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SCHWANDER Henry
à Paris (°1849)

1880

Manufacture de Henry Schwander,
Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 1880, p. 5 (Gallica)

  Manufacture de pianos Henry Schwander.
UNE GRANDE MANUFACTURE DE PIANOS.

"Il nous souvient qu'à une époque où, incertain encore de la direction que nous donnerions à nos études, nous lûmes pris un jour d'un goût passionné pour l'embryogénie et nous nous hâtâmes de collectionner les travaux des maîtres sur cette intéressante matière.

Nous avons encore vivante dans la pensée l'ingénieuse série de dessins qui nous permettaient de suivre tous les développements de l'organisme assez volontiers choisi pour type par les professeurs : le poulet à tous les états de sa vie embryonnaire, depuis le jour où le spermatozoïde s'attache à l'œuf, jusqu'à celui où l'oiseau complètement formé brise la coquille à coups de bec.

Il nous a pris, un de ces jours derniers, une fantaisie toute semblable :

Nous avons voulu suivre, dans toutes ses phases, le développement progressif du piano, nous avons voulu faire l'embryogénie de cet admirable instrument.

Nous aurions pu choisir, pour cette étude, pas mal de grandes maisons parisiennes qui jouissent une grande renommée méritée, mais qui exécutent les opérations do la facture du piano à la façon des artistes, c'est-à-dire quelque peu à la diable, soignant avec amour certains détails de la construction : ou les cordes, ou les mécaniques, ouïes tables d'harmonie, etc., professant un dédain superbe pour la menuiserie, l'ébénisterie ou pour tout ce qui n'est pas, aux yeux du fabricant, le fin mot de l'art du facteur.

Ce n'était pas notre compte, à nous qui avions rèvé une étude complètement et entièrement sérieuse.

Il nous fallait un ordre absolu, mathématique, dans l'organisation des divers ateliers et dans la disposition de leur ensemble, un soin précis dans l'exécution de tous les points du mécanisme et du meuble lui-même qui, étant le bâti de la merveilleuse machine, lui communique ses propres qualités de solidité et de stabilité, et peut seul, par conséquent, lui assurer la durée et un parfait fonctionnement.

Nous devions, dans ces conditions, nous diriger nécessairement vers les ateliers de la rue de l'Evangile, 10, dont Dietrich, qui les a fondés en 1849, et M. Henry Schwander, qui en a pris la direction depuis quelques années seulement, ont fait de véritables modèles d'installation et de savante organisation.

Prévenus d'avance, nous attendions de l'ordre et de la conscience, nous ne pensions pas qu'on eût encore porté à ce point de perfection ces deux vertus maîtresses de tout industriel en général et du facteur de pianos en particulier.

Nous avons indiqué la nécessité absolue de ne rien négliger dans une construction dont toutes les parties concourent, pour une part plus ou moins directe, plus ou moins large, à la valeur de l'instrument.

En voici un exemple frappant. Quel est l'artiste qui, à propos de l'achat d'un piano, se préoccupe des qualités du bois, quel est celui qui songe à s'informer des procédés de dessiccation employés par la maison à laquelle il s'adresse ?

La question est, cependant, capitale.

Il ne suffit même pas, pour que les bois du piano aient contracté cette disposition définitive de leurs fibres qui assure à la fois la stabilité de leurs assemblages et leur rôle vrai dans la sonorité générale, il ne suffit pas que ces bois soient très-exactement desséchés par des procédés artificiels, il faut que, longtemps exposés au grand air, dans des chantiers largement aérés, ils aient spontanément abandonné leur sève et subi les déformations qui se produiraient inévitablement après la fabrication de l'instrument, si elles ne se produisaient alors.

Cette dessiccation spontanée, soigneusement ménagée et patiemment attendue par M. Schwander, ne lui a pas paru encore une garantie suffisante.

Au sortir de ses vastes chantiers, ses bois de toutes essences, découpés à la forme voulue, mais grossièrement encore, dans ses ateliers de menuiserie, y attendent de longs mois, pour prévoir le cas d'une dernière déformation.

Et après même que le piano est entièrement monté en cordes et même semble prèt à livrer, il doit rester réglementairement six mois entiers dans les magasins, où nous en avons compté plus de trois cents attendant leur tour de vente, soumis à des essais presque journaliers, à des vérifications attentives, ayant pour but de constater leur parfaite solidité et leur sonorité digne de la maison et de ses clients.

M. Schwander s'est volontairement rendu nécessaires tous ces soins méticuleux et incessants, en garantissant pendant dix ans tous les pianos qu'il livre.

La manufacture des pianos doit à cet habile et vigilant facteur des innovations d'une grande importance.

C'est ainsi qu'il a supprimé dans ses ateliers qui sont, disons-le en passant, des modèles d'installation, tant au point de vue de la division du travail qu'à celui des dispositions hygiéniques, qu'il a supprimé la Sorbonne, cette vaste cheminée où les ouvriers, sous prétexte de chauffer les bois, pour en dilater les pores et assurer l'adhérence de la colle, les exposaient à un feu de copeaux qui les carbonisait par places et par places les laissait entièrement froids, exécutant ainsi un travail incertain, irrégulier, nécessairement dépourvu de solidité.

Il a créé, pour le chauffage des bois, une étuve spéciale qui leur donne une température certaine et parfaitement uniforme.

On comprendra l'importance de cette innovation, si l'on songe que la manufacture de M. Schwander, qui n'est pas encore la plus grande de Paris,
somme annuellement 5.000 kilogrammes de colle, tant pour les placages que pour les assemblages.

Nous disons avec intention : pas encore, car, sous l'administration du nouveau directeur, la vente annuelle des pianos est montée, en quelques années, de 160 à 500, et ces instruments, connus partout, dans toutes les parties du monde, sont universellement classés au rang des meilleurs et considérés comme propres à accroître encore la réputation dont jouit la France dans celte belle branche d'industrie.

Un fait rare, du reste, dans la fabrication des pianos, et qui ne manquera pas de porter rapidement cette maison au rang des plus grandes pour l'importance de sa production, comme elle y est déjà pour la perfection des produits, c'est qu'elle a résolument renoncé à cette prétention trop générale de fabriquer elle-même tous les détails du piano, sachant que les parties, toutes importantes, de ce délicat instrument, ont besoin d'être confiées à autant de spécialistes rompus depuis longtemps à ce genre de travail.

C'est ainsi qu'elle emploie exclusivement les mécaniques d'une maison qui est incontestablement la première dans celte spécialité, et que nous avons, du reste, déjà fait connaître à nos lecteurs, la maison J. Schwander et Herrhurger.

Cependant, elle s'est réservé la fabrication des cordes, car M. J. Schwander qui sait ce qu'il faut de soins dans le tréfilage du cuivre et, du fer, combien un accident en apparence insignifiant dans ce travail, dans l'enroulement et le déroulement des fils métalliques, dans leur transport même d'un atelier à un autre peuvent modifier, altérer profondément leur sonorité, n'a voulu confier à aucun profane le soin de fabriquer et de manipuler ces précieuses cordes.Nousabrégeons, pensant que ces détails, pris au hasard de nos souvenirs, suffiront pour donner une idée de l'importance de ceLte maison.

N'oublions pas, avant de finir, un point important à signaler. M. Schwander produit pour l'exportation.

Quelques autres maisons, jalouses de leur réputation, et craignant que la déplorable habitude contractée par un trop grand nombre de facteurs, de fabriquer avec la plus complète négligence les produits destinés à l'étranger, ne fût propre à attacher un véritable déshonneur au titre même de fabricantpour l'exportation, se sont volontairement limitées aux besoins de la consommation intérieure.

M. Schwander a compris plus intelligemment son devoir patriotique: il a entrepris de relever aux yeux des étrangers l'honneur de notre fabrique, en apportant le même soin aux produits qu'il leur livre qu'à ceux qu'il destine à notre pays.

Il nous resterait à signaler les récompenses honorables obtenues par le prédécesseur de M. Schwander, à Toulouse en 1854, à Bordeaux en 1865, et par lui-même à Paris en 1875; mais cela nous oblige à rappeler que le jury international de 1878 s'est borné à lui décerner une médaille de bronze, tandis que ...

Il nous est revenu que c'est un parti pris chez le jury de récompenser ainsi modestement les débutants. Pourquoi, lorsque les débutants font preuve d'un mérite égal à celui des plus méritants parmi les anciens, à moins qu'on ne mette, chez les jurys d'exposition, autant d'empressement à décourager les débutants qu'on en met ailleurs à les encourager ?

Heureusement, les jurys proposent et le public dispose, et ceux que celui-ci encourage, il n'est pas donné aux autres de les décourager. L. B." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 1880, p. 5 (Gallica)

Pour les références voyez la page
pianos français 1840 - 1849


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