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MANGEOT
de Nancy (°1830)

1873

"C'est dans la légende de Liszt St-François de Paule marchant sur les flots que l'on a pu surtout juger de la puissance et de la variété des effets que peut obtenir du clavier un artiste tel que Planté !

Les pianos américains de Steinway, si remarquablement fabriqués en France par MM. Mangeot frères, ne s'étaient point encore trouvés à pareille fête.

Ces habiles facteurs ont dû être d'autant plus flattés des félicitations toutes particulières de M. Francis Planté sur les puissantes et suaves qualités de leurs instruments, que le jeune et célèbre virtuose, on le sait, professe une indépendance absolue à l'égard des facteurs de pianos.

Tous les claviers lui sont bons, s'ils réalisent sous ses doigts l'idéal qu'il s'est tracé dans le domaine des sonorités. Voilà pourquoi les pianos d'Érard, de Pleyel-Wolff et de Herz trouvent en lui un vulgarisateur aussi précieux que fervent, mais absolument indépendant." Le Ménestrel, 11/05/1873, p. 190 (Gallica)

1877

LES PIANOS FRANCO-AMERICAINS de MM. MANGE0T Frères & Cie

"Si l'on s'en rapporte à M. Oscar Comettant, homme essentiellement compétent en la matière, la bonne ville de Paris fabrique annuellement pour une somme considérable de pianos, et elle permet à plus de 20,000 professeurs de cet instrument de vivre d'une façon plus ou moins confortable dans ses murs.

C'est suffisamment dire que le piano remplit un rôle prépondérant dans l'existence des Parisiens. Il n'est donc pas sans intérêt de rappeler ici en quelques mots l'histoire des métamorphoses des instruments à cordes de l'antiquité en pianos.

La lyre, la cithare, le barbiton, tels sont les véritables aïeux du piano. La cithare a évidemment donné naissance à la harpe, et ce n'est qu'à partir du XIIe siècle qu'on a représenté le roi David avec cet instrument. Auparavant on représentait ce grand roi-poëte jouant du psaltérion, le nebel des Hébreux.

pu psaltérion on composa un instrument de forme triangulaire, de 10 à 16 cordes, qui portait le nom de nable. Il était en grande faveur chez les ménestrels et les chanteurs ambulants.

Puis vint le dulcimer, dont les cordes étaient tendues sur un chevalet. Le hackbrett est généralement regardé comme ayant servi de base à la construction du piano-forte, malgré son absence de clavier. Il faut aussi mentionner la citole, petite caisse mélodieuse se rapprochant du dulcimer.

Le clavicytherium fut, dit M. Oscar Comettant, le premier instrument auquel on appliqua un système de clefs pour en faire résonner les cordes.

Le clavicorde, devenu à peu près introuvable, avait des cordes en fil de laiton; il ressemblait à un petit piano carré, et comme il n'était pas supporté par des pieds, on le plaçait sur une table pour en jouer.

A la fin du xvie siècle parut le manicorde, espèce de clavicorde perfectionné comportant environ cinquante touches et soixante cordes tendues sur cinq chevalets.

C'était l'épinette sourde, instrument favori des religieuses. L'épinette proprement dite tenait ; son nom de spina, épine ou tuyau de plume, car cet instrument était muni de sautereaux armés de plumes de corbeau placés transversalement au-dessus des touches.

En France, en Italie et en Allemagne, l'épinette fut en grand honneur dans la musique de chambre pendant un certain temps, et elle fut agrandie et perfectionnée au commencement du XVIIe siècle par Jean Rucker d'Anvers, qui lui donna le nom de harpsicorde.

Le clavecin servit en quelque sorte de transition entre le harpsicorde et le piano-forte. Voltaire estimait si peu ce dernier, qu'il écrivait à Mme du Deffant :

« Le piano-forte n'est qu'un instrument de chaudronnier en comparaison du clavecin. »

Voltaire, qui a été un si bon prophète pour tant de choses, s'est trompé d'une façon étrange en parlant du clavecin, car cet instrument est à tout jamais enterré...

Bientôt John Broadwood en Angleterre et Érard en France donnèrent au piano-forte une telle supériorité sur tous les instruments à cordes frappées, qu'il fut généralement adopté par les artistes et les amateurs.

Le premier piano construit à Paris par Érard datait de 1778; il était monté de deux cordes pour chaque note et l'étendue de son clavier était de cinq octaves.

Le premier piano à trois cordes fut construit par les frères Érard en 1790.

Depuis cette époque ce bel instrument a subi une foule de modifications et de perfectionnements dans les célèbres ateliers des maisons Érard, Pleyel, Pape, Roller, etc.; puis bientôt un graDd nombre de facteurs dignes de marcher sur les traces des maîtres dont nous parlons, ont, tant en France qu'à l'étranger, contribué à donner à ces instruments une sonorité, une puissance et une solidité qui bravent le chaud, le froid et toutes les températures.

En Amérique, c'est la célèbre maison Steinway qui a incontestablement réalisé les plus grands progrès accomplis jusqu'à ce jour dans la fabrication des pianos.

« Leur sonorité est splendide et essentiellement noble, écrit notre illustre compositeur Hector Berlioz à M. Steinway, et vous avez apporté dans la fabrication des pianos un progrès dont tous les artistes et amateurs doués d'une oreille délicate vous sauront un gré infini. »

On doit surtout à M. Steinway un fort ingénieux mode de croisement de cordes dans les octaves inférieures de l'instrument, combiné avec l'idée excessivement heureuse de l'encadrement de la table d'harmonie.

L'encadrement de la table d'harmonie avait été beaucoup remarqué à l'Exposition de Paris en 1867, où MM. Steinway eurent de prodigieux succès avec leurs pianos carrés, et surtout leurs grands pianos de concert.

Un seul renseignement suffira pour donner à nos lecteurs une idée de l'importance de la maison Steinway.

Il y a dix ans elle livrait déjà au commerce pour l'énorme somme de 6,000,000 de francs de pianos chaque année, chiffre double de celui de la maison la plus importante des États-Unis après elle.

Le succès prodigieux des pianos Steinway n'est pas moins grand en France que dans les autres pays.

En France, c'est la maison Mangeot qui a obtenu de MM. Steinway le privilége de fabriquer des pianos à queue et droits d'après le système des célèbres facteurs américains, et aujourd'hui les vastes ateliers de MM. Mangeot, qui ont été admirablement organisés et outillés pour cette fabrication, sont en pleine activité.

Grâce aux procédés économiques employés par MM. Mangeot et à la grande différence de frais de main-d'œuvre qui existe entre la France et les États-Unis, on peut se procurer à Paris des pianosfranco-américains, qui ne le cèdent sous aucun rapport aux pianos des fabriques américaines les plus justement célèbres, à un prix très-inférieur à celui qu'il atteint en Amérique.

Le public en général et les artistes en particulier ont bien vite apprécié la sonorité merveilleusement pure et la voix puissante de ces pianos, dont l'usage tend chaque jour à se répandre davantage.

Le nom de MM. Mangeot jouit déjà d'une célébrité égale à celle qui s'attache aux plus illustres facteurs de pianos de l'Europe.

Nous ne croyons pas être indiscret en signalant au monde musical un piano entièrement nouveau, de principe et de forme, pour lequel MM. Mangeot frères et Cie ont pris un brevet, et qui fera son apparition à l'Exposition, de 1878.

C'est un piano à double clavier superposé et dont le plus élevé offre le renversement de l'échelle musicale.

L'idée de ce piano à double clavier est basée sur la forme même de nos mains, dont le premier doigt pour la main gauche est le petit doigt et pour la main droite le pouce.

Elle a pris aussi naissance dans des considérations harmoniques d'une extrême nouveauté, et qui ouvrent à la musique de piano des horizons nouveaux.

Le piano à double clavier renversé de MM. Mangeot frères et Ce est peut-être le piano de l'avenir ; en tout cas, c'est une invention d'une haute portée musicale, et nous ne croyons pas trop nous avancer en disant qu'il sera le grand événement de l'exposition des pianos en 1878. CORBIN." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 14/01/1877, p. 411 (Gallica)

1878

STEINWAY

"On ne voit, dans tous les travaux que nous venons de passer rapidement en revue, rien qui puisse opérer une sorte de révolution comme celle qu'a inaugurée la facture américaine en 1867.

Seul le piano à queue à double clavier de MM. MANGEOT, qui, dans leurs autres instruments, se montrent les serviles imitateurs de M. Steinway; seul le piano à double clavier de ces facteurs, de Nancy, peut être considéré comme quelque chose d'absolument nouveau.

L'idée en a été conçue par M. Joseph Wieniawski, et nous trouvons naturel qu'on la doive à un éminent virtuose. Il convient, en effet d'établir une distiction entre les résultats qui profitent au public et ceux dont bénéficie l'exécutant.

Il y a donc toujours lieu de classer les inventions des facteurs en deux catégories : les unes ont pour objet de procurer à l'auditeur des jouissances nouvelles au moyen de sons mieux timbrés, plus forts ou plus doux, exempts de fausses résonances; ou bien de construire un instrument plus solide et tenant mieux l'accord.

Le second genre d'inventions se rapporte à l'amélioration des conditions générales d'exécution : soit, par exemple, un clavier plus docile et répétant parfaitement, soit encore des moyens nouveaux pour obtenir des effect impossibles et non réalisés jusque-là.

C'est ce dernier résultat qu'a visé M. Jos. Wieniawski, professeur au Conservatoire de Bruxelles, et MM. MANGEOT lui ont procuré le moyen d'atteindre au dut qu'il se proporait, en construisant un piano composé de deux pianos à queue superposés, avec deux claviers placés l'un au-dessus de l'autre et disposés en sens inverse." Rapport sur les instruments de musiques à l'exposition universelle de 1878, Chouquet, p. 30-31 - MANGEOT a fabriqué les premiers pianos pour STEINWAY

1898

NÉCROLOGIE - Edouard Joseph MANGEOT

"Nous avons le regret d'apprendre la mort de notre sympathique confrère, M. Ë. Mangeot, directeur du Monde musical.

Né à Nancy en 1835, il était le fils du célèbre facteur de pianos dont il dirigea plus tard la maison, en collaboration avec son frère Alfred.

D'un voyage en Amerique il rapporta l'utile perfectionnement des cadres en métal que, le premier, il appliqua en France aux pianos.

Plus tard, il conçut l'idée passablement baroque du « piano à double clavier renversé » ; cette invention ne réussit pas et lit perdre beaucoup d'argent à M. Mangeot.

Ce fut à la suite de ces revers qu'il fonda en 1889 le Monde musical, organe qui prit Une assez grande importance et se distingua par une invariable bienveillance.

La bienveillance était du reste le trait caractéristique du défunt qui jouissait de l'estime et de la sympathie de tous ceux qui l'avaient approché.

Nous adressons à sa famille l'expression de notre sincère condoléance." Revue musicale Sainte-Cécile : publication bi-mensuelle, 17/06/1898, p. 137 (Gallica)

1904

"[...] Peu de temps après ce concert, Joseph Wieniawski exécuta à une soirée chez son ami 0. Commettant, qui dirigeait alors à Paris la succursale de la fabrique de pianos Mangeot, de Nancy, un programme formidable, mais, par hasard, il ne s'y trouva, pas de sonate de Beethoven; aussi, un des auditeurs demanda instamment au virtuose de ne pas finir cette plantureuse séance sans l'exécution d'une sonate du maître des maîtres. Laquelle de ces sonates voulez-vous entendre ? dit Wieniawski.

Un membre de l'auditoire réclama la Sonate appassionata.

L'artiste polonais, très « lancé», demanda encore en quel ton on désirait qu'il l'interpretât ».

Après une grande hésitation, une voix de l'auditoire avança timidement que l'oeuvre pût être transposée en vé dièze mineur, ce que fit le maître, suscitant un véritable succès de stupeur, les auditeurs se demandant s'ils n'avaient pas été le jouet d'une « hallucination... auditive».

Le lendemain parut un feuilleton dans le Siècle, signé 0. Commettant et comparant Wieniawski à Mozart.

Lors de ses études de composition sous la direction de Marx, à Berlin, vers 1856, le jeune Wieniawski avait déjà inventé le renversement du clavier du piano, dans le but d'obtenir un mécanisme de la main gauche égal à celui de la droite (évidemment conformée d'une manière inverse à la droite) et avait demandé au facteur de piano berlinois Stocker de construire un tel instrument avec adjonction du clavier habituel. Stocker ne put entreprendre la construction de cet instrument.

Bien des années s'écoulèrent, lorsque chez 0. Commetant, à l'époque citée plus haut, et après un nouveau tour de force artistique qui consistait à interpréter par coeur une mélodie manuscrite de Gounod (Charles Gounod en quittant un jour la maison de M. et Mme O. Commetant qu'il était venu voir, fit un faux pas sur le perron et se brisa le bras.)

Il fut immédiatement transporté dans l'intérieur de la maison de ses hôtes et ne la quitta qu'à son entière guérison, c'est-à-dire plusieurs mois après.

Voulant remercier ses amis des soins dont il avait été entouré, il composa la mélodie en question qu'il dédia à Mme Commetant, qui la conservait comme une précieuse relique, dûment enfermée sous clef. ) à peine examinée, à table, par Wieniawski, celui-ci entrevit la probabilité de la construction du piano de son invention par cette maison Mangeot auprès de laquelle ses faits et gestes d'artiste avaient trouvé un si sympathique suffrage, et, croyait-il, une confiance absolue dans ses idées.

Il fut convenu que l'instrument s'appelerait « piano Wieniawski », du nom de son inventeur. Il est inutile de mentionner ici les contestations auxquelles cet événement donna lieu ; l'essentiel, c'est que le piano en question fut construit.

Mais Wieniawski refusa de se présenter à l'exposition do 1878, dans l'unique but de faire entendre cet instrument, sans être assuré de faire valoir avant tout sa qualité d'inventeur. Qu'il nous suffise de transcrire ici un passage du rapport officiel de cette exposition do 1878, concernant la section des instruments de musique, groupe II, classe 13, (page 30) :

« ... On ne voit, dans tous les travaux que nous venons de passer rapidement en revue, rien qui puisse opérer une sorte de révolution comme celle qu'a inaugurée la facture américaine en 1867.

Seul, le piano à queue à double clavier de MM. Mangeot, qui, dans les autres instruments se montrent les serviles imitateurs de M. Steinway ; seul le piano à double clavier de ces facteurs de Nancy peut être considéré comme quelque chose d'absolument nouveau.

L'idée en a été conçue par M. Joseph Wieniawski, et nous trouvons naturel qu'on le doive à un aussi éminent virtuose. Il convient, en effet, d'établir une distinction entre les résultats qui profitent au public et ceux dont bénéficient l'exécutant.

Il y a donc toujours lieu de classer les inventions des facteurs en deux catégories : les unes ont pour objet de procurer à l'auditeur des jouissances nouvelles au moyen de sons mieux timbrés, plus forts ou plus doux, exemps de fausses résonnances ; (M. Achille Dieu, mémoire sur le résonnemee de le 7° mineure...) ou bien de construire un instrument plus solide et tenant mieux l'accord.

Le second genre d'invention se rapporte à l'amélioration des conditions générales d'exécution, soit, par exemple, un clavier plus docile et répétant parfaitement, soit encore des moyens nouveaux pour obtenir des effets impossibles et non réalisés jusque là.

C'est ce dernier résultat qu'a visé M. Joseph Wieniawski et MM. Mangeot lui ont procuré le moyen d'atteindre au but qu'il se proposait, en construisant un piano composé de deux pianos à queue superposés, avec deux claviers placés l'un au-dessus de l'autre et disposés en sens inverse...

Après ces quelques notes biographiques et les faits musicaux caractéristiques ci-dessus, dont quelques-uns se rapportent directement à l'histoire de la musique, nons consacrerons le mois prochain quelques lignes à la physionomie artistique du compositeur, du virtuose, du chef d'orchestre et du professeur qu'est ce maître, et nous analyserons ici, succintement, son activité multiple. LÉON DELCROIX." L'Idée libre. Littéraire, artistique, sociale, 01/1904, p. 491-493 (Gallica)

Voir aussi Le Piano à doubles claviers renversés de MM. Mangeot frères et Cie, ses ressources au point de vue de la composition et de la virtuosité avec des exemples à l'appui, par Jules Zarebski, 1878 (Gallica)

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Pour les références voyez la page
pianos français 1830 - 1839


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