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LENTZ & HOUDART
à Paris (°1852)

1855

PARIS - "Sous le nom de piano scandé, MM. Lentz et Houdart, de Paris, ont exposé un instrument qui a aussi pour objet de faire soutenir des sons, pendant que d'autres parties du piano restent sous la pression des étouffoirs.

La différence de ce piano et de ceux dont il vient d'être parlé consiste en ce que les sons soutenus du piano scandé le sont par divisions d'octaves, au moyen de pédales qui correspondent à chacune de ces octaves.

Cette multiplicité de pédales, pour obtenir un effet exceptionnel, nous parait devoir être un obstacle sérieux au succès de la tentative faite par MM. Lentz et Houdart; car les pieds de l'exécutant y seraient dans un perpétuel mouvement, pour aller d'une pédale à l'autre." Exposition universelle de 1855 : Rapports du jury mixte international, Volume 2, Napoléon Joseph Charles Paul Bonaparte

PARIS - "MM. LENTZ et HOUDART. Piano scandé. - Nous avons sérieusement examiné le piano scanda de l'invention de MM. Lentz et Houdart, et nous en rapportons une opinion entièrement conforme à colle qu'ont exprimée les hommes compétents qui, avant nous, ont été appelés à se prononcer sur la valeur de ce nouveau système, ainsi que sur l'influence probable qu'il peut exercer, par rapport à l'exécution, dont il développe et simplifie à la fois les éléments.

MM. Lente et Houdart ne changent rien a la nature du piano, et il faut tout d'abord leur savoir gré de cette discrétion. Nous n'approuvons pas, quant à nous, cette espèce de pédanterie ou de superstition, comme on voudra l'appeler, qui s'est emparée de quelques facteurs de notre temps et qui consiste à vouloir tout traiter et tout remettre en question.

En réalité, plus on s'éloigne des choses et moins on en a connaissance. On se met alors à attacher une importance extrême, disproportionnée, à de certains procédés, à y croire d'une foi robuste et à les étaler avec complaisance moins on en sait désormais et plus on a la prétention d'y mieux voir.

Nous prions qu'on veuille bien ne pas se méprendre sur notre pensée, et de n'y rien lire de plus que nous ne disons ce ne sont pas les estimables recherches en elles-mêmes que nous blâmons; personne, au contraire, ne les prise plus que nous quand l'esprit s'y contient à son objet. Mais combien ne voyons-nous pas journellement les meilleures idées perdre de leur valeur par les conclusions exagérées qu'on y rattache ?

Ici c'est une ambition démesurée, un amour-propre aveugle, là une inconcevable imprévoyance, ailleurs des causes qui nous échappent, mais dont l'effet est toujours d'amoindrir le bien qu'on s'était proposé.

Il n'y a qu'une manière de se tenir en garde contre l'abus de l'invention, c'est de ne pas perdre de vue la tradition et de ne pas la supprimer d'un trait, sous prétexte de nouveauté ou de perfectionnement. C'est ce qu'ont fait MM. Lentz et Houdart, en se contenant à l'objet de leur idée, en n'y rattachant aucune autre conséquence que celle qui en résulte logiquement. Leur système peut s'adapter à toutes les espèces connues de pianos, dont il ne modifie en aucune manière le mécanisme on la sonorité.

Fournir au pianiste les moyens de réaliser des effets de fora et de piano successifs ou simultanés, pour ainsi dire indépendants du doigté;– de varier, modifier, nuancer à volonté l'intensité du son, sans qu'il ait besoin de faire appel à son habileté de main; faire enfin de telle sorte que ces différences d'intensité puissent se produire simultanément, à des degrés variables et divers pour certaines fractions du clavier, et par conséquent pour chacun des sons appartenant à ces mêmes fractions : tels étaient les termes du problème dont MM. Lentz et Houdart ont poursuivi la solution.

Voici maintenant ce qu'ils ont imaginé pour le résoudre.

Six pédales sont juxtaposées et présentent une superficie assez restreinte pour que le même pied puisse à la fois en solliciter deux, et que les deux pieds puissent simultanément en attaquer quatre. Ces pédales produisent le finie, comme dans les pianos ordinaires.

Chacune des cinq premières commande une octave, de bas en haut et de haut en bas. De cette manière, les forte peuvent se produire par groupes isoles, séparément ou simultanément, dans toutes les régions de l'étendue l'exécutant peut faire entendre un chant brillant et fort dans les dessus, avec un accompagnement doux à la basse, et vice versa.

Ce n'est pas tout. Les effets de piano et le coloris des sons s'opèrent au moyen de six autres pédales placées presque verticalement au-dessus des premières; en les repoussant plus ou moins avec la pointe du pied, on obtient l'effet désiré.

Les pédales particulières prennent le nom de contre-pédales. Ajoutons que le méme pied peut agir A la fois sur la pédale et la contre-pédale, et produire cette qualité de sons auxquels la pratique musicale a donné le nom de célesta.

Il ressort en outre de ce système et du mécanisme particulier qui le met en jeu, une conséquence très-importante, à savoir : la possibilité d'enfler ou de diminuer les sons graduellement, comme dans le port de voix, et cela, par l'action consécutive et graduée de la pédale et de sa contre-pédale correspondante.

On arrive à une expression vraie et jusqu'à traduire les nuances les plus délicates du chant et de la vocalisation. La sixième pédale et sa contre-pédale ont, comme dans les pianos ordinaires, une action générale sur tout le clavier.

Maintenant, nous irons au-devant d'une observation qui ne peut manquer de se produire, si on a lu attentivement ce qui précède.

Nous avons essayé de démontrer que l'exécutant peut, à volonté, mettre en jeu séparément chaque groupe d'octaves, soit au moyen de la pédale forte, soit avec la pédale piano; il peut même, ainsi que nous l'avons dit plus haut, agir sur deux octaves consécutives à la fois, en pressant sur deux pédales du même pied et sur quatre en se servant des deux pieds.

Mais s'il arrive qu'il ait le besoin ou la volonté de faire vibrer normalement certaines notes au-dessus de la région où s'arrête l'effet de la pédale seule ou des deux pédales réunies, que fera-t-il! En ce cas, qu'il fallait prévoir, il poussera du doigt une aiguille ou targette, placée sur le bord antérieur du clavier, et il obtiendra la note supplémentaire qu'il désire. Il fera de même pour le piano, en poussant une seconde aiguille, qui complète et parachevé, pour ainsi dire, le système.

Quant au mécanisme qui fait mouvoir tout l'appareil en général, il est des plus simples : les marteaux de chaque octave se trouvent placés derrière des compartiments mobiles; chaque gamme est, pour ainsi dire, encadrée et séparée de ses voisines.  

Cette cloison forme une sorte de petit rempart devant le grand mécanisme; chaque pédale ou contre-pédale a son pilote, qui correspond à une tringle mouvante, ayant un point de jonction avec les marteaux où avec les étouffoirs, et les fait approcher ou reculer, selon que l'on appuie sur la pédale fem ou qu'on relève la contre-pédale piano.

Les aiguilles mobiles correspondent également à une tringle mobile qui peut agir en particulier, soit sur chaque étouffoir, soit sur chaque marteau des différentes octaves; voilà tout le mécanisme.

Les avantages qui résultent de cette ingénieuse combinaison sont facilement appréciables. Les moyens d'effet se trouvent ainsi multipliés à l'infini et mis à la portée des exécutants les moins habiles.

C'est le son rendu malléable, ductile; ce sont mille nuances diverses imposables à obtenir sur les pianos ordinaires, et qu'on obtient avec le système Lentz et Houdart, au moyen d'agents connus et constamment employés par les pianistes. L'apprentissage de ce système ne saurait donc être un obstacle à sa propagation.

MM. Lentz et Houdart exposent un magnifique piano à queue, d'une sonorité puissante et d'une rare égalité. Il va sans dire qu'ils ont appliqué leur nouveau système à cet instrument, ainsi qu'à des pianos droits qui font également partie de leur exposition, et qui, abstraction faite de l'innovation, sont des mieux établis et d'une excellente qualité de son. A. Giacomelli." La France Musicale, 1855, p. 273-274 (Gallica)

PARIS - "Sous le nom de piano scandé, MM. Lentz et Houdart, de Paris, ont exposé un instrument qui a aussi pour objet de faire soutenir des sans, pendant ne d‘autres parties du piano restent sous la pression es étouffoirs. La différence de ce piano et de ceux dont il vient d‘être parlé consiste en ce que les sons soutenus du piano scandé le sont par divisions d‘octaves, au moyen de pédales qui correspondent à chacune de ces octaves.

Cette multiplicité de pédales, pour obtenir un effet exceptionnel, nous parait devoir être un obstacle sérieux au succès de la tentative faite par MM. Lentz et Houdart; car les pieds de l‘exécutant y seraient dans un perpétuel mouvement, pour aller d'une pédale à l’autre." Rapports du jury mixte international: Exposition Universelle de 1855, Volume 2, 1856, p. 701

Pour les références voyez la page
pianos français 1850 - 1874


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