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TOLEDO M. Firmin
à Paris

1898

M. F. TOLEDO, Directeur de la maison Æolian à Paris, Le Panthéon de l'industrie :
journal hebdomadaire illustré, 04/12/1898
, p. 49-50 (Gallica)

 "LES INVENTIONS NOUVELLES - Exécution des grandes œuvres symphoniques par l'ÆOLIAN - L'ÆOLIAN : Ses mérites artistiques et son influence sur l'éducation musicale 

DEPUIS tantôt vingt-cinq ans que notre journal existe, rarement, peut-être, nous avons été conviés à parler avec autant de sympathie et d'enthousiasme d'une invention semblable à celle qui, aujourd'hui, nous fournit le thème de cette étude.

Nous eu causons avec d'autant plus de joie qu'elle ouvre désormais à l'art musical une ère de prospérité, de puissance et de grandeur morales qu'on ne pouvait soupçonner.

La musique! Quel art de vision, d'enchantement, d'étonnant prestige ! Quel art, plus que celui-là, charme et captive nos sens ?

Avec elle, jamais rien de faux ou .seulement de louche; elle évoque les plus purs et les plus chers de nos souvenirs, ouvre à l'âme inquiète les réconfortantes illusions si souvent déçues et dit à notre cœur ce qui lui plaît qu'on lui dise. De là sa merveilleuse puissance.

Alexandre Dumas prétendait que les signes du coeur de l'homme se pouvaient mesurer à la plus ou moins de sympathie qu'inspirent au cœur humain les bêtes et les enfants. L'illustre dramaturge aurait pu ajouter : et la musique !

Et cependant combien de natures d'élite, d'esprits délicats se montrent indifférents à l'exécution d'une page musicale de belle envergure ? Combien de gens aimant la musique finissent, petit à petit, à se détacher d'elle par la simple maison qu'ils sont impuissants à s'y adonner par une exécution brillante au cours de laquelle leurs cœurs goûteraient certaines délices que vainement ils recherchent !

Eh bien ! ceux que leur éducation ou leurs origines, ou leurs occupations ont contraints à ne voir dans la musique qu'une distraction banale qu'on semble apprécier par snobisme ou pour obéir à une convenance, ceux-là, disons-nous, pourrons désormais se montrer exécutants et virtuoses au même titre que les professionnels de la virtuosité.

Qui donc a opéré cette révolution susceptible de faire de l'être humain le moins doué un musicien de premier ordre ? Qui donc devient à notre époque l'initiateur le plus parfait du goût de la musique chez les âmes qui, jusqu'ici, semblaient être réfractaires à toutes les manifestations de l'art musical ?... L' Æoliain ! ... Æolian ? Certes ce nom ne vous dira pas grand'chose, n'évoquera dans votre esprit aucun souvenir susceptible d'éclairer votre religion.

C'est là une mission qui nous incombe, et lors que, enthousiasmé, le cœur saisi par toutes les
émotions qu'une audition de l'Æolian aura fait naître en vous, vous sortirez des somptueux magasins de MM. Tolédo et Cie, 32, avenue de l'Opéra, vous nous saurez gré d'avoir mis l'influence du Panthéon de l'Industrie au service de la vulgarisation du plus merveilleux instrument qu( le monde ait connu jusqu'ici et des multiples services que sa pratique, qui deviendra rapidement universelle, est appelée à rendre à l'art musical et surtout à l'exécution impeccable, par qui que ce soit, des œuvres de nos grands maîtres lyriques anciens ou modernes.

C'est, en effet, toute une révélation que l'Æolian ! C'est la réalisation d'un rêve si souvent caressé et qui consiste à mettre à la portée du premier venu, un instrument puissant à l'aide duquel, sans connaître une note de musique, l'exécutant improvisé sera en mesure d'interpréter une sonate, une romance, ou des fragments de l'oeuvre qui a ses préférences, et ce, avec toutes les nuances et les diverses sonorités qui traduiront admirablement les intentions du compositeur.

L'Æolian, qui a la forme d'un grand piano-harmonium, est un meuble luxueux, très décoratif et qui a sa place marquée désormais dans nos salons les plus élégants. Il suffit, une foisque le morceau à interpréter a été mis à la place qui lui est assignée pour son fonctionnement, de se placer devant l'harmonium dont l'exécutant pourra à sa volonté et suivant ses caprices, tirer les jeux susceptibles de donner à l'œuvre qu'il interprète toute la virtuosité, tous les charmes et toute la puissance de sonorité d'une impeccable exécution orchestrale. C'est le derniercri du genre : Colonne ou Lamoureux chez soi !

Mais, pour Dieu, qu'on n'aille pas confondre l' Acolian avec ces atroces instruments à manivelle qui exécutent automatiquement une œuvre d'une uniformité dÁsespérante, sans charme et sans expression, et dont le rythme saccadé, brutal, sans moelleux, au lieu de faire apprécier les beautés du moreau interprété arrive à le rendre banal, irritant et incompréhensible.

Si comporte un système de mécanisme pneumatique, c'est précisément pour permettre aux plus profanes, en suivant sur le morceau qui se déroule quelques indications extrêmement simples et qui n'ont rien de technique, de pouvoir prétendre à une exécution parfaite, de diriger par un métronome placé à sa portée, son instrument à l'égal d'un chef d'orchestre et de trouver dans cette interprétation une source de plaisirs sans cesse renaissants et l'occasion d'une véritable initiation musicale, principal but poursuivi par ceux qui tentent aujourd'hui la vulgarisation de l'Æolian.

Comme nous le disait avec conviction M. Toledo, le directeur de la maison de l'Æolian :

« Cet instrument introduit dans la famille la connaissance des chefs-d'œuvre, il fait connaître toutes les beautés du monde harmonique, fait comprendre le génie des maîtres. Voilà pourquoi il est par excellence un instrument de culture et d'éducation musicales et, non seulement les profanes, mais les musiciens euxmêmes éprouvent toujours à l'entendre de véritables jouissances artistiques. De plus, les virtuoses exécutants peuvent jouer de l'Æolian comme de tout autre instrument - à clavier et trouvent en même temps intérêt à recourir à l'Æolian pour juger de certains effets de sonorité, comme le compositeur y trouvera, lui aussi, à tous les points de vue, un excellent auxiliaire. »

Nous bornerons là nos indications techniques tant nous serions aux regrets que nos lecteurs leur donnassent une fausse interprétation. Nous avons dit notre émerveillement de l'audition qui nous a été donnée par l'Æolian. On ne décrit pas de tels effets et la plume est impuissante à les rendre. Ce qu'il faut, c'est de se rendre compte de l'instrument, de visu et de auditu.

Allez au 32 de l'avenue de l'Opéra et, si en y entrant vous pouviez avoir quelque idée préconçue sur cet instrument, vos doutes seraient vite dissipés.

Type de l'Æolian orchestral,
Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré
, 04/12/1898
, p. 53 (Gallica)

Il faut voir et entendre, tout est là. M. Toledo s'est entouré de collaborateurs intelligents et artistes qui savent habilement mettre en lumière toutes les ressources de l'Æolian.

L'un d'eux a bien voulu exécuter devant nous une page superbe de musique sacrée et il est impossible à l'oreille la plus exercée de n'être pas convaincu que celui qui exécute est un virtuose de premier rang, doué d'un talent considérable, alors que, seul, l'instrument rend automatiquement et avec une précision merveilleuse de sons l'œuvre quelconque qu'on lui demande d'exécuter.

Cette magistrale invention s'applique aussi au piano et fonctionne dans les mêmes conditions qu'avec le concours de l'harmonium. Nous avons eu le plaisir d'entendre l'interprétation d'une aride étude de Moszkowski, et si nous avions assisté à cette audition en simple spectateur, sans voir l'instrument, l'illusion était telle que nous eussions été convaincus entendre frapper les notes du clavier par un Rubinstein, un Planté ou un Paderewski. Pour le piano, l'instrument prend le nom de Æriol. De plus, de façon à vulgariser et de mettre à la portée du plus grand nombre les avantages du principe de l'Æolian et de l'Æriol, l'inventeur a créé le Pianola qui a pour objet d'appliquer à un piano quelconque les mêmes ressources, la même vérité d'expression et d'effets.

La meilleure conclusion que nous puissions donner à cette étude, désireux de convaincre encore, c'est de prendre au hasard quelques noms de personnalités artistiques autorisées qui, toutes, se sont déclarées émerveillées à l'audition de l'Æolian.

Citons dans ce nombre : MM. Alex. Guilmant, notre célèbre organiste, Paderewski, Raoul Pugno, Jean de Reské, Léon Cavallo, le violoniste Ysaye, qui voit aussi dans l'Æolian un merveilleux instrument d'accompagnement; la toute charmante et très talentueuse Emma Calvé qui, dans son enthousiasme, écrit en dédicace sur sa photographie : Vive l'Æolian et mon ami M. Toledo !! de même pour Sarasate, et enfin Ed. Colonne, bon juge en la matière et qui prédit à l'Æolian un succès universel.

On sait avec quelle énergie le Panthéon de l'Industrie répudie tout ce qui, au cours des travaux qu'il consacre à l'art, aux inventions nouvelles, etc... serait susceptible de présenter un caractère de réclame. Nous sommes donc bien à l'aise aujourd'hui pour dire à nos aimables lecteurs, toujours à l'affût de ce qui se crée d'utile et de bon, qu'ils ne sauraient trouver un plus agréable et un plus charmant emploi de leur argent à l'occasion des étrennes du jour de l'an, qu'en offrant aux leurs un Æolian ou un Æriol.

Ça ne sera pas seulement un meuble décoratif, un instrument destiné a amuser dont ils feront présent, mais un élément de haute moralisation par l'initiation de ceux qui leur sont chers, à la musique et à toutes les sensations qu'elle procure..

En prédisant à l'Æolian le succès qu'il mérite à tous égards, nos compatriotes sauront gré à l'honorable M. Tolédo d'avoir choisi notre grand Paris pour les familiariser avec un instrument appelé à rendre de si puissants services à l'art musical dans tout ce qu'il comporte de beau et d'élevé." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 04/12/1898, p. 49-50 (Gallica)

Pour les références voyez
la page alphabétique T
(TOLEDO)


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