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MANGEOT
de Nancy (°1830)


1855 - 1879

1855

PARIS - "Un facteur de Nancy, M. Mangeot, a su attirer sur ses instruments l'attention du public artistique; ils sont confectionnés d'après les meilleurs principes, et doués d'une ampleur et d'une, pureté de sons qu'il est rare de rencontrer à un tel degré, même dans les pianos de nos grands maîtres." Histoire illustrée de l'exposition universelle, Robin, 1855, p. 106


1861

METZ - "L'exposition universelle de Metz a fait connaître d'une manière plus complète lés excellents pianos de MM. Mangeot frères et Ce, de Nancy, qui fabriquent toutes pièces sur place. Ces pianos rivalisent avec les bons pianos de Paris.

Nous en dirons autant de ceux exposés par la maison Leté, à l'exposition universelle de Nantes. On reconnaît là les instruments d'un habile facteur." Le Ménestrel, 28/07/1861, p. 279 (Gallica)


1862

LONDRES - "Le premier facteur français, dont nous examinerons l'instrument, en suivant toujours, bien entendu, l'ordre du catalogue, est M. Mangeot, de Nancy; cet instrument, à cordes obliques, quoique peu sonore, a cependant du charme. Le facteur, pour opposer une résistance à l'effet de la tension des cordes, établit un système de contre-tirage qui a de l'analogie avec celui de M. Scholtus.

M. Mangeot est dans la bonne voie, il n'a qu'à continuer." Section française. Catalogue officiel, International exhibition, 1862

LONDRES - "Parmi les facteurs de la province, je distinguerai M. Mangeot, de Nancy, qui a mis à l’Exposition internationale un piano grand-oblique dont la sonorité a de la distinction, et dont la construction est faite avec soin. Comme M. Martin, de Toulouse, M. Mangeot assure la solidité de ses instruments par un contre-tirage en fer." Le Guide Musical, 31/07/1862, p. 91

LONDRES - "Messrs. Mangeot and M. Martin both exhibit uprights, and have both Medals awarded to them for excellence of workmanship combined with cheapness." Reports by the Juries on the subjects in the thirty-six classes into which ..., 1862, p. 149

METZ - "Pendant longtemps on a mis en doute la possibilité, pour la province, de posséder de bons facteurs. En effet, cela présentait quelques difficultés.

Il faut, pour construire un piano, comme pour bâtir un violon, des bois secs et en grande quantité.

Mais si un luthier peut suffire seul, en province, à sa fabrication, un facteur de pianos a besoin de nombreux ouvriers.

Parmi les ouvriers, il en faut de très habiles qui se paient fort cher. Pendant de longues années, le commerce des pianos s'est fait, en province, au moyen de dépôts de pianos de Paris.

C'était d'ordinaire les luthiers ou les marchands de musique qui se chargeaient de ces dépôts plus ou moins riches, et qui profitaient de l'occasion pour louer des pianos au mois ou à l'année. Mais Nancy devait être une des premières villes émancipées.

Depuis trente ans,nous avons des facteurs de pianos, et l'un de ces facteurs a vu ses affaires prendre un vaste développement. C'est désormais une des grandes maisons de la province.

Elle èmploie cinquante ouvriers et vend chaque année de 120 à 130 pianos, tous pianos droits et de quatre modèles coûtant 1,200, 1,000, 800 et 700 fr. Le grand modèle a les cordes obliques et les barrages en fer forgé, deux pédales et sept octaves.

Il est difficile d'è trouver d'aussi bons instruments que ceux-là et, en pianos droits, on ne peut faire mieux. La maison, dirigée aujourd'hui par les deux fils du fondateur, a des dépôts à Aix-la-Chapelle, à Bruxelles, à Bayonne et à Madrid.

Tout, absolument tout, se fait à Nancy.

Forgerons, menuisiers, ébénistes, tourneurs, mécaniciens, ouvriers pour les claviers et l'ivoire, tout ce monde travaille dans les ateliers de M. Mangeot, et tous sont de bons et anciens ouvriers.

D'énormes quantités de bois bien sec, sapin, hêtre, poirier, platane, cèdre, palissandre, sont emmagasinées.

Les cordes, seules, viennent du dehors. Autrefois Berlin avait la réputation pour les cordes en acier comme Naples pour les cordes à boyau.

Maintenant, on fait en France mieux que partout ailleurs.

En 1833, M. Mangeot eut, à l'exposition de Nancy, — on en faisait en ce temps-là, une médaille d'argent; en 1830, il eut une médaille d'or.

A Metz, MM. Mangeot ont exposé les quatre modèles qu'ils fabriquent, et tous les quatre ont été appréciés de la manière la plus flatteuse pour nos facteurs." Nancy à l'Exposition de Metz, 1862, p. 425-427 (Gallica)


1867

PARIS - "MM. MANGEOT (Nancy). La commission chargée de l'examen des instruments de musique, a mis fin à sa mission et clos son rapport; le résumé en est parvenu, à ce qu'il paraît, à la connaissance des exposants de la 10e classe, et, comme cela a eu lieu à toutes les Expositions, ce résumé a causé plus de mécontentement que de satisfaction.

Les exposants de pianos se plaignent de n'avoir pas été examinés, car ils ne reconnaissent pas comme examen sérieux quelques doigts passés sur un clavier plus ou moins longtemps, avec plus ou moins d'habileté. Ont-ils tort ? ... ont-ils raison ? C'est ce que nous examinerons prochainement.

Ayant suivi avec intérêt et assiduité les divers travaux de la Commission, je rends hommage à la patience, au bon vouloir et à la loyauté que les membres de cette commission ont apportés dans leur opération.

Ne soyons cependant pas étonnés si quelques erreurs ont été commises dans les appréciations de cette Commission : l'homme n'est pas parfait... Errare humanumest.

Ces erreurs involontaires, que les membres de la commission seront les premiers à regretter, doivent être surtout attribuées au peu de temps accordé à leurs opérations.

Comment juger en quinze jours de temps du mérite de cinq cents facteurs présentant à l'examen en moyenne cinq instruments chacun!!!

Comment, dans un laps de temps aussi court, pouvoir entendre, apprécier, examiner, comparer, juger. Abandonnons momentanément les mécontents pour nous occuper des satisfaits, au nombre desquels se trouvent MM. Mangeot, ces habiles facteurs de Nancy.

Apres avoir travaillé dans les premières manufactures de pianos de Paris, M. P. Mangeot, père des facteurs actuels, s'établit à Nancy en 1831, et ce fut lui qui, le premier par une bonne fabrication de pianos droits, porta atteinte en province, à la vogue du piano carré qui y régnait encore en maître.

M. P. Mangeot, sachant que pour réussir il faut de la patience, de la continuité dans le travail et se hâter lentement, ne construisit d'abord que peu d'instruments, mais il les construisit si bien, que cette bonne fabrication lui créa promptement une nombreuse clientèle.

A l'Exposition de Nancy, en 1833, il obtenait une médaille d'argent, et, à celle qui eut lieu cinq années plus tard (1838), une médaille d'or lui fut accordée.

Ces récompenses encouragèrent M. P. Mangeot, et, en 1840, il entreprit la fabrication des pianos à queue; il fit si beau, et tel fut son succès, que ses instruments se répandirent en France, et qu'une nouvelle médaille d'or lui fut encore décernée à l'Exposition de Nancy en 1843.

En 1850, le débouché annuel de ses produits, tant en France qu'à l'étranger, était d'environ cent soixante à cent quatre-vingts instruments.

En prenant la suite des affaires de leur père, MM. Alfred et Edouard Mangeot donnèrent à leur fabrication plus d'extension; ils établirent une machine à vapeur, qui sert à faire mouvoir un nouvel et nombreux outillage.

Tout se confectionne chez MM. Mangeot, caisse, clavier, mécanique, filage des cordes, etc., enfin toutes les parties de l'instrument, depuis la plus petite jusqu'à la plus grande, sortent de leurs ateliers.

A l'aide de cette machine et de soixante ouvriers, MM. Mangeot construisent aujourd'hui trois cent soixante instruments par année, dont un grand nombre est dirigé vers l'Australie, où ces pianos sont fort appréciés par leurs précieuses qualités de solidité et de sonorité.

MM. Mangeot se présentèrent à l'Exposition de Metz, en 1861, et ils y obtinrent une médaille d'argent; récompense la plus élevée accordée aux pianos, et je les vis l'année suivante, 1862, à l'Exposition universelle de Londres. Voici ce que j'écrivais à cette époque :

« Le premier facteur français dont nous examinerons l'instrument, en suivant, bien entendu, l'ordre du catalogue, est M. Mangeot, de Nancy. Son instrument à cordes obliques, quoique peu sonore, a cependant beaucoup de charme. Le facteur, pour opposer de la résistance à l'effet de la tension des cordes, établit'un système de contre-tirage qui doit donner de la solidité à l'accord. M. Mangeot est dans la bonne voie...  il n'a qu'à continuer. (Voyage d'un mélomane à l'Exposition de Londres) »

Le jury international de 1862 a accordé M. Mangeot la prize medal, avec ce motif: Excellence de la fabrication, combinée avec le bon marché. Exposition de Londres.

MM. Mangeot ne se sont pas arrêtés, ils ont présenté cette année un piano droit oblique, dont la caisse, en palissandre, décorée de moulures est d'un très-bon goût; le barrrage et les sommiers sont en fer forgé. L'instrument monté à trois cordes a sept octaves. Ce piano joint à une bonne et brillante sonorité une égalité parfaite dans toute son étendue.

La construction en est excessivement bien établie. Le second instrument est un piano à queue, qui avait subi, on ne sait vraiment pourquoi, l'ostracisme du jury d'admission; mais sur appel il fut reçu, et on peut le dire bien haut, cet instrument est un des meilleurs entre ceux qui figurent dans la galerie réservée à la facture instrumentale.

Une caisse, en bois de palissandre, bien dessinée et d'une courbe gracieuse, renferme l'instrument qui est à trois cordes; le clavier a sept octaves; le barrage et les sommiers sont en fer forgé et les sillets en cuivre.

Pour donner plus de pureté au son, les facteurs ont garni l'angle du coudage d'une languette en bois de cormier. Ce piano agit au moyen d'une mécanique à double échappement, remarquable par la précision et la simplicité des parties dont un spécimen se trouve également exposé.

Cet instrument est digne, par sa sonorité belle, suave et ronde, la facilité de son clavier et par sa parfaite construction, de figurer parmi les instruments des maîtres les plus en renom.

Ce piano, fut remarqué de tous les membres de la commission qui décernèrent à ses auteurs une des médailles d'argent. Les artistes qui ont essayé les instruments de MM. Mangeot ont ratifié la décision du jury.

MM. Mangeot méritent, de la part de tous les hommes qui savent apprécier les travaux de l'industrie de la facture instrumentale des encouragements et des éloges bien mérités, non-seulement pour leurs produits, mais aussi pour le bel établissement qu'ils dirigent si dignement et surtout si sagement, ainsi que pour le nombre considérable d'ouvriers qu'ils occupent et font vivre.

Nous terminons en disant à MM. Mangeot comme en 1862 : Courage, vous êtes dans la bonne voie. Faire bien et beau, puis livrer à bon marché, c'est le chemin de la fortune." La musique à l'Exposition universelle de 1867, Louis-Adolphe le Doulcet Pontécoulant, p. 25-26

PARIS - "[...], mais ayant un mécanisme plus compliqué : ce qui est un désavantage relatif; tel est aussi le piano à double clavier renversé, de M. Mangeot, de Paris.

Ce n'est pas seulement un double clavier que renferme ce dernier instrument, mais, bel et bien, deux pianos complets, superposés, chacun ayant sa table d'harmonie, ses cordes, sa mécanique propre.

Le piano supérieur est construit à rebours, les basses à droite, les notes hautes à gauche; il en résulte que lorsque les deux mains du pianiste emploient un clavier différent, leur position y est identiquement la même, et le doigté des traits devient semblable pour les deux mains.

Ceci est le plus élémentaire des avantages que présente le double piano de M. Mangeot. Il en est d'autres encore peut-être plus importants ; ainsi le jeu de certaines grandes difficultés se simplifie considérablement : ce qui pourrait exercer quelque influence sur le développement de la technique transcendante." La Belgique à l'exposition universelle de 1878, p. 114

PARIS - "Merci donc au correspondant qui nous rappelle fort amicalement à l'ordre, et commençons par signaler les pianos de MM. Mangeot frères, de Nancy, qui ont obtenu une prize medal à Londres en 1862.

Ces facteurs de provinces méritent une place très honorable auprès de nos grands facteurs de Paris.

Chaque jour, à l'Exposition, des artistes distingués se font entendre sur leur instruments, ce qui transforme la partie du palais où ils se trouvent, en une véritable salle de concerts gratuits." Le Figaro, 01/05/1867, p. 2 (Gallica)

PARIS - "[...] ce sont MM. Mangeot frères, dont les excellents instruments ont été brillamment récompensés d'une médaille d'argent.

Frappés de la supériorité des pianos Steinway autant par la grandeur et la beauté du son que par leur construction dans laquelle se trouve le secret de cette supériorité, MM. Mangeot ont demandé et obtenu de MM. Steinway le titre de concessionnaires pour la France de la fabrication des pianos à queue et droits d'après les modèles américains.

Un des frères Mangeot a voulu étudier sur place cette fabrication toute spéciale, et il est parti pour New-York.

Habile comme il l'est dans cette partie de l'art industriel, il ne lui a pas fallu longtemps pour pénétrer tous les secrets de main-d'œuvre.

C'est convaincu que les pianos Steinway français ne le céderaient en rien aux pianos Steinway américains, qu'il est revenu à Nancy avec tous les plans, modèles, notes, etc., qui lui ont permis de se mettre à t'œuvre à coup sûr.

Aujourd'hui les vastes ateliers de MM. Mangeot frères sont appropriés à la fabrication nouvelle, les grosses pièces en fonte ont admirablement réussi, et ces messieurs ont pu se procurer tous les outils et toutes les matières nécessaires.

Bientôt sans doute, nous verrons sortir de l'ancienne ville de Stanislas, pour rayonner dans tout le monde musical, ces pianos merveilleux à la voix puissante et noble qui semblaient devoir rester le partage exclusif du Nouveau Monde.

L'Ancien Monde en jouira avec cette différence toutefois que nous payerons en France les pianos américains juste la moitié du prix qu'ils se vendent en Amérique. Cette considération n'est pas indifférente.

Il faut donc féliciter MM. Mangeot de leur entreprise hardie, qu'un prompt et complet succès accueillera, nous ne saurions en douter." La musique, les musiciens et les instruments de musique chez les différents peuples du monde, Oscar Comettant, 1869, p. 692 (Gallica)


1868

ARAGON - "Nanjet hermanos y C. [Mangeot Frères], de Nancy (Francia).—Han presentado tres pianos, los cuales no dejan de ser muy buenos y hay muchos inteligentes que los desean como á instrumento.

El primero es oblicuo y los otros dos son lisos, de buena forma y esmerada conclusion." Expo d'Aragon 1868, Suplemento á la Memoria descriptiva de la fabricacion de la mesa de billar, 1868, p. 13


1878

PARIS - "On ne voit, dans tous les travaux que nous venons de passer rapidement en revue, rien qui puisse opérer une sorte de révolution comme celle qu’a inaugurée la facture américaine en 1867.

Seul le piano à queue à double clavier de MM. Mangeot, qui, dans leurs autres instruments, se montrent les serviles imitateurs de M. Steinway; seul le piano à double clavier de ces facteurs, de Nancy, peut être considéré comme quelque chose d’absolument nouveau. L’idée en a été conçue par M. Joseph Wieniawski, et nous trouvons naturel qu’on la doive à un éminent virtuose.

Il convient, en effet, d’établir une distinction entre les résultats qui profitent au public et ceux dont bénéficie l’exécutant.

Il y a donc toujours lieu de classer les inventions des facteurs en deux catégories : les unes ont pour objet de procurer à l’auditeur des jouissances nouvelles au moyen de sons mieux timbrés, plus forts ou plus doux, exempts de fausses résonances; ou bien de construire un instrument plus solide et tenant mieux l’accord.

Le second genre d’inventions se rapporte à l’amélioration des conditions générales inexécution : soit, par exemple, un clavier plus docile et répétant parfaitement, soit encore des moyens nouveaux pour obtenir des effets impossibles et non réalisés jusque-là.

C’est ce dernier résultat qu’a visé M. Jos. Wieniawski, et MM. Mangeot lui ont procuré le moyen d’atteindre au but qu’il se proposait, en construisant un piano composé de deux pianos à queue superposés, avec deux claviers placés l’un au-dessus de l’autre et disposés en sens inverse." Chouquet, Rapport sur les instruments de musiques à l'exposition universelle de 1878

PARIS - "PIANOS FRANCO-AMÉRICAINS - MANGEOT FRÈRES & Cie - PARIS - 37, AVENUE DE L'OPÉRA & 64, RUE NEUVE-DES-PETITS-CHAMPS.

Usine et Manufacture à NANCY (Meurthe-et-Moselle). Directeur général à Paris : M. OSCAR COMETTANT.

La Manufacture do pianos qui fait l'objet de la représente notice a été fondée a Nancy par, PIERRE MANGEOT en 1830.

ROLLER, habile mathématicien, venait d'inventer le piano droit dont l'apparition fut un événement dans le monde musical et qui devait se substituer si rapidement au piano carré.

Frappé des avantages multiples du piano droit, M. PIERRE MANGEOT conçut et réalisa la pensée de fonder dans la capitale dé la Lorraine une fabrique de pianos droits.

Il est, croyons-nous, le premier qui, en province, ait manufacturé ces instruments.

Les pianos de la fabrique de PIERRE MANGEOT Surent très remarqués et ils obtinrent les premières médailles aux. Expositions locales. En 1813 on lui décernait la médaille d'or.

d'excellente fabrication de ses pianos droits acquit une réputation qui s'étendit à toute la France; les ateliers s'agrandirent et quand M. MANGEOT FRÈRES succédèrent à leur père en 1859, la fabrication avait pris des développements artistiques et industriels qui la placèrent au rang de plus importantes maisons, non-seulement de la province, mais de la France.

En 1862 à la grande Exposition Universelle de Londres, les pianos de la Maison MANGEOT furent remarqués des: artistes; et du Jury qui leur décerna la Prize Medal.

Déjà à ce moment les Usines de MM. MANGEOT FRÈRES et Ce étaient pourvues de machines à vapeur et les instruments y étaient fabriqués de toutes pièces, grâce à un outillage, des plus complets et à un nombre d'ouvriers qui n'avait cessé de s'accroître.

C'est dans ces conditions de prospérité constante que MM. MANGEOT FRÈRES et Cie se présentèrent à l'Exposition Universelle de 1867 avec des pianos droits et un piano à queue.

Mais la fabrication des pianos à queue n'avait été qu'accidentelle dans les usines de Nancy.

MM. MANGEOT voulurent lui imprimer une marche régulière en fabriquant d'une inmanière suivie des pianos à queue vraiment artistiques.

A cet effet ils étudièrent, avec soin les inventions modernes de la grande facture européenne et américaine.

Les qualités si remarquables qui constituent le système des pianos américains fabriqués par MM. STEINWAY de New-York, attirèrent ieur attention.

Ils se mirent en rapport avec ces Messieurs. M. EDOUARD MANGEOT voulut étudier sur place les procédés de cette grande fabrication et il partit pour New-York.

A son retour, l'outillage des ateliers de Nancy fut transformé et approprié a la fabrication des pianos à queue qui, depuis cette époque, a suivi une marche ascendante régulière.

Avec l'esprit d'éclectisme que possèdent tous ceux que n'aveuglent pas un système préconçu, MM. MANGEOT FRÈRES ont étudié successivement tous les progrès de la facture moderne, et leurs pianos Franco-Américains sont classés aujourd'hui en première ligne à côté des pianos français de nos grandes fabriques nationales.

Les pianos Franco-Américains do la Maison MANGEOT FRÈRES et Cie ont reçu la sanction de nos plus illustres virtuoses.

Ces beaux instruments d'une sonorité si individuelle, à la fors si brillants et si chantants, ont été joués en public parties sommités du piano parmi lesquelles nous nous bornerons à citer un seul nom, celai de Francis Planté.

Outre les pianos à queue et leurs pianos droits, MM. MANGEOT FRÈRES ont exposé au jugement des musiciens, pia listes et compositeurs, un instrument qui dans la simplicité apparente de sa labrication présente en réalité des ressources nouvelles d'une variété et d'une richesse pour ainsi dire incalculable.

C'est le piano à queue à doubles claviers renversés.

Nous n'avons pas dans cette courte notice à nous étendre sur les considérations artistiques de cet instrument, pas plus que sur sa forme et sur les difficultés de facture intérieure qu'ont eu à vaincre leurs inventeurs.

Ce que nous pouvons dire ce que la combinaison des deux claviers superposés offrant dans la succession ascendante et descendante de l'échelle, musicale une opposition radicale, a pour effet d'émanciper en quelque sorte les deux mains de l'exécutant en mettant à la disposition de chacune d'elles un clavier complet de sept octaves et deux notes d'étendue.

De là des effets harmoniques et mélodiques d'une . variété^ d'une puissance et d'une nouveauté, qui pourraient bien faire de cet instrument, le piano de l'avenir.

La Maison de Paris de MM. MANGEOT FRÈRES et Cie est placée sous la direction artistique de M. OSOAR COMMETTANT dont la nom si connu et si apprécié dans le monde musical et dans le monde des lettres, nous dispense de tout éloge et de tout commentaire. Une telle association honore à la fois cet artiste et les liabiles facteurs qui se sont assurés son concours." Catalogue général descriptif de l'exposition : section française, Exposition universelle de Paris 1878, p. 4 (Gallica)

PARIS - "A côté de ces recherches nouvelles portant sur l'instrument lui-même, nous devons signaler le piano à double clavier inverse de M. Mangeot, qui a surtout une importance théorique.

Qu'on s'imagine deux pianos à queue posés l'un sur l'autre de façon que les deux claviers se trouvent immédiatement superposés comme les claviers de l'orgue. Jusque là cette disposition n'aurait pour avantage que de mettre à la portée des deux mains de l'exécutant deux pianos séparés et complets.

Mais ce qui fait l'originalité du piano de M. Mangeot, c'est que le clavier supérieur a les sons graves à la main droite et les sons aigus à la main gauche : la série des sons est renversée.

Au lieu d'aller du grave à l'aigu de gauche à droite, comme on l'a toujours pratiqué depuis qu'il y a des instruments à clavier, elle va de droite à gauche en descendant.

Ce que peut produire l'accouplement de ces deux claviers inverses est, pour le moment, difficile à définir. Il est certain que l'art du pianiste en sera fortement infiuencé.

Jusqu'à présent, un seul artiste s' est adonné à l'étude des claviers renversés ; c'est M. Zarebski, ami et élève de Liszt, qui obtient de cet instrument des effets surprenants.

Quand on entend ainsi toucher le piano à deux claviers, sans le voir, il semble d'abord qu'on perçoive les son d'un duo de piano.

Puis, la précision de certains traits à l'unisson oblige à reconnaître qu'il n'y a qu'un seul exécutant qui puisse les jouer ainsi ; enfin, on cesse de se rendre compte de la posibibilité des dessins rapides de la main gauche, et ce n'est qu'en regardant l'instrument qu'on comprend comment peuvent se produire toutes ces nouveautés.

Les difficultés spéciales de la main gauche n'existent plus, puisqu'on peut les exécuter avec la main droite sur le clavier supérieur.

Les limiter de la virtuosité, qu'on croyait atteintes, se trouvent encore reculées.

Il est aussi très-certain que le clavier renversé donnera lieu à quelques trouvailles harmoniques.

Quand on lit un morceau de musique ordinaire et qu'on le joue sur le clavier renversé, il se produit des combinaison très-inattendues dont quelques-unes curieuses. Les intervalles des accords se trouvent pas renversés comme on pourrait le croire, mais transposés de la façon suivante :

Lorsque deux gammes chromatiques se meuvent en sens inverse, elles se rencontrent en leur milieu, à l'unisson sur une note.

C'est de chaque côté de ce milieu et symétriquement qu'a lieu la transition. Sur le piano de M. Mangeot la rencontre a lieu, autant qu'il nous souvient sur le ré, qui est au milieu du piano.

Quand on lit et qu'on joue un morceau de musique sur le clavier renversé, toutes les notes de la clef de sol qui sont au dessus de ce ré font entendre des sons graves qui sont échelonnés symétriquement au dessous, à la même distance du ré du côté grave qu'ils étaient du côté aigu, la note la plus haute de la clef de sol correspondant à la note la plus basse de la clef de fa.

C'est ainsi que l'accord sol si re, écrit dans les portées de la clef de sol, fait entendre l'accord mineur ré fa la, qui s'écrit dans les portées de la clef de fa.

C'est comme si on repliait la moitié du clavier sur l'autre. Malgré les étrangetés harmoniques qui résultent de cette transposition, c'est moins dans le langage musical que dans la virtuosité de l'exécution, que le piano à claviers inverses est destiné à faire découvrir beaucoup de nouveautés.

C'est d'ailleurs seulement dans quelques années qu'on pourra, si ce système est adopté, apprécier quels changements il aura apportés dans l'art musical.

Il nous a semblé que ce qu'il était important de signaler à l'Exposition devait Porter surtout sur les nouveautés introduites dans la construction du piano, pouvant avoir une action sur l'art musical, Puisqu'elles offrent aux artistes des combinaisons et des moyens d'expression encore inexplorés.

Quant aux qualités mêmes des instruments, elles sont difficiles à apprécier sans un examen très-attentif. Cependant on voit facilement que les pianos français sont très-intelligemment construits, aussi bien sous le rapport de la sonorité que du toucher.

Il faut encore signaler dans la facture française une recherche dans la forme même de l'instrument qui tend à le rendre moins disgracieux." Journal officiel de la République française, 30/10/1878, p. 10054-10055 (Gallica)

PARIS - "Le succès du piano à doubles claviers renversés de MM. Mangeot frères et Cie est décidément très-grand. L'habile virtuose qui joue ce riche instrument, M. Zarebski, a conquis en quelques semaines avec ce double piano, une réputation devenue européenne.

Les auditions de cet instrument, par M. Zarebski, attirent chaque fois un nombreux auditoire dans la galerie des instruments de musique français où MM. Mangeot ont exposé, à côté de magnifiques pianos à queue à un seul clavier, ce monarque de leur manufacture." Le Ménestrel, 30/06/1878, p. 248 (Gallica)

PARIS - "Comme on le voit, la lutherie de province le dispute à celle de Paris, tout comme les pianos franco-américains de MM. Mangeot frères, de Nancy, ont su conquérir une toute première place à Paris." Le Ménestrel, 06/10/1878, p. 364 (Gallica)

PARIS - "PIANOS. — MAISON MANGEOT FRÈRES - Cette manufacture de pianos a été fondée à Nancy par Pierre Mangeot, en 1830.

Roller, habile mathématicien, venait d'inventer le piano droit, dont l'apparition fut un événement dans le monde musical et qui devait se substituer si rapidement au piano carré.

Frappé des avantages multiples du piano droit, M. Pierre Mangeot conçut et réalisa la pensée de fonder dans la capitale de la Lorraine une fabrique de pianos droits.

Il est, croyons-nous, le premier qui, en province, ait manufacturé de ces instruments.

Les pianos de la fabrique de Pierre Mangeot furent très-remarques et ils obtinrent les premières médailles aux expositions locales. En 1843 on lui décernait la médaille d'or.

L'excellente fabrication de ses pianos droits acquit une réputation qui s'étendît à toute la France; les ateliers s'agrandirent, et quand MM. Mangeot frères succédèrent à leur père, en 1859, la fabrication avait pris des développements artistiques et industriels qui la placèrent au rang des plus importantes maisons, non-seulement de la province, mais de la France.

En 1862, à la grande Exposition universelle de Londres, les pianos de la maison Mangeot furent remarqués des artistes et du Jury qui leur décerna la Prize Medal.

Déjà à ce moment les usines de MM. Mangeot frères et Cie étaient pourvues de machines à vapeur et les instruments y étaient fiibriqués de toutes pièces, grâce à un outillage des plus complets et à un nombre d'ouvriers qui n'avait cessé de s'accroître.

C'est dans ces conditions de prospérité constante que MM. Mangeot frères et Cie se présentèrent â l'Exposition universelle de 1867, avec des pianos droits et un piano à queue; ils obtinrent la médaille d'argent. Mais la fabrication des pianos à queue n'avait été qu'accidentelle dans les usines de Nancy.

MM. Mangeot voulurent lui imprimer une marche régulière en fabriquant d'une manière suivie des pianos à queue vraiment artistiques.

A cet effet, ils étudièrent avec soin les inventions modernes de la grande facture européenne et américaine. M. Edouard Mangeot se rendit à New-York pour étudier'sur place, les procédés de cette grande fabrication.

A son retour, l'outillage des ateliers'de Nancy fut transformé et approprié à la fabrication des pianos à queue, qui, depuis cette époque, a suivi une marche ascendante régulière. Avec l'esprit d'éclectisme que possèdent tous ceux que n'aveugle pas un système préconçu, MM. Mangeot frères ont étudié successivement tous les progrès de la facture moderne, et ils en ont fait profiter leur fabrication.

Les pianos franco-américains de la maison Mangeot et Cie ont reçu la sanction de nos plus illustres virtuoses. Ces beaux instruments, d'une sonorité si individuelle, à la fois si brillants et si chantants, ont été joués en public par les sommités du piano, parmi lesquelles nous nous bornerons à citer un seul nom, celui de Francis Planté.

Outre les pianos à queue et les pianos droits, la manufacture de MM. Mangeot frères et Cie s'est enrichie d'une invention nouvelle, admirable et admirée de tous :

Le Piano à claviers renversés, dont le monde musical tout entier s'est ému à son apparition.

Nous ne saurions mieux faire, pour donner un aperçu des immenses ressources que cet instrument nouveau offre aux compositeurs et aux virtuoses, que d'emprunter quelques passages les plus caractéristiques aux explications très-complètes fournies par M. Oscar Comettant, le premier jour où le piano fut joué par le célèbre pianiste Jules Zarebski (10 mars 1878), devant un véritable aréopage de musiciens composé de membres de l'Institut, de compositeurs illustres, de renommés virtuoses, de professeurs éminents, auxquels s'étaient joints des amateurs distingués, des hommes de science, des journalistes français et étrangers, des éditeurs de musique, des facteurs de grandes orgues et des facteurs de pianos.

Ce fut une de ces grandes solennités qui prennent place dans l'histoire d'un art; ce fut un double triomphe pour les inventeurs de l'instrument et pour le pianiste compositeur M. Zarebski.
Nous citons M. Oscar Comettant :

« L'idée du renversement du clavier superposé au clavier ordinaire, aussi rapprochés que possible l'un de l'autre et agissant sur deux insirumenis complets l'un et l'autre et absolument indépendants, cette idée est venue aux inventeurs par suite de considérations qui tiennent à la fois à la structure de nos mains par rapport au clavier et à l'esthétique de l'art.

« Pour démontrer l'insuffisance d'un seul clavier, et par suite les difficultés de jouer du piano en virtuose, il suffit de jeter un simple coup d'oeiî sur nos mains et sur le clavier.

« Nos mains ont été faites par la nature sur deux plans opposés l'un à l'autre; le clavier est construit sur un seul et même plan.

« En allant de gauche à droite, le premier doigt de la main gauche est le petit doigt, et le dernier le pouce. Le premier doigt de la main droite est, au contraire, le pouce, et le dernier le petit doigt.

« Cette disposition contraire des doigts des deux mains, leur différente grandeur, leurs différents écartements, tout en un mot démontre que le doigté d'un trait, d'une gamme, d'une succession de notés quelconque doit changer suivant qu'on l'exécute par la main gauche ou par la main droite.

« Et c'est en effet ce qui arrive.

«Eh bien, cette différence de doigté, pour tout ce que les deux mains ont à exécuter d'identique sur un seul clavier, est une des grandes difficultés du mécanisme, par conséquent un des inconvénients notables de jouer avec les deux mains opposées l'une de l'autre sur un clavier d'un seul et même plan.

« Mais un clavier uniforme a bien d'autres inconvénients que la dissemblance du doigté.

« Sur un seul clavier, les mains sont en quelque sorte parquées dans un département de l'échelle des sons, d'où elles ne peuvent sortir qu'accidentellement par le moyen du croisement des bras, opération fort incommode et peu sûre.

La main gauche doit se mouvoir exclusivement dans les octaves inférieures, tandis que la main, droite s'agite dans les régions supérieures.

Chaque main a sa spécialité, son domaine privé et quand l'une parcourt la propriété de l'autre, c'est un peu à la manière de deux châtelaines qui se font des visites de cérémonie.

« Non-seulement avec un seul clavier chacune des mains ne peut se mouvoir que dans le cercle circonscrit d'une moitié de l'échelle des sept octaves, mais par la nature même des degrés de l'échelle, chacune des mains est condamnée à jouer un rôle musical spécial.

La main gauche joue le rôle des instruments graves de l'orchestre et la main droite celui des instruments élevés. La main gauche, c'est la contre-basse, le violoncelle, l'alto, le basson, la clarinette grave, le trombone et les cors, la main droite c'est le violon, le hautbois, la clarinette dans l'échelle haute, la flûte et la petite flûte.

« Cette obligation pour la main gauche d'exécuter, suivant un doigté qui lui est spécial, les parties graves de la musique, donne à cette main, malgré tous les exercices d'agilité auxquels on peut la soumettre, une lourdeur relative et une disposition particulière en opposition avec la main droite, brillante, agile, chantante, dans les traits rapides, en notes simples, tierces, sixtes ou octaves.

« Avec les doubles claviers renversés, tous ces inconvénients disparaissent; c'est l'émancipation des deux mains et l'agrandissement de leur domaine musical dans des proportions considérables.

« En effet, si l'on se représente, au-dessus du clavier ordinaire allant du grave à l'aigu en partant du côté gauche, un autre clavier très-rapproché de celui-là allant de l'aigu au grave en commençant aussi par la gauche, le doigté pour les deux mains devient uniforme, aucun rôle spécial n'est plus assigné à chacune des deux mains et l'on a, ouvert devant soi, le plus large champ harmonique qu'ait jamais pu concevoir l'imagination d'un pianiste tel que Liszt, qui disait dernièrement à M. Zarebski, son élève et son ami :

— « Tout ce que l'on peut faire sur un seul clavier a été fait, et l'avenir est à un piano « qui, sans sortir du caractère de l'instrument, offrira de nouvelles ressources. »

« Chaque main, grâce à la disposition des deux claviers renversés tels que nous venons de les décrire, se trouve en possession, sans aucune gêne, de sept octaves pleines.

Plus de contorsions du corps ni de mouvements disgracieux des bras. Les notes les plus basses comme les plus aiguës, les traits les plus rapides aux octaves supérieures, comme les arpèges et les notes tenues aux octaves inférieures, se trouvent sous les doigts de chacune des deux mains qui les exécutent avec le même doigté, par conséquent avec une égale facilité.

«Voilà certes des avantages nouveaux et facilement appréciables; mais la combinaison de deux, claviers renversés en offre bien d'autres encore. Par exemple, chaque clavier faisant résonner les cordes, d'un piano entièrement indépendant de l'autre, armé comme tous les pianos de deux pédales, on comprend aisément ce qui doit résulter de puissance et surtout de pureté dans l'harmonie.

Cette puissance et cette pureté équivalent à celle de deux pianos à queue ordinaires à un clavier, joués par deux pianistes mus par un même sentiment et dont l'exécution serait, sous le rapport de l'ensemble, d'une perfection pour ainsi dire idéale.

« La même puissance et la même pureté existent quand il s'agit de tenues sur des broderies légères, d'opposition de timbre par l'emploi des pédales et de perspective musicale, l'oreille percevant très-bien le son de chacun de ces pianos qui n'en forment qu'un.

« A l'aide des deux claviers renversés touchés alternativement par la main droite et par la main gauche le piano s'enrichit de traits nouveaux qui se multiplieront pour ainsi dire à l'infini avec le génie des compositeurs et des virtuoses de l'avenir.

Quand les deux mains jouent à la fois sur les deux claviers, ce qui est facile, ce sont des accords qui embrassent sept octaves pleines de l'instrument : c'est un morceau à deux pianos ou à quatre mains joué par un seul pianiste. »

« Malgré sa complication apparente, le piano à doubles claviers renversés est beaucoup plus facile à jouer que le piano à clavier simple. Certains passages des plus difficiles sur un seul clavier deviennent accessibles aux pianistes de moyenne force sur les deux claviers.

En un mot, avec le même degré de mécanisme acquis, on exécute aisément sur le piano à doubles claviers des traits, des passages, des réductions d'orchestre qui seraient impossibles sur un seul clavier. Un jour viendra, nous le croyons fermement, où le piano à un seul clavier n'apparaîtra que comme un demi-piano et disparaîtra tout à fait. »

Passant de la combinaison des deux claviers, au seul clavier supérieur, au clavier renversé (renversé par rapport à celui dont on s'est servi exclusivement jusqu'ici), M. Comettant entre dans des considérations harmoniques d'un ordre nouveau et du plus haut intérêt.

Ce il n'est pas téméraire, dit-il, de penser que la disposition d'un clavier renversé suscitera toute une série de nouveaux traits, de nouvelles harmonies, de nouveaux modes d'accompagnement et même de nouveaux chants. Pour s'en convaincre, il suffit de placer les deux mains sur ce clavier et d'y préluder.

Que d'enchaînements harmoniques, auxquels on n'aurait pas songé, qui se révèlent spontanément, quelquefois bizarres, il est vrai, barbares, impossibles même; d'autres fois d'une saveur singulière et d'une nouveauté saisissante quoique très-acceptable.

Ce qui peut résulter du renversement pur et simple de certains morceaux, entendus d'abord sur un clavier et reportés sur l'autre clavier comme si tous les deux fussent pareils, est impossible à prévoir et dans certains cas constitue de précieuses trouvailles. »

La presse tout entière, dans des articles spéciaux qui ont été réunis, a partagé l'opinion de M. Oscar Comettant, et le jury international de l'Exposition a sanctionné le grand succès dont le piano à claviers renversés a été l'objet lors de son apparition dans le monde musical.

MM. Mangeot frères avaient acquis d'emblée une place à part dans la facture des pianos par cette belle découverte, et le nom de. ces habiles facteurs se trouve sur toutes les lèvres et sous toutes les plumes.

L'Exposition internationale de 1878 devait être et a été, en effet, l'occasion d'un triomphe éclatant pour la maison Mangeot. En conséquence du classement du jury, ses pianos ont obtenu la Médaille d'or.

Sur la proposition du ministre de l'agriculture et du commerce, la décoration de la Légion d'honneur, a été ajoutée à. la médaille d'or pour « services rendus à l'industrie des pianos et pour la part brillante prise à l'Exposition ».

De telles récompenses, précédées de beaucoup d'autres, parlent trop haut par elles-mêmes pour qu'il soit besoin d'en faire ressortir l'importance. Il suffit de les signaler pour indiquer la place que la maison Mangeot et Cie a conquise aujourd'hui dans la grande industrie artistique de la fabrication des pianos français. - E. B." Les chefs-d'oeuvre d'art à l'Exposition universelle 1878, Tome 2, M. Émile Bergerat, 1878, p. 165-168 (Gallica)

PARIS -  "« A côté de ces recherches nouvelles portant sur l'instrument lui-même, poursuit M. Léon Pillaut, nous devons signaler le piano à double clavier inverse de M. Mangeot, qui a surtout une importance théorique.

Qu'on s'imagine deux pianos à queue posés l'un sur l'autre de façon que les deux claviers se trouvent immédiatement superposés comme les claviers de l'orgue.

Jusque-là cette disposition n'aurait pour avantage que de mettre à la portée des deux mains de l'exécutant deux pianos séparés et complets. Mais ce qui fait l'originalité du piano de M. Mangeot, c'est que le clavier supérieur a les sons graves à la main droite et les sons aigus à la main gauche : la série des sons est renversée.

Au lieu d'aller du grave à l'aigu de gauche à droite, comme on l'a toujours pratiqué depuis qu'il y a des instruments à clavier, elle va de droite à gauche en descendant.

« Ce que peut produire l'accouplement de ces deux claviers inverses est, pour le moment, difficile à définir. Il est certain que l'art du pianiste en sera fortement influencé.

« Jusqu'à présent, un seul artiste s'est adonné à l'étude des claviers renversés ; c'est M. Zarebski, ami et élève de Liszt, qui obtint de cet instrument des effets surprenants. Quand on entend ainsi toucher le piano à deux claviers, sans le voir, il semble d'abord qu'on perçoive les sons d'un duo de piano.

Puis, la précision de certains traits à l'unisson oblige à reconnaître qu'il n'y a qu'un seul exécutant qui puisse les jouer ainsi ; enfin, on cesse de se rendre compte de la possibilité des dessins rapides de la main gauche, et ce n'est qu'en regardant l'instrument qu'on comprend comment peuvent se produire toutes ces nouveautés.

Les difficultés spéciales de la main gauche n existent plus, puisqu'on peut les exécuter avec la main droite sur le clavier supérieur.

« Les limites de la virtuosité, qu'on croyait atteintes, se trouvent encore reculées.

« Il est aussi très certain que le clavier renversé donnera lieu à quelques trouvailles harmoniques." Revue britannique, ou Choix d'articles traduits des meilleurs écrits périodiques de la Grande-Bretagne, sur la littérature, les beaux-arts, les arts industriels, l'agriculture, le commerce, l'économie politique, les finances, la législation, etc., etc., 09/1880, p. 390 (Gallica)

LE PIANO À DOUBLES CLAVIERS RENVERSÉS DE MM. MANGEOT

PARIS -  "Ses Ressources an point de vue de la Composition et de la Virtuosité avec des exemples à l'appui PAR JULES ZAKEBSKI.

Le 10 mai 4878, M. Oscar Comottant et MM. Mangeot frères invitaient les membres de l'Institut de la section de musique, d'autres compositeurs célèbres, les notables professeurs du Conservatoire et d'autres professeurs autorisés; des pianistes virtuoses on
renom, les principaux éditeurs do musique et facteurs de pianos, les critiques musicaux français et des correspondants de journaux étrangers, enfin des amateurs distingués, amis de la musique et de ses progrès, à venir entendre chez eux, avenue de l'Opéra, un piano nouveau, à doubles claviers renversée, de la fabrique de MM. Mangeot frères, pour lequel M. Edouard Mangeot a pris un brevet d'invention.

Tous les invités de MM. GomcLlant et Mangeot n'ont pu se rendre à cette première audition, mais la plupart ont répondu un peu plus tard à l'appel qui leur avait été fait, dans d'autres auditions successives qui ont eu lieu avant que l'instrument eût été envoyé à l'Exposition.

Les vastes salons de l'avenue de l'Opéra se sont donc trouvés remplis à diverses reprises d'auditoires d'élite, véritable aréopage, dont la haute opinion et le jugement sur devaient décider de l'avenir du nouvel instrument.

Les cartes d'invitation pour la première audition du piano à deux claviers renversés portaient le programme suivant :

PROGRAMME

1. Explications présentées par M. OSCAR COMMETTANT sur les ressources considérables et les principes entièrement nouveaux de ce piano breveté, et qui doit figurer à l'Exposition.

2. Grande fantaisie symphoairjue originale expressément composée pour les Deux claviers renversés J. ZAREBSKI. Exécutée par l'Auteur.

3. Danse des Sylphes. - Berlioz - Trancrite pour les Deux Claviers renversés et exécutée par M. JULES ZAREBSKI.

4. Ouverture à'Obéron WEBER. - Transcrite pour les Deux Claviers renversés et exécutée par M. JULES ZAREBSKI. Nous ne saurions mieux faire dans cette notice, qui a pour objet de présenter au lecteur le piano à doubles claviers renversés et de donner un aperçu des immenses ressources qu'il offre aux compositeurs et aux virtuoses, que de reproduire les explications fournies par M. Oscar Comeltant.

MESSIEURS,

Ce n'est point une conférence que j'ai à faire sur le piano, sur son origine, ses développements, ses transformations et ses derniers
perfectionnements en France et à l'étranger.

Encore moins voudrais-je ici chercher à apprécier les qualités qui distinguent les instruments de la manufacture de mes amis MM. Edouard et Alfred Mangeot.

Deux pianos à queue et deux pianos droits franco-américains sont à l'Exposition et je laisse à qui de droit le soin de les juger.

Je demande simplement la permission de vous entretenir quelques instants du piano à doubles claviers renversés, dont vous comprendrez mieux les effets, quand vous aurez pu en apprécier les causes.

L'idée du renversement d'un clavier superposé au clavier ordinaire, aussi rapprochés que possible l'un de l'autre et agissant sur deux instruments complets l'un et l'autre et absolument indépendants, cette idée est venue aux inventeurs par suite de considérations qui tiennent à la fois à la structure de nos mains par rapport au clavier et à l'esthétique de l'art.

Je veux être bref, et négligeant les points secondaires nombreux qui se présentent à l'esprit quand on a pu se rendre un compte exact des ressources, pour ainsi dire infinies, qu'offrent aux pianistes les doubles claviers renversés, je ne toucherai qu'à certains côtés principaux de cette vaste question.

Pour démontrer l'insuflîsanee d'un seul clavier, et par suite les difficultés de jouer du piano en virtuose,il suffit de jeter un simple coup d'oeil sur nos mains et sur le clavier.

Nos mains ont été faites par la nature sur deux plans opposés l'un à l'autre ; le clavier est construit sur un seul et môme plan.

En allant de droite à gauche, le premier doigt de la main gauche est le petit doigt, et le dernier le pouce. Le premier doigt de la main droite est, au contraire, le pouce, et le dernier le petit doigt.

Cette disposition contraire des doigts des deux -mains, leur différente grandeur, la force et la légèreté propres à chacun d'eux, leurs différents écartements, tout, en un mot, démontre au premier abord que le doigté d'un trait, d'une gamme, d'une succession de notes quelconque doit changer suivant qu'on l'exécute parlamain gauche ou par la main droite.

Et c'est en effet ce qui arrive.

Eh bien, cette différence de doigté pour tout ce que les deux mains ont à exécuter d'identique sur un seul clavier, est une des grandes difficultés du mécanisme, par conséquent, un des inconvénients notables de jouer avec les doux mains opposées l'une à l'autre sur un clavier d'un seul et même plan.

Mais un clavier uniforme pour les deux mains a bien d'autres inconvénients que la dissemblance du doigté.

Sur un seul clavier les mains sont en quelque sorte parquées dans un département de l'échelle des sons, d'où elles ne peuvent sortir qu'accidentellement par le moyen du croisement des bras, opération fort incommode et peu sûre.

La main gauche doit se mouvoir exclusivement clans les octaves inférieures, tandis que la main droite s'agite dans les régions supérieures. Chaque main a sa spécialité, son domaine privé, et quand l'une parcourt la propriété de l'autre, c'est un peu à la manière de deux châtelains qui se font des visites de cérémonie.

Non-seulement avec un seul clavier chacune des mains ne peut se mouvoir que dans le cercle circonscrit d'une moitié de l'échelle des sept octaves, mais par la nature même des degrés de l'échelle, chacune des mains est condamnée à jouer un rôle musical spécial. La main gauche joue le rôle des instruments graves de l'orchestre et la main droite celui des instruments élevés.

La main gauche, c'est la contrebasse, le violoncelle, l'alto, le basson, la clarinette dans le chalumeau, le trombone et les cors ; la main droite, c'est le violon, le hautbois, les deux tiers de la clarinette dans l'échelle haute, la flûte et la petite flute.

Cette obligation pour la main gauche d'exécuter, suivant un doigté qui lui est spécial, les parties graves de la musique, — accords, arpèges, accompagnements de tous genres, — donne à cette main, malgré tous les exercices d'agilité auxquels on peut la soumettre, une lourdeur relative et une disposition particulière en opposition avec la main droite, brillante, agile, chantante et sûre d'elle-mème dans les traits rapides, soit en notes simples, soit en tierces en sixtes ou en octaves.

Ainsi donc, et pour me résumer, les inconvénients d'un seul clavier sont ceux-ci :

1° Obligation d'un doigté spécial pour chaque main quand il s'agit d'exécuter une même suite de notes;

2° Limitation à la moitié de l'échelle des sept octaves pour chaque main ;

3° Spécialisation de chaque main condamnée, l'une à l'accompagnement, l'autre au chant et aux traits particuliers aux octaves supérieures.

Avec les doubles claviers renversés, tous ces inconvénients disparaissent; c'est l'émancipation des deux mains et l'agrandissement du domaine musical.

En effet, si l'on se représente au-dessus du clavier ordinaire allant du grave à l'aigu en partant du côté gauche, un autre clavier très-rapproché de celui-là allant de l'aigu au grave en commençant aussi par la gauche, le doigté pour les deux mains devient uniforme, aucun rôle spécial n'est plus assigné à chacune des deux mains et l'on a ouvert devant soi le plus large champ harmonique qu'ait jamais pu concevoir l'imagination d'un pianiste tel que Liszt qui disait dernièrement à M. Zarebski, son élève et son ami :

 - « Tout ce que l'on peut faire sur un seul clavier a été fait, et l'avenir est à un piano qui, sans sortir du caractère de l'instrument, offrira de nouvelles ressources. »

Chaque main, grâce à la disposition des deux claviers renversés tels que nous venons de les décrire, se trouve en possession sans aucune gêne, de sept octaves pleines. Plus de contorsions de corps ni de mouvements disgracieux des bras.

Les notes les plus basses comme les plus aiguës, les traits les plus rapides aux octaves supérieures comme les arpèges et les notes tenues aux octaves inférieures se trouvent sous les doigts de chacune des deux mains qui les exécute avec le même doigté, par conséquent avec une égale facilité.

Voilà certes des avantages nouveaux et facilement appréciables; mais la combinaison des deux claviers renversés en offre bien d'autres encore.

Par exemple, chaque clavier faisant résonner les cordes d'un piano entièrement indépendant de l'autre, armé, comme tous les pianos, de deux pédales, on comprend aisément ce qui doit résulter de puissance et surtout de pureté dans l'harmonie.

Cette puissance et cette pureté équivalent à celle de deux pianos à queue ordinaires à un clavier, joués par deux pianistes mus par un même sentiment et dont l'exécution serait, sous le rapport de l'ensemble. d'une perfection pour ainsi dire idéale.

La môme puissance et la même pureté existent quand il s'agit de tenues sur des broderies légères, d'opposition de timbre par l'emploi des pédales et de perspective musicale, l'oreille percevant très-bien le son de chacun de ces pianos qui n'en forment qu'un.

Enfin, malgré sa complication apparente, le piano à doubles claviers renversés est beaucoup plus facile à jouer que le piano a clavier simple. Certains passages des plus difficiles sur un seul clavier deviennent accessibles aux pianistes de moyenne force sur les deux claviers.

En un mot, avec le môme degré de mécanisme acquis, on exécute aisément sur le piano à doubles claviers des traits, des passages, des réductions d'orchestre qui seraient impossibles sur un seul clavier. Un jour viendra, nous le croyrons fermement, où le piano à un seul clavier n'apparaîtra que comme un demi-piano et disparaîtra tout à fait.

Jusqu'ici nous n'avons étudié que la combinaison des deux claviers, combinaison qui dédouble les ressources de l'exécutant et lui permet les transcriptions de l'orchestre le plus compliqué. Je passe au clavier supérieur considéré isolément, c'est-à-dire au clavier renversé, — renversé par rapport à l'autre, à celui dont on s'est servi exclusivement jusqu'ici.

Il est incontestable que les idées en musique se conforment à l'instrument pour lequel on écrit, à la nature de son timbre, a son étendue, à son génie.

Pour ne parler que des instruments à clavier, il est de toute évidence que la pensée des compositeurs qui ont écrit pour ces instruments, orgue ou piano, s'est modifiée avec les perfectionnement apportés par les facteurs. Il ne serait jamais venu à l'esprit Liszt d'écrire ses concertos et ses grandes fantaisies de bravoure pour la virginale, l'épinette, le clavecin et même pour les premiers forte-piano.

Encore moins, peut-être, Thalberg aurait-il imaginé d'ornementer par de longs arpèges et des traits en octaves, des thèmes à notes tenues sur l'épinette ou le clavecin qui ne pouvaient sounir aucun son.

Il est incontestable auss que les différentes modales en usage chez les peuples anciens, chez les Grecs, par exemple, ont agi directement sur la sensibilité et l'imagination deS compositeurs de ces époques lointaines qui ne pouvaient parler la même langue musicale que nous, ayant un vocabulaire différent.

La formation de la gamme dans laquelle on pense en musique, si elle ne donne aucune idée à ceux qui ne sont pas créés pour avoir des idées, commande impérieusement aux idées des hommes d'imagination.

Les idées sont toujours éveillées avec les moyens de les exprimer, et trouver de nouveaux moyens d'expression, c'est ouvrir à la pensée de nouveaux horizons. Cette vérité ne s'applique pas seulement â la musique, elle s'applique aussi aux différents idiomes qui s'imposent aux poètes et dirigent leurs inspirations.

Il n'est pas téméraire de penser epre la disposition d'un clavier renversé suscitera toute une série de nouveaux traits, de nouvelles harmonies, de nouveaux modes d'accompagnement et même de nouveaux chants. Pour s'en convaincre, il suffit de placer les deux mains sur ce clavier et d'y préluder.

Que d'enchaînements harmoniques auxquels on n'aurait pas songé qui se révèlent spontanément, quelquefois bizarres il est vrai, barbares, impossibles même, d'autrefois d'une saveur singulière et d'une nouveauté saisissante quoique très-acceptable.

Ce qui peut résulter du renversement pur et simple de certains morceaux entendus d'abord sur un clavier et reportés sur l'autre clavier comme si tous les deux fussent pareils, est impossible à prévoir et dans certains cas constitue de précieuses trouvailles.

Toutes les notes se trouvent ainsi renversées dans une tonalité différente, par intervalles dissemblables, les accompagnements de basse portés à l'aigu, les chants de l'aigu à la basse, les accords s'enchaînant dans un ordre qui n'est pas celui qu'on a prévu, qui ne serait pas venu à l'esprit, enfin les modulations de majeur en mineur devenant de mineur en majeur et vice versa.

Il y a là, pour une imagination féconde et vive tout un nouveau monde d'harmonie et d'effets à conquérir, et pour les savants un vaste champ d'observations du. plus grand intérêt. Et quand les morceaux à renverser ainsi seront combinés par un puissant cerveau, quelles saisissantes nouveautés apparaîtront à l'oreille étonnée et charmée ?

Mais il me faut abréger ces explications succinctes et pourtant déjà longues.

Je suis heureux, en terminant, de rendre hommage au superbe talent de M. Zarebslri. Il y a deux mois à peine que cet habile virtuose travaille le piano à doubles claviers. Aucune méthode, aucun guide, rien n'existait pour faciliter les premières études de cet instrument.

Avec une patience qui puisait sa force dans la foi qu'il avait en l'excellence de la combinaison des deux claviers elles ressources immenses qu'on en pouvait tirer, il s'est familiale peu à peu avec le second clavier, et s'est lancé hardiment dans ce champ sonore et riche de quatorze octaves, comme sur un vaste échiquier ouvert à toutes les fantaisies de la science et de l'imagination.

M. Zarebski, outre plusieurs arrangements de morceaux de maître, a composé pour le piano double une grande fantaisie symphonique d'un effet saisissant et d'une noble et poétique conception musicale.

Vous savez, messieurs, à quels essais, à quels tâtonnements entraîne la forme définitive d'un objet nouveau.

Le piano que va jouer M. Zarebski est le premier modèle qui soit sorti des ateliers de MM. Mangeot ; c'est assez dire qu'il est suscepble de perfectionnements. Déjà une forme est trouvée plus harmonieuse à l'oeil et d'un transport plus facile.

Messieurs, je crois très-fermement que ce jour est un jour qui comptera dans l'histoire du piano, et je vous remercie d'avoir bien voulu répondre à notre invitation.

Puisque je viens de parler d'histoire, si je ne me fais pas illusion si le piano à doubles claviers renversés doit enrichir le domaine de l'art, il est juste de dire que l'idée de cet instrument nous a été suggérée, à M. Mangeot et à moi, par M. Joseph Wieniawski.

Ce pianiste distingué nous ayant parlé des rapports harmoniques résulteraient de la disposition d'un seul clavier renversé, la pensée d'un double piano à claviers renversés qui offrirait avec les maisons de l'ordre harmonique entrevues par M. Joseph Wieniawski, une foule d'autres combinaisons encore, nous est venue et c'est à M. Mangeot qu'appartient l'honneur de l'avoir réalisée supérieurement.

Personue jamais ne fut seul inventeur de quoi que ce soit, et l'honneur de ceux qui parviennent à réaliser une idée est de nommer, quand ils les connaissent, leurs collaborateurs. C'est ce que j'ai cru devoir faire, certain d'être approuvé en cela par MM.Edouard et Alfred Mangeot.

Et maintenant la parole est au piano à doubles claviers renversés, par les doigts savants et inspirés de M. Zarebski. OSCAR COMETTANT." Le Ménestrel : journal de musique, 28/07/1878, p. 275-277 (Gallica)

  PARIS - "En attendant le compte rendu de l'Exposition universelle, je parlerai d'un instrument qui ne s'y trouve pas encore, mais qui y sera transporté après qu'on l'aura soumis à l'appréciation de Liszt c'est le piano à double clavier inverse, ou comme l'appellent MM. Mangeot frères, à doubles claviers renversés.

J'ai dit du phonographe que l'idée en est tellement simple qu'on peut s'étonner qu'elle n'ait pas surgi plus tôt, j'en dirai autant de l'invention de MM. Mangeot.

Pour comprendre la disposition du nouvel instrument, supposons un piano à deux claviers placés l'un derrière l'autre et un peu plus haut comme les claviers de l'orgue.

Chaque clavier répond à un système de cordes complet de sept octaves, et a ses pédales propres, de manière que l'instrument contient en réalité deux pianos dans une seule et même caisse.

Voici maintenant la disposition caractéristique des claviers et des systèmes de cordes qui leur correspondent sur le clavier inférieur ou premier clavier, les sons se suivent du grave à l'aigu, en allant de gauche à droite, comme sur un piano ordinaire sur le second clavier, ou clavier supérieur, les sons se suivent du grave à l'aigu en allant de droite à gauche, par conséquent dans un ordre inverse au premier clavier.

Il en résulte que sur le clavier supérieur la main gauche joue absolument le même rôle que la main droite sur le clavier inférieur, tandis que la main droite prend, sur le clavier supérieur, le rôle de la main gauche sur le clavier inférieur.

Essayons de faire comprendre les avantages de cette disposition nouvelle.

On remarquera d'abord que les deux mains humaines sont disposées elles-mêmes en sens inverse, ce qui exige un doigté spécial à chaque main pour un même passage, traits, arpèges, batteries ou quel qu'il soit. Mais je n'insiste pas sur cette considération, car, pour tirer parti de toutes les ressources du nouvel instrument, il faut que les deux mains puissent intervertir à volonté leurs rôles.

Sur le piano ordinaire, la main gauche se meut le plus souvent dans une région qu'il ne lui est pas commode de dépasser à l'aigu; il en est de même pour la main droite par rapport aux sons les plus graves.

Ordinairement la main gauche est chargée de ce qu'on appelle l'accompagnement, tandis que la main droite a la mélodie et les traits les plus brillants.

Certains passages exigent pour une même main des sauts brusques, d'autres demandent des croisements de mains qui ne sont pas toujours aisés et qui en tout cas ne peuvent donner qu'un, nombre très limité d'effets.

On imaginera facilement aussi des passages impossibles ou très gênants, par suite de la difficulté des mains à se mouvoir avec aisance toutes les deux à la fois dans une même région.

Enfin la pédale qui lève les étouffoirs est fort utile pour les batteries et autres arpèges, mais si les accords brisés; sont réservés à l'une des mains tandis que l'autre doit jouer la mélodie ou faire des traits diatoniques ou chromatiques, il en résulte plus ou moins de confusion, puisque la pédale lève tous les étouffoirs en même temps.

Considérons maintenant le piano à double clavier inverse, et supposons les deux claviers partagés par moitiés chaque main aura à sa disposition toute la série des sons du piano sans dépasser le milieu du clavier, mais rien absolument ne la force à se maintenir dans cette limite.

Une foule de passages deviendront donc plus faciles qu'avec un seul clavier.

En se secondant mutuellement ou en échangeant plus ou moins momentanément leurs rôles, les deux mains pourront rendre aisément des effets très difficiles sur le piano ordinaire, ou- en obtenir qui y sont possibles.

Tout pianiste, avec un peu de réflexion, comprendra les ressources nouvelles de l'instrument.

Il est évident qu'en écrivant pour le piano, les compositeurs ont dû se conformer aux exigences résultant de la construction de l'instrument et de la conformation des mains; avec le double clavier inverse, ces exigences sont considérablement amoindries.

L'emploi du piano à double clavier inverse exige un bon mécanisme et d'assez bonnes connaissances musicales mais on pourrait fort bien commencer l'étude de l'instrument par le double clavier; les mains s'habitueraient ainsi dès l'abord à jouer un double rôle, ce qui serait même profitable pour le mécanisme.

Sans doute le piano simple continuera à subsister, ne fût-ce que par des raisons d'économie; mais le piano à double clavier inverse ne tardera pas longtemps à devenir le véritable piano de concert; on en placera aussi dans tous les salons d'un peu d'importance, comme on y met maintenant des pianos simples à queue.

Au reste tout pianiste habile se familiarisera en peu de temps avec le double clavier inverse.

M. Zarebski, un virtuose de premier ordre, joue de l'instrument en maître, après s'être exercé pendant deux mois. Pour montrer les riches ressources de ce piano, il a composé une grande fantaisie et arrangé l'ouverture d'Oberon.

On croirait souvent entendre deux pianos joués par deuxexécutants: quiconque sait quelle est la pauvreté des ressources du piano simple pour les arrangements, sera étonné et ravi de l'effet produit par l'ouverture de Weber sur le piano à double clavier inverse.

Pour rendre justice à chacun, il faut dire que l'idée de ce piano a été suggérée à MM. Mangeot par M. Joseph Wienawski, moins connu à Paris que son frère, le violoniste.

L'instrument qui se trouve dans les salons de M. 0. Comettant est le seul jusqu'à présent. Mais MM. Mangeot vont en construire d'autres d'une forme plus harmonieuse à l'œil et d'un transport plus facile; en même temps les claviers seront un peu plus rapprochés, ce qui permettra aux mains de passer plus rapidement de l'un à l'autre ou de jouer su les deux en même temps avec une môme main afin d'augmenter encore les ressources de l'instrument. J. WEBER." Le Temps, 11/06/1878, p. 2 (Gallica)

1879

Piano à queue dans Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 14/01/1877, p. 411 (Gallica)

LES PIANOS FRANCO-AMÉRICAINS

  PARIS - "Les visiteurs qui ont examiné avec quelque attention l'exposition rétrospective du Trocadéro ont certainement remarqué l'intéressante exhibition d'instruments de musique faite par la petite République de Saint-Marin.

Ces instruments, tous fabriqués par Bartholommeo Cristofori, de Padoue, l'inventeur du piano, consistaient en une sourdine, autrefois en usage dans les couvents; une épinette, construite en 1693 pour Ferdinand de Médicis; un archicymbalum et un piano-forte, le seul de ce fabricant que l'on connaisse actuellement.

Après avoir vu ces instruments curieux par la naïveté et la simplicité de leur fabrication, après avoir constaté ce qu'étaient, dans l'enfance de la facture, ces épinettes auxquelles ont succédé les clavecins, puis les pianos, était intéressant de descendre au palais du Champ-de-Mars et d'y examiner les splendides instruments exposés, dans la classe 13, par nos facteurs français.

Cette classe 13 a été des plus favorisées sous le rapport des récompenses et elle était, en effet, des plus méritantes.

En ce qui concerna les pianos, trois rappels de médailles d'or et deux médailles d'or nouvelles ont été accordées & nos facteurs.

L'une de ces deux médailles nouvelles était donnée à la maison Mangeot frères et Cie, qui se trouvait ainsi placée au premier rang et recevait, en outre, la décoration de la Légion d'honneur pour

« services rendus à l'industrie des pianos et pour la part brillante prise par elle à l'Exposition. »

Du coup, la maison Mangeot frères, dont les Instruments étaient depuis longtemps estimé à leur juste et haute valeur par les artistes, les dilettanti et les amateurs, était publiquement classée de pair avec les deux grandes maisons Pleyel et Erard, et, à côté d'elles, prenait la première place dans la grande Industrie artistique de la fabrication des pianos français.

Que de soins, de travaux, de persistance indique cette supériorité acquise en si peu de temps, car la manufacture de pianos en question ne fut fondée à Nancy, par Pierre Mangeot, qu'en 1830, quelque temps après que Roller, habile mathématicien, eût inventé le piano droit, à la fabrication duquel Pierre Mangeot, le premier en province, s'adonna de la façon la plus active et la plus profitable pour l'art.

Ses efforts lui valurent une médaille d'or en 1843, et quand MM. Mangeot frères succédèrent à leur père, en 1859, la fabrication des pianos droits du facteur Lorrain avait pris des développements artististlques et Industriels qui la plaçaient au rang des plus importantes maisons, non seulement de la province, mais de Paris.

Aussi, en 1862, le jury de l'Exposition universelle de Londres décernait-il la Prize medal aux pianos de MM. Mangeot frères, qui, dès lors, élargissant leur cadre, donnant plus d'extension à leurs ateliers, fabriquant le piano à queue, obtinrent la médaille d'argent à l'Exposition universelle de 1867 et livrèrent d'une manière suivie des pianos à queue vraiment artistiques.

C'est à partir de ce moment que datent les grands progrès de ces facteurs, qui, avec l'esprit d'électisme que possèdent tous ceux que n'aveugle pas un système préconçu, eurent la bon sens (étudier successivement, soit en Allemagne, soit en Autriche, les progrès de la facture moderne, pour en faire profiter leur propre fabrication.

Ils ne s'en tinrent pas là et ils résolurent de profiter des inventions modernes de la grande facture américaine, frappés qu'ils avaient étô surtout des qualités si remarquables qui constituent le système des pianos américains fabriqués par la maison de premier ordre de MM. Steinway, de New-York.

M. Edouard Mangeot partit pour cette ville, voulant étudier sur place les procédés de cette grande fabrication, et revenant avec une telle somme d'améliorations et de perfectionnements que les pianos franco-américains, d'une sonorité si individuelle, d'un éclat si brillant, ont reçu la sanction des plus illustres virtuoses,

Cependant, un progiès en appelant d'autres à sa suite, MM. Mari geot ne tardèrent pas à découvrir la nouveauté la plus hardie en matière de facture instrumentale, nous voulons parler du piano à claviers renversés, dont Gounod a dit :

« Ce n'est pas un progrès, c'est une révolution ! »

et qui est appelé, en effet, à amener toute une révolution dans Tart du planiste.

Mais voyons d'abord ca qui a amené ces chercheurs à créer ce remarquable instrument avec lequel, a dit Liszt, ils feront le tour du monde, et qui renile encore les limites de la virtuosité la plus briilante.

Chez l'homme, se sont dit MM. Mangeot, la nature a créé un être en partie double renversée, chez lequel rien n'Indique qu'on doive donner la préférence à l'un de ces renversements.

Le fait acquis que l'on écrit avec la main droite, de gauche à droite, ne prouve absolument rien contre cette théorie et l'affirme au contraire; toutes les langues anciennes, en effet. le sanscrit, l'arabe; l'hébreu, s'écrivaient de droite à gauche et peut-être avec la main gauche ; îa biologie ne nous a pas encore appris par quel phénomène de transformation lente les peuples modernes ont secoué l'hérédité et ont trouvé plus commode d'écrire avec la main droite et de gauche à droite ; en tous cas.

Il y a là un fait humain qui permet d'affirmer qu'il n'y a pas de raison physîologique pour que l'une de nos parties renversées domine l'autre.

L'évolution qui amènera l'égaillé dans les rôles de nos deux part'es renversées est peutêtre moins loin de nous qu'on ne pourrait la croire, et nous envoyons h preuve dans les tendances actuelles : dans bien des salles d'escrime on commence à faire des armes indifféremment avec les deux membres opposés ; en gymnastique il en est de même.

Mais s'il est un instrument qui appelle la main gauche à jouer un rôle Important, c'est le piano.

Aussi semble-t il extnordinaire que l'inventeur du clavier ait associé les deux mains opposées de l'homme sur un même plan, se contentant ainsi d'uae demi-idée, et que de nombreuses générations se soient volontairement condamnées à contraindre la main gauche, déjà si impuissante, à faire des choses très-difficiles sur un clavier évidemment fait pour la main droite, puisque les notes les plus importantes, des traits, des pas, sages, des modulations, sont faits par les doigts les plus puissants de cette main : le premier, le deuxième et le troisième.

- Frappés de ces faits, MM. Mangeot frères ont longtemps cherché le remède et ils l'olt trouvé dans le plano à doubles claviers renversés, dont voici la rapide description :

imaginez deux pianos à queue fiuperposés; les deux claviers sont pareleles et étagés, l'un de deux centimètres plus haut que l'autre; ces deux claviers sont renversés, c'est-à-dire que l'un des deux, celui du premier étage, si nous pouvons employer cette locution, est un clavier ordinaire, tandis que l'autre, placé un peu plus haut et un peu plus en arrière, est renversé, en ce sens que les notes hautes sont à gauche du pianiste, les graves à droite.

Alors les deux mains de l'exécutant volent de l'un à l'autre clavier, et l'une comme l'autre, la gauche comme la droite, peut effleurer ou presser les touches graves et aiguës presque simultanément, tandis que, sur les pianos ordinaires, chaque main ne dispose que de la moitié à peu près da clavier, et les deux meins éprouvent une grande difficulté & se mouvoir, à la fois, dans une mêaie région.

Tout pianiste, avec un peu de réflexion, comprendra les ressources nouvelles de l'instrument; les notes les plus basses comma les plus aiguës, les traits les plus rapides aux octaves supérieure, comme les arpèges, et les notes tenues aux octaves jnférieurts, se trouvent sous les doigts de chacune des deux mains, qui les exécutent avec le même doigté, par conséquent avec une égaie facllité.

Outre que ce système nouveau, qui effarouchera d'abord un peu les pianistes formés à la méthode ancienne, semble appelé à faciliter ; études des apprentis planistes da l'avenir et à leur fournir des ressources inconnues jusqu'alors, il donnera lieu, c'est certain, à des trouvailles harmoniques précieuses, et ouvre un champ complètement inexploré à l'art du virtuose.

On a dit des plus grandes inventions que l'idée en est tellement simple qu'on doit s'étonner qu'elle n'ait pas surgi plus tôt ; nous en dirons autant de l'1n"ntlon de MM. Mangeot, dont l'apparition doit être saluée avec joie par tous les véritables artistes. - P. B." Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire, 11/02/1879, p. 3 (Gallica)

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Pour les références voyez la page
pianos français 1830 - 1839


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