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Ignace PLEYEL
à Paris (°1807)


  1889 – 1937

1889

Image de pianiste Delaborde au piano PLEYEL, exposition 1889,
La Grande dame : revue de l'élégance et des arts, 1889
, p. 255 (Gallica)

PARIS - "119. PLEYEL, WOLFF et Cie, à Paris, rue Rochechouart, 22

— Pianos à queue, pianos droits, pianos à 3° pédale harmonique, clavecins, pédaliers, claviers 24 transpositeurs.

— Piano donnant à volonté les premières harmoniques.

— Inventions nouvelles.

— Pédale douce progressive à enfoncement constant.

— Pédale forte graduelle.

— Enregistrements et appareils de mesures acoustiques." Catalogue général officiel de l'exposition universelle de 1889, p. 8 (Gallica)

'Modèle N° 4,
Grand Patron Ornementation en Marqueterie'

PARIS - "À deux pas de l'estrade Érard, nous rencontrons l'estrade Pleyel-Wolff, et, ici aussi, nous pouvons constater un effort couronné du plus grand succès.

A côté d'un grand et superbe piano à queue de concert avec pédale tonale et jeu de harpe éolienne, nous y voyons deux plus petits pianos, à queue aussi, le premier à vernis Martin sur fond vieil or, du plus heureux effet, le second en palissandre poli, avec jolies marqueteries Chevrel.

Puis toute une série de pianos droits, l'un avec d'aimables peintures de M. Tony Faivre, un autre avec marqueteries, un troisième fort joliment décoré.

Puis encore, des spécialités : deux petits pianos scolaires, un piano-compositeur, c'est-à-dire avec table pour écrire, un piano à clavier mobile se relevant de façon qu'il puisse passer par les couloirs et les escaliers les plus étroits.

Mentionnons ici une innovation très importante dans la fabrication, à savoir la substitution de l'acier à la fonte dans la construction des grands châssis, des cadres métalliques qui supportent la mécanique.

L'inconvénient de la fonte, c'est qu'elle est très cassante, ce qu'on peut constater puisque les pièces construites avec elle se brisent en morceaux en tombant de la hauteur d'un mètre, tandis que l'acier, beaucoup plus résistant, est presque incassable. De là, on le comprend, une solidité incomparablement plus grande par l'emploi de ce dernier.

La difficulté était d'obtenir de l'acier une faculté de torsion suffisante; on l'a obtenue après nombre d'essais infructueux, et lorsque la fonderie du Creusot elle-même avait renoncé à y réussir.

C'est là un progrès d'une extrême importance. J'allais oublier de dire que la maison Pleyel expose aussi un superbe clavecin moderne, dont la valeur bénéficie naturellement de la supériorité de la facture actuelle sur celle du temps passé.

Car on revient au clavecin, qui peut vivre en bon voisinage avec le piano, et qui reste fort utile, ainsi que l'ont prouvé les séances si intéressantes de M. Diéner, la musique écrite jadis par de grands maîtres pour cet instrument ne produisant nullement sur le piano, instrument au son ample et prolongé, l'effet cherché par le compositeur pour un instrument à sonorité sèche et douce à la fois.

Ce clavecin est superbe et d'une sonorité exquise. Enfin, j'ajoute que la fabrication de la maison Pleyel a dépassé aujourd'hui le quatre-vingt-dix-septième mille, et qu'elle compte, avant un an, fêter la naissance de son cent millième piano ! Elle sera la première, dans le monde, à pouvoir célébrer un tel résultat." Revue des arts décoratifs, 1889, p. 16 (Gallica)

PARIS - "Ainsi, cette année, la maison Pleyel expose un piano décoré fort joliment par un de nos bons peintres, M. Tony Faivre." L'exposition de Paris, 1889, p. 88

Piano à queue de Pleyel
en vernis Martin fond or (Style Louis XVI)
Histoire de l'art décoratif, du XVIe siècle à nos jours, 1892, p. 61 (Gallica)

PARIS - "L'Exposition universelle de 1889 a été comme le couronnement glorieux des travaux accomplis successivement par les directeurs de la maison Pleyel, Wolff et Cie.

Au milieu de l'Exposition générale des instruments de musique, l'exposition de la maison Pleyel avait un caractère d'exception.

Seul, en effet M. Lyon soummettait à l'examen du jury un ensemble de travaux scientifiques dont les formules précises sur certains points importants de la construction des pianos permettaient aux facteurs de ne plus opérer par tâtonnements.

Des recherches incessantes avaient permis de réaliser de grands progrès depuis les expositions précédentes; les nombreux pianos exposés possédaient tous les perfectionnements apportés par MM. Pleyel, Wolff et Cie dans leur facture courante et, de plus, M. Lyon avait très habilement reconstitué le clavecin et le dotant de qualités que n'avaient pas les meilleurs instruments des siècles passés.

Aussi, il faillait récompenser à la fois le mérite des inventions attachées au nom de Pleyel, les qualités de ses instruments et le goût artistique qui présidait à leur construction.

A l'unanimité des mebres du jury international de la classe 13, un Grand Prix, la plus haute récompense mise à la dispension des jurys, a été décerné à la maison Pleyel, Wolff et Cie.

Peu de temps après l'Exposition universelle de 1889, n nouvel honneur était réservé à la maison Pleyel; c'était de favbriquer son Cent millième piano. Titres de gloire et pour MM. Pleyel, Wolff et Cie et pour la facture française car, seule dans le production universelle, la marque Pleyel a pu atteindre ce chiffre." Catalogue Pleyel, Wolff & Cie, 1892, p. 11

Piano droit style Louis XVI, exposé à la classe XIII, Exposition universelle de 1889. Panneaux peints par Tony Faivre, se détachant en clair sur teinte plate en grisaille avec camaïeux Sculptures dorées avec réchampis, Pleyel, Wolff & Cie, catalogue de 1892, p. 31 (Gallica) et Revue des arts décoratifs, 06/1889, p. 389 (Gallica)

PARIS - "Pleyel expose un piano décoré fort joliment par un de nos bons peintres, M. Tony Faivre." L'exposition de Paris, 1889, p. 88

Piano à queue construit par la maison PLEYEL, WOLFF ET Cie, piano de l'exposition 1889, sculpture et décoration par M. Heber Lippmann, Revue des Arts Décoratifs, 06/1889, p. 329 (Gallica)

PARIS - "La maison Pleyel - La classe des instruments de musique, à l'Exposition, a un double caractère, l'art et la science ; et ces deux qualités se trouvent réunies dans un nom illustre, celui de la maison Pleyel-Wolff et Cie.

Fondée en 1807 par Ignace Pleyel, artiste et compositeur ; dirigée aujourd'hui par M. Gustave Lyon, ancien élève de l'Ecole polytechnique , elle résume en ces deux points extrêmes de son existence le double caractère qui a fait sa réputation : l'esprit artistique dans ce qu'il a de plus élevé, l'esprit scientifique dans ce qu'il y a de plus précis.

Sous la direction de M. Gustave Lyon, un groupe d'artistes et d'ingénieurs distingués étudie sans relâche les perfectionnements à apporter à la fabrication.

C'est grâce à leurs efforts, à des recherches incessantes, s'appuyant sur les certitudes de la science appliquée à l'industrie que la maison Pleyel-Wolff et Cc progresse chaque jour.

En 1885, à la mort de Camille Pleyel, qui donna une vigoureuse impulsion à la marche des affaires, la maison Pleyel occupait 400 ouvriers et fabriquait de 1,200 à. 1,500 pianos; elle en fabrique aujourd'hui 3,000, dont la moitié environ pour la France et le reste pour tous les pays du inonde.

Le mouvement artistique créé par la maison Pleyel, depuis sa fondation est considérable et son succès à Imposition universelle est la juste récompense de cette longue série d'efforts. Le jury vient de lui décérner un Grand prix, la plus haute récompense de sa classe.

Il est une autre récompense qui flatte au moins autant l'amour-propre de cette maison, c'est la médaille d'or qui lui a été décernée à la section des Institutions patronales :

En effet, ses ouvriers, ses employés, tout son personnel semble former une grande famille dont elle cherche sans cesse à améliorer physiquement et moralement la condition ; elle a fondé pour eux une Société de secours mutuels, une pension de retraite, une caisse de prêts et diverses institutions qui peuvent être citées comme exemple et gui témoignent de la philanthropie la plus eclairée. FABIUS." Le Radical, 05/10/1889, p. 3 (Gallica)

Clavecin Louis XV à sept jeux commandés par pédales, étudié & construit par la maison Pleyel, Wolff & Cie, clavecin d'exposition 1889
Revue des Arts Décoratifs, 06/1889
, p. 363 (Gallica)

1894

Piano à queue style Louis XIV,
exécuté en 1894 dans les ateliers de la maison Pleyel, Wolff et Cie. (Gallica)

ANVERS - "PLEYEL - A l'Exposition universelle d'Anvers, dans la seclion des instruments de musique, une exposition, entre toutes, sollicitait l'attention et valait, par sa méritante beauté, qu'on s'y arrêtât longuement.

C'est l'exposition de pianos de la maison Pleyel, Wolff et Cie (A l'Exposition d'Anvers, MM. Pleyel, Wolff et Cie étaient hors concours, M. G. Lyon, directeur, faisant partie du jury des récompenses en qualité de secrétaire rapporteur. de celle maison qui créa pour eux de si puissants moyens d'interprétation et qui, avec eux, prit sa part du mouvement artistique moderne.).

Les coutumiers éloges dont on est si prodigue envers les moindres manifestations d'art, la pompe des qualificatifs qu'on emploie généralement pour préconiser d'illusoires succès — seraient ici pour le moins inutiles et n'égaleraient jamais la sobre éloquence de quelques lignes d'histoire musicale.

Car c'est dans l'histoire même de la musique et dans ses développements durant ce siècle qu'il faut chercher les origines, les fastes et les états de l'incessante activité delà maison Pleyel.

Vouloir en dresser une monographie à peu près complète, c'est entreprendre la monographie de l'évolution musicale en France depuis 1830, c'est rappeler le nom de tous les virtuoses illustres, amis glorieux de cette maison pour eux de si puissants moyens d'interprétation et qui, avec eux, prit sa part du mouvement artistique moderne.

Les Pleyel entrent dans l'histoire à partir du moment où Mozart, parlant du fondateur de la maison, Ignace Pleyel, l'élève de Haydn, disait de lui dans une lettre : « Quel bonheur pour la musique si Pleyel pouvait nous remplacer Haydn! »

Il n'est pas de lettres de noblesse plus éclatantes que ces paroles proférées par Mozart. Elles sont l'orgueil d'une maison dont les directeurs, poursuivant la séculaire tradition, ont chacun, avec des aptitudes diverses et une volonté toujours précise, perfectionné sans cesse et enfin réalisé ce modèle de sonorité expressive, qui est le piano Pleyel.

« Quand je suis mal disposé, disait Chopin, je joue sur un piano de X*** [Erard], parce qu'il me donne un son tout fait; mais, quand je me sens en verve et assez fort pour trouver mon propre son à moi, il me faut un piano de Pleyel. »

Et il n'est pas d'artiste célèbre qui n'ait passé par la salle Pleyel, qui ne lui ait payé le tribut de son admiration et contribué ainsi à en faire un véritable foyer d'où est née et d'où s'est propagée la musique symphonique.

Faut-il citer Hans de Bülow, Ernst Lubeck, le Norvégien Tellefsen, César et Joseph Franck, Arthur de Greef, Joseph Wieniawski, Marmontel, Bizet, Ernest Guiraud, Ed. Lalo, Paladilhe, Delaborde, Dubois, Planté, Diémer, G. Pfeiffer, E. Grieg, Mathias, Saint-Saëns, Massenet, R. Pugno, Théod. Ritter, et Gounod, et Ambroise Thomas, et Chopin, et Liszt, et Rubinstein, et tant d'autres dont la liste serait interminable?

Faut-il encore citer toutes les grandes Sociétés de musique de chambre qui sont venues demander à la salle Pleyel une hospitalité largement acquise?

La Société des compositeurs de musique y donne non seulement ses concerts, mais elle y a son siège avec bibliothèques, bureaux, et un prix annuel de 500 francs, offert par les directeurs de la maison Pleyel, Wolff et Cie; les Sociétés Sainte-Cécile; Bourgault-Ducoudray; Euterpe; la Société des symphonistes; la Société nationale de musique; la Société de musique de chambre pour instruments à vent; la Société de musique française; la Société d'art, etc., etc., et presque toutes les Sociétés de quatuors.

D'après cette nomenclature, où bien des lacunes resteraient à combler, on peut se faire une idée à peu près appproximative du rôle qu'a joué la maison Pleyel dans notre mouvement musical.

N'est-ce pas, en effet, un milieu d'art, le plus actif et le plus intelligent qui soit, que celui où ont lieu chaque année, pendant la saison musicale, près de deux cents concerts, où les plus belles pages des maîtres anciens et modernes sont interprétées par les plus connus et les plus grands d'entre les artistes actuels ?

Clavecin Louis XV,
nouveau modèle à pédales de la maison Pleyel, Wolff et Cie (Gallica), voir le même modèle déjà en 1889, ci-dessus.

Nous ne saunons mieux faire que de citer, à ce sujet, la conclusion d'une étude remarquable faite sur l'Art moderne à la salle.

Pleyel, par l'éminent critique, M. Arthur Pougin :

« Mais tout ce qui précède me paraît assez substantiel et les faits y parlent assez haut pour qu'il me semble superflu d'insister davantage sur le rôle si utile et si intéressant que la salle Pleyel a occupé, depuis tantôt un demi-siècle, dans l'ensemble de notre mouvement musical, de ce mouvement si intense et si fécond qui, on peut le dire, a mis la France à la tête de la civilisation artistique et l'a placée définitivement au premier rang.

Elle a pris sa grande et large part dans ce mouvement, qu'elle n'a cessé d'encourager de tous ses efforts; elle a vu se présenter et se succéder chez elle tous les grands artistes français ou étrangers qu'entourait la renommée ou qui étaient prêts à la conquérir; l'Europe n'avait pas un seul virtuose célèbre qui ne vînt demander à son public la consécration d'un talent partout ailleurs reconnu; enfin, avec les virtuoses, les compositeurs s'y sont donné rendez-vous et y ont produit des oeuvres nombreuses, importantes, parfois de premier ordre, et qui ensuite ont rayonné sur le monde musical.

Piano style Louis XVI,
panneaux vieux laque et bronze ancien du Japon (Gallica)

Elle a été, en un mol, un milieu éminemment sympathique à l'art, un centre d'attraction pour cet art dans ses manifestations les plus nobles, les plus pures, les plus élevées, et l'on peut tenir pour certain que ce qu'elle a été dans le passé, ce qu'elle est clans le présent, elle ne cessera de l'être dans l'avenir.

La salle Pleyel a son caractère, son originalité propre, sa raison d'être, et elle ne négligera rien de ce qui peut les affirmer de plus en plus. »

 

Piano style Louis XVI,
panneaux vieux laque et bronze ancien du Japon (Gallica)

C'était jadis une loi, chez les grands seigneurs, et comme un point d'honneur qu'ils étaient fiers d'accomplir, de protéger les arts, d'aider les artistes et de s'entourer d'une sorte de cour où le génie et les talents étaient encouragés, aimés, respectés.

C'est à un de ces patriciens intelligents que le jeune Ignace Pleyel dut de pouvoir étudier la composition chez Haydn et de vivre dans la même atmosphère que Mozart. Selon l'usage du temps, à peine la renommée avait-elle fait connaître le nom de Pleyel, que celui-ci partit en Italie.

Ce voyage était comme la nécessaire consécration des premiers succès. Mais la Révolution approchait. Vers 1783, Pleyel quitte l'Italie et s'engage dans une voie différente.

A Strasbourg, comme directeur d'une école musicale entretenue par le cardinal de Rohan, il passe quelques années, et, lorsque cessa la tourmente révolutionnaire, il vint à Paris après un séjour en Angleterre.

C'est à Paris qu'il abandonne définitivement la composition pour fonder une manufacture de pianos et un comptoir d'édition.

Le comptoir périclite, disparaît, mais les premiers instruments ont une vogue immense et pénètrent même à la Malmaison, chez le premier Consul, pour valoir plus tard à Ignace Pleyel le titre de fournisseur de la Cour impériale.

C'est à cette époque qu'il passe la direction de la maison à son fils, Camille Pleyel, comme lui compositeur et pianiste de premier ordre.

On doit à Camille Pleyel les premiers grands perfectionnements du piano.

Avec l'aide de son ami Kalkbrenner, le pianiste célèbre, il transforme l'instrument et lui fait acquérir des qualités nouvelles, et il semble que son application à développer et à faire progresser la facture du piano soit le véritable héritage des artistes et des techniciens qui se sont suivis dans la direction de la maison Pleyel, Wolff et Cie.

Aux deux Pleyel succède Auguste Wolff, neveu d'Ambroise Thomas.

Ses études spéciales sur la mécanique et sur l'acoustique, ajoutées au sens profond qu'il avait de l'harmonie, amenèrent la création du petit piano à queue dont le parrain fut Gounod et qui, de nos jours, permet l'interprétation des pièces de concert ailleurs que dans les grandes salles et les locaux aménagés spécialement.

C'est le gendre d'Auguste Wolff, M. Gustave Lyon, qui lui succéda à sa mort (février 1887). Ancien élève de l'École polytechnique, chevalier de la Légion d'honneur, ingénieur breveté du gouvernement, M. G. Lyon a continué la tradition dont il est le dépositaire.

On lui doit une foule de perfectionnements dont rémunération serait trop longue pour cette courte étude; le résultat de ses belles recherches a été la création d'un instrument de concert d'une sonorité et d'une douceur inconnues encore jusqu'en ces temps.

Un sociologue, jaloux d'accomplir son rêve humanitaire, trouverait, dans l'organisation ouvrière et industrielle de la maison Pleyel, tous les éléments nécessaires à une étude basée sur la pratique et sur l'intelligence des besoins modernes.

L'usine où se fabriquent les pianos Pleyel forme une véritable petite ville. Elle occupe, dans la plaine Saint-Denis, une superficie de près de 60 000 mètres, avec ses hautes maisons, son chemin de fer, ses chantiers, ses vastes bâtiments, ses ateliers, ses machines. Là vit un monde d'ouvriers, mais d'ouvriers associés à la fortune de la maison, « collaborateurs intelligents et volontaires d'une entreprise commune ».

Elevés pour la plupart par les soins et sous l'oeil bienveillant du patron; indemnisés en cas de maladie ou en cas de service militaire; assurés d'une retraite qu'ils perçoivent même en ne travaillant plus et sans qu'aucune retenue leur ait jamais été faite pour la constituer, les ouvriers de la maison Pleyel, Wolff et Cie, offrent l'exemple assurément rare d'une association heureuse et prospère dans laquelle les membres, pour plus de la moitié, ont entre quinze et vingt ans de séjour à l'usine. Ce détail est significatif.

Pour faire un civet, il faut un lièvre, dit la sagesse du populaire. Pour faire un piano, il faut du bois, vous dira un constructeur de ce genre d'instruments.

Des cinq parties du monde, trois contribuent à la construction du piano.

La France, les pays Scandinaves, l'Amérique avec le chêne, le tilleul, le sapin, le noyer et le tulipier; l'Italie, l'Afrique du Nord, avec le charme, l'érable, l'alisier; enfin l'Orient, avec le palissandre, l'acajou, le bois de rose.

Lorsque ces bois ont été séchés clans des hangars aménagés à cet effet, ils passent à la scierie, où de puissantes machines les transforment en table d'harmonie, en sommier, dessous de clavier, appareil de percussion, etc.

Il faudrait, certes, un volume entier pour raconter par le menu la fabrication d'un piano.

L'abondance des détails techniques n'intéresserait personne, et, quant aux professionnels, comme ils savent ces choses ou sont censés les savoir — ce qui est tout un — ce chapitre spécial n'ajouterait rien à leurs connaissances.

Pourtant, que de détails ! Vous doutez-vous qu'on empêche l'ivoire de jaunir, cet ivoire coupé en feuilles très minces dans les défenses des bons éléphants?

C'est bien simple : on le trempe dans un bain d'eau oxygénée. Vous doutez-vous aussi des soins particuliers dont il faut entourer un piano destiné à traverser les mers pour quelque destination lointaine?

On galvanise toutes les parties métalliques, à cause de l'humidité, on dore les cordes, etc.; car la maison exporte dans tous pays, et malgré les chocs, les longs voyages, « jamais, disait Fétis dès 1855, l'accord des pianos n'a été altéré. »

D'ailleurs, le meilleur témoignage qu'on puisse apporter en faveur de la maison Pleyel, Wolff et Cie — si tant il est qu'on puisse encore ajouter aux éloges dont elle a été l'objet — ne consiste-t-il pas dans la constatation suivante?

Depuis la date de sa fondation, la maison Pleyel a fabriqué et a vendu 110 000 pianos. Sans commentaires.

Cette activité incessante, ce continuel effort dans la réalisation d'un instrument type, d'un instrument propre à traduire non seulement les nuances les plus délicates, mais encore (et à ceci répondront tous les maîtres du piano qui ont joué sur le Pleyel) la sensibilité même de l'artiste — ont valu à la noble maison toutes les récompenses qu'elle était en droit d'espérer.

Partout où un piano de Pleyel a résonné, il a enlevé avec éclat le succès et les suffrages du public, des artistes, des professionnels.

Il nous faut cependant parler plus spécialement de l'Exposition universelle de 1889, qui a été comme le couronnement glorieux des travaux accomplis successivement par les directeurs de la maison Pleyel, Wolff
et Cie.

Au milieu de l'exposition générale des instruments de musique, l'exposition de la maison Pleyel avait un caractère d'exception. Seul, en effet, M. Lyon soumettait à l'examen du jury un ensemble de travaux scientifiques dont les formules précises sur certains points importants de la construclion des pianos permettaient aux facteurs de ne plus opérer par tâtonnements.

Des recherches incessantes avaient permis de réaliser de grands progrès depuis les expositions précédentes; les nombreux pianos exposés possédaient tous les perfectionnements apportés par MM. Pleyel, Wolff et Cie dans leur facture courante et, de plus, M. Lyon avait très habilement reconstitué le clavecin en le dotant de qualités que n'avaient pas les meilleurs instruments des siècles passés.

Aussi, il fallait récompenser à la fois le mérite des inventions attachées au nom de Pleyel, les qualités de ses instruments et le goût artistique qui présidait à leur construction.

A l'unanimité des membres du jury international de la classe 13, un Grand Prix, la plus haute récompense mise à la disposition des jurys, a été décerné à la maison Pleyel, Wolff et Cie.

De plus, dans la section d'Économie sociale, une médaille d'or était décernée à la maison Pleyel, médaille bien gagnée par une série d'efforts constants et heureux pour améliorer le sort des ouvriers.

Aussi bien, la tâche devient malaisée lorsqu'il faut, comme en ces pages succinctes, ajouter des mots à la simple éloquence des titres inscrits dans le passé de cette industrie d'art. Quel commentaire, aussi éclatant que les chiffres et que la somme des efforts réalisés depuis près de cent ans!

Il faut lire les ouvrages consacrés à la maison Pleyel pour se faire une idée de sa popularité, de son mérite.

Mais, mieux que toutes choses, il faut entendre chanter cet instrument pour comprendre ce que l'intelligence, la recherche ingénieuse, le sentiment musical peuvent atteindre entre les mains de personnalités comme les directeurs de cette célèbre maison.

Vicomte de G."
La Grande dame. Revue de l'élégance et des arts, 1894, p. 405-412 (Gallica)

Expo à Anvers,
dans : La Grande dame. Revue de l'élégance et des arts, 1894, p. 405-412 (Gallica)

1896

PARIS - "164 — Pleyel Wolff et Cie. Paris, rue Rochechouart, 22. Pianos." L'Exposition du théâtre et de la musique, Paris, 1896 : catalogue officiel de l'Exposition, 1896, p. 97 (Gallica)

1900

PARIS - "Il y a lieu de signaler aussi un dispositif de MM. Pleyel, Wolff, Lyon et Cie pour la double répétition et le piano-double avec uns seule table d'harmonie dû aux mêmes facteurs." Exposition universelle internationale de 1900 à Paris. Le bilan d'un siècle (1801-1900), p. 518

PARIS - "103. Pleyel, Wolff, Lyon & Cie, à Paris, rue Rochechouart, 22. — Pianos droits et à queue.

Pianos doubles. Pianos à queue à cintre inversé. Claviers transpositeurs. Pédaliers. Harpes chromatiques sans pédales. Harpe-luth. Timbales chromatiques à clavier de pédales. Clavecins. Facteurs de pianos et harpes. Paris 1855, Médaille d’honneur; Paris 1867, Hors Concours. Membre du Jury ; Paris 1878, Rappel de Médaille d’or ; Paris 1889, Grand-Prix." Catalogue général officiel. Tome troisième, Groupe III : instruments et procédés généraux des lettres, des sciences et des arts : classes 11 à 18, 1900, p. 525 (archive.org)

Piano à queue style moderne, bois d'acajou de Tabasco et érable vert, décor algues marines. - Bronzes à l'or rouge, bras de lumière à l'électricité. Composition de M. Albert TASSU, architecte; sculpture de M. METHEY. Construit par MM. PLEYEL WOLFF, LYON et Cie,
Revue des arts décoratifs, 01/1901, p. 300 (Gallica) & Revue des arts décoratifs, 01/1901, p. 300 (Archives.org)

PARIS - "L'exposition de la maison Pleyel, Wolf, Lyon et Cie comprend des pianos de fabrication courante, dont les uns, de système nouveau, ne concernent pas particulièrement le but de notre étude décorative, puis des pianos de luxe, des harpes et la harpe chromatique.

Les pianos de fabrication courante sont tous de types, différent de ceux exposés en 1889, en ce sens que l'effort a été dirigé pour obtenir, en raison des exigences de la musique moderne, des sonorités plus grandes comme intensité et comme durée.

C'est pour obtenir ce résultat que tous ces instruments ont été dotés de cadres d'une seule pièce en acier moulé. La forme extérieure n'a pas reçu, pour ces instruments, de modifications particulières, mais le mécanisme, ainsi que pour les pianos à queue exposés, a reçu un perfectionnement consistant en une nouvelle mécanique à étouffoir à lames, indépendant, qui reste fixé au cadre d'acier plus simple à régler.

L'avantage technique consiste en ce qu'il est plus facile de faire étouffer la vibration de la corde avec des étouffoirs à lames qu'avec les étouffoirs de la mécanique dite à baïonnette.

Le son qui en résulte est d'une netteté plus parfaite, puisque les vibrations sont aussitôt éteintes, l'étouffoir s'appiiquant sur les cordes d'une note, et de ce fait le son d'une autre corde mise en vibration ne se confond pas avec la précédente note éteinte. Des essais analogues ont été faits de 1850 à 1865, par quelques facteurs strasbourgeois, qui plaçaient l'étouffoir derrière les cordes.

Comme forme, le piano à cintre renversé est différent, car ce cintre se trouve à gauche et représente la solution d'un problème longtemps poursuivi.

Comme pianos de luxe et de forme particulière, il convient de citer d'abord le piano double, rectangulaire, qui contient les cordes de deux grands pianos à queue disposées sur un seul unique. Aux deux extrémités se trouve un clavier, ce qui permet de jouer à deux pianos sur un seul et même instrument. Le piano double exposé est orné de fines sculptures, dans le style Louis XVI.

Les quatre pieds supportent la caisse au moyen de cariatides ailées, portant des guirlandes. Il est blanc avec rehauts d'or. Le piano Empire, très pur, est en acajou verni avec bronzes; le bois a été assorti à celui des meubles les plus célèbres de cette époque.

Le piano demi-queue Louis XVI est laqué bleu clair orné de guirlandes et de noeuds de rubans dorés courant tout autour de la caisse.

Un piano demi-queue Louis XV à profil galbé, monté sur un piètement indépendant, très pur de lignes et de sculptures, le tout décoré de peintures genre Watteau, en vernis Martin sur fond d'or; les panneaux peints sont encadrés de sculptures.

Mais ici aussi, la maison Pleyel a voulu exposer deux instruments en style moderne. Le piano à queue est en bois de tabasco sur fond de negundo teinté, sa caisse ne diffère pas sensiblement du piano à queue habituel, mais la partie inférieure est traitée dans un autre genre, tout nouveau, et consiste en une sorte de support en bois sculpté dont les membranes prennent naissance aux quatre points d'appui sur le sol, se courbent et se pénètrent les unes les autres dans un mouvement de lignes très intéressant.

C'est le décor maritime, recherché dans ses éléments d'algues, d'animaux et de plantes, qui forme le sentiment caractéristique de cette oeuvre.

Les charnières sont inspirées de ce même sentiment, elles affectent la forme d'algues marines, en bronze patiné d'or rouge et s'étendent sur la grande face du couvercle. Les deux bras de lumière électrique forment un enchevêtrement de plantes marines et de coraux en bronze qui s'élancent.

Dans le piano droit, du même style, c'est l'orchidée dans sa complète manifestation qui a servi de thème à la partie décorative et cela d'autant plus facilement que la surface inutilisée au-dessus de la mécanique a été supprimée.

Le pupitre est ici apparent, tout en cuir ciselé et s'encadre merveilleusement dans des motifs d'argent patiné d'or d'où par des corolles florales s'échappe la lumière électrique.

L'artiste a su aussi utiliser le rôle de la charnière obligatoire en empruntant encore la forme thématique de l'orchidée, celui des poignées des loqueteaux et des pédales se découpant heureusement sur le ton chaud et doré du bois d'érable des Antilles qui forme le fond du meuble." Revue des arts décoratifs, 01/1902, p. 210 (Gallica)

1905

LIÈGE - "PLEYEL, WOLF, LYON & Cie - La célèbre maison Pleyel qui, à deux ans près, pouvait fêter à l'Exposition de Liège le centenaire de sa fondation, avait présenté dans l'espace trop restreint qui lui avait été réparti, quelques-unes de ces dernières créations, en particulier un piano double à queue (brevet Gustave Lyon) qui, grâce aux deux plans de cordes absolument indépendants commandés chacun par une mécanique et un clavier, un jeu de pédales, permet de jouer toutes les oeuvres écrites pour deux pianos dans un emplacement à peu près moitié moindre de celui exigé pour l'exécution de ces oeuvres.

L'instrument très remarquable qui était à Liège et sur lequel diverses auditions ont eu lieu avec le plus grand succès, a d'ailleurs été fabriqué pour sa Majesté le Sultan et la perfection de cet instrument a valu à la maison Pleyel le titre de : fournisseurs de sa Majesté le sultan Abdul Hamid Khan II.


Les pianos à queue ou droits qui étaient sur le stand de la maison Pleyel avaient été réalisés soit dans le style classique le plus pur: Louis XV, Louis XVI, soit dans le style moderne avec une sobriété de lignes tout à fait caractéristique. Le nouvel instrument automatique que la maison Pleyel exposait pour la première fois, sous le nom générique de Pleyela présentait au point de vue artistique, des avantages sur l'importance des le rapporteur croit devoir insister.

En effet, la plupart des appareils destinés à rejouer mécaniquement les pianos, obtiennent ce résultat à l'aide de papiers perforés, dits papiers mécaniques. Leur perforation résulte, en effet, d'un traçage à priori, d'après la valeur successive des notes de la musique gravée, chacune de ces notes trouées ayant une longueur constante, quelque soit le tempo affecté à l'exécution de la partie de l'oeuvre correspondante.

Ce papier, dit mécanique, présente une qualité de précision qui, entre des mains inexpérimentées, donne des résultats déplorables, au point qu'une maison américaine n'a pas craint de tracer, sur les moneaux de musique ainsi perforés, à l'aide d'un trait rouge, les différentes positions que doit occuper la manette du tempo, pour corriger autant que l'aire se peut, ce que ces rouleaux ont trop de mécanique.

Il n'en reste pas moins obligatoire que toutes les croches ont la même durée, toutes les blanches également, etc., que les accords sont composés de trois ou quatre trous parfaitement bien alignés et comme commencement et comme fin, etc.

Enfin, ce papier mécanique exige absolument qu'une des mains de l'exécutant soit constamment appliquée sur la manette du tempo, ce qui entraîne comme conséquence, l'obligation pour ces instruments de n'avoir qu'une seule manette d'expression, de durée de son, ce qui l'ait que tout le papier joue tout le temps, soit piano, soit forte.

Dans le Pleyela, au contraire, on peut, si Ton veut, faire dérouler les rouleaux de papier mécanique dont il vient d'être parlé, mais l'instrument est l'ait surtout et pour ainsi dire spécialement pour utiliser les rouleaux de musique enregistrée.

Les procédés de l'enregistrement de la musique sous le doigt des artistes sont gardés jalousement secrets par le Directeur de la maison Pleyel, mais, sans pénétrer dans le laboratoire fermé à tout le monde, où se font ces enregistrements, nous pouvons, comme rapporteur, signaler le principe de ces enregistrements qui consiste en ceci : sur une bande de papier qui se déroule d'un mouvement mathématiquement uniforme sur un rouleau, viennent se marquer, en traits analogues à ceux du télégraphe.

Pianoforte à queue, Voir aussi un Broadwood, même période (1900)

Hors les traces de toutes les notes qui sont maintenues abaissées pendant le jeu par le virtuose. Si donc, à la place de ces traits, à l'aide d'appareils spéciaux dont nous avons pu nous procurer un cliché, on remplace les traits par des lions, il suffit d'employer ce papier perforé sur le Pleyela pour avoir, dans le temps du déroulement mécanique constant du papier, exactement au moment voulu, les attaques des différentes notes du jeu du virtuose, sans qu'il y ait à faire varier le mouvement de la manette du tempo.

Il suffit que celle-ci soil mise à la division voulue el le mouvement du papier sera identique à celui qui existait au moment de la transcription et, dès lors, les deux mains de l'exécutant au Pleyela étant libres, on a pu, dans cet instrument, laisser à la main droite, à l'aide d'une manette, la possibilité de donner une expression tout-à-fait différente et même opposée à l'expression que la main gauche obtient pour l'autre partie à l'aide de la manette correspondante.


Cet instrument et l'idée qui a présidé à la constitution des rouleaux enregistrés présentent au point de vue artistique (car ce n'est pas au point de vue commercial que le rapporteur doit se placer en ce moment) cet avantage que nous considérons comme un devoir de signaler : la possibilité de créer une tradition, la certitude qu'à un certain jour, soit l'auteur, soit le virtuose, a interprété une oeuvre donnée de la façon identique à celle qu'on peut réaliser à nouveau à l'aide du Pleyela.


Ceci présente un rôle utilitaire; de premier ordre pour les opéras, pour les choeurs le grand nombre de voix, pour toutes les éludes basécis sur le rythme comme la nouvelle méthode de gymnastique rythmique de Dalcroze, etc.


Bien d'autres productions nouvelles auraient dû être exposées à l'Exposition de Liège, mais le manque de place a obligé la maison Pleyel à n'envoyer que quelques échantillons dont le rapporteur vient de parler. Quant aux harpes qui étaient sur le staml delà maison Pleyel, il en sera l'ait une étude spéciale plus loin." Rapport [instruments de musique], par G. Dutreih ; Exposition universelle et internationale de Liège, 1905, Section française, Classe 17, 1905, p. 27-31 (Gallica)

1925

LES PIANOS PLEYEL À L'EXPOSITION 'ARTS DÉCORATIFS'

Piano Pleyel demi-queue, Mobilier et décoration d'intérieur : revue française technique des industries s'y rattachant, 02/1925, p. 49 (Gallica)

PARIS - "La présentation des objets, comme il est dit dans le programme de l'Exposition, est faite selon un mode entièrement nouveau.

On s'est gardé d'installer une succession de stands où se trouveraient accumulés par genre et par catégorie les œuvres de même nature.

On a pensé qu il valait mieux créer le plus possible d ensembles homogènes et faire figurer dans un cadre bien défini, chaque objet à sa vraie place et autant que faire se peut, à l'échelle.

Cette méthode satisfait l'œil et la raison du visiteur. Elle offre un inconvénient, heureusement largement compensé d autre part.

Il faut, pour connaître et apprécier tout ce qui a été accompli dans telle ou telle branche, reconstituer avec soin et au prix de visites successives, en des points divers et souvent éloignés les uns des autres, la synthèse des efforts réalisés par les meilleurs artistes et les principales maisons.

L'un des plus divers et des plus complets est incontestablement celui que Pleyel a tenté en exécutant une dizaine de pianos dessinés par une pléiade d'excellents décorateurs et qui se présente à nous en ordre dispersé.

Piano Pleyel demi-queue - Maurice Dufrêne, Mobilier et décoration d'intérieur : revue française technique des industries s'y rattachant, 02/1925, p. 50 (Gallica)

Tous les modèles sont représentés, pianos à queue, demi-queue, quart de queue, pianos droits, pleyelas, exposés non pas seulement dans la "boutique Pleyel" sur le pont Alexandre III, mais à la classe XVIII (au rez-de-chaussée du Grand Palais), dans le pavillon de la Maîtrise, dans celui de Pomone, et dans celui de la Compagnie des Arts Français, sur l'Esplanade des Invalides, et même dans le Pavillon commun des Colonies, au bout du Cours Albert Ier, près de la sortie du Pont de l'Aima.

On sait que les premières tentatives de nos décorateurs modernes pour résoudre le problème de constructions posé par les diverses formes de pianos n'ont pas été heureuses.

Suivant qu'on considère le piano et qu'on le traite comme un instrument ou seulement comme un meuble, le problème prend en effet un aspect tout différent.

Certes, son architecture propre et ses formes extérieures restent étroitement liées aux exigences de sa structure interne. Le plan est toujours rigoureusement géométrique, les proportions sont imposées par la facture même de l'instrument. C'est sur son enveloppe même, et surtout sur le profil des pieds, que devait d'abord jouer l'invention des dessinateurs.

Il y eut un temps pour le piano peint, laqué ou décoré. A regret, on se séparait du parti architectural traditionnel, de la somptueuse ornementation qui nous avait valu les prestigieux chefs-d'œuvre de la fin du XVIIIe siècle et du commencement du XIXe siècle.

A regret aussi, on se sentait contraint d'adopter des lignes trop dépouillées, de répudier tout ornement, car on craignait d accentuer à l'excès l'idée de lourdeur qui s'attache fatalement à la masse imposante d'un piano à queue.

Piano Pleyel (quart-queue) - Ruhlmann

Tenant plus rigoureusement compte de l'architecture fondamentale de l'instrument, estimant que, selon ses dimensions, il se prête plus ou moins à la possibilité de figurer dans un salon de musique ou un studio, l'instrument de travail ou d'apparat, les architectes décorateurs à qui Pleyel s'est adressé, les Follot, les Joubert, les René Prou, les Dufrène, les René Herbst, les Ruhlmann, les Sue et Mare, ont conçu des modèles d'un attrait considérable et créé ce que nous appellerons la vrais physionomie du piano moderne.

Piano Pleyel - René Prou,
Mobilier et décoration d'intérieur : revue française technique des industries s'y rattachant, 02/1925
, p. 1 (Gallica)


Nous mentionnerons pour mémoire l'instrument qui se trouve dans le pavillon commun des Colonies. Il offre néanmoins ce trait particulier d'être en bilingua verni et c'est là un emploi intéressant d une essence exotique, emploi qu'il faut heureusement s'attendre à voir se généraliser de plus en plus.

L'unique piano exposé à la classe XVIII, au Grand Palais, est de Paul Follot. Il est en palissandre et en ébène de macassar, avec filets en buis, et se rapportant assez dans ses grandes lignes avec ses ornements chantournés, ses pieds à bulbe, sur pédalier en forme de lyre, du dessin recommandé par la tradition.

Paul Follot a également dessiné les deux remarquables instruments exposés au pavillon Pomone. Le demi-queue est en ébène de macassar dépoli avec filets et maqueterie d'ivoire, les pieds sculptés et incrustés, reposent sur un galet d'ivoire.

Il y a dans ce modèle luxueux, une recherche ornementale intéressante. Pourtant, bien que l'on se plaise à reconnaître le caractère de distinction que nos ébénistes ont su donner aux pièces où entrent en combinaison l'ébène et l'ivoire, il nous paraît ici accentuer trop vivement et reporter sur le corps du meuble un thème déjà suffisamment indiqué par le clavier lui-mème.

Le quart de queue en acajou verni avec ses pieds reposant sur un soubassement composé d une triple boule nous paraît d'un dessin plus sobre et plus ferme. La lyre du pédalier est aussi traitée plus librement.

Pleyela - René Herbst,
Mobilier et décoration d'intérieur : revue française technique des industries s'y rattachant, 02/1925, p. 52 (Gallica)

Maurice Dufrène est l'auteur d'un demi-queue en palissandre ciré qui figure sur une estrade, au rez-de-chaussée du pavillon de la Maîtrise. L'aspect en est séduisant. Les six pieds font corps avec le coffre ; une simple cannelure les orne au sommet ; leur profil effilé vers la base, un peu grêle, convient pourtant à ce meuble qui n entend pas exagérer l'impression de lourdeur.

Le piano droit de René Joubert qui se trouve à la boutique du pont Alexandre, en épi de blé et palissandre verni au naturel, est d'une formule à retenir, les plans en rcnl très heureusement étudiés; nous aimerions peut-être un autre dessin pour les supports du clavier dont l'inclinaison nous paraît nuire à l'effet rectiligne de 1 ensemble et à son assiette.

René Herbst a également dessiné un modèle de piano droit à usage de pleyela. C'est l'exemple d'un meuble conçu pour des fins mécaniques. Il est agréable et rationnel de proportions, taillé par longs plans et par pans. Nulle concession au souci ornemental, sinon dans le choix du bois - du frêne verni au naturel - agrémenté de frisures couleur paille.

Piano Pleyel (demi-queue) - Paul Follot, Mobilier et décoration d'intérieur : revue française technique des industries s'y rattachant, 02/1925, p. 53 (Gallica)

Le piano de Ruhlmann qui, comme les deux précédents, figure dans la boutique Pleyel est un quart de queue en palissandre ciré.

Dans ces dimensions plus réduites, le délicat décorateur a résolu le problème le plus attrayant, mariant un visible parti d'équilibre à son goût raffiné d'élégance et d'harmonie.

Par de larges cannelures ; par le fin galbe des pieds, il assure à l'instrument un mouvement dont on aimera la séduisante arabesque et la discrétion.

Le modèle qui nous semble le plus satisfaire à ce que nous offre de magnificence et de puissance un grand piano appelé à trôner dans un intérieur luxueux, c'est sans conteste celui que Sue et Mare ont réalisé pour la Compagnie des Arts français.

 

Piano droit Pleyel - René Joubert,
Mobilier et décoration d'intérieur : revue française technique des industries s'y rattachant, 02/1925, p. 54 (Gallica)

Tout en acajou verni, beau de matière, solide et ample de lignes, il repose sur de forts pieds godronnés et incurvés qui l'enserrent et le soutiennent, on serait tenté d'écrire d'un geste vigoureux et sobre.

C'est une construction d'un style splendidement raisonné et à coup sûr un chef-d'œuvre qui, dans le cadre de la vie moderne, paraît en tous points digne des plus beaux instruments des siècles passés.

Ne quittons pas Sue et Mare sans nous complaire au ravissant clavecin décoré par Bernard Naudin. Son charmant archaïsme démontre que le goût moderne sait parfois se marier avec bonheur avec la grâce et l esprit des plus exquises œuvres du passé.

 

Piano quart de queue - Paul Follot,
Mobilier et décoration d'intérieur : revue française technique des industries s'y rattachant, 02/1925, p. 54 (Gallica)

Nous envierons l'amateur épris du clavecin bien tempéré qui, suri l'instrument de Naudin, redira les vieux airs de Mozart,dont ils ont retrouvé et transposé l'esprit.

G. RÉMON." Mobilier et décoration d'intérieur : revue française technique des industries s'y rattachant, 02/1925, p. 49-54

Piano à queue PLEYEL - Modèle de Ruhlmann
"Cette page romantique occupe la face transversale du Salon de Thé, comme un rideau de théâtre, devant lequel un beau piano à queue Pleyel, réalisé par Ruhlmann, met le navire sous le signe d'Arion." La Renaissance de l'art français et des industries de luxe, 01/1928, p. 101 (Gallica)

1930

LIÈGE - "PLEYEL, 252, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris, présentait un modèle de piano à queue muni des plus récents perfectionnements mécaniques et en acajou sculpté verni." Rapport général de la Section française, Exposition internationale de Liège, 1931, p. 316 (Gallica)

1937

 1  -  2

Deux photos d'un piano droit de PLEYEL sur l'Exposition internationale des Arts et techniques de 1937. Pavillon de l'Union des Artistes Modernes. Piano Pleyel dessiné par René Herbst. - 1937

PARIS - "Un intérêt particulier s'attache, entre tant d'instruments précieux, au grand piano mionopode que M. Paul Follot a dessiné pour la maison Pleyel. Cette pièce, d'un aspect foncièrement original, figure au « Centre des Artistes Décorateurs ».
Ainsi que son nom l'indique, le monopode remplace les trois supports habituels de nos pianos à queue par un seul pied central. Massif et de forme circulaire, fixé sur une embase de métal doré, il permet à la caisse de pivoter alentour et de prendre n'importe quelle orientation.

Sans doute, le monopode se rapproche des meubles du Premier Empire par son allure un peu solennelle, mais il en a le fini et l'exécution artistement fouillée." Le revue de Paris, 01/12/1937, p. 649 (Gallica)

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