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GODARD
à Paris

1886

  MANUFACTURE DE PIANOS

"Il y a une trentaine d'années, alors que l'on ne comptait qu'un petit nombre de privilégiés susceptibles de faire les sacrifices nécessaires à une éducation musicale spéciale, le piano était pour ainsi dire un instrument de luxe plus propre à orner un salon élégant qu'à produire des accords harmonieux.

A l'époque dont nous parlons, les artistes avaient presque seuls l'autorité voulue pour apprécier en connaissance de cause le mérite d'un piano.

Il n'en est plus de même aujourd'hui que le goût de la musique a pénétré dans toutes les classes de la société et que le nombre des amateurs éclairés s'est accru dans des proportions très considérables.

Il en résulte qu'on ne se borne plus à demander à un piano des formes élégantes, on veut avant tout — et l'on a raison, selon nous — qu'il soit doué des véritables qualités qui constituent un bon instrument de musique, c'est à dire qu'il possède des sons étendus, sonores, justes et harmonieux.

Depuis une vingtaine d'années, de grands perfectionnements ont été introduits dans la fabrication des pianos : ces instruments se sont beaucoup améliorés sous tous les rapports.

Aux pianos à queue, aux pianos plats, mal commodes et encombrants, ont succédé les pianos droits à cordes verticales ou à cordes obliques, où l'art du facteur est parvenu à trouver les mêmes ressources de sonorité et de solidité que dans les anciens instruments primitifs qu'on ne pouvait loger que dans d'immenses salons.

Etant tenu compte de la place limitée dont on dispose dans les appartements modernes des grandes villes, c'était rendre un véritable service aux pianistes dont le nombre s'accroît tous les jours, que de mettre à leur disposition des instruments tenant peu de place tout en procurant les mêmes avantages de sonorité, de justesse et de durée que les anciens meubles primitivement construits pour le même usage.

Les résultats obtenus, sous ce rapport, par (luelques uns de nos facteurs modernes méritent d'être signalés comme la solution de l'un des plus intéressants problèmes de l'art industriel.

Nous en trouvons un exemple frappant dans les magnifiques types de pianos droits et obliques de la maison Alfred Godard et Cie, actuellement dirigée par M. Henri Robert, dont la maison de vente est située (21, faubourg Montmartre à Paris), c'est-à-dire dans l'un des quartiers les plus vivants et les plus commerçants de la capitale.

Cette maison ne s'est pas exclusivement appliquée, comme on va le voir, à créer un genre de piano à la fois élégant, solide et sonore, elle a voulu aussi, se conformant au grand courant musical qui a fait du piano un instrument vraiment populaire, entrer dans les vues du public, en mettant à sa portée de très bons pianos, non pas seulement par la modération des prix auxquels il peut les établir, mais aussi grâce à un système de vente à tempérament, qui permet aux personnes des conditions les plus modestes de faire cette acquisition sans avoir à s'imposer des sacrifices immédiatement irréalisables.

Beaucoup de pianistes peu fortunés, et non sans talent, ont dû se résigner longtemps, pour avoir un piano chez eux, à payer chaque mois, un prix de location variant de 15 à 20 francs, et encore pour n'avoir à leur disposition qu'un instrument de pacotille, usé, incapable de tenir l'accord, en un mot, sacrifié à tous les caprices de la vie nomade si poétiquement appelée par Henri Murger la Vie de Bohème.

On a vu aussi nombre de facteurs appliquer ce mode de paiement, qui supprime les pertes sèches de la location, à des pianos déjà vieux et anémiques, mais dont on avait le soin de revernir la boite pour les rajeunir, comme certaines coquettes d'un àge mûr qui dissimulent leurs rides nais santes sous une couche d'émail savamment coloré.

Beaucoup d'industriels peu scrupuleux sont arrivés ainsi à caser, à de bons prix, un certain nombre de vieilles épinettes plus ou moins habilement retapées, dont pas mal d'artistes méconnus ont dû se contenter, faute de mieux, pour leurs débuts.

C'est là, hàtons-nous de le dire, une exploitation indigne de la loyauté commerciale qui devrait présider à toutes les transactions, et nous sommes heureux, à cet égard, de saluer, en M. Henri Robert, un véritable novateur dont nous ne saurions trop louer l'initiative, en ce sens qu'elle aura pour résultat de mettre aux mains des musiciens d'excellents instruments, absolument neufs, à des conditions de paiement accessibles à tous, à raison de mensualités variant de 25 à 35 fr.

Les pianos dont nous avons à peine parlé, se divisent en cinq catégories désignés par les nns 1, 1 bis, 2, 3 et 4. Ces divers modèles sont tous très élégants de forme, toujours d'un goût parfait comme style, souvent même très luxueux, si l'on aborde les nos 3 et 4. Le n° 1, du prix de 900 fr. est un piano droit en palissandre, à consoles, grandes charnières, à cylindre et à cordes verticales.

Le n° 1 bis, de 950 fr. diffère du précédent par sa plus grande dimension. De plus il est monté à 3 cordes dans toute son étendue. Tous deux, d'ailleurs, présentent les mêmes ressources de sonorité, d'économie et de solidité. Ce sont d'excellents instruments d'un usage courant, appelés à devenir très populaires.

Le n° 2, du prix de 1,050 fr., est un piano à cordes obliques; cette disposition des cordes produit la même sonorité que dans la disposition horizontale des pianos à queue.

Le n° 3, de 1,200 fr. est un piano oblique grand format, à consoles sculptées, avec charnières et cylindre. C'est déjà un modèle riche pouvant figurer avec honneur dans un salon luxueux.

Enfin le n° 4, de 1,400 fr., modèle extrà-riche, est ce que M. Henri Robert appelle un piano grand oblique. Pourvu de consoles sculptées, de grandes charnières et d'un double cylindre, c'est un piano du genre de ceux fabriqués par nos facteurs célèbres, qui en possède toutes les qualités, (grande et belle sonorité, maintien indéfini de l'accord, etc.. etc.) et qui a sur ces derniers l'avantage de coûter 1,000 fr. de moins.

— M. Robert qui se propose d'exposer ses instruments en 1889, à Paris, recevra sans nul doute, en cette circonstance, une récompense à la hauteur du mérite incontestable dont il fait preuve dans l'exécution de tous ses pianos.

Par la situation de son établissement au cœur de Paris, par la magnifique installation de ses magasins qu'il compte agrandir encore, M. Henri Robert, qui possède déjà une clientèle considérable dans le monde des artistes, et même parmi ceux de l'Opéra et de l'Opéra-Comique, est appelé à voir affluer chez lui le nombre incalculable des clients de toutes les conditions, de tous ceux qui, désirant posséder un bon piano, un instrument de premier ordre, seront heureux de profiter des avantages offerts par cette maison, soit de l'escompte de 20 0/0 au comptant, soit des facilités de paiement que procure le mode de tempérament que nous avons indiqué.

C'est une question capitale pour l'avenir d'un musicien que de posséder, dès le début même de son apprentissage, un instrument irréprochable ; il n'est pas moins important pour l'artiste consommé de pouvoir traduire sa pensée et son inspiration à l'aide d'un interprète digne de son talent.

Tel est précisément le problème résolu par la maison Henri Robert dans des conditions exceptionnellement économiques qui lui assurent les sympathies légitimes du monde musical tout entier.

Nous avons insisté dans l'exposé qui précède plus particulièrement sur la question des pianos. A titre de renseignement complémentaire, il est de notre devoir d'ajouter que la maison Henri Robert fabrique et vend les orgues-harmoniums dans les mêmes conditions de supériorité et d'économie. - E. P." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 1886, p. 54 (Gallica) et voir   Henri ROBERT

Pour les références voyez
la page alphabétique G
(GODARD)


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