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BRINSMEAD
in London

1883

UNE GRANDE MANUFACTURE DE PIANOS À LONDRES

VUE DE LA MANUFACTURE DE PIANOS DE BRINSMEAD ET FILS,
A LONDRES, N. W. ,
Le Panthéon de l'industrie :
journal hebdomadaire illustré, 1883
, p. 397 (Gallica)

"ENTRE autres raisons qui font que la musique est un art à part et qu'elle doit occuper une place absolument spéciale, il y a celle-ci: tandis que, dans les autres arts, et notamment dans les arts du dessin, l'instrument est un accessoire insignifiant, 1 âme de 1 artiste passant tout entière au bout de ses doigts, qu'ils tiennent un pinceau, un crayon, une plume ou un burin, la musique exige toujours l'intervention de deux hommes (sans compter le compositeur), et demande, pour l'exécution, l'accord de deux âmes, celle de l'exécutant et celle du facteur.

Ah! nous savons bien, en écrivant ces lignes, ce qu'on nous objectera : on prétendra que nous mettons sur la même ligne deux ordres de mérites très inégaux ; que nous confondons dans un même éloge le génie artistique et la simple habileté industrielle !

Mais nous protestons de toutes nos forces contre une pareille appréciation du rôle du facteur d'instruments, et s'il est malheureusement vrai que certains facteurs envisagent leur rôle comme un simple métier, il en est d'autres qui ont une conception plus haute et plus vraie de leur art, qui sentent, comme tous les artistes dignes de ce nom, dans une exécution musicale, deux parts entièrement distinctes : le sentiment, l'enthousiasme, l'inspiration, qui sont le lot de l'artiste ; l'ampleur, la majesté, la douceur des sons, qui appartiennent au facteur, et si l'on nous soutient qu'il n'y a pas une part d'âme dans la sonorité, nous demanderons à nos adversaires s'il n'y a pas d'âme dans le murmure des bois, dans le grondement des flots, dans le roulement du tonnerre.

Pour tout concilier, nous accorderons qu'il existe deux types distincts de facteurs d'instruments de musique : ceux qui comprennent toutes les poésies du son et ceux qui ne savent que découper le bois et limer le fer ; que chacun choisisse entre les deux types ; quant à nous, nous ne voulons admettre que le premier,et c'est parce que M.Edgar Brinsmead, de Londres, de la maison John Brinsmead et fils, appartient très nettement à ce type, que nous avons résolu de présenter cette grande maison à nos lecteurs.

Nous connaissons, pour tout dire, d'autres facteurs de pianos épris de leur art ; nous n'en avons jamais connu qui l'aient étudié avec autant de passion, car lui seul, à notre connaissance, a apporté dans cette étude le zèle parient des archéologues et cherché les origines du piano-forte (comme disent les Anglais) jusque sur les monuments cryptographiques des Assyriens et des Egyptiens, comme il l'a fait dans la belle histoire du piano (History of the piano forte) que nous avons actuellement sous les yeux.

Nous avouons, toutefois, que ce travail d'érudit ne recommanderait; pas suffisamment la maison de Wigmore Street, 18, (London W) à son immense clientèle internationale ; qu'il a fallu encore, pour lui concilier les suffrages du monde entier, pour lui mériter des grandes médailles d'or, des diplômes d'honneur, des récompenses de premier ordre à Londres (1862), à Amsterdam (1869), à Philadelphie (1876), à Paris (1867, 1874, 1878), etc., etc., partout enfin où elle a affronté la concurrence des plus grandes maisons du monde dans sa spécialité, il lui a fallu, disons-nous, autre chose que la connaissance des évolutions historiques des instruments à cordes, elle a dû se mettre à la tête du progrès, dans cette magnifique transformation à laquelle nous avons tous assisté, et qui a fait du piano le vrai roi des instruments.

Il lui a Jallu, depuis la fondation de ces magnifiques ateliers de Grafton road, 18, qui occupent une étendue superficielle de 62.675 pieds anglais et 655.866 pieds cubes et viennent de s'accroître de ceux de Charles Street Fitz-Roy Square qui font, depuis quelques jours seulement, l'admiration de Londres tout entier, il lui a fallu multiplier sans trêve ni cesse les améliorations des anciens types d'instruments, accumuler les brevets en 1862, 1868, 1871, 1875, etc., forcer l'approbation enthousiaste des pianistes du monde entier, et rester, au milieu de l'approbation universelle, seul mécontent de ce qu'il avait fait.

Tel fut John Brinsmead, qui s'établit en 1836, tels sont ses fils Thomas et Edgar, qu'il aformés à son image et dont il a fait ses collaborateurs, tous moins occupés à admirer leurs œuvres qu'à y découvrir des défauts et des lacunes, pour trouver une occasion, se fournir un prétexte de. combler celles-ci et de corriger ceux-là.

Le chef de cette très honorable maison n'est plus jeune aujourd'hui ; il ne s'en fait pas moins une sorte de point d'honneur d'imiter l'activité que déployait son père à l'époque où, venu du Devonshire à Londres (il y a de cela quarante-six ans), il fondait son premier, son très modeste atelier, où, à la tête d'un petit nombre d'ouvriers, il jetait les premières bases de cette réputation aujourd'hui incomparable.

Aujourd'hui, en effet, la maison Brinsmead et fils occupe une véritable armée d'ouvriers émérites, sévèrement classés par spécialités, d'après le grand et fécond principe de la division du travail, et exécutant ainsi jusqu'à trente opérations distinctes confiées à des groupes distincts.

Elle produit généralement de 300 à 400 instruments à la fois, et emploie, par an, environ pour 500,000 francs de bois exotiques à la construction de deux à trois mille pianos.

Nous nous abstiendrons de décrire et même de mentionner ici soit les inventions de la maison Brinsmead, soit les nombreux types d'instruments qu'elle construit, et ce pour cette raison décisive que l'indication des améliorations apportées à la mécanique, à la table d'harmonie, à la pédale supplémentaire destinée à assurer la tenue des sons, etc., etc. ne saurait ni intéresser les artistes qui ont eu le bonheur de promener leurs doigts sur les touches du Grand Concert, ni instruire sur la valeur de ce magnifique instrument les artistes (s'il en est) à qui il n'a pas encore été donné de l'entendre.

Nous ne sommes pas, heureusement pour nous, de ces déshérités de l'art musical, et c'est pourquoi l'harmonie vraiment céleste des instruments de la grande maison londonienne résonne encore dans nos oreilles, depuis le jour, lointain déjà, où nous les avons entendus pour la première fois. - R." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 1883, p. 396-398 (Gallica)

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