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HANEL, ANSEL & Cie
à Paris (°1873)

1880

 LE PIANO - VISITE A LA MANUFACTURE DE LA SOCIÉTÉ DES FACTEURS DE PIANOS DE PARIS

"De nos jours la musique est tellement entrée dans les mœurs que le piano est devenu le complément obligé de tout ameublement, non-seulement de luxe, mais même du simple ameublement bourgeois. Cet instrument stable a définitivement remplacé chez nous les anciens instruments portatifs, tels que la guitare, la harpe, le viol n, la flûte, etc. C'est l'instrument moderne par excellence.

Aucun, en effet, n'est plus riche, plus rempli de ressources musicales. A lui seul, il tient lieu de tout un orchestre, et c'est à juste titre qu'on l'a appelé le roi de l'harmonie.

En tout cas, c'est l'ami de la famille et souvent son bienfaiteur, car il charme les longues heures du jour et de la soirée, et retient à la maison l'époux, l'épouse ou les jeunes gens, en les préservant ainsi des dissipations du dehors. Enfin, c'est l'aide, le confident dbligé du compositeur, du chanteur ou de la cantatrice, qui en tirent des trésors d'harmonie ou de mélodie et dont il facilite l'inspiration ou l'etude.

Le piano est cependant, malgré tous ces avantages, un instrument relativement nouveau.

Le gravicemlalo col piano e forte, de l'Italien Cristofori, et les premiers pianos-forte de Godefroy Silbermann ne datent que de la fin du siècle dernier.

Depuis cette époque, ils ont subi les plus grands développements. Aujourd'hui nous rions de l'épinette, du cla vecin ou du chaudron de nos pères, sur lequel cependant de grands compositeurs ont développé leur génie.

La difficulté, en effet, était d'en arriver à faire chanter un instrument qui, jadis, résonnait sèchement sous les doigts du musicien et manquait absolument d'ampleur et de souplesse.

Grâce aux perfectionnements des cordes, de la table d'harmonie, des marteaux ou des pédales, les sons du piano sont devenus plus purs, plus moelleux, plus sonores et peuvent se prolonger, si ce n'est encore comme dans les instruments à archet, du moins d'une manière suffisante pour l'expression de la musique.

Nous avons vu s'opérer, dans la fabrication des ianos, deux révolutions importantes : la première, ce fut la substitution des grosses cordes aux cordes ténues, en usage jusque-là, c'est à-dire des sons pleins, résonnants, qui sont ceux du véritable piano, aux sons maigres et fluets qui étaient propres au clavecin.

La seconde, au contraire, s'est effectuée en sensinverse du progrès : c'est le triomphe du meuble sur l'instrument, la substitution du piano droit au piano à queue.

? Pour trouver de bons instruments, du nouveau type, au milieu d'une multitude de médiocres et de mauvais, il est nécessaire de s'adresser à quelque vieille maison sérieusement fondée et intelligemment dirigée. Pour présenter et pour recommander d'une manière spéciale à nos lecteurs une maison qui, sans faire de bruit, a la réputation de bien faire, nous avons prié la Société des facteurs de pianos de Paris, sous la raison sociale Hanel, Ansel et Ce, de nous faire visiter sa manufacture, située, 54, rue des Poissonniers, à Paris.

La fondation de cette maison remonte à 1849. Cette Association ouvrière, qui est en mètre temps une société de secours mutuels, est installée d'une manière exceptionnelle pour obtenir de bons résultats. Ses statuts, que nous avons sous les yeux, sa manière d'opérer et de fabriquer, n'ont pas peu contribué à son succès.

Ce qui nous a surtout frappé, c'est la grande variété des types construits par cette société : pianos en noyer, en acajou et en palissandre, cordes verticales, pianos palissandre demi-obliques, grand format, etc., etc.

Nous avons beaucoup admiré un piano marqueterie où l'alliance du cuivre et du métal blanc et jaune avec les flambeaux et les garnitures dans le même style produit le plus heureux effet. Nous avons pu assister dans cette manufacture à la fabrication complète du piano.

La fabrication de la mécanique dans ses moindres détails nous a beaucoup intéressé ; les marteaux sont garnis par deux petites machines très-ingénieusement combinées. Le barrage en bois, qui n'a pas moins de quatre épaisseurs, assure à ces bons instruments une solidité à toute épreuve, et leur permet de résister complètement à toutes les variations atmosphériques.

Le barrage en bois a de plus l'avantage d'éviter les fausses vibrations du barrage en fer.

Cette Société, procédant avec une très-grande méthode, établit ses pianos à des prix très-avantageux. Nous les avons essayés, et nous avons pu nous rendre compte par nous-mème de l'excellente sonorité de ces bons instruments, récompensés et médaillés aux expositions nationales et universelles, et sur lesquels nous attirons l'attention des marchands de pianos et des professeurs, car ils le méritent à tous égards.

Résumons-nous : la Société des facteurs de pianos de Paris ayant peu de frais généraux, propriétaire de l'immeuble qu'elle occupe sur un terrain lui appartenant, ayant toujours dans ses chantiers et dans ses greniers un immense approvisionnement de bois, n'employant que des ouvriers (nous devrions dire des artistes) sortant des premières maisons de Paris, et faisant ainsi bénéficier leur association de tous les perfectionnements possibles, marche résolument dans la voie du progrès ; l'avenir s'ouvre devant elle sous les plus heureux auspices; nous en profitons pour la recommander aux lecteurs du Panthéon de l'Industrie. A. CORROYER." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 1880, p. 178 (Gallica)

Pour les références voyez la page
pianos français 1850 - 1874


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