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Ignace PLEYEL
à Paris (°1807)

PLEYEL FABRIQUE

1836

ateliers rue des Récollets, 9

"MOREAU (Paul-Jos.), architecte, r. Poissonnière, 33. Elève de M. Percier. Il a donné, avec M. Garnaud, le plan d'une maison de plaisance exécutée à Clermont, près de Senlis, dans l'ancienne propriété de Lucien Bonaparte. Il a donné ceux de divers édifices particuliers, entre autres des ateliers de Pleyel, facteur de pianos, rue des Récollets, 9. Il a publié, en 1831 : Description raisonnée et Vues pittoresques du chemin de fer de Liverpool à Manchester, in-4°" Annuaire des artistes français, M. Guyot de Fère, 1836, p. 181 (Gallica)

1837

Les voleurs sur les toits

"Un vol audacieux a été commis dernièrement dans le vaste chantier de M. Pleyel, le fabricant de pianos.

Des malfaiteurs, malgré la vigilance de deux chiens de garde, se sont introduits par escalade et ont enlevé pour un millier de francs de zinc.

Les employés ayant établi de nouveaux moyens de surveillance, ont aperçu la nuit dernière quatre hommes qui, placés sur le toit de l'un des bâtimens de la scierie mécanique, enlevaient le zinc qui le recouvre.

A leur approche trois de ces hommes parvinrent à s'échapper le quatrième, quoique cerné de tous côtés, s'apprêtait à faire résistance, quand un coup de fusil chargé à plomb lui fut tiré, et l'effroi autant que la blessure le forcèrent à se laisser arrêter.

Ses blessures, légères d'ailleurs, furent pansées avant que la force armée fût appelée; et on le remit entre les mains du commissaire de police. Ses aveux ont mis, dit-on, sur la voie de tous ses complices qui, depuis quelque temps, étaient la terreur du quartier Saint-Marcel." Le Figaro, 04/08/1837, p. NP (Gallica) ou La Presse, 03/08/1837, p. 3 (Gallica)

1838

Ouvrier - Assassinat

"Un assassinat a été commis ces jours derniers aux Batignolles-Monceaux. Le meurtrier est un nommé Baptiste, âgé de 52 ans, et depuis huit ans ouvrier dans la manufacture de pianos de M. Pleyel, rue Rochechouart, 20.

Cet homme se faisait remarquer, entre ses camarades, par la régularité de sa conduite; il était range, économe, ne fréquentait ni les marchands de vin ni les barrières; on lui reprochait seulement un air réservé et sournois qui était souvent l'occasion de plaisanteries qu'il recevait assez mal.

Il était lié depuis long-temps avec le mari de sa victime, et depuis la mort de ce dernier, arrivée il y a deux mois, il avait conservé avec la veuve des relations d'amitié.

Hier cette femme déménageait et avait prié Baptiste de venir l'aider; il sortit de l'atelier de M. Pleyel à l'heure ordinaire du déjeùner, neuf heures, et alla aux Batignolles, où il la trouva occupée des soins de son déménagement dans une chambre au troisième étage.

Après les premiers mots d'usage, il prit un marteau, et se mit à arracher quelques clous de la muraille mais bientôt après, profitant d'un instant où elle se baissait, il se précipita sur elle, et la frappa de coups redoublés de son marteau.

Aux cris affreux que cette malheureuse fit entendre, l'assassin se sauva par une fenêtre, et se cramponant aux pierres d'attente du mur, il parvint à descendre sur le toit de la maison voisine. Mais l'éveil était donné, et la foule le suivait des yeux, lui jetant des pierres, qui le forcèrent bientôt à se livrer.

Arrêté presque en flagrant délit, et futile aussitôt, on saisit sur lui deux billets de banque de mille francs, qu'il avait pris sans doute dans une grande armoire qu'on a trouvée ouverte; c'était toute la fortune de cette femme, fortune bien minime sans doute, et qui pourtant a suffi pour mener un homme à l'assasinat." La Presse, 14/07/1838, p. 2 (Gallica)

1848

Crise

"Voici un fait que nous sommes heureux de citer. M. Pleyel, facteur de pianos, employait trois cents ouvriers dans ses vastes ateliers.

L'encombrement de ses magasins et la diminution du nombre de se commandes le mettant dans la nécessité de congédier la moitié de ces braves gens, il les a réunis pour leur communiquer cette fâcheuse nouvelle.

Aussitôt ils se sont écriés d'une voix unanime : S'il n'y a de l'ouvrage que pour la moitié d'entre nous, chacun ne fera qu'une demi-journée, et personne ne sera congédié. M. Pleyel s'est empressé d'accepter cette proposition.

Cet exemple mérite d'être imité de part et d'autre dans les ateliers où l'on souffre moméntanément. En partageant les sacrifices, on les allège." Feuille du jour, Lyon 14/03/1848, p. 2

1850

Exportation

"Parmi les industries qui ont pris depuis quelques années une extension considérable, surtout pour l'exportation, nous citerons la fabrication des instrumens de musique.

Quelques maisons qui fabriquent les pianos et les orgues ont reçu d'énormes commandes pour l'étranger.

Deux de nos principaux fabricans de pianos ont une cinquantaine d'ouvriers de plus que l'année dernière. Leurs commandes sont faites particulièrement pour l'Amérique, pour l'Espagne et le Portugal." La Presse, 04/11/1850, p. 1 (Gallica)

1851

Quelques articles sur L'INCENDIE de 1851

"Un incendio considerevole scoppiò verso le 5 ore di mattina di martedì, 25 spirato marzo, nello stabilimento di uno fra i primi fabbricatori di pianoforti, del signor Camillo Pleyel.

L'incendio dilatandosi, s'appiccò ad un vasto locale che conteneva legnami lavorati e da lavorarsi, ed alimentato da quelle materie combustibili fece dei rapidi progressi malgrado i potenti mezzi impiegati per arrestarlo.

Si ignora la causa di tale incendio, che dovette certamente cagionare gravi danni, poiché 300 operai lavoravano in quel locale, che divenne preda delle fiamme.

Il signor Pleyel si adoperò tosto con ogni cura affinchè i suoi operai non mancassero di lavoro, e publicò sui giornali una lettera di ringraziamento a coloro che eransi adoperati a suo vantaggio. Il locale e le mercanzie erano assicurate." L'Italia musicale, Volume 3, Francesco Lucca, 1851, p. 111

"Un incendie considérable s'est déclaré mardi matin, vers cinq heures, chez M. J. Pleyel fabricant de pianos, rue Rochechouart, 22. Le feu a pris dans l'un des bâtiments occupés par les ateliers au n° 24, en communication, par une cour formant un carré long avec la maison d'habitation et les magasins.

Ce bâtiment, élevé de quatre étages dans la cour; renfermait une grande quantité de bois ouvré et à ouvrer.

Malheureusement par suite de l'heure matinale, il s'est écoulé un certain espace de temps avant qu'on n'ait pu réunir des travailleurs en nombre suffisant, et le feu, alimenté par une immense quantité de matières essentiellement combustibles, a fait des progrès si rapides; que les batiments dans lequel il avait pris naissance n'a pas tardé à être entièrement embrasé, et que les flammes ont atteint l'autre bâtiment sur la rue, dans la partie la plus rapprochée de la maison n° 26, qui s'est trouvée dès cet instant gravement, menacée.

Comme il n'était plus possible de concevoir l'espoir de sauver ]es marchandises on a dû diriger les travaux de manière à concentrer le feu dans son foyer principal, afin de préserver les habitations voisines; et, après une heure et demie d'efforts, ont y est parvenu et on s'en est rendu maître.

Vers huit heures, le feu, enfin maîtrisé, était à peu près éteint, mais le bâtiment dans lequel il avait pris naissance et toutes les marchandises qu'il renfermait étaient complètement réduits en cendres : il n'est resté debout que les quatre murs.

Les planchers, les marchandises et une partie, de la toiture de l'autre bâtiment sur la rue ont été également consumés ou détruite. La perte occasionnée par cet incendie doit être considérable, car ces ateliers n'occupaient pas moins de 300 ouvriers.

L'habitation personnelle de M. Pleyel a été entièrement préservée.

Mardi matin, à sept heures, pendant que le feu résistait encore à tous les efforts combinés, M. Pleyel s'occupait déjà de répartir dans ses autres ateliers les ouvriers que ce sinistre menaçait de laisser sans ouvrage et le soir même, à côté des bâtiments incendiés, a eu lieu le concert de M. Grignon, dans la salle Pleyel, qui n'a souffert en rien, pas plus que les ateliers principaux. Bâtiments et marchandises étaient assurés." Le Ménestrel, 30/03/1851, p. 3 (Gallica) et autre article dans L'Ami de la religion et du Roi : journal ecclésiastique, politique et littéraire, 1851, p. 726 (Gallica) et Revue et gazette musicale de Paris: journal des artistes, des amateurs et ..., 30/03/1851, p. 104

"Un bruit alarmant s'est rapidement répandu ce matin dans les hauts quartiers du 2e arrondissement; le feu était rue Rochechouart aux ateliers de la fabrique de. pianos de M. Pleyel. La nouvelle n'était que trop vraie.

Dès 5 heures du matin une fumée épaisse, concentrée au premier étage d'un bâtiment avait donné l'alarme et quelques instans après éclatait avec une violence effrayante un incendie qui menaçait un des premiers établissemens de Paris et tout le quartier qui l'environne.

Mais aussitôt arrivaient les secours de l'admirable corps des pompiers leurs efforts, intelligens et dëvenes, dirigés par, M. le commandant de La Condamine, concentraient les ravages du feu dans deux maisons qu'on n'a pu sauver.

Tous les voisins, M. Dubourg, marchand boucher, M. Gautier, administrateur du bureau de bienfaisance, la compagnie de garde nationale du quartier, qui est accourue, tout le monde a rivalisé de zèle; on n'a à déplorer aucun accident.

A 7 heures, pendant que le feu résistait encore à tous les efforts combinés, M. Pleyel, au milieu des travailleurs s'occupait déjà de répartir dans ses autres ateliers les ouvriers qui se trouvaient ainsi sans ouvrage, et ce soir même, à côté des bâtimens incendiés, a eu lieu le concert de M. Grignon, dans la belle salle, qui n'a souffert en rien, non plus que les ateliers principaux.

Bâtiments et marchandises étaient assurés.

Nous complétons nos renseignemens par les détails suivans empruntés à la Patrie.

L'alarme fut donnée par un sergent de ville.

De toutes parts on comprit combien le danger était, pressant: on se dit que les ateliers étaient remplis de hois et de matières propres à donner un aliment considérable à l'incendie; on s'empressa de courir au feu, d'aller avertir les pompiers.

Des gardes nationaux accoururent en armes, et un piquet du 14e régiment d'infanterie de ligne se rendit sur le lieu de l'incendie.

Le feu s'étendait; mais arrivèrent les pompiers des Menus-Plaisirs, ceux de la rue de la Victoire, bientôt suivis des pompiers du faubourg Saint-Martin, et de ceux de la rue de la Paix, etc.; les secours purent dès lors s'organiser régulièrement.

L'eau ne manquait pas dans toutes les maisons l'on pompait, des porteurs d'eau arrivaient à chaque instant, amenant à grands pas leurs tonneaux remplis d'eau; l'on a pu remarquer entre autres le zèle des porteurs d'eau, dont les tonneaux portent les numéros 182, 34, 898, 50, 654, 354, 1002, 102, 32, 216, 944, 200, 440, 257, 284.

L'incendie avait pris un accroissement effrayant à tous les étages, et presque dans chaque pièce, il y avait des provisions de bois à ouvrer et de bois très secs.

Le commandant et les officiers des pompiers dirigeaient Ips secours avec habileté; on leur obéissait avec zèle.

Un instant, l'entablement d'une des extrémités du bâtiment menaça de tomber et d'atteindre les travailleurs.

Toutes les précautions furent-prises; l'on put ainsi éviter un danger imminent.

Dans le tumulte, au fort de l'incendie, un seul pompier fut atteint le sapeur Lechert, de la 1re compagnie, reçut sur la tête un morceau de poutre enflammée il a été renversé du coup, est resté quelque temps sans connaissance; mais de prompts soins lui ont été prodigués, et l'on put reconnaître, heureusement, que son casque l'avait préservé.

Généralement, l'on attribue la cause de l'incendie à la présence, dans la chambre d'un contre-maître, d'un, calorifère mal éteint, ou duquel se serait échappé un charbon allumé.

Une quantité considérable de travaux minutieux ayant rapport ail mécanisme, et presque terminés, ont été la proie des flammes." La Presse, 26/03/1851, p. 3 (Gallica)

"Le feu a pris mardi matin, à cinq heures, aux ateliers de M. Pleyel, facteur de pianos, rue Rochechouart. Les ateliers ont été réduits en cendres. Dans une pièce se trouvaient beaucoup de blocs de bois précieux. Dans une autre avaient été placés des travaux de mécanisme, qui se trouvent détruits.

— La perte est évaluée à 300,000 fr. On attribue la cause du sinistre au calorifère d'un contre-maître duquel se serait échappé un charbon mal éteint.

— Un pompier a été grièvement blessé.

— On craint que la fabrique, qui occupait deux cents ouvriers ne soit obligée de suspendre ses travaux au moins pendant quelques jours." Journal du Loiret, 27/03/1851, p. 3 (Aurelia.Orléans.fr)

1862

"[...][...] Les progrès au piano ne datent en France que de Sébastien Erard qui, simple ouvrier quitta Strasbourg, sa ville natale, pour venir, en 1775, s'établira Paris.

Il fut le premier qui ait apporte des perfectionnements remarquables a la construction des pianos, et il a puissamment contribué à affranchir sa patrie du tribut qu'elle payait aux facteurs des pays étrangers.

Avant lui, le petit nombre de pianos fabriqués en France ne pouvait suffire aux besoins du public musical, et une très grande partie de ces instruments était importée d'Angleterre et d'Allemagne.

Les pianos anglais se distinguaient par la force du son et la solidité de la construction les pianos allemands avaient «n son plus doux et un tout cher plus facile.

Sébastien Erard résolut de a-éunir dans le même instrument ces qualités diverses.

Les succès de Sébastien Erard et de son frère Philippe inquiétèrent les autres facteurs, qui, selon le déplorable usage de tous !les temps, se coalisèrent contre eux.

Les maîtres facteurs, reprochant aux deux frères des infractions aux règlements, cherchèrent à faire fermer leurs ateliers, sous prétexte qu'ils n'avaient pas de lettres de maîtrise mais le roi Louis XVI, après s'être fait rendre compte de leurs travaux, leur accorda des lettres de maîtrise en 1783.

En 1807, Ignace Pleyel fonda l'établissement qui, à partîr de 1824, devait devenir, sous la direction de son fils Camille, une des dIus importantes maisons du monde. Camille Pleyel fit de nombreux essais pour l'amélioration des différentes parties qui constituent le piano, et il rechercha à son tour la perfection de la fabrication qui avait donné aux facteurs anglaise et allemands une si grande supériorité.

M. Turgan, dans les deux livraisons des Grandes usines de France, qu'il a consacrées à la maison Pleyel, commence par prendre la psine, peut-être superflue, de justifier le piano des reproches qu on lui a adressés. Qu'est-ce à dire ? Le piano est encombrant ?

Mais il est aussi meublant bien des gens n'en on qu'à cette intention, et j'en connais qui, pour cette raison seule, ne veulent à aucun prix d'un piano de petites dimensions.

« Mais, dit-on, il est si facile d'en jouer mal. »

Ou on me cite un instrument qui ue soit pas dans le même cas! – « Et puis, il est systématiquement faux » Pour le coup, c'est bien l'accusation la plus absurde, et qu'on a le plus ressassée.

Il est très vrai que pour qu'une même touche puisse servir à des sons notés différemment, on est obligé de faire égaux, autant que possible, les douze demi-tons compris dans une octave, car le tempérament égal est le seul admissible; le tempérament inégal est une pure monstruosité; la justesse soi-disant parfaite de certains intervalles ne fait que rendre plus sensible la discordance des autres. D'ailleurs les tons avec trois, quatre ou cinq bémols, sont des plus usités dans la musique de piano.

Mais croit-on que le tempérament n'existe pas aussi bien, et peut-être avec plus d'imperfections encore, dans les instruments à vent en bois ou en cuivre ? Qu'on, ne m'objecte pas le trombone à coulisse, ou tel autre instrument qu'on voudra la réponse serait par trop facile.

Et les violons ? Je m'inclinerai devant leur justesse, quand on m'aura prouvé que chaque violoniste commence par accorder son instrument en perfection que, pendant qu'il joue, l'accord ne change pas l'influence de la température ou par d'autres causes; qu'un violoniste est capable de jouer deux fois de suite la même gamme, de manière que chaque son fasse exactement le même nombre de vibrations, pas une de plus, ni une de moins; que, lorsque plusieurs violonistes jouent la même partie, comme cela est indispensable dans un orchestre, ils jouent toujours, et mathématiquement, à l'unisson enfin, qu'il n'y en a pas qui jouent faux de parti pris.

«De parti pris ? » Mais oui tandis que les théoriciens n'ont pu encore s'entendre pour savoir si le demi-ton dit majeur est plus grand ou plus petit que le demi-ton dit mineur, les violonistes sont fermement convaincus que c'est le premier qui est le plus petit si bien que j'en pourrais citer de très connus, aux yeux de qui ce demi-ton est tout au plus un tiers de ton.

Cela ne peut laisser que de chatouiller agréablement le nerf auditif des peuples orientaux, à qui les miaulements voluptueux en tiers ou en quarts de ton offrent un attrait tout particulier mais moi, qui n'ai pas assez joué du violon pour me fausser systématiquement l'oreille, je déclare que c'est affreux !

Quant à la voix humaine, c'est en théorie l'instrument le plus juste; mais, dans la pratique, grand Dieu ! ...

« Le piano, a dit F. Halévy, serait le premier des instruments, si l'orgue n'existait pas. Hôte de la maison, couvert d'habits de fête, il ouvre à tous son facile vêtement et comme il se prête aux passe-temps les plus frivoles aussi bien qu'aux études les plus sérieuses; comme il recèle en son sein tous les trésors de l'harmonie, il est de tous les instruments celui qui a le plus contribué à répandre le goût de la musique et à en faciliter l'étude.

Popularisé par de grands artistes, il habite toutes les demeures sous ses formes variées, il force toutes les portes. S'il est. quelquefois voisin insupportable, il offre du moins à l'offense une vengeance facile et des représailles, toujours prêtes. »

Eh bien puisqu'à votre avis, il est si facile d'en jouer mal, vengez-vous !

La valeur annuelle de la production des pianos était estimée, en 1855, à soixante-quinze millions de francs, dont vingt-sept millions pour l'Angleterre, seize pour l'Allemagne et dix pour Ta France. Sur ce chiffre de dix millions au moins qui revient à la France, la maison Pleyel fournit environ le cinquième.

Un des signes les plus certains de la bonne construction d'un piano, et l'un des plus grands progrès réalisés par la facture moderne, c'est la solidité de l'accord.

Les instruments fabriqués dans les grandes maisons de Paris et de Londres sont souvent transportés à des distances considérables, par toutes les voies de communication, sans que leur accord soit altéré.

Les pianos de la maison Pleyel, tout spécialement, s'exportent dans les contrées les plus lointaines et les moins abordables des deux Amériques et dans l'Australie plusieurs mois se passent du départ à l'arrivée; les caisses, renversées dans tous les sens, subissent des chocs de tout genre néanmoins, lorsque les pianos sont déballés, leur accord est le même qu'au moment du départ qualité précieuse, surtout dans un pays où il n'existe pas d'accordeurs.

Les diverses parties qui composent un piano sont si différentes et emploient des corps si dissemblables qu'il s'est établi un certain nombre d'industries spéciales préparant, chacune de son côté, les diiférentes pièces qui entrent dans la fabrication.

La plupart des facteurs se contentent d'acheter ces pièces et de les assembler. Tous les pianos à bas prix, surtout ceux destinés à la location, sont faits de cette manière.

Cette division du travail, excellente pour arriver au bon marché, ne saurait donner la perfection des produits les pièces s'adaptent plus ou moins bien; les bois, employés sans choix et sans discernement, par des ébénistes non facteurs, travaillent etjouent de manière à donner souvent, au bout d'un certain temps, les résultats les plus déplorables.

Une maison comme celle de MM. Pleyel, Wolff et Cie, fait tout elle-même. Les bois sont préparés et conservés dans de vastes ateliers, où ils restent entassés en piles pendant des mois et des années, et exposés à toutes les influences de l'humi«Sté et de la sécheresse, jusqu'à ce qu'on ait jugé que les évolutions ordinaires des bois jeunes sont accomplies.

Ils sont ensuite examinés avec soin, et rejetés impitoyablement s'ils offrent le moindre défaut. Les bois étrangers, très précieux, destinas au placage, sont seuls couverts de paillassons pour les garantir de l'influence nuisible des alternatives trop brusques de pluie et de soleil.

Pour donner une idée de la masse considérable de bois entassée dans ses grands chantiers, il nous suffira de dire que ceux de la maison Pleyel, situés rue Marcadet, derrière la butte Montmartre, contiennent des approvisionnements pour la mise en oeuvre successive de dix-huit cents pianos par an.

Sans entrer dans des explications trop minutieuses, M. Turgan donne d'abord des détails sur l'histoire du piano et sur les instruments qui furent ses prédécesseurs; puis sur les qualités et les usages des diverses espèces de bois, sur différentes machines ingénieuses employées dans les ateliers de la maison Pleyel, et en général sur tout ce qui concerne la fabrication des pianos. Le texte est accompagné de onze dessins exécutés avec beaucoup de soin.

M. Auguste Wolff, le chef actuel de la maison Pleyel, a inventé un instrument nommé pédalier.

Bien avant l'invention du piano, on avait essayé d'adapter au clavecin un système de pédales, mais en se bornant à emprunter à l'instrument même ses marteaux et ses cordes, de telle sorte que les marteaux étaient mis en mouvement par les pieds au lieu de l'être par les mains.

Le pédalier de M Wolff, au contraire, a ses cordes, ses marteaux et tout son mécanisme spécial il est peu volumineux et d'un prix peu élevé.

C'est une espèce d'armoire adossée au mur: l'exécutant s'assied sur un banc fixé sur le devant et qui s'élève ou s'abaisse à volonté; les pédales se trouvent sous ses pieds et il place devant lui un piano quelconque, droit, carré, ou à queue.

Tandis que dans les meilleurs pianos à queue, les notes les plus graves sont peu agréables et peu distinctes, dans le pédalier de M. Wolff, le dernier ut est aussi pur et aussi plein que celui des meilleurs tuyaux de flûte de seize pieds.

Au moyen de cet instrument, l'organiste, sans sortir de chez lui, pourra étudier les morceaux d'orgue les plus compliqués; le pianiste pourra se familiariser avec les nombreux chefs-d'œuvre des grands maîtres écrits avec pédale obligée.

C'est par l'initiative de la Société pour l'instruction élémentaire, qu'à partir de l'année 1819 la musique vocale a éte introduite dans les écoles communales de Paris.

Depuis cette époque, la Société n'a cessé de surveiller son œuvre avec sollicitude tout récemment encore, une commission nommée par elle a consacré plusieurs séances à la discussion approfondie de l'enseignement de la musique vocale, discussion pour laquelle la commission avait convoqué toutes les personnes dont les lumières ont pu lui sembler de quelque utilité.

Aussitôt que le rapport sur ces séances, qui seront sans doute continuées plus tard, aura été publié, nous nous occuperons à notre tour de cette importante question, dont nous avons déjà, eu occasion de dire quelques mots dans ce journal.

Des personnes dignes de foi nous ont appris qu'à l'Exposition universelle de Londres, on voit des méthodes de musique vocale. Cette nouvelle nous a causé quelque surprise, et a suscité en notre esprit une foule de questions. Y a-t-il des méthodes de tous les pays ?

Sans doute, on n'aura admis que celles d'auteurs vivants mais s'est-on assuré que toutes celles qui ont de l'importance y ont pu être reçues ?

Le jury chargé dé les apprécier serat-il le même que celui qui prononce sur la valeur des contre-basses, des trompettes et des timbales ? Appellera-t-il les auteurs pour discuter leurs méthodes ? Les essaiera-t-il dans les écoles de Londres ? Ou bien se contentera-t-il de les juger sur des tableaux étalés au mur comme des châles ou des tapis ?

Et puis encore, y a-t-on joint des méthodes d'harmonie, de contre-point, de piano, de flûte, de violon, de clarinette, de trombone, de saxophone, d'accordéon ?

Gageons qu'on a oublié les méthodes de lecture française, les traités de physique, de chimie, d'histoire naturelle, de médecine, d'astronomie, de navigation, de numismatique, de philosophie en un mot, des traités de toutes les sciences et de tous-les arts, y compris l'art délicat si cher à Brillat-Savarin.

Au fait, ne préjugeons rien attendons. JOHANNES WEBER." Le Temps, 01/07/1862, p. 2 (Gallica) - Voir Turgan (1863) ci-dessous

LE BOIS UTILISÉ

"La Manufacture de pianos - De MM. Pleyel, Wolff et Cie. L'histoire du piano ne commence guère qu'à Godefroy Silbermann, quoique plusieurs personnes la fassent remonter jusqu'à Schrœder, qui vivait en 1717. Silbermann établit une fabrique en 1745, et à partir de ce moment le piano gagna peu à peu l'avantage sur le clavecin, grâce à Hein, d'Augsbourg, et à Zump[e], de Londres, qui envoyaient en France leurs petits instruments encore très-chers.

Sébastien Erard fit, en 1777, le premier piano construit en France. C'était un petit parallélogramme oblong, monté de deux cordes sur chaque note; l'étendue de son clavecin était de cinq octaves. En 1790, Sebastien, aîné de son frère Philippe, ajouta une troisième corde et augmenta ainsi la sonorité.

En 1796, il fit les premiers pianos en forme de clavecin, dits pianos à queue, et qui, malgré la place qu'ils réclament, sont restés les pianos de concert. Ignace Pleyel fonda, en 1807, rétablissement qui, à partir de 1824, devait devenir, sous la direction de Camille Pleyel, son fils, une des plus importantes maisons du monde.

Camille Pleyel, après avoir fait de nombreux essais de modification dans les différentes parties de l'instrument, s'arrêta à l'échappement simple sans interposition de mécanisme, et concentra toutes ses études sur l'amélioration des différentes parties constituant le piano.

Il rechercha avant tout la perfection dans la fabrication, perfection trop négligée en Franco, et qui donnait aux facteurs anglais et allemands une grande supériorité dans les pays étrangers. Aussi la maison Pleyel a-t-elle vu accroître prodigieusement le chiffre de ses exportations.

Le savant rapporteur de l'Exposition de 1856, peu suspect cependant de partialité pour cet établissement, constate cette exportation et en donne les causes.

Il est juste de dire, écrit M. Fétis, qu'au des plus grands progrès de la facture moderne des pianos consiste précisément dans la solidité de l'accord de ces instruments, signe certain d'une bonne construction. Les instruments fabriqués dans les grandes maisons de Paris et de Londres sont souvent transportés à des distances considérables, par toutes les voies de communication, sans que leur accord soit altéré.

A cet égard, la grande maison de Paris Pleyel et Cie se distingue d'une manière particulière.

Ses instruments s'exportent dans les contrées les plus lointaines et les moins abordables de l'intérieur des terres dans les deux Amériques et dans l'Australie; plusieurs mois se passent depuis l'instant du départ jusqu'à l'arrivée; renversées dans tous les sens, les caisses subissent des chocs de tout genre; néanmoins, lorsque les pianos sont déballés, leur accord est le même qu'au moment du départ qualité précieuse dans ce pays, où il n'existe pas d'accordeurs.

Les diverses parties qui composent un piano sont si différentes et emploient des corps si dissemblables (bois, fer, cuivre, argent, ivoire, peau, feutre, drap), qu'il s'est établi un certain nombre d'industries spéciales, qui préparent, chacune de leur côté, les différentes pièces entrant dans sa fabrication.

MM. Rohden, Schwand[er], Barbier et d'autres encore préparent des mécaniques, des chevilles, des garnitures de toute sorte. La plupart des facteurs les achètent séparément, pour les assembler ensuite de manière à en former un instrument vendu naturellement à bas prix.

Tous les pianos à bon marché surtout ceux destinés à la location, sont faits de cette manière.

Cette division du travail, excellente pour arriver au bon marché, est loin de donner la perfection dans les produits; car toutes ces pièces s'adaptent plus ou moins bien, les bois surtout, employés sans choix et sans discernement par des ébénistes; non facteurs, travailent, et jouent de manière à donner, au bout d'un certain temps, les plus déplorables résultats.

Les maisons comme la maison Pleyel-Wolff font tout elles-mêmes, sous une inspiration generaif, et peuvent ainsi seulement obtenir une sorte de perfection unie à un bon marché relatif.

Pénétré de cette vérité, que la caisse est pour beaucoup dans la sonorité et la solidité de l'instrument, M. Wolff, au prix d'énormes sacrifices d'argent et de temps, a su se créer un chantier d'une valeur d'achat de plus de 800,000 fr. et des approvisionnements de bois, débités, classés et préparés pour la mise en œuvre successive de huit cents pianos par an.

Quelques chiffres donneront une idée de l'importance de ces approvisionnements. Les magasins et séchoirs, tenus avec un ordre admirable, mais nécessaire, renferment 23,500 sommiers, fortes pièces de hétre qui doivent en grande partie supporter la tension des corde ; pièces difficiles à sécher, à cause de leur forte épaisseur.

Environ 300,000 pièces diverses de chêne; 90,000 de hétre; 60,000 de sapin; 25,000 de tilleul; 60,000 d'acajou; 130,000 de palissandre.

Les autres bois, tels que poirier, cormier, cèdre et faux cèdre, en même proportion. Tous ces bois sont préparés et conservés dans des vastes ateliers, situés rue Marcadet, au flanc est de la rue Rochechouart, ateliers qui occupent une étendue de plus de quatre arpents.

Les bois sont, la plupart, achetés en arbres entiers dans les lieux mêmes de production; ils sobisseat en grume et à l'air libre un premier séchage, puis ils sont débités en blocs et en fortes planches, suivent leur essence, et empilés (toujours à l'air libre).

Ces piles restent là des mois et des années à se dilater par l'humidité et se contracter par la sécheresse, jusqu'à ce qu'on ait jugé que les éventions ordinaires du bois jeune sont accomplies et qu'on peut commencer sur lui une nouvelle série de préparations.

Les bois etrangers très-précieux, destinés au placage, sont seuls couverts de paillassons, pour les garantir des effets désastreux que causeraient sur eux les alternatives trop brusques de pluie et de soleil.

Les bois dont le séjour à l'air a été reconnu suffisamment long sont examinés avec soin, rejetés impitoyablement s'ils laissent apercevoir la moindre tare, et, s'ils sont déclarés parfaits, livrés à une série de scies circulaires fort ingénieuses, qui les décourent en morceaux d'une dimension et d'un modèle déterminés.

Ces morceaux, cassés et étiquetes, vont attendre dans de vastes séchoirs fermés que le temps soit venu de leur donner la dernière façon. Le chéne est employé dans la construction des côtés, oreilles, patins, portes du haut et du bas, semelles, doublage de la partie inférieure du piano.

Cette essence représente la construction générale. Étant bien choisi, il possède presque toutes les qualités force, élasticité, il est bien de fil, liant et doux : les planchettes qui restent, débris du découpage de ces pièces, servent à faire des placages destinés à recouvrir toutes les parties qui demandent à être contre-plaquées (excepté les sommiers).

C'est encore avec du chêne que l'on construit les grands cintres et grandes masses des pianos à queue; ces pièces sont formées de plusieurs épaisseurs, afin d'offrir la flexibilité convenable au moment où les presses à vis leur donnent la forme sur les cales. Le sapin représente la résistance au tirage des cordes.

Avec ce bois, on construit les montants du châssis du barrage, et différentes doublures et épaisseurs que les ouvriers ont l'habitude de nommer repaississements. Le sapin des tables est une espèce particulière qui vient de Suisse, du Vorarlberg ou de la Muottthal; il est nomme l'epicea.

Aux deux extrémités des montants se trouvent les sommiers du haut et du bas dans celui du haut sont insérées les chevilles sur celui du bas est fixée l'équerre en fer dans laquelle viennent s'attacher les cordes sur les pointes d'attaches (Nous parlons en ce moment du piano droit).

Ces deux sommiers sont en hêtre ce bois, plus dur que le chêne, est moins tranquille, et offre, en conséquence, moins de sécurité pour la construction des parties qui doivent conserver entre elles un rapport de mesure irréprochable sa dureté, en revanche, permet de lui confler des insertions solides, ce qui l'a fait choisir pour la construction des sommiers.

Le tilleul sert à faire le clavier; il a peu de fil et se prête, en conséquence, au sciage champtourné nécessité par la forme des touches; les parties moins pures de ce bois, c'est-à-dire celles qui sont un peu roulées, servent à faire le noyau de certains massifs qui sont recouverts de bois des îles, tels que les consoles, etc.

Le cormier est très-dur, il convient pour les manches de marteau, doublures de chevalets, sillets, taquets, et toutes les parties qui doivent supporter la pression des cordes et résister à l'écrasement produit par leur pression.

Quant au chevalet lui-méme, il est généralement en hêtre; on peut la farre en noyer ou en érable; il faut en tous cas un bois très-dur, car le chevalet, devant recevoir les pointes et contre-pointes entre lesquelles passent les cordes, est destiné à être percé de 320 à 380 trous environ, et il est relativement très-étroit.

Le poirier est moins dur que le cormier, doux, liant susceptible de recevoir un assez beau poli, on en fait beaucoup de pièces de mécanique, telles que les noix, dont le centre est garni en casimir, échappement, bascule, fourche, etc., etc. Quant a l'angle rentrant de la noix contre lequel vient buter l'échappement, il s'appelle le le nez de la noix et est garni en peau.

Ces différentes pièces peuvent également s'exêcater en bon acajou de Saint-Dominque. Une fois le premier choix prélevé sur une partie de poirier, le reste est débité en épaisseurs convenables et est donné a la teinture pour faire ce qu'on appelle généralement le bois noir, qui sert ensuite au placage.

L'érable, l'ulisier, le noyer, le frêne sont encore employés pour un certain nombre de petites pièces dont l'importance est très-secondaire, sauf cependant l'érable, pour les têtes de marteaux.

Le palissandre est destiné au placage; cependant on l'emploie massif aux emboîtures des caisses. Les placages de la maison Wolff ont 1 millimètre, soit 13 feuilles au pouce. L'emploi de ce bois est trés-dispeudieux, car lorsqu'on débite un madrier, il tombe plus de sciure que l'on n'obtient de placage.

Quelques parties de la mécanique reçoivent aussi, à titre d'ornementation, un peu de palissandre ainsi, les têtes d'étouffoirs, bloc des claviers, etc. L'acajou a le même emploi que le palissandre, avec cette différence toutefois que certains acajous conviennent parfaitement à la fabrication des mécaniques.

Outre des noix, fourches, etc., qui peuvent se faire en acajou, il y a certaines barres de soutien qui s'accommodent parfaitement de ce bois, il va sans dire que les acajous du plus beau dessin sont exclusivement réservée au placage, dont le prix est très-élevé. Les beaux acajous se vendent 5, 10, 15 et jusqu'à 20 fr. la feuille.

Le cèdre et le faux cèdre sont surtout destinés à donner les barres et tringles de la mécanique, qui demandent un bois bien droit, de fillet ne se tourmentant pas; de plus, les fabricants croient, avec raison, que l'odeur du cèdre éloigne les insectes, très-friands de garnitures en lainage.

Ce préservatif n'est cependant pas suffisant; il n'en est qu'un qui soit efficace, c'est le mouvement aussi, un piano régulièrement travaille par son propriétaire n'a rien à redouter des insectes. Nous n'entrerons pas dans le défait descriptif de tous les instruments qui découpent et façonnent les bois pour leur donner leur forme définitive nous dirons seulement qu'ils sont ingénieux et bien tenus; leur mise en mouvement exige une machine motrice de soixante chevaux.

Deux machines-outils méritent une mention particulière ce sont les raboteuses verticales; les planchettes de bois que l'on veut aplanir sont fixees sur une roue pleine en fonte qui tourne avec rapidité et rencontrent le burin d'un outil marchant régulièrement au moyen d'une vis.

Cet outil serait vraiment parfait s'il n'était pas dangereux. De temps en temps une plaque de bois s'échappe de la roue, fait fronde et va frapper le mur avec une violence de sinistre augure. Nous engageons beaucoup M. Wolff à trouver une disposition ingénieuse qui puisse arrctor la course de ces projectiles.

L'autre machine-outil est une superbe scie-Perrin à lâme continue qui sert à faire ces jolies broderies et découpages en bois on cuivre qui ornent l'intérieur de l'instrument.

Cette scie a l'inconvénient de ne pouvoir faire de découpages intérieurs on les exécute en évidant l'intérieur de !a feuillure avec un foret mû par un ressort et qui sort ou rentre d'une table de fonte."  L'Univers musical : journal et abonnement musical, 1862, p. 209-210 (Gallica)

1863

Grande cour

"[...][...] lgnace Pleyel fonda, en 1807, l'établissement qui, à partir de 1824, devait devenir, sous la direction de Camille Pleyel, son fils, une des plus importantes maisons du monde. Camille Pleyel, après avoir fait de nombreux essais de modification dans les différentes parties de l'instrument, s'arrêta à l'échappement simple sans interposition de mécanisme, et concentra toutes ses études sur l'amélioration des différentes parties constituant le piano.

- Il recherche avant tout la perfection dans la fabrication, perfection trop négligée en France, et qui donnait aux facteurs anglais et allemands une grande supériorité dans les pays étrangers.

- Aussi la maison Pleyel a-t-elle vu accroître prodigieusement le chiffre de ses exportations. Le savant rapporteur de l'Exposition de 1856, peu suspect cependant de partialité pour cet établissement, constate cette exportation et en donne les causes.

« Il est juste de dire, écrit M. Fétis, qu'un des plus grands progrès de la facture moderne des pianos consiste précisément dans la solidité de l'accord de ces instruments, signe certain d'une bonne construction. Les instruments fabriqués dans les grandes maisons de Paris et de Londrcs sont souvent transportés à des distances considérables, par toutes les voies de communication sans que leur accord soit altéré.

A cet égard, la grande maison de Paris Pleyel et Cie se distingue d'une manière particulière.

Ses instruments s'exportent dans les contrées les plus lointaines et les moins abordables de l'intérieur des terres dans les deux Amériques et dans l'Australie; plusieurs mois se passent depuis l'instant du départ jusqu'à l'arrivée; renversées dans tous les sens, les caisses subissent des chocs de tout genre; néanmoins, lorsque les pianos sont déballés leur accord est le même qu'au moment du départ : qualité précieuse dans des pays où il n'existe pas d'accordeurs.

Les diverses parties qui composent un piano sont si différentes et emploient des corps si dissemblables (bois, fer, cuivre, argent, ivoire, peau, feutre, drap), qu'il s'est établi un certain nombre d'industries spéciales, qui préparent, chacune de leur côté, les différentes pièces entrant dans sa fabrication.

MM. Rohden, Schwaud [Schwander], Barbier et d'autres encore préparent des mécaniques, des chevilles, des garnitures de toute sorte.

La plupart des facteurs les achètent séparément, pour les assembler ensuite de manière à en former un instrument vendu naturellement à bas prix. Tous les pianos à bon marché, surtout ceux destinés à la location, sont faits de cette manière.

Scie à grume

Cette division du travail, excellente pour arriver au bon marché, est loin de donner la perfection dans les produits; car toutes ces pièces s'adaptent plus ou moins bien; les bois surtout, employés sans choix et sans discernement par des ébénistes non facteurs, travaillent et jouent de manière à donner, au bout d'un certain temps, les plus déplorables résultats.

Les maisons comme la maison. Pleyel-Wolff font tout elles-mêmes, sous une inspiration générale, et peuvent ainsi seulement obtenir une sorte de perfection unie à un bon marché relatif.

Pénétré de cette vérité que la caisse est pour beaucoup dans la sonorité et la solidité de l'instrument, M. Wolff, au prix d'énormes sacrifices d'argent et de temps, a su se créer un chantier d'une valeur d'achat de plus de huit cent mille francs et des approvisionnements de bois, débités, classés et préparés pour la mise en œuvre successive de dix-huit cents pianos par an.

Quelques chiffres donneront une idée de l'importance de ces approvisionnements.

Les magasins et séchoirs, tenus avec un ordre admirable, mais nécessaire, renferment 23,500 sommiers, fortes pièces de hêtre qui doivent en grande partie supporter la tension des cordes: pièces difficiles à sécher, à cause de leur forte épaisseur ;

Environ 300,000 pièces diverses de chêne;

90,000 de hêtre;

60,000 de sapin;

25,000 de tilleul;

60,000 d'acajou;

430,000 de palissandre.

Les autres bois, tels que poirier, cormier, cèdre et faux cèdre, en même proportion.

Tous ces bois sont préparés et conservés dans de vastes ateliers, situés rue Marcadet, au flanc Est de la butte Rochechouart, ateliers qui occupent une étendue de plus de quatre arpents.

Les bois sont, la plupart, achetés en arbres entiers dans les lieux mêmes de production; ils subissent en grume et à l'air libre un premier séchage, puis ils sont débités en blocs et en fortes planches, suivant leur essence, et empilés (toujours à l'air libre).

Chantier

Comme nous l'avons indiqué dans le dessin occupant, ces piles restent là des mois et des années à se dilater par l'humidité et se contracter par la sécheresse, jusqu'à ce qu'on ait jugé que les évolutions ordinaires du bois jeune sont accomplies et qu'on peut commencer sur lui une nouvelle série de préparations.

Les bois étrangers très-précieux destinés au placage sont seuls couverts de paillassons, pour les garantir des effets désastreux que causeraient sur eux les alternatives trop brusques de pluie et de soleil.

Les bois dont le séjour à l'air a été reconnu suffisamment long sont examinés avec soin, rejetés impitoyablement s'ils laissent apercevoir la moindre tare, et, s'ils sont déclarés parfaits, livrés à une série de scies circulaires fort ingénieuses, qui les découpent en morceaux d'une dimension et d'un ntodele déterminés. Ces morceaux, classés et étiquetés, vont attendre dans de vastes séchoirs fermés que le temps soit venu de leur donner la dernière façon.

Le chène est employé dans la construction des côtés, oreilles, patins, portes du haut et du bas, semelles, doublage de la partie inférieure du piano.

Cette essence représente la construction générale. Etant bien choisi, il possède presque toutes les qualités: force, élasticité, il est bien de fil, liant et doux; les planchettes qui restent, débris du découpage de ces pièces, servent à faire des placages destinés à recouvrir toutes les parties qui demandent à être contre-plaquées (excepté les sommiers).

C'est encore avec du chêne que l'on construit les grands cintres et grandes masses des pianos à queue ; ces pièces sont formées de plusieurs épaisseurs afin d'offrir la flexibilité convenable au moment où les presses à vis leur donnent la forme sur les cales.

Le sapin représente la résistance au tirage des cordes. Avec ce bois, on construit les montants du châssis du barrage, et différentes doublures et épaisseurs que les ouvriers ont l'habitude de nommer répaississements.

Le sapin des tables est une espèce particulière qui vient de Suisse, du Vorarlberg ou de la Muotte thal; il est nommé I'epicea, dont nous avons dans une livraison précédente indiqué les qualités élastiques.

Aux deux extrémités des montants se trouvent les sommiers du hant et du bas; dans celui du haut sont insérées les chevilles; sur celui du bas est fixée l'équerre en fer dans laquelle viennent s'attacher les cordes sur les pointes d'attache. (Nous parlons en ce moment du piano droits.)

Ces deux sommiers sont en hêtre : ce bois, plus dur que le chêne, est moins tranquille, et offre, en conséquence, moins de sécurité pour la construction des parties qui doivent conserver entre elles un rapport de mesure irréprochable; sa dureté, en revanche, permetde lui confier desinsertions solides, ce qui l'a fait choisir pour la construction des sommiers.

Le tilleul sert à faire le clavier; il a peu de fil et se prête, en conséquence, au sciage champtourné nécessité par la forme des touches; les parties moins pures de ce bois, dest-à-dire celles qui sont un peu roulées, servent à faire le noyau de certains massifs qui sont recouverts de bois des îles; tels que les consoles, etc...

Le cormier est très-dur, il convient pour les manches de marteau, doublures de chevalets, sillets, taquets, et toutes les parties qui doivent supporter la pression des cordes, et résister à l'écrasement produit par leur pression.

Quant au chevalet lui même, il est généralement en hêtre; on peut le faire en noyer ou en érable; ilfaut en tous cas un bois très-dur, car le chevalet devant recevoir les pointes et contre-pointes entre lesquelles passent les cordes, est destiné à être percé de 320 a 380 trous environ, et, il est relativement très-étroit.

Le poirierest moins dur que le cormier, doux, liant : susceptible de recevoir un assez beau poli, on en fait beaucoup de pièces de mécaniques telles que les noiœ, dont le centre est garni en casimir, échappement, bascule, fourche, etc., etc.

Quant à l'angle rentrant de la noix contre lequel vient buter l'échappement, il s'appelle le nez de la noix, et est garni en peau.

Chariot portant les billes à la scie

Ces différentes pièces peuvent également s'exécuter en bon acajou de Saint-Domingue. Une fois le premier choix prélevé sur une partie de poirier, le reste est débité en épaisseurs convenables et est donné à la teinture pour faire ce qu'on appelle généralement le bois noir, qui sert ensuite au placage.

L'érable, l'alisier, le noyer, le fresne sont encore employés pour un certain nombre de petites pièces dont l'importance est très-secondaires, sauf, cependant, l'érable pour les têtes de marteaux.

Le palissandre est destiné au placage. Cependant on l'emploie massif aux emboîtures des caisses. Les placages de la maison Wolff ont un millimètre, soit 43 feuilles au pouce.

La raboteuse verticale

L'emploi de ce bois est très-dispendieux, car lorsqu'on débite un madrier, il tombe plus de sciure que l'on n'obtient de placage. Quelques parties de la mécanique reçoivent aussi à titre d'ornementation un peu de palissandre. Ainsi, les têtes d'étouffoirs, blocs des claviers, etc.

L'acajou a le même emploi que le palissandre, avec cette différence toutefois que certains acajous conviennent parfaitement à la fabrication des mécaniques.

Outre des noiœ, fourches, etc., qui peuvent se faire en acajou, il y a certaines barres de soutien qui s'accommodent parfaitement de ce bois; il va sans dire que les acajous du plus beau dessin sont exclusivement_ réservés au placage dont, le prix est très-élevé. Les beaux acajous se vendent 5, 10, 15 et jusqu'à 20 fr. la feuille.

Le cèdre et le faux cèdre sont surtout destinés à donner les barres et tringles de la mécanique, qui demandent un bois bien droit, de fil et ne se tourmentant pas; de plus, les fabricants croient avec raison que l'odeur du cèdre éloigne les insectes très-friands de garnitures en lainage.

Ce préservatif n'est cependant pas suffisant; il n'en est qu'un qui soit efïicace, c'est le mouvement: aussi un piano régulièrement travaillé par son propriétaire n'a rien à redouter des insectes.

Nous n'entrerons pas dans le détail descriptif de tous les instruments qui découpent et façonnent les bois pour leur donner leur forme définitive; - nous dirons seulement qu'ils sont ingénieux et bien tenus; leur mise en mouvement exige une machine motrice de soixante chevaux.

- Deux machines-outils méritent une mention particulière : ce sont les raboteuses verticales, absolument semblables au tour en l'air que nous avons signalé chez Derosne et Cail; les planchettes de bois que l'on veut aplanir sont fixées sur une roue pleine en fonte qui tourne avec rapidité et rencontrent le burin d'un outil marchant régulièrement au moyen d'une vis.

Cet outil serait vraiment parfait s'il n'était pas dangereux. De temps en temps une plaque de bois s'échappe de la roue, fait fronde et va frapper le mur avec une violence de sinistre augure. Nous engageons beaucoup M. Wolff à trouver une disposition ingénieuse qui puisse arrêter la course de ces projectiles.

Scie-Perrin

L'autre machine-outil, dont nous avons reproduit le travail par la gravure (ci-dessus), est une superbe scie-Perrin à lame, continue, qui sert à faire ces jolies broderies et découpages en bois ou cuivre qui ornentl'intérieur de l'instrument.

- Cette scie a l'inconvénientde ne pouvoir faire de découpages intérieurs; on les exécute en évidant l'intérieur de la feuillure avec un foret mû par un ressort, et qui sort ou rentre d'une table de fonte.

A l'étage supérieur, qui domine les scieries, se tournent et se façonnent toutes les petites pièces de bois qui entrent dans la composition du mécanisme intérieur du piano, tels que manches du marteau, échappement, noix, etc.

- Une sorte de filière, à laquelle on peut adapter des ouvertures plus ou moins grandes, arrondit en les rabotant des baguettes, découpées ensuite de longueur par de petites scies circulaires.

Un peu plus loin se trouve l'atelier où se façonnent les pièces en cuivre dont la plus importante est le peigne, forte barre de laiton dans laquelle une ingénieuse machine entaille une dentelure régulière. Ce peigne réuni avec une forte pièce de bois et un autre peigne en sens inverse sert à constituer dans la mécanique du piano droit les deux arêtes de la barre de marteau.

On y prépare aussi les agrafes, par où passent les cordes, les taquets qui, posés obliquement, servent de sillets pour les limiter en les coudant, les pointes d'attaches, et une foule de petites pièces, qui pourraient être aussi bien exécutées en fer ou en acier; mais comme elles se voient quand l'instrument est terminé on les fait en cuivre par coquetterie d'abord, et de plus parce qu'elles seraient susceptibles de se rouiller.

Caisse de piano à queue.

En descendant des ateliers du premier étage, on voit, rangées le long des ateliers du rez-de-chaussée, les planches de chêne destinées à former les masses des pianos à queue, sont fléchies et fixées de manière à prendre la courbure qu'elles doivent conserver.

Les ateliers de serrurerie, qu'on a eu la précaution d'éloigner des ateliers de montage et d'accordage, sont situés de l'autre côté de la rue Rochechouart ; ils préparent les équerres des pianos droits et les girafes des pianos à queue, pièces en fer qui reçoivent les pointes où s'attachent les cordes, les barres qui maintiennent l'ossature des pianos à queue et des pianos droits. On y prépare également toutes les autres petites pièces de cuivre et de métal qui attachent et relient entre elles les différents morceaux de bois de la caisse et du mécanisme.

Caisse de piano demi-oblique

Les ouvriers chargés de l'assemblage de la caisse, qui se termine en entier rue Marcadet et reçoit rue Rochechouart son mécanisme et ses cordes, ont donc sous la main et toutes prêtes les pièces qui leur sont nécessaires, et assemblent un piano comme les mosaistes font une fleur, ou plutôt comme nos compositeurs mettent en forme une page.

- Une fois la caisse assemblée, placage compris, mais non vernie, on l'envoie aux ateliers de la rue Rochechouart.

Là on commence par la garnir de sa table d'harmonie et des chevalets, grand et petit, qui mettent en relation les cordes avec la lame vibrante.

- Dans les pianos droits, la table d'harmonie ne tient pas toute l'étendue de l'instrument, elle est continuée par une autre planche non-vibrante nommée coin; - dans les pianos à queue, au contraire, la table ferme entièrement la caisse; elle est renforcée par de petites barres en bois, sans lesquelles sa disposition parfaitement plane ne pourrait se maintenir.

Ateliers des tableurs

Pendant que l'on pose la table, on fait, dans les sommiers, au moyen d'un porte-foret à archet et de vilbrequins particuliers, les trous qui doivent recevoir d'un côté les pointes d'attache, de l'autre les taquets obliques servant de sillets pour couder la corde; - puis les agrafes par l'ouverture desquelles elle passe, puis les chevilles, autour desquelles elles s'enroulent.

Dans les pianinos, les taquets séparés sont remplacés par un sillet d'un seul morceau et garni de pointes.

- Dans les pianos a queue, il n'y a de taquets que pour les cordes basses, les hautes sont coudées par une grosse pièce de cuivre échancrée, nommée bloc.

Une forte lame de fer coudée,nommé girafe, sert d'insertion aux attaches des cordes etrelient tout l'instrument.-Dans toutes les formes de pianos, de fortes barres de fer soutiennent et renforcent les barres de bois qui séparent les sommiers.

Quand la table est vernie et que toutes les pièces préparées pour l'attache des cordes sont solidement fixées, on livre la caisse au monteur de cordes qui a tout près, derrière lui, son assortiment.

Les cordes ne sont pas françaises; on ne file pas encore ici le fer avec assez de précision et de régularité pour pouvoir détrôner les fabriques de Webster, de Birmingham et de Muller de Vienne.

C'est donc de l'acier anglais et allemand qui fait les cordes hautes de nos pianos français; les cordes basses sont renforcées d'un fil de cuivre tréfilé à Paris, depuis le numéro 5 jusqu'au 10.

Cette addition de cuivre a pour but de grossir le volume de la corde, pour remplacer, par ce volume, l'allongement dans l'équation qui détermine le nombre de vibrations, c'est-à-dire la hauteur du son.

- M. Wolff, qui continue ses travaux sur les vibrations des cordes, essaye, en ce moment, du fil d'aluminium, plus léger que le cuivre, qui permettrait encore de grossir ou d'allonger certaines cordes du médium, et donnerait plus de force au son.

- L'addition du trait de cuivre aux cordes d'acier se fait rue Rochechouart dans un atelier spécial. Ce travail consiste à enrouler autour des cordes d'acier de différents numéros des fils de cuivre que l'on appelle traits; ils sont destinés à surcharger la corde, et par conséquent à rendre le son plus grave puisqu'ils ralentissent les vibrations; le diamètre du trait doit être calculé de telle manière que la tension des cordes aille en croissant jusqu'à l'extrême basse et qu'il n'y ait pas de versant entre la première corde filée et la dernière corde d'acier.

La maison Pleyel-Wolff possède plusieurs trous à filer qui, sous le rapport de leur perfection, peuvent défier toute comparaison.

Les cordes une fois posées et réglées par la main fortement gantée du monteur, au moyen de la rotation des chevilles retenues dans le bois par une sorte de pas de vis légèrement indiqué, onlivre le piano aux finisseurs, qui y fixent le clavier dressé sur son châssis, muni de ses touches recouvertes d'ivoire et basculant sur leur balancier, et la mécanique composée de sa barre de marteaux, ivoire, fourches, étouffoirs, contre-touches, etc.

Toutes les pièces du clavier et de la mécanique ont été collées, enveloppées de peau, de feutre, de drap, de molletomdetiretaine, et enfin assemblées dans les ateliers de la rue Rochechouart.

Nous n'entrerons pas ici dans la description complète et minutieuse de cette mécanique, si compliquée, quoique basée sur des moyens très-rationnels qui en assurent la solidité.

-- Nous dirons seulement que la maison Pleyel-Wolff, comme l'importante maison Broadwood de Londres, n'a pas voulu adopter l'échappement double qui maintient le marteau toujours en batterie, mais a conservé l'échappement simple, quimet le marteau et par conséquent la corde en rappport plus direct avec le doigt du pianiste.

Nous dirons aussi que toutes les pièces en sont établies et réunies avec le plus grand soin, que les touches basculent parfaitement sur les pointes qui les soulèvent, que les garnitures de la noiœ, de l'attrape-marteau, de la lame de l'étouffoir, de la tête du marteau, sont choisies dans des étoffes spéciales et judicieusement combinées avec la peau de daim, et même de vache dans les marteaux de pianos à queue, qui ont cinq épaisseurs de peaux et de feutre autour de leur tête.

- Que les échappements sont frottés de plombagine pour que le glissement s'opère sans frottement sur le nez de la noix.

- Tout, enfin, est calculé combiné, réglé de manière à donner le meilleur résultat. Le piano, une fois terminé, est confié à des artistes qui en examinent attentivement toutes les pièces une à une.

Il est ensuite garni de ses pieds, puis verni, muni de ses pédales et de ses bronzes et livré à l'acheteur, qui, presque toujours, l'a commandé d'avance.

M. Wolff, qui travaille sans cesse, ne s'estpas contenté de maintenir et de perfectionner la fabrication des pianos de l'ami Pleyel, mais il a créé un instrument qu'il nomme pédalier, décrit et appréciée ainsi par M. Niedermeyer.

« Si le nombre des organistes habiles a toujours été très-limité, cela tient surtout à la difficulté de se procurer un instrument sur lequel on puisse s'exercer.

On trouve rarement un orgue ailleurs que dans les églises, et là, les exigences du culte ne permettent guère de s'en servir pour l'étude.

L'organiste est donc, dans la plupart des cas, forcé de travailler sur un-piano, et il s'y résigne d'autant plus volontiers qu'une opinion trop généralement répandue a fait en quelque sorte de pianiste le synonyme d'organiste; et pourtant entre les deux instruments il n'y a qu'un seul point de ressemblance, plus apparent que réel, le CLAVIER.

La manière d'attaquer la touche, le doigter, le genre de musique, tout diffère: bien plus, les pédales, cette grande ressources de l'organiste, manquent au piano.

Ce n'est cependant que par un long travail qu'on peut s'en rendre maître et avoir ainsi à sa disposition ces magnifiques jeux de 32 pieds qu'elles seules mettent en action, et qui produisent les sons les plus graves que l'oreille puisse percevoir.

La difficulté de cette étude consiste surtout dans un doigter particulier et fort compliqué que l'obligation de lier les sons, même dans les passages rapides, a fait imaginer. Déjà, bien avant l'invention du piano, on avait essayé d'adapter un système de pédales au clavecin.

Cette invention a, plus tard, été reprise, perfectionnée et appliquée au piano par l'un de nos plus habiles facteurs.

Fabrication des marteaux

Toutefois il s'est borné à emprunter à l'instrument même ses marteaux et ses cordes mis en mouvement par les pieds au lieu de l'être par les doigts.

Ce système, qui a l'avantage de rendre à la main gauche sa liberté, n'ajoute guère à la puissance de l'instrument. C'est la pédale tirasse de l'orgue appliquée au piano. »

« Un musicien distingué, M. Auguste Wolff, chef de la maison Pleyel, Wolff et Cie, vient, à son tour, de créer un pédalier tout à fait indépendant, ayant ses cordes et ses marteaux aussi bien que son mécanisme particulier. Cet instrument n'est pas volumineux et peut être introduit dans les plus modestes appartements.

C'est une espèce d'armoire adossée à un mur; l'exécutant s'assied sur un banc fixé sur le devant, qui s'élève ou s'abaisse à volonté; les pédales se trouvent sous ses pieds, et il place devant lui un piano quelconque, droit, carré ou à queue.

La hauteur du buffet, qui permet de donner aux cordes une longueur et une grosseur inusitées, et la largeur de la table d'harmonie relativement fort grande pour un instrument qui ne contient que deux octaves et demie, prêtent au son une beauté et une puissance tout à fait particulière.

Dans les meilleurs pianos à queue la dernière octave, et surtout la dernière quinte, donnent des notes aussi peu agréables que peu distinctes.

Dans le pédalier de M. Auguste Wolff, le dernier m‘ est aussi pur et aussi plein que celui des meilleurs tuyaux de flûte de 16 pieds. 

Ainsi que dans l'orgue, où l'on ajoute toujours un jeu de 8 pieds à unjeu de 46 pieds, M. Auguste Wolff, pour tempérer la gravité des grosses cordes de son instrument, a eu l'heureuse idée d'y joindre des cordes plus fines et plus courtes qui produisent en même temps l'octave supérieure.

La vibration des sons se prolonge avec une plénitude remarquable.

Ce bel instrument a encore l'avantage d'être d'un prix peu élevé; aussi nous paraît-il destiné à rendre de trèsgrands services. Désormais l'organiste, sans sortir de chez lui pourra étudier les morceaux d'orgue les plus compliqués : le pianiste pourra se familiariser avec les nombreux chefs-d'œuvre des grands maîtres écrits avec pédale obligée, et les compositeurs trouveront pour la musique de piano des ressources nouvelles dans cet instrument qui, nous le croyons, est appelé à devenir le complément de tout piano à queue. »

M. Wolff, plus modeste, dit que son pédalier n'est pas un instrument, mais seulement un complément pour les études musicales sérieuses." Les Grandes usines de France, 1863, Turgan, p. 274-304

"[Location des] ATELIERS, USINES ET ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS [...]

Faubourg Saint-Martin, rue des Récollets, 13. Anciens ateliers Pleyel. VASTES ATELIERS et magasins à louer. Eau de la ville et gaz établis dans la maison." Le Moniteur des locations ["puis" des locations et des ventes d'immeubles]. Indicateur spécial des appartements, logements et magasins à louer dans Paris, 15/04/1863, p. 4 (Gallica)

1877

Piano demi-queue à cordes croisées, sommier et barbacanes en fer, de la maison Pleyel, Wolf et Cie, à Paris, Encyclopédie historique, archéologique, biographique, chronologique et monogrammatique des beaux-arts plastiques, architecture et mosaïque céramique, sculpture, peinture et gravure, 1873-74, p. 1599 (Gallica)

Fabrication des pianos. - Manufacture de MM. Pleyel, Wolff et Cie. - Vue générale de l'usine et de ses dépendances.

"Un certain nombre de grands industriels ont, de leur côté, créé, soit à Paris, soit dans les départements, des écoles d'apprentissage destinées à former pour leurs industries des ouvriers spéciaux.

Tous sentent la nécessité de préparer des recrues à un contingent dont la décroissance incessante menace de ruiner des industries qui sont la gloire de la France.

Ainsi MM. Wolf et Pleyel, facteurs de pianos justement renommés, pour résoudre la difficulté de recruter leurs ouvriers, ont institué dans leur manufacture un apprentissage spécial.

Ils occupent actuellement à cet apprentissage une trentaine de jeunes gens de treize à seize ans, pour la plupart fils de leurs ouvriers.

Ces jeunes gens reçoivent d'ouvriers maîtres, habiles dans leur art, un enseignement technique sur les différentes branches de la fabrication des instruments de musique.

On veille soigneusement à ce que ces apprentis changent de temps en temps de partie, afin de ne point rester stationnaires dans une spécialité, où ils parviendraient sans doute à gagner plus vite de gros salaires, mais où ils n'acquerraient pas les connaissances variées, indispensables pour faire un ouvrier complet -  Enquête 1872-75 - La vie morale et intellectuelle des ouvriers, 2e édition, par M. Eugène Tallon, 1877 (Gallica)

"Ainsi MM. Wolf et Pleyel, facteurs de pianos justement renommés, pour résoudre la difficulté de recruter leurs ouvriers, ont institué dans leur manufacture un apprentissage spécial.

Ils occupent actuellement à cet apprentissage une trentaine de jeunes gens de treize à seize ans, pour la plupart fils de leurs ouvriers.

Ces jeunes gens reçoivent d'ouvriers-maîtres, habiles dans leur art, un enseignement technique sur les différentes branches de la fabrication des instruments de musique.

« On veille soigneusement à ce que ces apprentis changent de temps en temps de partie, afin de ne point rester stationnaires dans une spécialité, où ils parviendraient sans doute à gagner plus vite de gros salaires, mais où ils n'acquerraient pas les connaissances variées, indispensables pour faire un ouvrier complet (Enquête 1872-1875).»" La vie morale et intellectuelle des ouvriers, M. Eugène Tallon, 1877, p. 183 (Gallica)

1887

LA MAISON PLEYEL, WOLFF & CIE (23 mai).

"Les ateliers de la maison Pleyel à Saint-Denis occupent de 550 à 600 ouvriers aux divers travaux que nécessite la fabrication des pianos, depuis le sciage des bois approvisionnés jusqu'au parachèvement de l'instrument de musique. Les ateliers sont établis à Samt-Denis depuis plus de 30 ans, de sorte que l'organisation est arrivée aujourd'hui à un état de developpement et de stabilité qui permet de l'étudier avec fruit.

Apprentissage.

Le recrutement du personnel se fait a peu près exclusivement au moj en d'apprentis choisis parmi les fils d'ouvriers. Le nombre d'apprentis est de 48, soit près du dixième du personnel ouvrier.

Les apprentis pris à partir de l'âge de 13 ans passent pendant trois ans par tous les divers services de l'usine sous la direction des chefs ouvriers. Ces chefs ouvriers qui font leur travail à la tâche et qui sont aidés soit par d'autres ouvriers soit par les apprentis, sont chargés de payer eux-mêmes leurs auxiliaires sous le contrôle des directeurs de l'atelier.

Un apprenti ne pouvant rendre beaucoup de services au début ne gagnerait que 75 cent. a 1 fr.; la maison complète son salaire à 2 fr. Ainsi la maison a organisé une véritable école professionnelle à la sorlie de laquelle l'apprenti, devenu ouvrier, peut gagner de 4 fr. à 4fr. 50. C'est en réalité une subvention pour les familles d'ouvriers dont les enfants sont ainsi assurés de gagner 2 fr. par jour pendant la durée de leur apprentissage.

Les apprentis sont libres de quitter la maison à la fin de leur apprentissage, mais la plupart y reviennent, assurés qu'ils sont d'y trouver un travail constant et non exposé aux chômages. Les apprentis ont une heure de leçon par jour ils ont de plus une gymnastique et un tir à l'arc pour les récréations.

La permanence du travail.

Le travail de l'usine est régulier et correspond à une fabrication de 3.000 pianos environ par an. Seules les opérations de déchargement et de sciage des bois, opérations qui se font par des manoeuvres, entraînant par suite des arrivages en saisons favorables une certaine variation dans le personnel. Les ouvriers spéciaux quittent rarement l'usine où la moyenne des salaires est de 7 fr. 50 et où beaucoup de chefs ouvriers gagnent à la tâche de 12 à 15 fr. par jour. La permanence des engagements se trouve ainsi réalisée en fait; et on a dû se préoccuper de lasituation de ceux qui avancent en âge.

Les retraites.

Les retraites. La maison a constitue sur la caisse de la vieillesse un certain nombre de livrets de pensions à capital réservé. Moyennant le dépôt d'un capital de8.000fr. (chiffre qui va changer d'après la nouvelle loi), la caisse de la vieillesse assure à l'âge de 60 ans et après 30 ans de service une pension de 365 fr.

Il y a en ce moment 52 pensionnaires soit 1/10° du nombre d'ouvriers. Cette pension est acquise au titulaire qui cependant continue à travailler s'il le désire. C'est un supplément de ressources pour le moment où les forces ou l'adresse diminuees par l'âge rendent moins profitable le travail de l'ouvrier.

Société de secours mutuels.

Les ouvriers ont formé entre eux une société de secours mutuels sous la présidence du chef de la maison. Ils l'administrent eux-mêmes. La cotisation est de 12 fr. par an la maison fournit de son côté une subvention de 3.000 fr. par an, c'estenviron 6 fr. par ouvrier.

La caisse, outre les frais de médecin et de pharmacien, donne 2 fr. d'indemnité par jour de maladie pendantdeux mois, sauf prolongement par décisions spéciales. Si la maladie provient de blessure reçue en service sans imprudence ou faute de l'ouvrier, la maison ajoute 2 fr. par jour d'incapacité de travail. Mais ces cas de blessures sont rares, grâce à un ensemble de précautions prises contre les dangers que présentent les engins mécaniques.

Le travail à la tâche.

Le mode de travail est assez régulier pour que le système de la tache ait pu y être introduit sur des bases certaines. On sait depuis longtemps ce qu'une opération déterminée demande de temps à un ouvrier consciencieux, et le prix qu'il faut donner pour que le salaire ressorte à un prix en rapport avec l'habileté moyenne de cet ouvrier.

Chaque partie du travail fait ainsi l'objet d'une commande à un prix déterminé à l'avance. Le chef ouvrier aidé des auxiliaires ou des apprentis que lui donne la maison exécute le travail et en reçoit le prix. Il est chargé du payement de ses aides, dont le salaire est toujours fixé sur un état, ce qui empêche tout abus.

Il y a donc là une surveillance exercée par le chef sur le personnel de ses aides, et une excitation à la bonne et prompte exécution de l'ouvrage. D'ailleurs le chef ouvrier ne peut renvoyer un de ses aides sans venir exposer ses griefs au directeur qui prononce suivant les cas. Ce recours est une garantie indispensable contre la mauvaise humeur quelquefois la tyrannie du chef.

La division du travail.

A mesure que des progrès se réalisent dans l'industrie que nous étudions, on y introduit de plus en plus la division du travail. On y est amené par l'emploi des machines d'abord, et puis par les exigences des ouvriers spéciaux. Ainsi en 1876 une grève se déclara dans un atelier où les ouvriers gagnaient en moyenne 13 fr.

A dater de ce moment le travail fut divisé et il se fait aujourd'hui par des ouvriers qui gagnent de 7 à 8 fr. C'est dans le même but qu'on a commencé il y a deux ans à employer des femmes; cinq sont déjà occupées dans un atelier spécial survefllé d'une manière particulière ce sont d'ailleurs des femmes ou filles d'ouvriers. Elles gagnent de 3 fr. 50 à 4 fr. par jour.

Travail du dimanche.

Récréations. On ne travaille point le dimanche, et les ouvriers qui font le lundi trois fois de suite sont congédiés. Ces mesures suffisent pour maintenir l'ordre dans les esprits et dans l'atelier. Les jeunes gens ont formé une société de chant et un orphéon. Les ouvriers ont à leur disposition une bibliothèque de 1.800 volumes. Ils peuvent les emporter chez eux.

Ecoles.

Une école tenue par trois sœurs reçoit les petits garçons jusqu'à l'âge de six à sept ans où ils entrent à l'école communale, et les filles jusqu'à leur mise en apprentissage. Les enfants jouent dans la cour de l'usine, sous les yeux même de leurs parents. Les directeurs de l'usine font de fréquentes visites à l'école, et se chargent des interrogations périodiques. Une chapelle est jointe à l'école.

Institutions accessoires

Quelques ouvriers ont un compte courant à l'usine mais la maison hésite à les engager dans cette voie. D'autre part les ouvriers peuvent obtenir des prêts sans intérêts. Prêts d'honneur pour lesquels il n'y a point eu jusqu'ici de mécompte. Un certain nombre de gardiens sont logés aux frais de la maison, les autres logent dans le voisinage ou à Saint-Denis. Quelques-uns de ceux-ci se sontorganisés en société pour prendre ensemble leur repas du milieu du jour.

Visite de l'atelier.

Il ne sera pas sans intérêt de signaler les circonstances qui ont le plus vivement frappé, au point de vue industriel, les membres de la Société pendant leur visite.

Ce sont d'abord les énormes approvisionnements de bois dout la valeur est de près d'un million de francs pour une industrie qui fait 6 millions d'affaires. Les bois pour être bien séchés et répondre à toutes les exigences de la fabrication, doivent avoir au moins six ans de coupe. On voit ainsi des piles de palissandre, de poirier, de sapin, de tulipier, de chêne et de hêtre, bois qui ont chacun leur rôle dans la constitution du piano.

Citons en second lieu l'introduction de l'eau oxygénée pour blanchir l'ivoire en quelques heures d'une manière définitive, procédé imaginé par M. Lyon et dont les résultats ont été des plus appréciés par tous les fabricants de pianos; enfin l'emploi des cordes en fils d'acier de diverses grosseurs, d'une qualité exceptionnelle et telle qu'ils puissent résister à une tension de 220 kilog. par millimètre carré. La fabrication de ces fils d'acier qui valent 6 fr. le kilog. était jusqu'à ces dernières années monopolisée par l'Allemagne.

Grâce à l'initiative de la maison Pleyel, les usines de Firminy et de Fourchambault les fabriquent maintenant à meilleur marché et de qualité supérieure.

Conclusion.

En résumé les ateliers de la maison Pleyel, Wolff et Cie à Saint- Denis présentent un exemple de l'harmonie sociale olitenuepar l'Action bienveillante et éclairée d'un patron qui ne s'est pas désintéressé du sort de ses ouvriers. Il a voulu faciliter leur existence et celle de leur famille en prenant les fils comme apprentis, et en ouvrant des écoles à leurs jeunes enfants qui apprennent, par des visites fréquentes, à connaitre le patron.

La maison laisse aux ouvriers le soin d'administrer leur caisse de secours; elle intervient cependant soit pour lui venir en aide, soit pour empêcher des mesures irréfléchies.

Néanmoins les ouvriers apprennent ainsi à diriger eux-mêmes leurs affaires. La permanence des engagements est assurée par la marche régulière de l'usine et par le recours au patron contre les abus d'autorité des chefs ouvriers.

Le système du travail à la tâche permet d'écarter toute idée de participation aux bénéfices que les patrons repoussent d'ailleurs absolument. La division du travail sera un des adjuvants de la paix sociale, en ne permettant pas a quelques meneurs d'exercer une action funeste sur un atelier, comme cela est arrivé en 1876.

Le recrutement du personnel parmi les anciens apprentis permet de compter sur sa moralité sans cela l'absence d'un dossier de renseignements sur le compte des ouvriers paraîtrait une lacune et un danger. La bonne tenue d'une usine dépend en effet de la moralité du personnel, dont il importe de connaître la vie au dehors et dans la famille même.

L'éloignement du domicile du patron qui réside à Paris constitue ici une difficulté spéciale qu'on ne peut méconnaitre et pour la conjurer il ne faut pas moins qu'une grande activité et un grand dévouement de sa part.

Mais l'action des femmes de sa famille fera toujours défaut et on ne peut que le regretter, quand on sait tout le bien que peut faire la visite d'une femme dans la famille d'un ouvrier, ce qu'elle peut développer de bons sentiments et de bonnes pensées, de courageux efforts chez ceux que la maladie ou les difficultés de la vie pourraient aigrir ou abattre.

L'organisation actuelle est due à la sollicitude de M. Wolff qui a dirigé longtemps la maison Pleyel et qui a laissé à son gendre, M. Lyon, aujourd'hui membre de la Societé d'Économie sociale et des Unions, le soin de continuer et de développer les institutions destinées à assurer la paix dans l'atelier. Jules Michel." La Réforme sociale, 07/1887, p. 41-44 (Gallica)

1890

"Pour ne parler que des plus importantes, citons, en premier jeu la fabrique de pianos Pleyel, dont les bâtiments hangars, chantiers, reliés entre eux par les rails d'un chemin de 1er, occupent une superficie de 53000 m. carrés.

Elle met en œuvre une force de 200 chevaux, et emploie en moyenne un personne stable de 500 ouvriers, parmi lesquels se trouvent 100 apprentis.

La production annuelle et la vente varient de 2600 à 3000 pianos. Depuis sa fondation, cet établissement a fabriqué et vendu tant en France qu'à l'étranger 123000 pianos." Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies, 1890-1905 (Gallica)

"Il existe un nombre considérable d'autres industries très diverses. Pour ne parler que des plus importantes, citons, en premier lieu la fabrique de pianos Pleyel, dont les bâtiments hangars, chantiers, reliés entre eux par les rails d'un chemin de fer, occupent une superficie de 55000 m. carrés.

Elle met en œuvre une force de 200 chevaux, et emploie en moyenne un personne stable de 500 ouvriers, parmi lesquels se trouvent 160 apprentis.

La production annuelle et la vente varient de 2600 a 3000 pianos. Depuis sa fondation, cet établissement a fabriqué et vendu tant en France qu'à l'étranger 123 000 pianos." Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies, 1890-1905, p. 4088 (Gallica)

1922

1928

 Démolition de la Salle Pleyel - 22, rue Rochechouart

"En pleine Révolution, dans la Cathédrale de Strasbourg on exécutait un drame lyrique pour l'anniversaire du 10 août. L'auteur n'était autre que l'ancien maître de chapelle, qui avait dû, pour sauver sa tête, donné au Tribunal ce certificat de civisme. Il s'appelait Ignace Pleyel, élève préféré d'Haydn et vingt-quatrième enfant de Martin Pleyel. Ce fut lui qui, la tourmente passée, fondait à Paris, la célèbre manufacture de pianos.

La maison Pleyel rue Rochechouart, vers 1860, Le Vieux Montmartre. Société d'histoire et d'archéologie des IXe et XVIIIe arrondissements, 1928, p. 193 (Gallica)

Son fils Camille lui succéda. Il avait épousé Mlle Moke, qui, sous le nom de Marie Pleyel, connut des succès de virtuose. Cette femme immobile et pâle qui « fascinait le piano plutôt qu'elle n'en jouait », faisait, dit Théophile Gautier, « jaillir des étincelles sonores de cette froide table devenue frémissante, rire, soupirer, babiller, danser cet assemblage de bois et de laiton », et lui insuffait son âme.

Camille Pleyel ouvrit en 1838, au n° 22 de la rue Rochechouart, la salle qui vient de disparaître presque centenaire. Chopin y joua et donna son dernier concert en 1848, quelques mois avant de mourir place Vendôme. Liszt aimait son atmosphère ; Anton Rubinstein, Saint-Saëns, Francis Plante y débutèrent.

Les concerts de la Société Nationale, de la Société musicale indépendante, du quatuor Capet y furent donnés régulièrement. Jules Fontana y interpréta vers 1856 les œuvres de Chopin, suivi de Mme Tardieu, des soirées de musique classique de Lebouc et Paulin.

En 1896, on y fêtait l'auteur de la Danse Macabre qui avait débuté dans cette même salle cinquante ans auparavant, à l'âge de dix ans et demi.

Aménagement du square Montholon (1864)
On voit à droite, sur les hauteurs les maisons de la rue Bellefond et en haut, à gauche, les ateliers Pleyel,
Le Vieux Montmartre. Société d'histoire et d'archéologie des IXe et XVIIIe arrondissements, 1928, p. 194 (Gallica)

Toujours accueillante aux manifestations d'art et de charité, l'ancienne salle Pleyel méritait un souvenir. C'est un peu du Vieux-Paris qui s'en va, en même temps que meurent les échos du Concerto de Grieg, dont Arthur de Greef y donna la première audition. Paul JARRY." Le Vieux Montmartre. Société d'histoire et d'archéologie des IXe et XVIIIe arrondissements, 1928, p. 193-194 (Gallica)

Salle des Concerts de la maison Pleyel, rue Rochechouart, en 1856. (D'aprés une gravure sur bois), Le Vieux Montmartre. Société d'histoire et d'archéologie des IXe et XVIIIe arrondissements, 1928, p. 62 (Gallica) - voir aussi Salle de musique

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