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MOITESSIER
à Montpellier (°1830)

1887

"UNE MANUFACTURE DE PIANOS Á MONTPELLIER - Nul ne sera surpris, à coup sûr, d'apprendre qu'une ville comme Montpellier, qui est à la fois un centre agricole, un centre industriel, un centre scientifique, où les esprits donnent des preuves si mul tipliées d'activité, qu'il s'agisse de combattre le phylloxéra ou de créer un système de médication contre quelques maladies humaines, personne, disons-nous, ne pourra être surpris que, dans une ville dont la population possède des aptitudes si diverses et montre tant de passion, tant de fougue à la poursuite de tous les genres de progrès, l'art en général, l'art musical en particulier, si nécessaire aux expansions de ces àmes méridionales, ait trouvé des adeptes ardents et pris, dans cette ville inondée de soleil, avide de toutes les harmonies de la nature, un développement tout-à-fait exceptionnel.

Jetez les yeux, si vous venez à Montpellier, sur la magnifique vitrine de la maison Moitessier si tuée dans le passage Bruyas, et dites-vous bien que cette collection d'instruments de toutes sortes sont destinés à une riche clientèle d'artistes, que ces partitions et ces œuvres musicales réunissant les œuvres les plus connues et les plus nouvelles seront dès demain interprêtées et chantées avec un goût parfait, par des voix pures, vibrantes et expressives.

Il va de soi que, dans un milieu si puissamment artistique, le piano, interprète obligé des œuvres d'art, le piano qui permet au véritable artiste de se transformer, à lui tout seul, en une troupe de concertants, pour étudier sa propre pensée ou interpréter celle d'autrui, joue nécessairement un rôle de tout premier ordre, et qu'un facteur qui aurait, avec le profond sentiment de l'art, la connaissance approfondie de toutes les ressources de sa difticile profession, un tel facteur, disons-nous, aurait une place marquée pour lui dans une ville comme Montpellier.

Hâtons-nous de dire que cette place est occupée depuis très longtemps.

En 1830 déjà, M. Moitessier père fondait à Montpellier une usine spéciale pour la construction des orgues, qu'il transformait plus tard, pour répondre aux désirs de la population montpelliéraine, en ateliers pour la fabrication des pianos.

Ne croyez pas cependant que Montpellier, ainsi mis en possession d'une maison de pianos entièrement comparable aux meilleures, ignore les produits de nos premières maisons parisiennes. M. Léon Moitessier, qui a succédé à son père, y mettrait bon ordre au besoin, ayant pris le dépôt des instruments de ses propres concurrents, et offrant à sa clientèle, avec les pianos sortis de ses ateliers de la rue du Jeu-de-Ballon, les pianos des Pleyel, des Erard, des Hertz [sic], etc., qu'il livre au prix de fabrique.

Nous avons même essayé, dans ses magasins, un curieux pîano qui vient de Paris, paraît-il, qui ne coûte que 500 fr., et dont M. Moitessier n'hésite pas à garantir lui-même la parfaite justesse et la solidité.

Disons aussi que la location des pianos est une importante branche du commerce de la maison Moitessier, et que cet établissement a toujours, en moyenne, environ cent cinquante pianos en location.

On le voit : M. Léon Moitessier, avec une largeur de vue qui lui fait honneur, s'est dit que des instruments construits par des maisons sérieuses ont tous leurs raisons d'être, leurs qualités spéciales, qui les recommandent tous aux vrais amar teurs.

La raison d'être de ses excellents pianos à lui, c'est leur solidité, c'est le soin exceptionnel apporté à leur exécution, c'est surtout cette très curieuse combinaison qui assure des dilatations proportionnelles de toutes les cordes, sous l'influence des variations de la température, et permet à l'accord de l'instrument de résister aux chaleurs brûlantes du Midi comme aux froids les plus rigoureux du Nord.

Cette innovation si curieuse et si utile n'est pas la seule dont l'art de la construction d'es instruments soit redevable à la maison Moitessier.

Le fondateur de cette maison avait déjà créé, sous le nom d'abrégé pneumatique, un système de clavier pour orgues, d'une douceur infinie, qui lui valut une médaille d'or à l'Exposition de Toulouse, et qui est un des plus intéressants détails des orgues exposées au Conservatoire de Bruxelles.

On voit donc que M. Léon Moitessier trouvait dans sa maison, où son père l'initia à son art, des traditions de progrès nécessaires à conserver et à développer.

Il n'a pas failli à cette tache si délicate, et tout en dotant chaque jour d'un nouveau perfectionnement son outillage et ses instruments, tout en se maintenant, par des efforts perpétuels, au niveau des premières maisons similaires, tout en donnant des satisfactions de plus en plus complètes au goût, très difticile des amateurs montpelliérains, il s'est attaché à rendre en même temps, à sa clientèle, des services d'un autre genre, a fait de sa maison une des premières maisons de vente pour la musique imprimée, a joint à la construction du piano, qui reste toujours sa grande œuvre, la vente de toutes les spécialités de la lutherie, a même installé dans ses somptueuses vitrines une véritable exposition permanente de gravures et de tableaux d'une rare élégance. Décidément Montpellier est un pays d'artistes et M. Léon Moitessier s'est donné la difficile mission de faire de ses magasins l'expression complète et vivante des goûts artistiques de sa ville natale. A. D." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 02/10/1887, p. 333-334 (Gallica)

Pour les références voyez la page
pianos français 1830 - 1839


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