912. La lutherie lorraine et française, Paris, Fischbacher.
(13) - Vidal A., 1889, La lutherie et les luthiers, 1889, Quantin Ed., Paris.

  



COMPLÉMENT D'INFORMATION SUR SA PRODUCTION


On ne dispose que de très peu d’éléments susceptibles de cerner la production de pianos de Georges Louis WARNECKE, car les données sur les instruments subsistant sont rares.

Des quatre instruments qui lui sont attribués sur la foi de ses plaques d’adresse, on pouvait déduire, en raison des similitudes avec les meubles d’autres fabricants parisiens de l’époque, qu’il s’en procurait chez eux, i.e. meuble en niche de chien à placage original en fourche d’acajou plutôt spécifique de SOUFLETO, ROLLER & BLANCHET et quelques autres, pianos qu’en toute hypothèse, il revendait sous son nom, peut-être après y avoir apporté une finition personnelle.

Une relecture plus attentive de l’inventaire successoral dressé en 1848 après son décès, tend à montrer qu’il construisait lui-même des instruments. Pour ce, il disposait de tout l’outillage nécessaire, dont, entre autres, un tour à filer les cordes. Comme bien d’autres facteurs-fabricants, il devait se procurer les éléments nécessaires auprès de spécialistes (cordes, chevilles, claviers, mécanismes, bois de placage, essences de bois divers…).

Peut-être occasionnellement se procurait-il des caisses prêtes à être équipées. Si le n° de série apposé sur le sommier des chevilles d’un des instruments détectés est supérieur à 2500, il semble cependant difficile de considérer qu’en environ 20 ans d’activité il ait pu sortir autant d’instruments de son atelier artisanal, de sorte que ce sommier est sans doute un élément acquis ailleurs.

Dans les autres instruments détectés, on ne trouve malheureusement pas de n° de série susceptible de préciser l’importance de la production de WARNECKE, ce qui n’est pas sans conséquences (en fin de compte mineures) pour le début de la numérotation des premiers pianos sortis de l’atelier puis manufacture STAUB-WARNECKE (1848-1936).

 

Sur ce site : WARNECKE   &   STAUB (°1848)


 


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