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ROLLER & BLANCHET
à Paris (°1826)


1827 – 1855

1827

PARIS - "Mais c'est à MM. Roller et Blanchet, boulevard Poissonnière, n° 10, que les dilettants devront des actions de grâces, pour leur invention du piano droit ou vertical, qui occupe à peine le tiers de la place d'un piano carré, et qui rend des sons comparables à ceux des grands pianos à queue.

Les touches en sont peut-être un peu dures; mais l'instrument est neuf, et notre main n'est pas très-exercée.

Au reste, il n'y a qu'une voix sur cette importante amélioration qui nous restituera une partie de nos salons, laissera plus d'espace aux danseurs, et donnera par conséquent plus de mouvement à nos soirées.

Le meuble est agréable à l'œil, l'accord est solide, et les cordes résistent à l'effort le plus violent des touches, parce que les marteaux attaquent au-dessus du sillet. Nous pensons que ces pianos ne tarderont pas à se multiplier dans toutes nos réunions d'hiver." Histoire de l'Exposition des produits de l'industrie française en 1827, Adolphe-Jérôme Blanqui, M. Blanqui, Blanqui (Adolphe-Jérôme), A la Librairie du commerce, chez Renard, 1827

PARIS - "MM. Blanchet et Roller, boulevard Poissonnière, n. 10; frappés de l'avantage qu'obtient le timbre de la position verticale de la table d'harmonie, et de l'amplitude du son qui en résulte, ont cherché à perfectionner un piano droit qu'ils ont exposé sous le n. 983.

Ce piano, à trois cordes, est un peu plus haut que les pianos ordinaires, mais il est d'un bien plus petit volume; le son eu est bien nourri, franc et vigoureux comme celui qu'on obtient de toutes les tables d'harmonie placées verticalement. En outre, les marteaux attaquent en-dessus du sillet, ce qui rend les cordes beaucoup plus résistantes aux efforts des touches.

On peut adapter à ce piano la transposition, mécanisme au moyen duquel on peut, en un tour de clé, monter ou descendre le diapason d'un ou de plusieurs tons.

Ces perfectionnemens sont d'une grande importance; mais, dans ce piano, la condition essentielle de réunir l'utile et l'agréable, n' est pas remplie.

La forme n'en est pas gracieuse et déplaît généralement comme meublant mal; et s'il était porté à un prix plus bas que celui du tarif (1600 et 1800 fr.), il serait plutôt destiné à prendre place dans le modeste cabinet de l'artiste qu'à orner un salon." Journal des artistes, 01/07/1827, p. 558-560 (Gallica)

PARIS - "To remedy the unsightly, inconvenient shape of the piano-forte, MM. Roller and Blanchet, more enterprising than their predecessors, have exhibited an instrument that possesses many advantages.

The upright piano-forte is scarcely known in France, on account of its necessarily being placed against the wall, and, consequently, of the performer's back being turned to the company.

The instrument now spoken of, is, however, vertical, not occupying one-fourth the space required for veu a square instrument, and so low as to admit of the performer being seen over it. This has excited vast attention, and promises to be very successful." The Harmonicon, 1828, p. 6

PARIS - "Piano droit; par M. Roller - Dans ce piano, la table d'harmonie et les cordes sont disposées dans une capacité ou boîte verticale placée en avant du clavier et de l'exécutant, de manière toutefois à laisser une ouverture pouir le passage des pieds du musicien et des pédales.

La largeur de l'instrument n'est que de 17 pouces; sa longueur de 4 pieds. Un volume aussi peu considérable suffit pourtant à loger les cordes des six octaves, la mécanique, le clavier, les pédales, etc.

Ce piano, quoique léger et peu volumineux, rend des sons pleins et bien nourris, son timbre ressemble à celui que pourrait avoir un instrument de grande dimension; la durée de ses vibrations, sans diminuer sensiblement, peut remplier les plus longues tenues.

Le système d'échappement imaginé par M. Roller est ingénieux, et dispose de manière que le marteau arrive sur la corde avec toute la vivacité que lui imprime la touche; il n'est contrarié dans sa marche par aucun frottement." Archives des découvertes et des inventions nouvelles faites dans les sciences, les arts et les manufactures, tant en France que dans les pays étrangers pendant l'année, 1831-32 (Gallica)

PARIS - "[...] Le même membre ( M. Francœur) a expliqué le mécanisme des pianos droits de MM. Roller et Blanchet. Les cordes et la table d'harmonie sont situées dans un plan vertical en avant du clavier; le meuble n'a que trois pieds d'élévation au-dessus du sol, 4 pieds de long et 17 pouces de large : il est léger et d'un transport facile." Nouveau bulletin des sciences, 1833, p. 49

PARIS - "MM. Roller et Blanchet, à Paris, boulevard Poissonnière, n.° 13.

Ils ont exposé des pianos transpositeurs, des pianos à queue [???] et des pianos droits, qui se recommandent par une construction très-soignée." Rapport sur les produits de l'industrie française, 1828, p. 391-395

PARIS - "To remedy the unsightly, inconvenient shape of the piano-forte, MM. Roller and Blanchet, more enterprising than their predecessors, have exhibited an instrument that possesses many advantages.

The upright piano-forte is scarely known in France, on account of its neccessarily being placed against the wall, and, consequently, of the performer's back being turned to the compagny.

The instrument now spoken of, is, however, vertical, not occupying one-fourth the space required for even a square instrument, and so low as to admit of the performer being seen over it. This has excited vast attention, and promises to be very succesfull." The Harmonicon, 1828, p. 6

PARIS - "Je trouve parmi les pianos ordinaires des facteurs exposant cette année, ceux de MM. Pape, Roller et Blanchet, Prilipp, Gaidon, Klein et de plusieurs autres; ceux de MM. Pape, Roller et Blanchet me paraissent mériter une attention particulière.

M. Pape n'a rien qui lui soit propre dans la facture de ses pianos; ce ne sont en général que des imitations du système de M M. Petzold et Pfeiffer; mais la qualité de son est agréable, quoiqu'elle soit un peu lourde et empatée.

M. Roller n'est pas un simple ouvrier, comme tant d'autres facteurs; c'est un artiste qui connaît et qui raisonne les principes qui le guident dans sa fabrication.

L'addition du mécanisme de la transposition inférieure ou supérieure aux pianos ordinaires, est ce qui distingue particulièrement les siens cette année. Mais c'est surtout à l'instrument qu'il nomme piano droit qu'il paraît avoir attaché tous ses soins. Cet instrument mérite que nous en analysions les détails.

C'est une espèce de piano vertical dont la hauteur n'excède pas celle des pianos carrés; elle est de 98 centimètres (3 pieds moins 2 pouces environ ).

Sa base est un parallélogramme rectangle de 1, 78 sur 22 centimètres; le dessus est de la même forme, mais moins long; le parallélogramme est de 1, 36 sur 22.

Le clavier en avant-corps, portésur deux consoles, ne fait saillie sur l'une des grandes faces que de 22 autres centimètres, en sorte que l'épaisseur totale est de 44 centimètres ou 1G pouces.

La forme de ce piano du reste est entièrement symétrique; un vide circulaire ménagé dans le bas de la caisse en allège l'aspect géométral, et laisse place aux pieds de l'exécutant, qui s'assiedsur une chaise ordinaire.

Un piano de concert a communément pour dimensions i, 88 sur 84, ce qui donne en surface 1,57,92

Le piano droit n'occupe réellement qu'une surface de 1, 78 sur o, 22 (puisque le clavier étant isolé ne gêne en aucune manière), ou o,39,16.

Cet instrument ne tient donc que le quart environ de la place d'un piano carré, avantage qui n'est pas à dédaigner, maintenant que les salons sont si petits. Examinons quels sont ceux, de l'instrument en lui-même.

Les cordes sont diagonales, elles s'accrochent au côté droit de la caisse, et les chevilles trois par trois, ou deux par deux, suivant que le piano est à trois ou à deux cordes, sont placées près du bord supérieur au-dessus du clavier.

La courbure du sillet près de ces chevilles, et celle du chevalet sur la table d'harmonie ont été calculées de sorte que les marteaux, frappant au point voulu, puissent être à peu près égaux en hauteur. Les touches sont égales entre elles comme dans les pianos à queue; le tact peut couséquemment être égalisé avec facilité.

L'échappement est aussi simple que celui d'un piano ordinaire ; il n'y a de différence qu'un petit ressort placé devant le marteau pour le rechasser sur sa barre de repos, parce qu'étant presque vertical, son propre poids ne l'y ramènerait que d'une manière lente et indécise.

L'attrape-marteau est fort ingénieux; au lieu de le placer au talon du marteau, comme cela se pratique ordinairement, on a placé l'attrape en avant du chevalet et de l'échappement- sur la touche, et un autre est fiché de manière à ne pas cogner sur l'échappement derrière le manche du marteau. Quand celui-ci retombe, la touche n'est pas encore revenue à son repos et les deux attrapes viennent se prendre mutuellement.

L'étouffoir monté sur un pivot, comme lé marteau, a la forme d'une équerre oblique, qui est enlevée à l'angle par un pilot qni descend sur l'extrémité de la touche ; en sorte que la partie qui porte le molleton s'eloigne des cordes et les laisse vibrer aussi long-temps qu'on a le doigt sur la note.

Pour régler le frappement des marteaux, l'échappement porte un petit laiton taraudé que l'on tourne ou détourne. L'opinion de M. Roller est que le timbre des pianos verticaux est plus agréable qiie celui des autres pianos; que les vibrations en sont plus pures et plus nombreuses, parce que, selon lui, le chevalet n'est pas écrasé sous le poids des cordes ; que l'action de la pesanteur est nulle sur la table d'harmonie elle-même, et que c'est la cause de la supériorité du son du piano vertical sur celui du piano horizontal.

(Je pense qu'à cet égard M. Roller est dans l'erreur. Que l'action soit moindre, cela peut se concevoir; mais qu'elle soit nulle, cela est impossible, car le chevalet élevant nécessairement la corde pour lui donner l'intonation et la sonorité, celle-ci fait un angle avec le point d'attache, et opère une action qui est d'autant plus grande que l'angle est plus aigu, que le diapason est plus élevé, et que le volume de la corde est plus considérable.

La position dfoite ou verticale dé l'instrument ne peut détruire cette action ; je dis même plus; c'est qu'il faut qu'elle existe, et que c'est d'elle que résulte la sonorité. D'ailleurs, le marteau opérant, dans le piano vertical, un refoulement sur la corde, au lieu de la pousser en haut, comme dans les pianos ordinaires, il y a nécessairement une action momentanée, faible à la vérité, mais qui est réelle, tandis qu'elle est à peu près nulle dans la forme horizontale.)

Si d'un autre côté, dit M. Roller, on remarque, qu'il n'est pas nécessaire de pratiquer une ouverture entre le sommier et la table, pour laisser frapper les marteaux;

2° Que les chevilles très voisines dela partie sonore des cordes sont bien plus faciles à fixer que dans le piano carré ordinaire sans fatiguer les cordes;

3° Que le choc le plus violent du marteau ne peut, comme dans celui-ci, couper la corde à la pointe qui sert de nœud acoustique sur le sillet, on ne balance pas à donner encore la préférence au piano vertical sous le rapport de l'accord et de la solidité.

Cependant on regrette qu'un instrument aussi parfait ait le grand inconvénient de ne pouvoir se placer que contre les murs des appartenons, d'obliger par conséquent le pianiste de tourner le dos â l'auditoire, et de refouler la voix dans les poumons des personnes qui chantent en s'accompagnant.

On regrette aussi que le poids et la longueur des triangles, qui transmettent le mouvement de la touche au marteau, nuisent à l'énergie de l'échappement, et par suite à l'intensité comme aux nuances délicates du son.

Le piano droit réunit tous les avantages que l'on vient d'énumérersans avoir les défauts qui avaient fini par rebuter les plus grands partisans des pianos verticaux. Il peut se mettre dans un salon, tourné vers les auditeurs, en sorte que les exécutans ne seront pas plus masqués qu'à un piano horizontal. Le prix de ce piano n'est pas plus élevé que celui du piano ordinaire.

Il tient très peu de place, sans que la force de son harmonie en souffre ; car un piano droit à deux cordes rivalise avec un bon piano à queue à trois cordes. Cet essai a été fait, par plusieurs artistes distingués, dans le magasin de MM. Roller et Blanchet.

Il doit donc être recommandé à l'attention des artistes et des amateurs qui visiteront les produits de l'industrie, comme un instrument sinon absolument digne de leurs suffrages, au moins comme un heureux essai qui mérite leurs conseils, pour arriver au but que les auteurs se proposent, savoir: faire le meilleur piano possible, en réduisant autant que cela se peut le volume du meuble qui le renferme." Revue musicale, 1828, p. 84-88

1833

VALENCIENNES - "Piano de MM. ROLLER et BLANCHET, à Paris (médaille d'argent).

Le piano droit de MM. Roller et Blanchet est un des objets les plus remarquables de l'exposition. Cet instrument est haut de trois pieds, long de quatre, et large de neuf pouces.

Le clavier forme une saillie de huit pouces. Un mode d'échappement très-ingénieux permet aux marteaux de frapper les cordes avec une vélocité beaucoup plus grande que celle ordinaire, vélocité qui reste constante; tandis que dans les échappemens des pianos des autres facteurs, le marteau se meut avec moins de vitesse sur la fin de sa course qu'au commencement.

Cette propriété de l'échappementde MM. Roller et Blanchet donne au clavier une docilité remarquable, permet d'attaquer les notes avec la plus grande énergie, ou de toucher avec la plus grande douceur, depasser du fortissimo au pianissimo avec la plus grande facilité.

M. Blanchet, pendant toute la durée de l'exposition, nous a souvent fait entendre son piano, dont tout le monde admirait la belle qualité de son; les meilleurs pianos horizontaux ne fournissent pas des sons plus pleins, plus forts, ni mieux nourris que ceux de cet instrument, dont les petites dimensions semblaient devoir exclure cesavantages.

L'égalité des sons du piano de M. Roller n'est pas moins remarquable que leur intensité; la basse est ronde et nourrie, le haut est net et argentin, et n'a nullement cette sécheresse qui se rencontre si souvent, même dans les pianos des meilleurs facteurs.

Ces précieuses qualités sont dues tant à la parfaite exécution de toutes les parties, qu'à la manière dont est placée latab le d'harmonie, qui, assujétie sur sa périphérie avec la plus grande solidité, doit vibrer sans obstacle.

Cette table, par la bonne disposition des diverses parties de l'instrument, se trouve plus grande que pelles des pianos carrés.

Les anglais, depuis assez long-temps, construisaient des pianos verticaux; mais M. Roller, parles perfectionnemens qu'il leur a fait subir sous le rapport de l'échappement, de (a disposition de la table d'harmonie, etc. en a fait, eu quelque sorte, un nouvel instrument extrêmement remarquable.

Chromamètre de MM. ROLLER et BLANCHET, à Paris. H° 632.

Ce n'est qu'à l'aide d'une grande habitude, qu'on peut accorder un piano d'une manière satisfesante; en effet, il faut commencer à accorder les quintes, mais il faut bien se garder de les rendre trop justes ; car, lorsqu'on arriverait aux octaves, on aurait un piano horriblement faux.

On doit lorsqu'on accorde les quintes, affaiblir un peu mais d'une manière presqu'insensible, lesquintes successives, de sorte que la dernière note accordée sur la quinte se trouve être exactement l'octave de la première note accordée.

On conçoit que, si au lieu de cet effet, on pouvait accorder les notes exactement, il suffirait d'avoir l'oreillejuste pour être accordeur, tandis qu'il faut avoir acquis une grande habitude, pour obtenir à chaque quinte l'affaiblissement nécessaire. Le chromamètre de MM. Roller et Blanchet fait disparaître complètement cette difficulté.

On peut d'abord le mettre an diapason que l'on désire; il suffit alors de faire mouvoir un petit mécanisme bien simple, pour obtenir tous les tons et demi-tons d'un octave de piano; il ne reste plus qu'à accorder par octave et exactement. Cet instrument est très-ingénieux, il remplit très-bien le but auquel il est destiné." Mémoires, Société d'agriculture, sciences et arts de Valenciennes, 1833, p. 114-116

1834

PARIS - "MM. ROLLER et BLANCHET, à Paris, rue Hauteville, n° 16. - Ils ont exposé trois pianos verticaux, dont l'un est à transpositeur.

Les pianos de MM. Boller et Blanchet sont une modification très-importante des pianos verticaux anglais. Leurs cordes sont obliques, ce qui permet de donner aux cordes basses plus de longueur et par là plus de son.

Il fallait, pour cette disposition, nouvelle, un mécanisme également nouveau: celui de MM. Roller et Blanchet semble satisfaire à toutes les conditions désirables. Les instruments de ces artistes réunissent l'élégance et la simplicité des formes au fini parfait de l’ exécution.

Présentés à l'exposition de 1827, ils ont reçu beaucoup d'améliorations pour arriver au degré d'excellence qui les caractérise aujourd'hui. Des préventions existaient contre ce genre de pianos, M. Roller les a vaincues : sa fabrique occupe aujourd'hui 70 ouvriers, qui font par an 200 pianos verticaux.

Cependant plusieurs fabriques analogues ont été fondées pardes ouvriers sortis de ses ateliers : tant est grand le nombre des instruments de ce genre,' demandés maintenant par le public.

Le jury décerne la médaille d'or à MM. Roller et Blanchet, qu'il considère comme les fondateurs d'une industrie nouvelle." Expo 1834, Rapport du jury central sur les produits de l'industrie française exposés en 1834, Charles Dupin, p. 288

PARIS - "A la veille de la clôture, et lorsqu'on commençait déjà à déplorer l'absence de ces habiles facteurs, MM. Roller et Blanchet ont enfin répondu à l'appel de l'art et payé largement leur tribut. On sait que ces facteurs ont choisi une spécialité, en ne construisant que les instrumens nommés piano droit, et piano transpositeur.

Les pianos en forme verticale ont eu long-temps à lutter contre la prévention du public. On leur reprochait, non sans raison, un mécanisme moins solide, un accord plus difficile, et d'autres inconvéniens attachés à la nature même de leur construction.

Cependant cette forme avait un avantage sur celle des autres pianos: c'est de se prêter a un plus grand nombre d'emplacemens.

Dans un petit appartement, où quelquefois un piano ordinaire cause de sa largeur et de sa profondeur, est embarrassant; le piano vertical n'occupant que la moitié de la place se range très-commodément.

L'importance de ce résultat engagea plusieurs facteurs à de nouvelles recherches pour lui ôter ses défauts. Leurs efforts ont enfin obtenu le plus grand succès car aujourd'hui le piano vertical est porté a un degré de perfection qui doit satisfaire aux exigences des artistes.

Lorsqu'on commença à construire les premiers pianos verticaux, on les fit en forme presque pyramidale, c'està-dire qu'on prit pour modèle les pianos à queue, dont on plaça la caisse perpendiculairement.

Cette idée était la plus simple et celle qui devaitseprésenter d'abord. Ce n'était d'ailleurs une innovation que dans l'application au piano; carie clavecin perpendiculaire ou vertical existait plus de deux cents ans auparavant (On lit dans la Revue musicale (tome VIII, page 193), que Rigoli, de Florence, inventa, vers 1620 le clavecin vertical.

Nous ferons observer que la forme verticale du clavecin existait déjà en 1536. Car on la trouve dans la Wlusurgia de Luscinius dont la première édition parut à l'époque que nous venons d'indiquer.).

On ignore quel est le facteur qui, le premier, a construit un piano vertical (M. Fétis, dit (Revue musicale, tome VIII, p. 202), que le troisième clavecin à maillet, de Marius était vertical.

Le dessin qu'on trouve dans les machines et inventions approuvées par l'Académie Royale des Sciences (tom. III, p. 87), représente cet instrument pris par-devant et en perspective qui, mal exécutée, peut au premier abord induire en erreur.

Mais on n'a qu'à lire le texte qui l'accompagne, et à examiner le mécanisme de la touche pour se convaincre que ce clavecin était horizontal comme tous les autres du môme facteur.); mais c'est en Allemagne qu'on en a fait les premiers essais.

Cette forme une fois établie, on modifia ces instrumens de mille manières, tant pour l'extérieur que pour le mécanisme et la distribution intérieure.

Dans les derniers temps on s'est surtout occupé à diiniuu^i le volume, et à en construire d'une dimension aussi petite que possible sans nuire à la qualité du son.

MM. Roller et Blanchet semblent sous ce rapport avoir atteint des limites qu'on ne saurait dépasser. L'instrument auquel ils ont donné le nom de piano droit, n'a que trois pieds de hauteur sur une largeur de quatre pieds et une épaisseur de huit pouces, non compris la saillie du clavier qui est de sept pouces.

C'est une victoire que d'avoir obtenu dans ces dimensions un instrument à trois cordes et à six octaves, dont le son intense et plein ne redoute pas la comparaison avec celui de pianos beaucoup plus volumineux. Aussi voyons nous avec plaisir que l'usage des pianos droits se répand parmi les amateurs.

En effet, rien de plus commode qu'un petit meuble musical de cette espèce qu'on transporte facilement et qui se place partout où l'on veut.

Ce fut à l'exposition de 1827 que MM. Roller et Blanchet produisirent leurs premiers essais des pianos droits. Depuis lors ils y ont apporté de nombreures améliorations, et ils conviennent eux-mêmes que ces pianos d'essai ne sauraient donner qu'une idée incomplète du degré de perfection où ces mêmes instrumens sont parvenus aujourd'hui.

Les artistes sont encore redevables à M. Roller d'avoir fait revivre l'idée de remplacer, par un procédé mécanique, les difficultés de la transposition.

Il y a assez long temps que des facteurs se sont occupés de cette idée.

Des clavecins avaient déjà reçu un mécanisme transpositeurs. On trouve mentionné un clavecin d'un Nicolas Ramarino où, par le changement de ressorts, le même clavier servait a plusieurs tons différens par degrés semi-toniques. Le P. Kircher en a fait la discription dans le premier volume de sa Musurgie.

Charles Luyton, organiste de la cour de l'empereur Rodolphe II, possédait un clavecin curieux qui avait été construit à Vienne, en 1589.

Les touches supérieures étaient divisées ou doubles, pour exprimer la différence des dièzes et bémols (de sorte que, par exemple, ut dièze et rébémol étaient produits par des cordes différentes). En outre le clavier était mohile, et pouvait se transposer sept fois; ce qui faisait, d'après l'arrangement de ce clavier, une transposition de trois tons (Praetorius, Syntagma mus. t. II, p. 64 et 65.).

L'auteur dont nous avons tiré cette note, ne donne pas le nom du facteur de l'instrument. C'est au reste le plus ancien exemple d'un clavier mobile dont nous ayons connaissance.

Il paraît cependant que ce mécanisme ne trouva pas beaucoup d'imitateurs, et que quelques essais isolés, faits postérieurement, n'ont pas réussi à en généraliser l'usage.

Plus tard, on imagina un autre procédé. C'était de faire un chevalet mobile, au moyen duquel on pût, en raccourcissant ou allongeant l'ensemble des cordes, changer à l'instant tout l'accord de l'instrument.

Mais l'usage de ce chevalet, plus compliqué et moins sûr que celui du clavier mobile, fut bientôt abandonné, et l'on est revenu au premier procédé dont la simplicité doit garantir le succès.

C'est, nous croyons, en Allemagne que les pianos ont reçu d'abord le mécanisme transpositeur.

Un homme ingénieux pour la construction desiustrumens, sans être lui-même facteur, le chambellan Bauer à Berlin fit construire, vers 1786, un piano pyramidal, de huit pieds et demi de hauteur, qui, au moyen de registres, présentait huit changeraens de sons et dont le clavier mobile se transposait de deux tons (Gerber, nouv. Dict., art. Bauer).

Plus tard, ce mécanisme a été reproduit à Vienne, où, en 1823, le facteur Muller se fit donner un brevet d'invention. Ce fut dans la même année que M. Roller présenta a l'exposition son piano transpositeur, dont on reconnut le mérite en lui décernant la médaille d'argent; mais la priorité sur le facteur de Vienne lui appartient, car son brevet porte la date de 1820.

M. Roller a depuis encore perfectionné son instrument, et tel qu'il le présente aujourd'hui, il semble ne rien laisser a désirer. Si jusque la les pianos a mécanisme transpositeur n'ont été faits qu'en petit nombre, ils se répandent maintenant, et semblent, grâce a cet habile facteur, être destinés a un succès complet.

Dans le piano transpositeur de M. Roller, le clavier mobile, mis en jeu par une clef, se transporte a droite ou à gauche sous les cordes; de sorte que, par exemple, la touche qui frappe Y ut passe sous Y ut dièze ou ré bémol, et donnne ainsi un autre système total, sans que le doigté éprouve le moindre changement.

Pour baisser le ton, il suffit de porter le clavier de droite à gauche; et alors, suivant le nombre de degrés qu'on lui fait parcourir, la gamme d'ut se change en celle de si au premier degré, de si bémol au second, et ainsi de suite.

On peut obtenir a l'aigu la même variation : chaque tour de clef élève d'un demi-ton, si c'est en haut, et baisse d'un demi-ton, si c'est en bas. Chacun de ces degrés est d'un demi-ton, et a quelque degré que l'on s'arrête, le clavier se trouve invariablement fixé.

Ce mécanisme, simple par lui-même et tout-a-fait isolé du corps et des cordes de l'instrument, ne nuit en rien à sa solidité.

Nous engageons les personnes qui n'auraient pas vu le piano transpositeur, a visiter les ateliers de MM. Roller et Blanchet. Elles jugeront par elles mêmes de l'excellence de ces instrumens.

MM. Roller et Blanchet viennent d'obtenir la médaille d'or. C'est justice; et nous aimons à les en féliciter."
Gazette musicale de Paris, Volume 1, 1834, p. 245-246

VALENCIENNES - "MM. ROLLER et BLANCHET, Facteurs de la Reine et de l'Institut de France, à Paris, rue Haute-Ville, n°16.  -  Nos 81, 82, 85. — Les trois pianos exposés par ces facteurs distingués ont soutenu la brillante réputation que cette maison avait déjà obtenue à notre précédente exposition.

Ses instrumens d'une construction si élégante réunissent, en même tems, tous les avantages désirables; on a paru craindre seulement que les transpositeurs soient sujets à se déranger, ce qui présenterait non-seulement moins de garantie, quant à la solidité, mais aussi beaucoup d'embarras pour des réparations urgentes. (Rappel de médaille d'argent.)" Expo Valenciennes 1834 dans Mémoires de la Société d'agriculture, des sciences et des arts, de l'arrondissement de Valenciennes, 1835 (Gallica)

"997. Roller et Blanchet, r. Hauteville, 16. Pianos droits à 2 et 3 cordes placées en diagonales, ce qui donne aux basses une longueur de5 pieds. — Pianos droits transpositeurs, avec lesquels on peut changer le diapason de l'instrument à volonté, coûtant 200 fr. en sus des autres." Mémorial encyclopédique et progressif des connaissances, Volumes 4-5, François Malepeyre, 1834

Piano droit perfectionné de 1831,
Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie, 1832

PARIS - "1508 (997.) MM. Roller et Blanchet, rue Hauteville, n° 16, à Paris, reçurent en 1823, la médaille d’argent qui a été rappelée par le jury de 1827.

Ils se sont attachés à rendre plus parfaits les pianos verticaux qui nous vinrent d’abord d'Angleterre; ils y sont parvenus par deux moyens qui consistent, le premier à tendre les cordes obliquement, ce qui donne aux cordes basses plus de longueur et plus de son, et le second à adapter à l'instrument un mécanisme nouveau qui satisfait à toutes les conditions désirables.

Par l'effet de ces perfectionnemens, MM. Roller et Blanchet ont en quelque sorte créé une industrie nouvelle, qui leur a fait accorder la médaille d’or.

Le public recherche leurs pianos verticaux, et, quoiqu’ils en fabriquent 200 par an, ils ne peuvent répondre à toutés les commandes." Le musée artistique et industriel: exposition 1834, p. 200

1839

PARIS - "Cette maison a exposé deux pianos droits à cordes obliques, un piano à queue à deux cordes et un piano à queue vertical.

C'est à MM. Roller et Blanchet qu'on doit la création de ce genre de pianos qu'on appelle droits et dans lesquels les cordes sont obliques; ces habiles facteurs se maintiennent toujours au premier rang, et leur établissement est aussi digne que jamais de la médaille d'or qui lui a été accordée en 1834." Rapport du Jury Central, Exposition, des produits de l'Industrie Française en 1839, M. Savart, rapporteur, 1839

'Nouvel échappement', invention de 1835,
Description des machines et procédés spécifiés dans les brevets d'invention, 1835
, p. 404 - p. 188 pl. 8

PARIS - "ROLLER et BLANCHET, à Paris, 16, rue Hauteville. -- Médaille d'argent en 1823, rappel en 1827, médaille d'or en 1834.

— Pianos. — On aime à suivre M. Roller dans son essor industriel; il est né facteur comme on naît poète; dès sa jeunesse, un entraînement instinctif dut le porter vers l'art qu'il était appelé à faire grandir. Ce facteur, jeune encore, est élève de son père, qui, à l'imitation de Sébastien Erard, se mit à établir des pianos dès l'an 1790.

PARIS - "Roller, vers 1821, remarqua combien était vicieux le mode de construction des pianos; nos pères faisaient d'abord la caisse, et ils ajustaient ensuite les charpentes intérieures destinées à résister au tirage des cordes, qui fut et sera toujours une des grandes difficultés de l'art de la facture; la somme de ce tirage dans un piano carré ordinaire peut être estimée à 5 à 6,000 kil.

Il changea tout-à-fait ce système, et il ne colla plus les parois de ce meuble qu'après avoir établi le bâtis intérieur. Il chercha à substituer une division correcte du chevalet à celle qui était alors fort défectueuse, et améliora la pureté du son et la facilité de l'accord par de nombreux changemens dans la disposition du sillet et des contre-pointes.

Nous citons les travaux antérieurs de M. Roller, parce que chaque année, chaque mois même, apporte dans sa fabrication une innovation heureuse, et qu'il serait difficile d'énumérer autrement tout ce que la facture ordinaire doit à son heureuse imagination et à son ingénieuse exécution.

Nous voici arrivés à son piano transpositeur, qui fut la base de sa réputation; mais, pour M. Roller, cette invention si remarquable n'était plus un problème difficile à résoudre, car le mouvement du clavier à droite ou à gauche n'exigeait que deux conditions :

1° les marteaux, parfaitement en ligne droite;

2° les espaces des groupes de chaque note bien egaux, et, comme je viens de le dire, ce facteur était déjà parvenu à les remplir.

M. Roller, par cette invention, est venu en aide aux amateurs et même à quelques professeurs, en leur rendant facile la transposition d'un ton dans un autre.

De 1823 à 1827, M. Roller chercha à améliorer la puissance du son dans les pianos carrés ; il échangea la place des sommiers (celui des chevilles et celui des pointes d'attache) qu'il fabriqua en fonte.

Depuis long-temps cet échange était pratiqué dans la facture anglaise ; mais nous croyons que c'est à M. Roller qu'on doit l'idée de faire régner la table d'harmonie sous une espèce de pont et qui suil-â forme du chevalet, et sur lequel les pointes d'attache trouvent l'immobilité nécessaire à la solidité de l'accord de cet instrument, ce qui est une des nombreuses conditions de la vibration parfaite et de la sensibilité du mouvement des chevilles.

En 1826, vers l'époque de l'association de M. Roller avec M. Blanchet, dont les connaissances profondes en mathématiques et en physique sont souvent venues en aide à M. Roller, M. Blanchet, étant allé chez y remarqua un piano vertical anglais; il s'aperçut combien il était embarrassant, placé dans le milieu d'un salon, ou contre un mur, l'exécutant tournant alors le dos à la compagnie.

En rejoignant son associé, il lui posa ce problème: Abaisser la hauteur du piano vertical de manière à pouvoir le placer au milieu d'un salon comme le piano carré sans rien diminuer des qualités qui le distinguent. M. Roller entreprit de le résoudre, et l'apparition de ce nouveau genre de piano fut un événement dans le monde musical.

Tous les facteurs se mirent à copier ou à imiter les pianos droits ( ou pianos verticaux à cordes diagonales) de Roller et Blanchet. Cette dénomination fut donnée par l'auteur à ses pianos, pour éviter qu'on ne les confondit avec les pianos en secrétaire ou piano de cabinet, en usage depuis long-temps en Angleterre.

A l'exposition de 1834 on comptait presqu'autant de pianos verticaux, de trois à quatre pieds, que de pianos carrés, et leur nombre était peut-être encore plus considérable cette année.

Avant M. Roller, les pianos verticaux péchaient par les basses et étaient criards dans le haut : ils ne servaient que comme jouets d'enfans; on fut donc tout étonné d'entendre, à l'exposition de 1827, un piano droit qui faisait plaisir et qui était agréable par sa forme petite et élégante. Nous indiquerons à ceux qui désireraient plus de détails sur ce piano droit l'examen qu'en a fait, d'une façon si habile, M. F. J. Fétis dans la Revue musicale (tom. II, p. 82).

Cependant le premier mécanisme, qui paraissait alors parfait, fut loin de satisfaire M. Roller; il l'abandonna et il le remplaça par un nouvel échappement, supérieur à ceux des pianos verticaux anglais.

Dans ceux-ci l'échappement est fixé sur la touche, et fonctionne dans une entaille faite à la noix du marteau près de son pivot ; par le frottement d'un bouton sur une partie coupée en pente, cet échappement, au fur. et à mesure qu'il monte en poussaut le marteau vers la corde, se renverse peu à peu, quitte l'entaille et le laisse retomber à son point de repos.

Ce décrochement est sensible sous le doigt qui met en mouvement la touche ainsi que le frottement du bouton sur la pente de l'échappement.

Dans le système de M. Roller, au contraire, le jeu de l'échappement se fait sur la touche par l'extrémité opposée; l'autre est fixée à la noix du marteau, près du pivot, par une goupille sur laquelle il peut tourner.

Une petite équerre, mobile sur son angle, est placée à l'angle ouvert en dedans, derrière le bas de l'échappement, à une distance nécessaire à son jeu seulement, de telle sorte qu'une branche est parallèle a cet échappement et lui est unie par un petit fil de cuivre.

Presqu'au bout de la touche est une entaille et une vis à tête ronde, qu'on peut hausser ou baisser pour régler le jeu du marteau. En posant le doigt sur la touche, l'échappement est soulevé, en même temps, par la vis à tête ronde ; la branche horizontale de l'équerre l'est pareillement.

Par ce mouvement, la branche parallèle à l'échappement se renverse, l'attire à elle parle petit fil de cuivre qui y correspond, et lorsqu'il est arrivé au bout de sa course, après avoir fait frapper le marteau sur la corde, il retombe par son poids et celui du marteau dans l'entaille pratiquée au bout de la touche.

Deux petits ressorts, l'un placé devant le marteau, l'autre derrière l'équerre, ramènent immédiatement toutes les pièces en place après leur effet.

On voit que, par ce moyen, le marteau doit arriver sur la corde avec toute la vivacité que peut lui imprimer la touche. Rien de l'impulsion donnée n'est affaibli ou modifié. On peut lire avec intérêt le rapport fait à l'Institut sur cet échappement, le 18 juin 1832, et celui de la société d'Encouragement, de la même année. M. Roller appliqua encore à ses pianos un système nouveau d'attrape-marteaux, qui est un modèle de simplicité.

L'échappement de M. Roller, déjà si facultatif en 1834, a reçu encore depuis un nouveau degré de perfectionnement. L'inventeur a abaissé le point de contact de la touche avec l'échappement de façon que l'arc décrit par l'extrémité de celui-ci est le plus doux possible, et que le frottement dans le jeu de ces deux pièces importantes du mécanisme est diminué considérablement.

On peut comparer à cet égard le dessin de l'échappement joint au rapport de l'Institut et celui adapté aux nouveaux pianos droits de l'exposition de 1839.

Cette spécialité, pour ainsi dire, de la facture des pianos droits, a remporté la médaille d'or en 1834 ; au suffrage unanime du jury est venu se joindre celui des grands artistes ; aussi nous voyons figurer au nombre des acquéreurs de cet instrument les Berton, les Auber, les Onslow, les Désorméry, les Pradher, les Zimmermann, les Woët, les Nadermann, les Thalberg; MM. Levasseur, Ponchard, Ch. Plantade ; Mmes Dorus-Gras, Falcon, Rigaud et bien d'autres encore sont venus confirmer ce jugement.

On croirait peut-être que M. Roller, satisfait d'un aussi brillant résultat, va s'arrêter et jouir tranquillement de ses précédens travaux ; mais non, ce facteur a compris que, dans l'industrie, s'arrêter c'est reculer : il s'est remis au travail, et a cherché par mille moyens à résoudre cette question, restée toujours sans solution complète, malgré les efforts de nos plus habiles facteurs, pour qui l'Angleterre n'offre plus de rivaux.

Augmenter la puissance de la sonorité dans le piano, de manière à ce qu'il devienne un instrument d'orchestre dans un vaste local : M. Roller a tâché d'arriver à cette solution par deux moyens ; 1° dans le piano à queue à table renversée (trois cordes) il fait attaquer les marteaux en dessus du sillet.

Il place ensuite, le plus près possible du plan des cordes, le pivot au centre du marteau, afin de rapprocher, autant que possible, de la perpendiculaire à la corde la direction du dernier élément de l'arc décrit par le marteau; ce qui permet d'utiliser une partie d'autant plus grande de la force d'impulsion transmise par le mécanisme.

Le second moyen par lequel M. Roller croit arriver à résoudre le problème, c'est son piano à double queue (à trois cordes sur l'une et l'autre table).

Au moyen d'une pédale, on peut, en jouant, isoler à volonté l'un et l'autre système de marteaux, en conservant au clavier la facilité ordinaire, et ajoutant aux ressources de l'exécutant pour nuancer ses effets.

On conçoit aisément que le tirage des cordes supérieures et inférieures, établi sur les deux tables entièrement symétriques, donne évidemment une garantie pour la solidité de l'accord.

Ces deux pianos, que nous avons examinés avec une scrupuleuse attention dans les ateliers de ce facteur, et qui n'ont pu être exposés faute d'espace, ajouteront, nous n'en doutons nullement, à la réputation de leur auteur.

Nous ne nous occuperons pas des pianos droits à 6 octaves, ni de celui à 6 octaves et demie, parce que c'est le même système-perfectionna il est vrai, que celui qui a obtenu la médaille d'or.

M. Roller a d'autres titres à faire valoir ; nous arrivons à son application de l'invention de M. Le Père, membre de Institut d'Egypte; ce savant architecte auquel Paris doit la colonne de la place Vendôme.

Les recherches de M. Roller au sujet de cette invention sont innombrables. On peut s'en faire une idée, en éliminant le régulateur oculaire de raccord, tel que M. Le Père le soumit à ce facteur. Il est des choses qui, pour être utilement employées, ne peuvent être imparfaitement exécutées.

M. Le Père, frappé depuis fort long-temps du grand inconvénient qu'offrait le panu dans la difficulté de maintenir et d'établir l'accord, chercha à le faire disparaître. Étant parvenu à résoudre son problème par un certain mécanisme, il s'adressa à M. Roller pour le perfectionner et l'appliquer aux pianos.

Avec le piano muni du régulateur, on n'a plus besoin d'accordeur, quand même on serait sourd. Par l'emploi d'un moyen matériel, indépendant de la perception des sons, chacun peut accorder son piano; ce moyen consiste en un in dicateur sensible à l'œil, pour le règlement duquel la vue remplace l'ouïe.

MM. Le Père et Roller assujettissent les cordes métalliques à l'action d'un ressort, et, au moyen d'un indicateur adapté à ce ressort, on peut se rendre compte-du degré de tension ou de détension de ces cordes. on sait que le désaccord d'une corde est produit par l'effet de la rétractation ou de la dilatation du corps qui la compose, ou souvent encore par l'action météorologique sur les pointes d'attache de ces cordes.

Par emploi d'un ressort, de forme circulaire dans le haut, et plus ou moins allongé dans le bas, lequel porte un indicateur qui montse l'action quelque minime qu'elle soit de la corde sur ce ressort, MM. Le Père et Roller sont parvenus à déterminer à la vue la perte de l'accord métallique, cette perte étant même insensible à l'oreille la plus exercée.

Quand le piano est parfaitement d'accord, on règle tous les indicateurs au moyen -d'une petite vis; cet indicateur étant tenu aux deux bras du ressort, en sentira toutes les variations si la corde se détend ; il en sera de même dans le ressort, alors l'indicateur descendra ; si, au contraire, il y a surcroît de tension, l'indicateur remontra.

Alors, au moyen de la vis de tension à laquelle est attaché un bras du ressort, -et qui se trouve fixé au sommier, on tend ou détend le ressort, jusqu'à ce que l'indicateur soit ramené au point fixe de l'accord.

Ainsi, en ouvrant son piano, l'amateur, sans frapper les touches, n'aura qu'à ramener, au mojen de la vis du sommier, les indicateurs divers qui auraient changé de place dans leurs position primitive, et l'instrument sera d'accord.

L'application de ce régulateur aux pianos n'augmentera la dépense que d'environ 200 fr., qui seront bien compensés par les frais et l'ennui causés par les accordeurs. Une des choses les plus remarquables de cette invention c'est le petit espace occupé par ces divers ressorts dans le piano à deux cordes exposé; car il s'agissait de résister à une force d'environ 12,000 livres.

Beaucoup de personnes ont demandé s'il n'était point, à craindre que le ressort ne faiblit par une tension prolongée ; M. Le Père a chez lui un ressort qui, depuis nombreuses années, supporte un poids double de celui voulu par la corde, et qui n'a éprouvé aucune variation perceptible dans sa force. M. Roller, pour éviter dans les pianos à trois cordes un trop grand nombre de ressorts divers, est parvenu à adapter les trois cordes de la note au bras d'un seul ressort.

Il s'est convaincu, par des épreuves souvent réitérées, que des cordes parfaitement homogènes éprouvaient toujours les mêmes perturbations.

Si une corde se casse, on la rattache, on la tend ensuite convenablement avec les chevilles anciennes qu'il a conservées, et on finit par rétablir l'unisson parfait au moyen d'une petite vis de rappel dont chaque corde se trouve munie et qui est fixée sur la petite pièce mobile destinée à réunir les trois cordes pour les joindre par un crochet au bras du ressort.

A cette invention M. Roller a joint un nouveau perfectionnement dans la construction de ses pianos, qui consiste à remplacer les chevilles ordinairement employées dans les pianos, par des vis de tirage dont l'extrémité tient aux ressorts; ces vis avancent et reculent sans tourner sur elles-mêmes.

Ce facteur a supprimé également l'emploi des pointes en cuivre fixées sur l'ancien sillet en bois et qui ont été employées jusqu'à présent pour déterminer la partie vibrante de la corde.

Ce procédé ancien produisait un frottement excessif sur les cordes, qui les faisait souvent casser en cet endroit, et la cheville n'agissait d'une manière immédiate que sur une partie de la corde qui ne doit pas vibrer, tandis que son action n'est que successive, fort lente et incomplète sur la partie vibrante ; M. Roller a remplacé le sillet ordinaire par un sillet mobile en métal, qui se meut dans une petite rainure.

Ce sillet est percé d'un trou pour chaque corde qui y est fixée au moyen d'une vis, de sorte qu'en tendant ou détendant la corde, le sillet fait un mouvement de rotation qui emmène la corde, laquelle alors se tend ou se détend sans aucun frottement.

Le piano, grâce à l'invention de M. Le Père, et aux perfectionnemens successifs de M. Roller, semble avoir atteint une perfection à laquelle il était difficile de croire qu'il pût jamais atteindre.

Un des plus beaux résultats de MM. Roller et Blanchet, et que le gouvernement n'a pas peut-être assez apprécié, c'est que ces facteurs sont parvenus, sans rien demander à des mains étrangères, allemandes ou anglaises, à produire des instrumens qui rivalisent depuis dix ans avec ce que les Broadwood et les Stodart ont fait de mieux; et que les frontières se trouvent pour ainsi dire fermées aux pianos de Vienne et des bords du Rhin, si attrayans sous le rapport du bon marché.

L'atelier de Roller a fourni de nombreux facteurs ; MM. Boutron, Guerber, Moniot, Thomas, Souffletto, Mercier, Gibaut, Bernard, Mermes [Mermet], etc., etc., sont de jeunes facteurs, tous Français qui ont fait chez lui leur apprentissage ; plusieurs d'entre eux figuraient avec distinction à l'exposition.

Cette maison est une des quatre premières de Paris pour l'importance numérique; mais une erreur dont nous sommes amenés à parler, c'est de mesurer l'importance d'une maison au nombre des ouvriers qu'elle occupe.

Il est évident que celui qui crée ne peut produire autant que celui qui se borne à exploiter les procédés connus ou copier des produits étrangers ; c'est aussi un mérite, nous l'avouons, mais tout le monde pensera avec nous que le premier est supérieur à l'autre de la hauteur du talent au génie.

Le roi, dans sa dernière visite, a écouté avec une grande attention l'explication du régulateur, et a fait compliment aux auteurs sur la simplicité du mécanisme et sur son excessive précision. Justice a été rendue à M. Roller à l'exposition dernière ; en 1839, ce facteur a mieux fait encore; il y a chez lui progrès." Lucas Al. Panorama de l'industrie française publié par une société d'artistes et d'industriels sous la direction de M. Al. Lucas, 1839, p. 97 (Gallica)

PARIS - "Roller et Blanchet.  -  Nous sommes convaincu que le piano droit, auquel cette ancienne maison doit sa réputation, finira par éloigner les pianos horizontaux de la plupart des salons, comme le piano carré à échappement a remplacé le piano à chasse-marteaux, qui faisait cependant les délices de Dusseck à la mort du majestueux clavecin, comme un repas médiocre fait les délices du voyageur affamé.

Le piano droit fit sa première apparition à l'exposition de 1827; ce meuble est élégant, symétrique, il n'a qu'un mètre de hauteur sur deux décimètres d'épaisseur; aussi a-t-il été regardé comme une bonne fortune dans les quartiers fashionables de la capitale, où la valeur de l'espace est d'un prix exorbitant. Un mètre carré vaut aujourd'hui 1,000 fr., rue Neuve-Vivienne; le coin du café Tortoni s'est vendu 9,000 fr. la toise, et 7,000 un peu plus haut. On se récrie à Bruxelles, quand le pied carré se vend 7 à 8 fr.

Mais revenons aux pianos droits, qui nous ont surpris par l'ampleur, la portée lointaine et le mordant de leurs sons; c'est que le son n'est pas proportionnel, comme on pourrait le croire, à la dimension des tables de résonnance, car il faut encore que ces tables puissent être mises en vibration.

La guitare, par exemple, a moins de son que le violon, bien que ses tables aient plus d'étendue. Nous entrerons plus tard dans le développement de cette curieuse théorie qui paraît avoir été perdue pour tous les facteurs, depuis les Amati, les Stradivarius, les Guarnerius, et les Steiner, et qui vient heureusement d'être retrouvée par M. Sax.

Le piano droit a ses cordes placées diagonalement, de sorte que les bases ont toute l'étendue dont elles ont besoin; lepianino, dont les cordes sont perpendiculaires, ne jouit pas de cet avantage : ce n'est qu'un piano vertical rapetissé, et dont les cordes graves sont trop exiguës pour n'être pas pauvres de son; il est vrai que cela suffit dans un petit appartement.

L'échappement de Roller a cela de particulier qu'il fonctionne dans la touche à laquelle il n'est pas attaché, au lieu de fonctionner dans la croix du marteau; il y a dans ce système une instantanéité et une énergie extraordinaires.

On conçoit tout le parti que peut tirer un artiste d'une obéissance aussi entière; rien ne peut l'entraver dans le cours de ses inspirations; Louis Adam, le Nestor des pianistes de France, disait du piano de Roller et Blanchet : Quand je suis assis devant un instrument de ce genre, je m'identifie tellement avec lui que j'oublie qu'il y a un intermédiaire entre la musique et moi.

Roller et Blanchet sont tous les deux fils de maîtres et Parisiens. Ils ont élevé leur manufacture au premier rang avec tous ouvriers français, et ils ont cru pouvoir se dérober au joug que les artistes influents font peser sur la généralité des facteurs; il faut espérer que ces courageux Spartacus mettront de la persévérance dans leur révolte, et qu'ils appelleront les membres de la confrérie des luthiers non sur le mont Aventin, mais aux Vendanges de Bourgogne, ou au Cadran Bleu, pour aviser aux moyens de ne plus nourrir gratis l'estomac exigeant de messieurs les artistes et professeurs.

La grande simplicité de l'ébénisterie de MM. Roller et Blanchet et la monotonie de leurs modèles sont un peu fatigantes; mais c'est peut-être un moyen d'économie bien entendu, qui les distingue de leurs confrères dont le luxe envahit le domaine des Jacob et des Bellangé.

Depuis l'exposition de 1827, ces habiles facteurs n'ont pas fait moins de 10 pianos par mois, et ils en font un bien plus grand nombre aujourd'hui.

Les fabricants de pianos ne sont pas exempts de jalousie, cet enfant de l'antagonisme auquel se trouve livrée l'industrie moderne; aussi chacun cherche-t-il à obtenir de temps en temps un petit bout de réclame auprès des journalistes, chez lesquels les imprudents amis ne font pas faute, à en juger par celui qui, cherchant à faire valoir les instruments de Laurent et Wœlffel, écrivait :

Si Mozart avait eu un piano de ces messieurs, il aurait fait quelque chose de mieux que Don Juan et la Flûte enchantée.

C'est comme si l'on disait que Rubens eût fait de plus belles choses, s'il eût eu des pinceaux d'Alphonse Giroux.

Expériences de Lepère sur le piano.

Le nom de Lepère, que la campagne d'Égypte et la colonne de la grande armée doivent transmettre à la postérité, laissera aussi des traces précieuses de son passage dans le champ de la musique. S'il est tant d'hommes qui ne peuvent toucher à quelque chose sans y causer des avaries, il en est heureusement quelques-uns qui, comme Lepère, améliorent tout ce qu'ils touchent.

M. Lepère fait partie de ceux qu'on appelle, en ricanant, des hommes universels.

Michel-Ange, Benvenuto Cellini, et presque tous les grands artistes de la renaissance étaient forcés d'être des hommes universels, alors que tout ce qui les entourait n'était capable ni de les comprendre ni de les seconder. En général tous les créateurs ou importateurs d'un art ou d'un métier doivent savoir exécuter eux-mêmes tout ce qui s'y rapporte.

Par exemple, quand nous avons importé, en 1816, la lithographie en Belgique, jamais nous n'eussions réussi à créer un établissement durable sans avoir appris par nous-même à nous passer de tout secours étrangers, tant sous le rapport chimique que pour la partie mécanique, artistique et matérielle.

Nous savions fort fcien qu'il n'y a pas d'aide à espérer dans une industrie naissante, et qu'en nous bornant à la spécialité, soit du dessin, soit de l'imprimerie, nous serions resté en chemin comme une voiture à une seule roue.

La spécialité est une invention de ces derniers temps: on s'est figuré que les branches de nos connaissances modernes étant si nombreuses, c'était assez pour un homme d'en cultiver un petit rameau.

Nous sommes tenté de croire que les monopoleurs de l'instruction publique n'ont eu d'autre but, en divisant et en subdivisant à l'infini l'arbre de science, que de faire du bois dont on fabrique des chaires et des fauteuils pour tous ses amis et connaissances.

On a déjà tant fait de sciences, qu'il en faudra bientôt faire une pour expliquer seulement le catalogue des autres, que pas un seul érudit ne peut se flatter de connaître aujourd'hui.

La manie du spécialisme scientifique est, à notre avis, le moyen de faire des monomanes, qui, hors de là, ne sont que des hommes excessivement ordinaires; les gouvernements tombent néanmoins dans le singulier travers de les considérer comme des hommes universels, puisqu'ils les introduisent dans toutes les commissions, dans tous les conseils, et leur offrent souvent le cumul des fonctions les plus étrangères à leurs études : il y a du Médecin malgré lui dans cette manière de forcer un homme à savoir ce qu'il n'a pas appris, et du Vatel à vouloir accommoder, par exemple, un Poisson à toutes sauces.

On nous dit cependant que toutes les sciences sont sœurs, comme tous les arts sont frères, et qu'ils se tiennent par la main. Il doit donc être assez facile de lier connaissance avec eux, quand on prend la bonne habitude de se joindre à leurs farandoles. Un spécialiste peut bien dire :

C'est assez d'une langue pour l'étude de ma vie, et il a raison jusqu'à un certain point de purisme inutile; mais le cardinal Mezzofanti en connaît SO, et notre frère puîné en professe 14. Or, il en est des sciences comme des langues et de la richesse : plus on en a, plus il est aisé d'en acquérir.

Nous ne sommes donc pas plus étonné, quand on nous parle d'un homme universel, que d'un millionnaire. Nous en douterions seulement si on nous le montrait tous les jours au café, au théâtre ou à l'estaminet. Ce n'est pas là non plus que nous avons rencontré le célèbre architecte dont nous allons parler.

M. Lepère se mit un jour en tête d'empêcher son piano de se discorder; il commença par attacher des poids convenables à chacune de ses cordes; mais 200 fois 1S kil. faisaient trois tonneaux pendus à son piano; c'était bon, mais c'était ridicule; il en faudrait le triple, aujourd'hui que les cordes sont trois fois plus grosses qu'à l'époque de son expérience.

Après bien des essais, M. Lepère s'arrêta à une idée simple : il substitua au poids réel un fort ressort armé d'une aiguille, imité des romaines ou pesons que l'on emploie encore pour peser le lin, le foin et autres marchandises, surtout à Lyon où tout le monde a sa romaine en poche, même les cuisinières qui s'en servent pour vérifier en un clin d'œil le poid du beurre, du poulet, ou du fruit qu'elles achètent.

Lepère associa Roller à ses travaux pour appliquer son système aux pianos modernes. Il ne pouvait s'adresser mieux : le génie sait flairer le génie.

Roller est modeste comme un homme qui sait, et il est le juge le plus sévère de ses propres œuvres. Nous avons vu deux de ses pianos, l'un à queue, à deux cordes; et l'autre vertical unicorde, muni de ses appareils.

Ayant été discordés à dessein, nous avons vu une dame et une jeune demoiselle remettre les aiguilles sur leurs points de repère, et l'accord redevenir parfait :

Voilà sans doute une jolie découvèrte qui fera époque dans l'histoire des instruments à corde, quel que soit le sort qui l'attende.

M. Ghailliot fils s'occupe de l'appliquer à ses harpes; s'il nous délivre ainsi des ennuis de l'accordage, Dieu soit loué! car nous n'avons plus l'oreille turque (On conte qu'un envoyé turc sous l'empire, assistant pour la première fois à l'opéra, prêta la plus grande attention au charivari que font les musiciens pour se mettre d'accord. Vient ensuite l'ouverture après laquelle on demande au Turc comment il trouve ce morceau : Je préfère le premier, dit-il.).

Nous pensons que l'on n'obtiendra un résultat complet de ces régulateurs qu'autant que le piano sera tendu de cordes homogènes en fer ou en acier, sans cuivre ni laiton : car ces différents métaux, s'impressionnant diversement sous la même température, il doit en résulter des variations inégales. Mais avec des cordes de même métal toutes les aiguilles varieront simultanément et l'accord sera conservé.

La dilatabilité du fil de fer est de 0,001,233; celle du laiton est de 0,001,878, et celle de l'acier de 0,001,079, pour cent degrés centigrades. On voit qu'il est urgent de n'employer qu'un seul métal, et M. Lepère, qui a si bien calculé la dilatabilité des bas-reliefs de la colonne Vendôme, ne peut qu'approuver cette indication.

On conçoit que le plus. beau service à rendre à la musique, serait un moyen simple et infaillible de conserver l'accord du piano; nous sommes fier de pouvoir annoncer au monde harmonique que M. Sax père l'a découvert, et qu'il vient d'obtenir un brevet pour ce mécanisme que nous n'avons pas encore vu; mais comme jamais M. Sax ne nous a flatté d'une découverte sans tenir parole, nous y croyons.

Ainsi le piano discord, ou plutôt le piano faux (On confond généralement dans le monde les mots discord et faux. Le piano faux est celui qui présente des tons impraticables, des tons mal coordonnés : la difficulté est évidemment de s'arranger pour que les demi-tons ne soient ni diatoniques, ni chromatiques; ils doivent être égaux avant tout; mais aussi moyens entre ces deux espèces.

Il est impossible, sans cette condition, que la touche noire puisse, dans tous les tons, servir simultanément de dièse pour la touche blanche qui la précède, et de bémol pour la touche qui la suit en parcourant le clavier du grave à l'aigu.), qui est le choléra des musiciens et des amateurs, finira par disparaître de nos concerts, comme la lèpre est disparue de nos hôpitaux.

L'objection la plus sérieuse qu'ait fait naitre le mécanisme de Lepère, c'est que l'attaque énergique des cordes risquait de les soulever du sillet mobile sur lequel chacune d'elles est appuyée, ce qui pouvait occasionner un frôlement désagréable. Mais la tension des cordes est telle, qu'il faudrait une force quintuple de celle dont le plus vigoureux pianiste peut disposer, pour que cet effet fût à craindre.

Les cordes de ce système ne subissent aucune torsion, car elles sont tendues par une vis de rappel, et non par une cheville. Il en résulte qu'on peut en quelques minutes baisser le piano d'un quart de ton et le remettre à son diapason ordinaire, quand on le désire. Roller avait tracé sur les ressorts du piano unicorde dont nous venons de parler, une ligne qui permettait de le baisser d'un quart de ton juste.

Il y a plaisir d'inventer quelque chose à Paris : les premiers encouragements viennent toujours de la famille royale : c'est la princesse Clémentine qui a voulu avoir le premier unicorde. C'est la maison Pleyel qui s'est empressée d'acheter la première licence. Elle avait même exposé un pianino pourvu de l'appareil Lepère.

Le breveté vend ses ressorts de 1 fr. 25 à 1 fr. 50; les facteurs belges pourraient donc s'en procurer aisément,- mais nos sociétés pianifères sont malheureusement tombées en deliquium, comme dit l'abbé Sibire, sous les coups de l'agiot hébraïque et du bois vert.

Il y a, parmi les pianistes de Paris, un aveugle nommé Montal qui fabrique ses pianos lui-même; ce qui a fait dire à un journaliste : qu'à deux pas l'un de l'autre se trouvaient un artiste privé de la lumière, qui avait fait un piano superbe, et un sourd qui accordait le sien luimême.

Un jour que Montal causait, à l'exposition, avec plusieurs de ses confrères, il se prit à dire que la vue était plutôt un obstacle qu'un secours pour le musicien.

« Ah! oui, je comprends, reprend le neveu de Dusseck; c'est comme le sansonnet auquel on crève les yeux pour qu'il chante mieux. »

Ces mots, prononcés avec l'accent allemand de Neukom, ont couru tous les salons de Paris; mais personne n'a voulu essayer de la recette de Montal.

On ne se fait pas une idée de l'ardeur avec laquelle les fabricants recherchent la faveur étrange de fournir les pianos qui servent dans les concerts; ils les donneraient, et les donnent quelquefois gratis aux artistes qui consentent à les employer.

Ainsi, quand vous lirez au bas d'un programme cette ligne obligée : Le piano sort de telle fabrique, il ne faut plus dire :' Qu'est-ce que cela fait ? Car cette ligne a peut-être coûté bien cher à des gens qui se ruinent à force de succès de cette nature.

Quand Thalberg vint donner son premier concert à Paris, Erard et Pleyel, qui l'avaient reçu avec une égale courtoisie, réclamèrent avec une égale insistance l'honneur de fournir le piano.

Thalberg ne crut pouvoir se libérer qu'en jouant alternativement sur les deux instruments que ses deux amphitryons avaient fait apporter, et qu'en répétant les mêmes morceaux sur chacun d'eux. Le bon Thalberg croyait ainsi ne pas faire de jaloux; mais, au lieu d'un il en fit deux.

Il ne connaissait pas sans doute ce joli distique de M. Lesbroussart :

Malheur à qui caresse avec un soin égal,
La chèvre catholique et le chou libéral.

Industrie française: rapport sur l'exposition de 1839, Volume 2, Jean Baptiste Ambroise Marcellin Jobard, 1839, p. 110-119

PARIS - "PIANOS. — MM. ROLLER ET BLANCHET.

« L'on peut avoir de plusieurs sortes de chordes qui soient esgales en longueur et grosseur, comme celles des monochordes; ou inesgales en longueur et esgales en grosseur; ou inesgales en longueur et grosseur, comme celles des harpes et de l'épinette; ou esgaleses longueur et inesgales en grosseur, comme celles des violes et du luth. Or de quelque manière qu'elles soient différentes, l'homme Soukd les peut mettre à tel accord qu'il voudra pourveu qu'il sçache leurs différences tant en matière qu'en longueur et grosseur. »

Le passage que nous venons de transcrire se trouve dans l'Harmonie universelle de Mersenne, publiée en 1030.

Le père Mersenne aimait singulièrement les paradoxes et les questions subtiles; tousses ouvrages en sont remplis, et il les traitait souvent avec une gravité que l'on pouvait admirer de son temps, mais qui nous lait sourire aujourd'hui. Ainsi, par exemple, il calcula le nombre des cheveux qui se trouvent sur la tête de l'homme, et qui, soit dit en passant, ne peut, selon lui, s'élever au-delà de 180,024. Il posa la question :

« à savoir combien la terre contient de grains de sable, supposé qu'elle en soit composée, et si l'homme est plus grand au regard de la terre qu'un ciron au regard de l'homme. »

C'est vraiment curieux de le voir accumulant les chiffres pour démontrer combien, il faut d'hommes, dont chacun soit de trois pieds cubes, pour faire la grosseur de la (erre, après quoi il démontre que la proportion de la terre à un homme est 58,587,771,053 fois plus grande que celle d'un homme à un ciron ; d'où (ajoutct-ilj chacun peut conclure quelle estime l'on doit faire de l'homme.

Ce penchant pour les questions subtiles n'abandonna pas le père Mersenne dans ses recherches sur la musique.

Ainsi il nous apprend quelle doit être la constitution du ciel ou l'horoscope d'un parfait musicien; il traite de la proportion du corps du plus excellent musicien qui puisse être; il examine si le tempérament du parfait musicien doit être sanguin, phlegmatique, bilieux, ou mélancolique, pour être capable de chanter ou de composer les plus beaux airs qui soient possibles; et il s'étend sur une foule de propositions semblables qu'il se plail à développer minutieusement.

Mais à côté de questions oiseuses, niaises et absurdes, il y a des choses excellentes et du plus haut intérêt; et trop souvent l'on a taxé d'extravagance ou de chimère des idées qui se sont réalisées plus tard ou qui pourront se réaliser un jour.

C'est ainsi que Mersenne entrevit la possibilité de faire accorder des instruments par un sourd ; et, bien qu'il ne parvint pas à une solution satisfaisante du problème, les idées qu'il énonça à ce sujet méritent d'être rappelées à l'occasion de l'instrument qui va nous occuper aujourd'hui.

Dans le troisième livre du Traité des instruments à cordes, la proposition VII porte l'intitulé suivant:

« Un homme sourd peut accorder U Luth, la Viole. VÉpinette, et les autres instrumens à chorde, et trtuver tels sonsqu'il voudra, s'il cognoist la longueur et la grosseur des chordes : de la vient la Tablature des sourds. »

Mersenne entame cette proposition par le passage que nous avons transcrit plus haut. Puis il donne des règle» générales (au nombre de onze) pour accorder des cordes différentes suspendues et tcndues.au moyen de poids. Ensuite vient la tablature harmonique pour les sourds, qui est un tableau divisé en plusieurs colonnes, contenant les huit notes d'une octave d'ut à ut, avec les poids nécessaires pour leur tension relative à leur grosseur et longueur.

On le voit bien, d'une série de cordes tendues et accordées par des poids, il y a loin à un instrument régulièrement construit, et dont l'accord s'opère par d'autres moyens. Aussi Mersenne y revient-il à la proposition X, qui a encore pour objet de déterminer si l'on peut accorder le Luth, la Viole, l'Epinette et les autres instrumens à chordes, san* se servir des sons ny des oreilles.

« Cette proposition, dit l'auteur, a besoin de quelques suppositions dont la vérité dépend de l'expérience et de la raison ; car il faut sçavoir quelle raison il y a des différons racourcissemens des chordes aux sons différons quant au grave et à l'aigu, c'est-à-dire qu'il faut cognoislrc combien il faut tourner la cheville pour faire monter la chorde au second, trois, et quatrième ton, supposé que l'on sçache combien il la faut tourner pour la mettre au premier ou au second; et si, par exemple, une force la fait racourcir d'un doigt, combien 2, 5, ou 4 forces, etc., la feront lacourcir.

Ceci estant posé, l'on peut marquer les chordes avec de pe lits points à chaque lieu, afin que les points respondentà certains lieux de l'instrument, qui feront voir quand les chordes seront d'accord ; mais une seule marque imprimée sur la chorde suffit pour cognoistre de combien de tons elle monte ou descend, pourvu que l'on puisse mesurer son racourcissement ou son alongement par le moyen de cette marque ou des tours de la cheville; ce que l'on fera aysement si l'on compare la marque de la chorde avec quel qu'autre marque de la table de l'instrument, qui fera cognoistre combien la chorde s'alonge ou se doit alonger à chaque ton ou demie-ton. »

Voilà le procédé imaginé parle père Mersenne.

Malheureusement l'auteur est forcé de reconnaître lui-même que ce procédé manquera souvent d'exactitude, parce que les chordes s'alongent de plus en plus avec le temps, encore qu'on ne leur donne point de nouvelle tension, et que les extensions ne sont pas toujours esgales, encore que l'on y ajouste des forces esgales; ce qu'il développe par des exemples que nous n'avons pas besoin de reproduire.

Il suffira ici de savoir qu'il signale cet inconvénient sans indiquer la manière d'y remédier.

L'idée de Mersenne présentait donc plutôt un objet de curiosité que d'utilité réelle. Aussi ne fut-elle point exploitée que nous sachions, mais oubliée comme tant d'autres que l'on a données depuis comme nouvelles, et personne ne songea au problème en question que l'on relégua dans la classe des choses impossibles à exécuter convenablement.

En effet, si quelqu'un nous eût dit, il y a quinze on vingt ans, que l'on parviendrait un jour à construire des pianos qu'un sourd serait capable d'accorder, tout le monde l'aurait traité d'extravagant.

Cependant aujourd'hui l'instrument existe, l'impossible est un fait accompli.

Cette découverte, l'une des plus curieuses qui se soient faites depuis long-temps, est due à un amateur de musique, connu comme artiste dans une autre spécialité.

M. Lepère, architecte, ancien membre de l'Institut d'Egypte, à qui l'on doit l'érection de la colonne de la place Vendôme, et tant d'autres beaux monuments, travaillait depuis quinze années a la solution de ce problème, dont il ne se cachait pas les immenses difficultés.

Il se livra d'abord à des expériences sur la tension des cordes. Cette tension bien calculée suivant le poids que chaque corde exige pour arriver à un ton voulu, il lui restait à trouver des ressorts dont la force de traction fût égale au poids attaché à chaque corde.

C'est là que commençait la difficulté qui s'augmentait encore par la nécessité de trouver un moyen pour opérer la tension de la corde en faisant agir les ressorts, car les chevilles ordinaires ne pouvant entrer dans cette combinaison, il fallait un système différent.

On se figurerait difficilement les nombreuses expériences que M. Lepère fit à ce sujet avec une patience à toute épreuve, une persévérance digne de triompher des obstacles qui surgirent à chaque instant.

Il a conservé les divers modèles qu'il construisit successivement et qu'il abandonna pour d'autres procédés; nous les avons vus chez lui, et tout le monde peut les voir, car il les montre avec celle affable prévenance d'un artiste qui, à tant de mérites, réunit celui de la modestie.

En examinant ces modèles, nous n'avons pu nous empêcher d'exprimer le désir qu'ils fussent déposés dans quelque cabinet de physique, ou dans la vaste collection des arts et métiers, pour y être conservés comme des objets vraiment curieux, et en même temps utiles; car les essais d'un homme de génie, même ceux qu'il rejette par suite de découvertes meilleures, ne laissent pas que d'être fort instructifs.

Enfin ces tentatives furent couronnées d'un plein succès; l'inventeur s'arrêta au procédé dont nous allons parler tout à l'heure.

Apres avoir exécuté un modèle sur ce principe, il s'agissait de faire construire un instrument en grand ; il fallait pour cela des facteurs consciencieux, deshommes de talent; M. Lepère s'adressa à MM. Roller et Blanchet.

Ces facteurs distingués se mirent à l'œuvre avec le zèle qu'on leur connaît, et loin de suivre servilement les données de l'inventeur, ils imaginèrent des perfectionnements de détail qui ajoutèrent au prix de la découverte de M. Lepère.

En 1837, le piano de cette nouvelle construction fut soumis à l'académie des beaux-arts, dont le rapport très favorable attira l'attention sur cette ingénieuse invention. Cependant un petit nombre d'artistes et d'amateurs seulement en curent connaissance, et ce n'est que l'exposition actuelle qui l'a fait connaitre généralement.

Les curieux n'ont cessé d'affluer devant l'enceinte occupée par MM. Roller et Blanchet, pour voir ce nouveau piano à régulateur, pour en examiner les détails et pour se convaincre de la réalité d'une découverte dont l'annonce les avait trouvés incrédules.

M. Blanchet ne pouvait qu'à peine répondre à toutes les questions qui lui étaient adressées à ce sujet. N'oublions pas de dire que le roi el la famille royale se sont long-temps arrêtés devant cet instrument, quTa particulièrement fixe leurs regards.

Parmi les pianos exposés par MM. Roller et Blanchet deux étaient munis du régulateur-Lepère, un piano à queue à deux cordes et un piano vertical unicorde. Un grand piano à queue à trois cordes commencé, n'a pu être achevé à temps pour figurer à côté des autres.

Quant au mécanisme inventé par M. Lepère, il est moins compliqué que l'on serait tenté de le croire. V.n voici la description telle que MM. Roller et Blanchet l'ont donnée eux-mêmes. Il se compose.

1° D'un ressort en acier, de forme circulaire dans le haut, ouvert dans sa partie inférieure, et se terminant par deux branches un peu allongées;

2° D'une aiguille ou indicateur, de la longueur du ressort, portant deux petits bras de levier fixés en sens contraire, et perpendiculairement à l'aiguille, l'un à son extrémité, l'autre à trois lignes au-dessus. Cette aiguille se place au milieu du ressort, et ses deux petits bras de levier, communiquant à deux hauteurs différentes à ses branches, y sont liées par des vis;

3° D'un sillet mobile en métal, de huit lignes de hauteur, percé d'un trou dans lequel passe et repose la corde, aminci dans sa partie inférieure comme une lame de couteau, et reposant dans une petite rainure où il peut agir sans frottement.

Un crochet qui sert à attacher la corde est fixé à une des branches du ressort; à l'autre, dans une position symmétrique, est une vis de tirage. Cette vis est aplatie de deux côtés; elle entre sans jeu dans une entaille faite sur une pièce de métal formant sommier, et, à l'aide d'un écrou, cette vis peut avancer et reculer sans tourner sur elle-même.

Si en serrant l'écrou on agit sur le ressort, ses deux branches s'écartent, et l'extrémité supérieure de l'aiguille est entraînée du côté delà branche où le bras de levier esl placé le plus haut.

Si, au contraire, on desserre l'écrou, les deux branches se rapprochent, et le mouvement de l'aiguille a lieu dans le sens contraire. L'extrémité de cette aiguille qui décrit une portion de cercle en suivant la forme arrondie du ressort, porte une petite pièce en bois.

Sur cette pièce comme sur le secteur ajusté sur le ressort, esl tracée une ligne. Ce sont ces lignes qui servent de repère : en d'autres termes, l'accord de la corde se règle sur leur coïncidence.

Ce secteur sur le ressort n'est arrêté que par une vis; il peut, au besoin, changer de position.

Lorsqu'on remet une corde, par exemple, si elle n'est pas en tous points semblable à celle qui a cassé, la tension qu'il faut lui donner pour la faire arriver au ton n'est plus la même, les branches du ressort se trouvent trop ou trop peu écartées, et l'aiguille dans une autre position.

Dans ce cas (après s'être bien assuré que la corde nouvelle est au ton juste), on desserre la vis du secteur, et on le place de manière que la petite ligne qui est tracée dessus se trouve en face de celle de l'aiguille.

Pour maintenir l'accord, il suffit, chaque fois qu'il y a variation de l'aiguille, de la ramener, à l'aide de l'écrou, dans sa première position; les deux branches du ressort reviennent exactement à leur point d'écartement, la corde éprouve la même tension et donne par conséquent la même résonnance.

Tout en admirant l'ingénieux mécanisme de M. Lepère, on a objecté (car les objections ne manquent jamais à une nouvelle invention) que ces pianos à régulateur ne pourraient avoir un grand succès, à cause de l'augmentation de prix qu'entraîne le mécanisme coûteux des ressorts.

Cette objection qui subsiste, il esl vrai, pour les petites fortunes, ne repoussera pas les amateurs riches, qui ne paieront pas trop cher de quelques centaines de francs l'agrément de pouvoir se passer d'accordeur.

C'est surtout à la campagne qu'on appréciera la grande utilité de cette découverte, grâce à laquelle on ne se trouvera plus dans la fâcheuse alternative de jouer sur un instrument faux ou de s'en priver complètement, faute d'un homme capable de le mettre d'accord ; car le premier venu, fût-ce même un sourd, pourra se charger de cette besogne.

Applaudissons donc à l'invention de M. Lepère et félicitons les habiles facteurs qui l'ont si bien secondé de leur talent. Les deux pianos à régulateur qu'ils ont produits à l'exposition étaient exécutés avec un soin qui leur fait honneur et qui devra encore augmenter leur réputation si bien établie depuis long-temps.

Il nous reste à parler des autres instruments exposes par les mômes facteurs. Ce sont des pianos droits et transpositeurs, dont ils ont fait une spécialité qu'ils exploitent avec succès, et qui leur a valu la médaille d'or en 1834.

Quelques perfectionnements dans la mécanique sont venus ajouter au mérite de ces instruments qui ont depuis long-temps obtenu la faveur du public.

Deux autres pianos, construits, dit-on, sur des plans entièrement neufs, étaient destinés à figurer au concours; l'un n'est arrivé qu'à la veille de la clôture, dont on demandait vainement l'ajournement ; l'autre est resté dans les ateliers, et nous ignorons s'il a été achevé. N'ayant pu examiner ces instruments que l'on prétend être fort remarquables, nous nous réservons d'y revenir plus tard.

G.-E. Anders." Revue et gazette musicale de Paris, Volume 6, 21/07/1839, p. 251-252

PARIS - "Roller u. Blanchet das. (rue Houteville, 16). Fürs erste verdient Erwähnung, daß ihre gewöhnlichen Instrumente, bei bedeutend kleinerem äußern Umfang, doch die Stärke weit größerer Piano's haben; so sind z. B. ihre stehenden Piano's von 6 Oct. zu 2 und 3 Saiten, bei 2 Fuß 10 Zoll Höhe (ohne Füße), 3 Fuß 8 Zoll Länge und 1 Fuß 7 Zoll Dicke, so stark als die besten tischförmigen; auch ihre stehenden Piano's von 6 ½ Octavenmit Transpositeur, um die Gesammtstimmung herabzusetzen, zeichnen sich aus.

Vornehmlich aber haben sie die Erfindung von Le Pere vervollkommnet angewendet, und Piano's verfertigt, die man ohne Beihülfe des Ohrs stimmen kann.

Hierüber enthalten bereits die Mém. de l'Instltut vom April 1837 Verhandlungen. Das Wesentliche beruht in Folgendem: Jede Saite wird in der Nähe der Stifte getheilt und mit beiden Theilen an die beiden Arme einer hufeisenförmigen Stahlfeder befestigt, die sonach beide Theile der Saite verbindet und durch Spannung der Saite mitgespannt wird.

An dem einen Arm der Feder ist ein Zeiger angebracht, der sich in einem Winkel aufwärts bis in die Mitte des Bugs der Feder verlängert und, wenn die Saite, und mit ihr die Feder, die dem verlangten Tone angemessene Spannung hat, gerade eine dort angebrachte Linie deckt.

Jede Abweichung des Zeigers von dieser Linie zeigt entweder eine stärkere oder schwächere Spannung, folglich eine Verstimmung, und die erste Stimmung der Saite wird, ohne daß man nöthig hat, den Ton anzuschlagen, wiederhergestellt, wenn man die Spannung der Saite so verändert, daß der Zeiger wieder die Linie auf der Feder deckt. Man sieht leicht ein, daß alles darauf beruht, daß Feder und Saite, wenn sie einmal auf einen gewissen Grad der Spannung gebracht und darauf gehalten sind, nicht nachgeben.

Dazu gehört aber, daß man für jede Spannung oder für jeden Ton die angemessene Starke der Saite und der Feder durch die Erfahrung kennen lerne, und daß sowohl die Federn als die Saiten vor dem Gebrauch in die ihnen zukommende Spannung gebracht und darin, bis sie nicht weiter nachgeben,-gehalten werden : damit man bei der Feder genau die Stellung des Zeigers anzugeben wisse und die Saiten nicht so oft nachzustimmen brauche.

Die Erfinder erbieten sich zu dem Ende bereits geprobte Saiten zu liefern, welche die erforderliche Spannung sogleich dauernd ertragen. Hierdurch glauben sie einigen Einwendungen zu begegnen, welche gegen diese allerdings höchst sinnreiche Erfindung gemacht worden."  Die Industrieausstellung zu Paris im Jahre 1839: Mit Angabe der Producte und ..., 1839, p. 256-257

PARIS -  "ROLLER et BLANCHET. (N° 1119). Vous rappelez-vous ces petits pianos si coquets et cépendant si puissants sous le rapport de la sonorité, si agréables sous celui du toucher, que ces facteurs ont fait paraître en 1827 ?

Ces instruments, appelés pianos droits, ont, en tous points, justifié le succès que les principaux journaux leur avaient prédit à cette époque.

On les a imités partout depuis une médaille d'or décernée, en 1834, à M. Roller pour cette oeuvre remarquable.

C'est avec plaisir que nous les avons retrouvés, cette année, avec un nouveau perfectionnement.

En abaissant l'extrémité de la touche dans laquelle fonctionne l'échappement de MM. Roller et Blanchet fils sont arrivés à rendre insensibles sous les doigts les divers frottements qui nuisent tant, dans un grand nombre de pianos, à l'expression des inspirations de l exécutant.

Voilà donc, au milieu de variétés de formes dont nous sommes inondés, une création heureuse et heureusement fécondee: le piano droit, sans contredit, est destiné à survivre à tous ses contemporains ovales, trapèzes, polygones, etc., etc.

On a dit aussi beaucoup de bien d'un piano droit de concert, que MM. Roller et Blanchet n’ont pu mettre à l'Exposition, faute de place. Il tiendra dans l'orchestre encore moins d'espace que les autres (quatre pieds carrés environ).

Dans ce nouvel essai, on retrouve toujours l'idée première de M, ROLLER : celle d'augmenter la puissance du son en reduisant le plus possible les dimensions du meuble." La France Industrielle, 11/07/1839, p. 1

PARIS - "Nous essayerons pas de citer ici les noms de tous les honorables industriels dont il a tour à tour admiré les produits.

Arrivé notamment devant les pianos de MM. Roller et Blanchet, il est entré dans leur enceinte et s'est fait expliquer le système du nouveau régulateur de l'accord, qui consiste à metre un sourd à même de maintenir de l'accord, découverte précieuse due à l'un de nos plus habiles architectes, M. Lepère, et que M. Roller a su perfectionner et appliquer à ses pianos." La France Industrielle, 23/05/1839, p. i

PARIS - "Messrs. Roller and Blancbet exhibited a curious instrument of this kind, so constructed, taht the tuning was effected by the eye, not by the ear." Niles' National Register: Containing Political, Historical, Geographical ..., 1840, p. 89

1844

PARIS - "MM. ROLLER et BLANCHET, à Paris, rue Hauteville, 26. - MM. Roller et Blanchet ont exposé trois pianos droits de différents formats.

Ces instruments, par leur construction soignée et par la beauté des sons qu'ils émettent, prouvent que l'établissement où ils ont été confectionnés maintient la réputation qu'il s'est acquise depuis plus de vingt ans.

En 1823, cette maison obtenait déjà la médaille d'argent pour ses pianos carrés, et c'est en 1827 que M. Roller créait le piano droit, dont l'usage est devenu général. Par cette invention, il a contribué d'une manière remarquable au développement de l'industrie des pianos et à l'extension du goût de la musique.

Depuis lors, MM. Roller et Blanchet ont fait de constants efforts pour apporter des perfectionnements dans la facture. Leur établissement est toujours digne de la médaille d'or qu'il a méritée aux expositions précédentes." Rapport du Jury central, Paris Jury central, Imprimerie de Fain et Thunot, 1844

table de harmonie en hêtre

PARIS - "[...] C'est ordinairement en sapin qu'on exécute les tables des pianos; c'est le même bois qu'on emploie pour les tables des violons, des basses et autres instruments à archets.

Cette condition ne parait pas aussi absolue pour les pianos, car MM Roller et Blanchet exposaient un piano droit dont la table est en hêtre, et qui a une intensité de son remarquable.

Ce résultat n'est cependant pas nouveau; car M. Pape, après avoir essayé le cèdre, qui a plus d'analogie avec le sapin, a fait des pianos dont les tables étaient en érable, et qui lui ont donné de bons résultats.

En 1834, M. Pleyel avait imaginé de plaquer les tables de sapin avec de l'érable ou de l'acajou, idée beaucoup moins heureuse que celle de n'employer qu'une seule espèce de bois.

Les résultats obtenus par MM. Pape et Roller et Blanchet paraissent pouvoir s'expliquer par cette condition que, dans le piano, les vibrations des cordes sont normales à la table, qui est ébranlée plus directement que la table d'un violon.

Les expériences de feu Savart ont démontré que, dans ce dernier instrument, où les cordes sont ébranlées parallèlement à la table, celle-ci n'entre d'abord en vibration que paralèllement à son plan, aidée en cela par l'alternation des fibres molles et dures du sapin; les fibres molles se compriment et se dilatent alternativement pour permettre le mouvement latéral des fibres dures, et amènent enfin les vibrations normales au plan de la table, parce que, gonflées pendant leur compression dans la direction normale, puis déprimées pendant leur dilatation, elles réagissent tant sur l'âme qui détermine les vibrations normales du fond que sur le chevalet, qui, concurremment avec l'âme, détermine enfin les vibrations normales de la table. [...] Revue scientifique et industrielle, Volume 17, 1844, p. 377

piano transpositeur

PARIS - "L'idée d'un piano transpositeur n'est pas nouvelle; elle avait déjà été tentée autrefois, mais sans beaucoup de succès.

Plus récemment, MM. Roller et Blanchet l'ont renouvelée en faisant marcher le clavier, ce qui présente le grave inconvénient de faire frapper les marteaux sur des cordes différentes, et par conséquent d'accélérer leur destruction, en même temps que la pureté du son s'en trouve altérée.

Les points de contact entre les cordes et les marteaux ne restant pas les mêmes, certains points de ceux-ci se durcissent plus que les autres, et on ne peut obtenir que des sons sans rondeur et sans franchise, quand de nouvelles cordes sont attaquées par des portions de duretés différentes." Revue scientifique et industrielle, Volume 17, 1844, p. 401

pianos droits à cordes obliques

PARIS - "La maison Roller et Blanchet, dans la spécialité du piano droit, nous semble offrir, comme celle d'Erard, cette pondération si désirable et si rare des qualités diverses qui doivent présider à la confection d'un bon piano.

M. Roller a créé et mis au monde, si je ne me trompe, cette nouvelle famille de pianos connus sous le nom de pianos droits à cordes obliques. Depuis les premiers travaux de M. Roller, de nombreux facteurs ont adopté cette forme.

L'on a développé la sonorité en étendant la longueur des cordes au moyen d'une augmentation dans la dimension du sommier et la hauteur de la caisse, et aussi de la position demi-oblique ou verticale de la corde; mais les avantages de cette modification sont balancés par l'inconvénient de masquer le pianiste assis et en partie même le chanteur placé debout derrière l'instrument.

D'ailleurs, dans le format élégant adopté par la maison Roller et Blanchet, elle continue à produire des pianos remarquables par la bonne entente du travail, la douceur du clavier, la précision du mécanisme, l'égalité et la beauté des sons. Elle justifie la réputation européenne dont elle jouit depuis plus de quinze ans." Archives du Commerce ..., Volume 36, 1845, p. 389

ROLLER, chevalier de la Légion-d'Honneur

PARIS - "A la suite de l'exposition, M. Roller, fabricant de pianos, vient d'être nommé chevalier de la Légion-d'Honneur. Cette honorable distinction était bien due à l'inventeur du piano droit, dont l'ingénieuse création a si heureusement influé sur la direction de l'Industrie des pianos.

En rendant cet instrument aussi commode que puissant, il en a consacré l'usage. M. Roller, déjà tant encouragé par l'opinion publique, en a reçu la preuve par le grand nombre d'imitateurs de ses pianos droits.

Il vient de s'adjoindre, comme associé, M. Blanchet ancien élève de l'Ecole polytechnique, dont la collaboration doit encore, s'il est possible, augmenter la confiance qu'inspirent ses talens."  La France musicale : paraissant le dimanche sous le patronage des célébrités musicales de la France et de l'étranger, 07/01/1844, p. 255-256 (Gallica)

1849

PARIS - "Nous avons dit précédemment qu'on a tenté plusieurs fois déjà par des moyens mécaniques de contre-balancer l'influence atmosphérique sur les cordes du piano, et, par là, de remédier à la variabilité de l'accord.

Il y a une dizaine d'années environ, M. Lepère, architecte d'un mérite éminent, amateur passionné de musique, et en même temps physicien et mécanicien, frappé du peu de stabilité de l'accord dans le piano, qui peut, on le sait, être faux quelques heures après le travail de l'accordeur, avait imaginé un mécanisme des plus simples et des plus ingénieux par lequel chacun pouvait rétablir l'accord le plus parfait sans le secours de l'oreille, si le piano avait été d'abord accordé convenablement une première fois.

Perfectionné par M. Roller, cet appareil était du plus grand avantage, puisque le maintien de l'accord dans l'instrument se trouvait ramené à une opération si simple qu'elle était exactement analogue à celle de mettre sa montre à l'heure.

Il est vrai de dire que le son prenait une qualité un peu métallique, ce qui était un inconvénient; mais nous pensons qu'il n'était pas impossible à un facteur aussi habile que M. Roller de faire disparaître ce défaut.

Nous ignorons pourquoi une invention qui aurait pu être si utile aux artistes, et surtout aux amateurs qui habitent loin des villes, où un accordeur ne se trouve pas toujours à leur disposition, est tombée dans l'oubli et n'a pas eu de suite." La Tribune des artistes : journal publié sous les auspices de la Société libre des ..., 1849, p. 140-141 (Gallica)

1851

LONDRES - "ROLLER & BLANCHET, 26 Rue Hauteville, Paris-Manufacturers. Four different pianofortes of different descriptions." Official descriptive and illustrated catalogue of the Great exhibition of the works of industry of all nations, 1851

LONDRES - "Rimpetto ad Erard, i signori Roller e Bianchet hanno situato quattro piano-forti più o meno grandi, ma di forma più che gentile. Ve n' ha fra questi uno bellissimo in una cassa di rovere di recente intagliala: il pedale è sostenuto da due cariatidi allegoriche, intagliate a perfezione.

Questi quattro pianoforti hanno l'impronta della semplicità che risponde alla giusta confidenza che i signori Roller e Blanchet hanno nella bontà della loro fabbrica : è la modestia della forza." L'Italia musicale, Volume 3, 1851, p. 172

LONDRES - "Unter den aufrecht stehenden Piano's verdienen die von Roller und Blanchet vor allen übrigen den Vorzug.

Roller war bekanntlich der Erfinder der aufrecht stehenden Piano's mit schief gelegten Saiten.

Die Piccolo"s dieser Firma sind bei ihrer außerordentlichen Kompaktheit und Eleganz von unübertroffen schönem Ton.

Die Spielart ist leicht, gut repetirend bei höchst einfachem Mechanismus. Die tiefsten Saiten sind mit Kupferdraht übersponnen, die mittlern des Basses mit Eisendraht. Die Kommission erkannte diesen Instrumenten mit vollem Recht die Preismedaille zu." Amtlicher Bericht Über Die Industrie-Austellung Aller Völker Zu London Im ..., 1852, p. 871

1855

PARIS - "La maison connue généralement sous la raison Roller et Blanchet est, depuis de longues années, au premier rang de l'industrie musicale. Son origine remonte plus haut que la création du piano; car Blanchet (François-Etienne), habile facteur de clavecins, qui vivait en 1750, en est le fondateur.

Ses successeurs immédiats furent ses fils et petit-fils; ce dernier (Armand-François-Nicolas), très-distingué dans sa profession, fut attaché à la maison de l'Empereur, et, plus tard, au Conservatoire de musique. Il mourut en 1818, laissant un fils en position d'occuper dignement ses différents emplois (1).

Blanchet (Nicolas) suivit la carrière de ses pères; il ouvrit laborieusement une nouvelle voie à la fabrication du piano, dont l'usage avait, dès cette époque, prévalu sur celui du clavecin. Nicolas Blanchet était facteur breveté par Mme la duchesse de Berri, lorsqu'en 1826 il s'associa Roller, son émule, et leur établissement prit la dénomination sociale Roller et Blanchet.

Roller et Blanchet créèrent le piano droit, et prirent un brevet (en 1827) pour s'assurer la libre et unique exploitation de ce nouveau genre de piano. Cette interdiction, faite à la facture, de produire des pianos de cette forme, souleva de grandes rumeurs. Chacun de dire que le piano droit n'aurait pas de succès, que cette invention tomberait comme tant d'autres.

Les efforts de Roller et Blanchet ne furent cependant pas ralentis. Loin de là, ils perfectionnèrent leur idée première, améliorèrent la forme du piano droit, et firent de nombreux voyages, tant en France qu'à l'étranger, pour le faire adopter.

Ce ne fut que plus tard qu'ils laissèrent le champ libre à la concurrence, dans l'espoir de populariser cette ingénieuse innovation.

Le succès couronna leur œuvre : ceux qui avaient le plus déprécié le nouvel instrument en furent les plus ardents préconiseurs; tous cherchèrent à le rendre d'un prix accessible aux masses; et, dès lors, le piano ne fut plus un objet de luxe.

La culture de l'art musical se répandit au fur et à mesure de l'introduction du piano droit; et, la renommée de Roller et Blanchet grandit avec rapidité, comme il arrive lorsque le succès repose sur un perfectionnement aussi peu contestable.

Ils obtinrent la médaille d'argent à l'exposition de l'industrie française de 1827, puis la médaille d'or en 1834, et le rappel de la même récompense en 1839. Enfin, ils furent nommés facteurs de la reine Marie-Amélie en 1840.

Quelques années plus tard, Blanchet, se retirant des affaires, céda sa succession à son fils, ancien élève de l'École Polytechnique, qui, à la fin de ses études, avait été nommé officier du génie, et destiné à poursuivre une brillante carrière dans les armes savantes.

Sacrifier le charme et la gloire de la vie militaire, abandonner ses affections de camaraderie pour entrer dans la vie industrielle et commerciale, rien ne coûta à Blanchet fils; quand il put craindre que son père laissât entre des mains étrangères une maison qu'il devait considérer comme une fortune patrimoniale.

D'ailleurs, il pouvait appliquer à l'industrie les pianos le fruit de ses études scientifiques, et entreprendre ce triple problème, digne de recherches, où l'on doit tour à tour invoquer les règles de la mécanique, les principes de l'acoustique et les considérations artistiques de l'ordre le plus élevé.

Rien ne pouvait donc mieux convenir au progrès d'une fabrication, jusqu'alors empirique, que la coopération d'un homme jeune, éclairé, possédant ce sentiment exquis des arts qu'une éducation distinguée peut seule donner.

La maison Roller et Blanchet, en devenant Roller et Blanchet fils, acquit une nouvelle source de prospérité, et doubla sa réputation première. En 1844, à la suite des concours de l'exposition nationale, un nouveau rappel de la médaille d'or fut accordé à la fabrication de Roller et Blanchet fils, et, en 1849, ils furent mis hors de concours.

Enfin, l'exposition universelle de Londres fut l'occasion d'un nouveau succès: The prize-medal leur fut décernée par le jury international. C'est peu de temps après, en janvier 1852, que Blanchet fils devint seul propriétaire de l'intégralité des objets et valeurs composant la manufacture, par l'acquisition qu'il en fit à son ancien associé, et qu'il fut personnellement désigné pour être facteur de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice.

Aujourd'hui, tout en continuant à fabriquer des pianos semblables à ceux qui firent la fortune de ses devanciers, Blanchet fils a créé de nouveaux modèles, réunissant à l'élégance du meuble les qualités essentielles de l'instrument.

Il a pu perfectionner encore les plans et calibres de Roller et Blanchet, en faisant concourir à ce but les anciens et fidèles ouvriers de cet établissement, tous initiés depuis de longues années à ses bonnes traditions. Les instruments qu'il a exposés dans le Palais de l'Industrie sont d'un mérite hors ligne.

1. Voir la Biographie universelle des musiciens, par Fétis, t.I, page 213." Histoire illustrée de l'exposition universelle, Charles-Joseph-Nicolas Robin,  Furne, 1855, p. 97-100

PARIS - "C'est une curieuse industrie que celle de la fabrication des pianos, industrie considérable d'ailleurs, et dans laquelle la France n'a point de rival.

Paris, à en croire les enseignes, compte autant de fabricants que de rues, et pourtant, à peine peut-on citer dans Paris une dizaine de fabricants véritables; les autres sont de faux fabricants, des facteurs qui achètent ça et là, en fabrique et en gros, les différentes pièces dont se compose la machine sonore, assemblent le tout, l'enferment dans une caisse et le donnent pour un instrument de leur fabrication, quelquefois même de leur invention.

En réalité, il n'y a de fabricants véritables que MM. Erard, Pleyel, Pape, pour les grands pianos; M. Blanchet, pour les pianos droits, et cinq ou six autres moins importants.

Au premier abord, il semble indifférent qu'un piano soit ajusté par un accordeur ou fabriqué de toutes pièces par un facteur. Pourtant la différence est capitale.

Le fabricant qui prépare chez lui toutes ses pièces, qui a sous les yeux, pour les exécuter, les meilleurs ouvriers, qui est sûr des matériaux qu'il emploie, qui ne fait ses sommiers et ses tables d'harmonie qu'avec des bois longtemps conservés et abattus en bonne saison, séchés lentement, progressivement, per dant douze ans quelquefois, celui-là seul peut livrer des instruments solides, sonores, faciles à jouer, tenant bien leur accord et conservant leurs qualités durant de longues anénes.

C'est ainsi que nous avons entendu des pianos droits de MM. Roller et Blanchet qui, après quinze ans d'usage, n'avaient presque rien perdu de leurs qualités; nous avons vu des tables d'harmonie, qui avaient vibré pendant plus de vingt-cinq ans, et qui n'avaient pas subi la moindre dépression dans leur plan.

Mais tous les pianos, par malheur, ne sortent pas des ateliers de M. Blanchet; si cela était, ils seraient moins communs et meilleurs, petit mal et grand bien.

Quoi qu'il en soit, les pianos abondent à l'Exposition; mais combien d'exposants qui n'ont eu que la peine de fixer l'instrument dans sa caisse ! Ce n'est pas seulement pour les pianos qu'il y a de faux fabricants; on en trouve dans toutes les branches de l'industrie parisienne.

C'est ce qui constitue les marchandises dites, autrefois, « de pacotille ». Dans toutes les loges de concierge, il y a aujourd'hui un piano et une pendule de pacotille. Les objets de pacotille correspondent assez bien aux denrées falsifiées, avec cette différence que les denrées falsifiées détruisent le corps, et que les pianos de pacotille corrompent le goût et faussent les oreilles." Revue contemporaine: philosophie, histoire, sciences, littérature ..., Volume 21, 1855, p. 188-189

PARIS - "Quelle maison.... que disons-nous ? quel étage, quel appartement n'a pas de piano ? Le piano n'est plus un instrument, c'est un ami. Il cause sous la main qui le caresse, il égaie la solitude, il est le confident des seerètes pensées, l'interprète de la grande musique, le complice innocent de tous les plaisirs.

Il accompagne la romance qui pleure ou sourit, il traduit l'opéra nouveau, il tient lieu d'orcliestre, il est lui-même un orchestre tout entier, et la symphonie, qui plus tard fera le tour du monde, chante d'ahord sur son clavier.

Mais le piano n'est tout cela que depuis que le piano droit a pu, grâce à MM. Roller et Blnnchet, ses inventeurs, prendre possession des appartements modernes.

L'aristocratique piano à queue étant un grand seigneur, il lui fallait des salons comme on en voyait jadis dans les fastueux hôtels du faubourg Saint-Germain. Il y avait là quelque chose à faire, et ce quelque chose, deux facteurs habiles, MM. Roller et Blancbet, le firent en 1827, époque où ils prirent un brevet pour leur invention.

Avant cette époque, le piano était un objet de luxe réservé aux filles de famille. Il fallait être un peu millionnaire pour s'en permettre la coûteuse fantaisie.

Quand l'argent ne manquait pas, la place manquait. La popularité du piano date du piano droit. La forme inventée, le piano eut ses grandes lettres de naturalisation. Il entra dans le village, monta dans la mansarde et partit pour la mer du Sud.

Jadis un navigateur découvrit des figures de géométrie sur le sable d'une île inconnue; aujourd'hui ce navigateur entendrait les sons d'un piano.

On ne sait pas combien de continents et d'archipels le piano a conquis à la civilisation.

M Blanchet fils (26, rue d'Hauteville.), propriétaire actuel de la grande maison Roller et Blanchet, foudée en 1750 par Fraiiçois-Élienne Blanchet, habile facteur de clavecins, est ancien élève de l'école Polytechnique. Il a conservé, en les améliorant, les traditions de cette maison qui porta si loin la réputation de la fabrique française.

Si la mus que s'est en quelque sorte vulgarisée, si on la comprend en France comme en Allemagne, si tout le monde aujourd'hui l'aime et la recherche, c'est au piano droit qu'on en est redevable." Revue des deux mondes, 1855, p. 26

 

Voir aussi BLANCHET Fils - Expositions dès 1855 !

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pianos français 1800 - 1829


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