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PLEYEL Gabriel
(1797 - 1842)
Facteur de pianos
à
Paris

 par Jean-Marc STUSSI
(et Lieve Verbeeck)


Gabriel Pleyel fait partie de la dynastie des Pleyel, mais contrairement à Ignace Pleyel, son père, fondateur de la manufacture de pianos, et Camille, son frère et successeur d’Ignace, il est resté peu connu. Plusieurs sources d’information ont permis à Lieve Verbeeck (1) de préciser divers aspects de l’activité de Gabriel Pleyel, qui a également été fabricant de pianos à Paris entre 1827 et 1833 sous la raison sociale Gabriel Pleyel et Cie.

Gabriel Pleyel est bien l’un des fils d’Ignace Pleyel (2, 3). Cependant, ni le date ni le lieu de naissance de Gabriel Pleyel n’ont pu pendant longtemps être établis de sorte que l’on était amené à considérer une naissance « ca1790 », sans lieu ni date précise connus (4).

La date de 1790 s’avérait peu probable compte tenu des éléments d’état-civil connus disponibles sur la famille d’Ignace Pleyel (5). D’après quelques dates du cursus d’Ignace Pleyel, on peut tenter de cerner quelques plages de dates pour la naissance de Gabriel Pleyel :

- Ignace Pleyel arrive à Strasbourg en 1783 où il devient d’abord adjoint puis successeur, en 1789, du maître de chapelle de la cathédrale, François Xavier Richert, poste qu’il tiendra jusque vers 1791. Pendant cette période, il exerce également ses talents de compositeur et ouvre une affaire d’édition de musique (6) ;

- Le 22 janvier 1788, il épouse « Domicella » Françoise Gabrielle Lefebvre fille de mineure de Stephan Laurent Lefebvre, tapissier 2 rue Finkwiller, de Strasbourg et de Maria Gabriela « Peyra » (Peyr ou plus probablement Peyer), en l’église Saint-Louis, église dont était paroissienne la famille Lefebvre dans le quartier Finkwiller (quartier où résidaient également les célèbres facteurs d’orgues André et Jean-André Silbermann). Lui-même, bien que maître de chapelle à la cathédrale, était paroissien de Saint-Pierre-le-Jeune au centre ville, sans doute en raison de la délimitation des paroisses par quartiers de la ville (5).

- Le 18.12.1788 naît Joseph Etienne Camille, baptisé le même jour en l’église Saint-Louis (5) ;

- Charles Maximilien Ignace (« Carolus Maximilianus Ignatius Pleyel ») naît le 23 mai 1790, Ignace étant maître de chapelle à la cathédrale. Cet enfant décèdera le 13 février 1793 à Strasbourg, Ignace étant déclarant du décès (5).

- En difficultés avec les révolutionnaires, Ignace réside à Londres en 1791-1792 (6 ; 7);

- Il revient en Alsace en 1792 ou 1793, résidant à Strasbourg et au château d’Ittenviller (commune de Saint-Pierre près de Barr) (6, 8);

- Le 17 juillet 1793, naît à Strasbourg, Alexis Ignace Laurent, fils de Ignace Pleyel, compositeur de musique, résidant, depuis son mariage, rue Saint-Louis (la même rue que celle où est située l’église du même nom), et de Gabrielle Lefebvre (Ignace est le déclarant de cette naissance) (5). Par la suite, on apprend qu’il réside au n° 3. On ne sait ce qu’est devenu ce fils (décès prématuré ?).

- Ignace Pleyel rejoint Paris en 1795 où il ouvre, en 1797 ou 1798 (première mention en 1799 (9)) son affaire d’édition de musique située rue Neuve des Petits Champs 729 (Butte des Moulins ; 1°-2° arrondissements actuels ; derrière le Palais Royal) (6, 7).

En 1798, Ignace réside à Sèvres (au Pont de Sèvres), ville où naîtra le 6 septembre (et non en 1802 selon (2) et (3)) Marie Angélique Eugénie (décédée le 13 mars 1888) (10). La seconde fille d’Ignace naîtra le 29 mars 1801 à Paris (2° arrondissement ancien) (11), sans doute au domicile de son affaire.

L’absence de tout enregistrement concernant Gabriel Pleyel dans les diverses localités dont on a exploré l’état civil (Strasbourg, Saint-Pierre et quelques communes voisines, Sèvres, Paris (répertoire alphabétique numérisé)) laissait peu de place à une recherche des lieux et date de naissance de Gabriel. La succession des naissances dans la famille Pleyel fait apparaître un léger hiatus entre 1790 et 1793, puis surtout entre 1793 et 1898, laps de temps au cours duquel aurait pu naître Gabriel à Paris ou en région parisienne, mais où plus précisément ?

Ignace avait-il un autre lieu de résidence parisien avant celui de Sèvres ? Peut-être Gabriel aurait-il aussi pu naître après 1801, mais les fichiers alphabétiques reconstitués de Paris, non exhaustifs, ne mentionnent pas de Gabriel Pleyel. L’année de naissance de Gabriel « ca. 1790 » souffrait donc d’une large incertitude et pourrait être « ca1800 » ou « ca. 1805 ». C’est finalement la plage 1793-1798 qui s’avère la bonne.

On apprend par les archives de l‘Etat civil de Bône (à l’époque ancien dans le département français de l’Algérie) le décès à Bône de Gabriel Peyel 1° mai 1842 à Bône à l’âge de 45 ans comme fonctionnaire de la Sous-Direction administrative de Bône (12, 13).

Si on considère que l’âge déclaré est celui atteint lors de son dernier anniversaire, on déduit que Gabriel est né à Paris entre mai 1796 et avril 1797, l’âge enregistré correspondant généralement à celui du dernier anniversaire. Cet acte nous apprend également qu’il était né à Paris. La cause du décès n’a pas été mentionnée, la déclaration étant effectuée par deux autres personnes respectivement de cette Sous-Direction et de la Police.

Le deuxième prénom de Gabriel, Godefroy, pourrait bien évoquer celui de Godefroy Schaeffer, négociant à Paris, témoin à la naissance d’Angélique Eugénie en 1798 à Sèvres, qui a tout lieu d’être le même personnage que Geoffroy Schaeffer, négociant à Paris rue Nouvelle des Petits Champs n° 728 section de la Butte des Moulins, qui déclare à Strasbourg, comme gendre, le décès de sa belle-mère Gabrielle Peyer, épouse Lefebvre, mère de Gabrielle Lefebvre épouse d’Ignace Pleyel (5).

Beau-frère d’Ignace Pleyel, ce Godefroy Schaeffer aurait également pu être témoin à l’enregistrement de la naissance de Gabriel Godefroy, vraisemblablement à Paris. Vu les liens de famille entre Ignace Pleyel et Godefroy Schaeffer, ce dernier, résidant à proximité de l’affaire d’Ignace, a été plus que probablement, l’adjoint d’Ignace.

Il n’a pu être établi que Gabriel Pleyel ait été formé puis ait travaillé chez son père et chez son frère Camille, brillant musicien à qui Ignace a transmis la direction des affaires en 1824, sans doute en raison de ses plus grandes compétences. La raison sociale devient « Ignace Pleyel et Fils Aîné », puis « Ignace Pleyel et Cie ».

Apparemment non associé à la nouvelle société, serait-ce une des causes de l’origine de difficultés avec sa famille ?

Toujours est-il qu’il prend son indépendance et ouvre, en 1827, d’abord seul, puis en association avec Pierre Joseph Pujol qui lui apporte des fonds, sa propre manufacture sous la raison sociale « Gabriel Pleyel et Cie », et participe, la même année, à l’Exposition de Paris, sans cependant obtenir de récompense (1, 6).

De rares instruments sortis de son entreprise existent encore, piano carré, pianos unicorde, verticaux en lyre, dont les n° s’échelonnent entre 1048 (en 1825) et 1506 (en 1832) (1). Ces numéros suggèrent qu’il a commencé une numérotation à 1000, car il est peu probable qu’il ait pu fabriquer 1000 instruments en un an, sachant que Ignace et Camille produisaient entre 800 et 900 pianos par an et qu’ils étaient à l’époque les plus importants fabricants de France (1).

Si cette base estimée est plausible, la production globale aurait été de l’ordre de 500 à 600 pianos, soit une production annuelle moyenne d’environ 60 pianos par an (soit à peu près autant qu’Ignace Pleyel à ses débuts (1)), ce qui paraît possible pour une jeune manufacture. Son activité est régulièrement signalée par les annonces parues, entre 1827 et 1833, dans les Répertoires du Commerce de Paris, dans les Annales du Commerce et dans l’Almanach du commerce (1, 14).

Il disposait apparemment de plusieurs adresses à Paris : 42 rue des Martyrs, 23 et 25 rue Vivienne, Notre-Dame-des-Champs, tandis que sa manufacture était établie à La Chapelle-Saint-Denis. Gabriel Pleyel ne produira des pianos que jusqu’en 1833.

Des difficultés financières l’obligent, en effet, dès 1832, à la mise en vente de son affaire estimée à 40 000 Frs, dont le fonds sera racheté en 1833 par le facteur de pianos Jean Frank qui semble avoir eu plus de succès que Gabriel Pleyel (1 ; 15). Ces déboires lui ont valu une mise au point de la manufacture « Ignace Pleyel et Cie » tenue par son frère (16).

Entre 1833 et 1840, Gabriel semble avoir connu un parcours assez chaotique dont ne connait que quelques éléments. Il se reconvertit d’abord dans un commerce de sciage de bois au 31 rue Marcadet avec dépôt rue de Malte et de vente de grumes au 25 rue Marcadet à La Chapelle-Saint-Denis (à l’emplacement de son ancien atelier de facture de pianos ?) (14). Cette activité n’aurait-elle pas non plus eu le succès attendu ? Les voyages en Amérique évoqués par (17) auraient-ils eu une relation avec ce commerce pour la fourniture de bois spéciaux destinés à la facture de pianos ?

Etait-il mauvais gestionnaire ? Toujours est-il qu’en 1840 on le trouve fonctionnaire dans l’administration française du département de l’Algérie, d’abord comme Chef de section à la Sous-Direction de l’Intérieur à Alger, puis comme Secrétaire à la Sous-Direction de l’Intérieur à Bône. Il n’occupera ce poste que peu de temps, jusqu’à son décès le 1. Mai 1842 (13, 18).

 

RÉFÉRENCES

 

(1) - Lieve Verbeeck.
(2) - http://gw.geneanet.org/pdelaubier
(3) - http://gw.geneanet.org/garric
(4) - https://www.geni.com/people/Gabriel-Godefroy-Ignace-Pleyel
(5) - Etat civil numérisé de Strasbourg, Archives départementales du Bas-Rhin. Autres localités consultées pour les BMN et NMD: Saint-Pierre, Saint-Pierre-Bois, Stotzheim, Eichhoffen, Barr.
(6) - Trinques J.J. (2003) - Le piano Pleyel. D’un millénaire à l’autre, L’Harmattan 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique 75005 Paris. Résumé : in Ignace Pleyel. Compositeur, éditeur, facteur de pianos.
(7) - Pleyel Joseph Ignace (1757-1831). Compositeur, éditeur et facteur de pianos.
(8) - Le château d'Ittenwiller.
(9) - Almanach du Commerce de Paris 1798-1799. In : Gallica.bnf.fr
(10) - Archives numérisées, Etat civil Sèvres.
(11) - Archives numérisées de Paris. Fiches alphabétiques et Etat civil 1860-1902.
(12) - http://www.ancientfaces.com/person/gabriel-godefroid-ignace-pleyel
(13) - Archives du département d’Algérie 
(14) - Almanach du Commerce de Paris, 1837, p.1049 ; Almanach-Bottin du commerce de Paris, 1842, p. 319 ; Almanach général de la France et de l’étranger, 1839, p. 641. In : Gallica.bnf.fr. Cf. (1).
(15) - Gazette des tribunaux 25/11/1832, p.4 ; et Gazette des tribunaux, 09/12/1832, p.4. Gallica.bnf.fr ; Cf.(1).
(16) - Journal des débats politiques et littéraires, 19/6/1833, p.4. Cf. (1).
(17) - L’Art décoratif, vol.111, p.178, 1909. Gallica.bnf.fr. cf (1).
(18) - Bulletin Officiel des actes du gouvernement, vol.2, p. 305, 1844. Gallica.bnf.fr. cf (1).

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