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GAVEAU
à Paris (°1847)

1900

L'Usine de Fntenau-sous-Bois

LES « GAVEAU »

" C'est l'expression consacrée : on dit un « Gaveau », comme on dit un « stradivarius » ou un « saxe ».

— Un « Gaveau » c'est un piano, — c'est le piano.

Comment cet instrument aux lignes fines, aux exquises sonorités peut-il sortir d'un arbre, d'une massive pièce de bois ? voilà ce que nous sommes allé demander, au nom de la Revue, à M. Gaveau lui-même, 52, rué Blanche.

Tout Paris connaît l'hôtel Gaveau. Cette demeure, bâtie au milieu de grands arbres avec le luxe et le goût d'un grand seigneur, est véritablement le temple du piano : Au rez-de-chaussée, dans une suite de salons, quelques-uns de ces précieux instruments dorment dans un éblouissement de dorures et de glaces.

Nous rencontrons M. Gaveau au moment où il se dispose à monter dans sa voiture.

L'atelier de tablage

« Comment se fabrique un piano ? nous répond-il en souriant. Diable, l'histoire est longue, et je vous la conterai un autre jour, à moins que vous ne m'accompagniez à l'usine, à Fontenay-sous-Bois. En ce cas, je ferai mieux que vous dire, je vous montrerai comment on fabrique un piano.

Débitage d'un tronc d'arbre.

« Le public s'imagine malaisément, nous dit en chemin M. Gaveau, les multiples détails dont il faut se préoccuper dans la fabrication du piano.

Se douterait-il par exemple que plus de vingt essences différentes de bois sont nécessaires à sa construction ?

 L'heureux choix des bois est une des conditions essentielles de la bonne qualité des au double point de vue de la solidité et de la sonorité, et, suivant leur essence, leur épaisseur, c'est un séjour de trois à huit ans qu'ils doivent faire soit en plein air, soit sous des hangars couverts.

- En effet, on ignore tout cela.

La même attention doit être apportée dans le choix des métaux, tôles d'acier, fers, acier fondu ; dans l'emploi dès colles dont le rôle est capital, dans la fabrication des vernis, dans l'achat des draps, feutres et peaux. Ces matières premières minutieusement choisies et rassemblées à grands frais, il faut les mettre en œuvre. Vous allez voir comment, car nous voici à Fontenay. »

La Galerie des Machines.

Il est difficile d'imaginer un établissement mieux approprié à sa. destination et répondant mieux aux multiples exigences de l'industrie moderne que l'usine modèle que MM. Gaveau frères viennent de faire construire à Fontenay-sous-Bois, sur un terrain de plus de 50000 mètres de superficie.

Les bâtiments, construits en meulières et en briques, recouverts d'ardoises, percés de larges baies vitrées qui laissent pénétrer à flot l'air et la lumière, sont d'une note claire et fort agréable à l'œil.

M. Gaveau m'arrache à ma contemplation :

« Voici l'atelier du barrage. C'est ici que le piano prend naissance. Ces bois de sapin et de hêtre, découpés en morceaux appropriés à leur emploi, formeront la carcasse de l'instrument.

Cette carcasse de barreaux massifs supporte le cadre en 1er et la table d'harmonie, l'âme du piano. Le tablage ou l'ajustage de la table est une opération qui demande les plus grands soins.

Comme vous le voyez, ajoute M. Gaveau, en me précédant dans un atelier où se dressent maintenant des silhouettes de pianos, l'enfant a grandi.
—  Il ne lui manque plus que la parole,
— La parole et le vêtement. C'est ici qu'on va l'habiller. »

La genèse d'un piano.

Nous sommes dans l'atelier de placage, et M. Gaveau me montre, soigneusement allongées sur des rayons, de minces feuilles de bois de toutes essences ; quelques-unes embaument l'air.

Palissandre, noyer d'Amérique, acajou, cédrat, noyer français, poirier, érable, tulipier, charme, sycomore, toutes les flores sont mises à contribution pour constituer le riche assortiment dé ces minces feuilles de placage, dont la diversité des essences savamment combinées contribuera à l'élégance du meuble.

« Il ne manque plus au piano que la vie, me dit M. Gaveau, c'est-à-dire les cordes, la mécanique intérieure et le clavier. La fabrication et l'ajustage de ces organes essentiels sont choses fort délicates et qu'il faut voir.

Pour les décrire de façon fidèle, je devrais entrer dans des détails dont l'aridité pourrait effrayer vos lecteurs, d'autant plus que nous ne sommes tributaires de personne, que tout, tout absolument, depuis les marteaux de feutre dès mécaniques jusqu'aux flambeaux et aux pupitres, est fabriqué à l'usine même. Tenez ! ceci vous intéressera davantage. »

Le montage des marteaux.

Et M. Gaveau pénétrant, dans une immense galerie me montre des machines de toutes puissances, de tous modèlcs, qui saisissent dans leurs grilles de fer d'énormes troncs d'arbres à peine équarris, les enlèvent, les transforment en quelques instants en planches de toutes épaisseurs; plus loin, ces planches passent sous de grands rabots mécaniques qui les rendent polies comme du marbre.

L'assemblée des claviers.

Quand on songe qu'ici tout est à l'avenant, faut-il s'étonner que des instruments dont la fabrication est l'objet de tant de soins aient conquis par leur valeur technique, par la qualité de leur son, la faveur de tous les artistes, comme ils ont, par l'élégance du meuble, acquis droit de cité dans la plupart des salons ?

Je prends congé de M. Gaveau qui me guide à travers le bâtiment des expéditions.

Il y a là, réunis dans un désordre pittoresque, peut-être cinq cents pianos, bijoux de tous styles, de tous bois, de toutes tailles.

Le piano à queue Louis XV en noyer sculpté y coudoie le piano Empire en amboine; le piano droit Louis XIV voisine avec le grand piano de concert en palissandre frisé; et, devant ces sculptures, ces dentelles, qui vont être dispersées aux quatre coins de la terre, ma pensée se reporte aux arbres de tout à l'heure, érables et sycomores, coupés dans quelque forêt du Nouveau Monde. René MIR." Revue illustrée, 15/02/1900, p. 29-32 (Gallica)

Le finissage et l'accord

1902

"La manufacture de pianos Gaveau occupe une superficie de 14.000 mètres environ, sur un terrain de plus de 3o.ooo mètres. Les i6.ooo mètres, non affectés à l'usine, comprennent les rues et les immeubles de la cité ouvrière.

Elle fabrique annuellement environ 2.000 pianos droits ou à queue, trouvant leurs débouchés tant en France qu'à l'étranger, et emploie pour cette fabrication 35o ouvriers et ouvrières. Depuis sa fondation en 1847, le nombre des pianos fabriqués par elle s'élève à 38.500.

Les bâtiments de l'usine, construits en meulières et en briques, sont élevés sur cave, et se composent d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage.

Signalons au rez-de-chaussée une grande galerie de 75 mètres de long sur 11 mètres de large, où sont débités les bois achetés en forêt, et qui est reliée à la ligne de Vincennes par une voie de raccordement, ainsi que différents ateliers réservés l'un à la fabrication des pièces de serrurerie et de mécanique, un autre au barrage et le troisième au tablage.

C'est dans ce dernier qu'on pose les cadres de fer et les tables d'harmonie, les sommiers d'accoche et de chevilles. Des milliers de tables y sont exposées sur des soupentes pendant plusieurs mois, afin de prendre, avant la mise en place définitive, la chaleur de la pièce maintenue constamment à 30 degrés.

A côté de l'atelier du tablage se trouvent ceux affectés au filage et à la pose des cordes. Une machine de 3oo chevaux, établie dans un pavillon central, fournit l'énergie aux différentes machines-outils réparties dans ces divers ateliers, ainsi qu'aux deux dynamos utilisées pour l'éclairage électrique. De chaque côté du pavillon, dans deux bâtiments à un étage, sont installés les séchoirs.

Au premier étage se trouvent les galeries réservées aux ateliers de la mécanique, du clavier, de l'ajustage et du réglage.

Une rue intérieure, large de 10 mètres, sépare les bâtiments principaux des constructions annexes.

Ces dernières comprennent le bâtiment dit des expéditions renfermant tous les pianos finis (400 à 600 en moyenne), un abri pour les accumulateurs d'électricité, les ateliers de laquage et de garnissage des marteaux, enfin le réfectoire des ouvriers servant aussi de salle de réunions à la Société de secours mutuels et de salle des fêtes.

Plus loin s'étendent les communs, un magasin à fer et un hangar couvert pour le séchage du bois près duquel se trouve un vaste réservoir approvisionné de 50.000 litres d'eau.

Enfin, à côté de l'usine, on doit signaler la cité ouvrière déjà mentionnée, desservie par 5 rues particulières et comprenant déjà 2 grands immeubles et 29 villas particulières. Les rues sont éclairées à l'électricité et munies de canalisations d'eau.

Le fondateur de la maison a créé, à l'usage de ses ouvriers, une Société de secours mutuels dont il leur laisse l'administration.

Les allocations attribuées par cette Société aux malades sont de 2 francs par jour pour les hommes et de 1 fr. 50 pour les femmes et apprentis, pendant les 6 premiers mois, de 1 franc pendant les 3 mois suivants et de 0 fr. 50 pendant les 3 derniers mois, de telle sorte pourtant que l'indemnité accordée aux sociétaires hommes ne dépasse pas 500 francs et que celle des femmes et apprentis n'excède pas 405 francs par an.

Les perfectionnements apportés par la maison dans la fabrication des pianos concernent surtout les pianos droits, dont la mécanique a été sensiblement améliorée, grâce à une heureuse application du ressort à boudin et à diverses modifications dans la disposition de certaines parties (fourches, nez, etc.)." État des communes à la fin du XIXe siècle, Fontenay-sous-Bois : notice historique et renseignements administratifs / publié sous les auspices du Conseil général [par Fernand Bournon] ; Département de la Seine. Direction des affaires départementales, 1902, p. 100-101 (Gallica)

1908

Carte postale de 1908

Terrible Sinistre à Fontenay-sous-Bois.

"L'usine Gaveau détruite par le feu. La violence de l'incendie. Sur les lieux d sinistre. - Les blessés. - Les dégats.

Le feu a ravagé cette nuit l'usine de pianos appartenant aux frères Gaveau. De l'immense brasier à peine éteint ce matin, aux premières lueurs du jour, il ne'reste plus qu'un amas de décombres fumants, parmi lesquels les pompiers travaillent encore avec ardeur.

De Vincennes, on voyait, cette nuit, les flammes qui s'élevaient à des hauteurs vertigineuses ce matin, on aperçoit encore de très loin une opaque fumée qui monte en gros flocons et tourbillonne à plus de deux cents mètres à La ronde. Tout autour de l'usine,une foule énorme, les pieds dans l'eau et la, boue, contemple ce désastre.

Toute la partie des bâtiments donnant rue Cladel est totalement détruite. Des pans de murs inclinés et menaçant à tout instant dé s'écrouler subsistent seuls. Dams la rue, trois pompes à main ont fonctionné toute la matinée, activées par des groupes de soldats des batteries du 12e et 13e d'attillerie.

Les pompiers de Paris sont partis vers sept heures du matin, laissait sur les lieux leurs camarades de Montreuil, Perreux et Vincennes. Ce spectacle navrant ne manqua pas d'un certain pittoresque.

Cent hommes en bourgerons blancs, sous les ordres du sous-lieutenant Ferrasson relayent auprès des pompes de quart d'heure en quart d'heure. La gendarmerie et les gardiens de la paix intetrdisent l'entrée et gardent les issues. Sur tous les pans de murs carbonisés, au milieu des débris et des matériaux, les casques des braves pompiers apparaissent, reluisant à un pâle soleil.
Avec un dévouement et un zèle inappréciables, ces courageux sauveteurs, qui ont passé toute la nuit autour de ce brasier géant, au péril de leur vie, manient ce matin la pioche, sous la bise froide. Les zouaves et les chasseurs, qui furent, eux aussi, de la partie, n'ont quitté que vers dix heures. Les autorités sont encore sur les lieux.

Dans la cour intérieure de l'usine, voici d'abord le commissaire de police de Fontenay, M. Pols; MM. Mussac, maire de Fontenay; Girard, conseiller génénral; les deux frères Eugène et Gabriel Gaveau. Tous ces hommes discutant, les pieds dans l'eau, tandis qu'autour d'eux s'agitent reporters et photographes en quête de renseignements.

L'enquête de la police

De l'enquete officielle ouverte sur les causes de ce gigantesque incendie il ne résulte encore rien ou presque rien.
M., Pois, commissaire de police, croit néanmoins pouvoir affirmer d'ores et déjà que le désastre n'est pas dû à la malveillance.

Selon toutes les apparences, et les témoignages des voisins sont catégoriques à cet égard, le feu a pris dans la salle du vernissage. Comment ? On ne sait. Les flammes se sont développées en quelques minutes par malheur, le service de sauvetage fut mal réglé au moment de la première panique et l'on manqua d'eau.

C'est seulement vers onze heures et demie que le feu put être sérieusement combattu. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner de l'importance des dégâts.
Il y eut des dévouements admirables qui resteront igumrés. C'est ainsi quelqu'un s'est élancé dans le brasier pour tirer
d'un pavillon contigu des bonbonnes d'essence qui auraient explosé sans cette intelligente initiative.

Les chevaux purent aussi être sortis des écuries.

En revanche, plusieurs des sauvateurs ont été blessés.

On en compte douze, et parmi eux, le sous-lieutenant des pompiers de Fontenay, Dulthil, grièvement blessé aux mains. Un pompier de la caserne de Reuilly a eu trois doigts coupés; d'autres ont des luxations nombreuses.

Tous ont été secourus par les infirmiers Beaunmamn père et fils, et la Sociale des secouristes français (section de Vincennes). On compte encore quelques blessés parmi les ouvriers de l'usine.

Quatre cents ouvriers sans travail

Au nomhre de 400 à 500 environ, ceux-ci en effet, étaient accourus dès que le premier signal du feu fut donné.

Ils n'ont pas quitté le lieu du désastre depuis lors.

La plupart d'entre eux se trouvent privés de leur gagne-pain quotidien.

M. Gabriel Gaveau, que nous avons interrogé à ce sujet nous a assuré qu'il ferait tout pour que le désastre atteigne le moins possible son personnel.

Des baraquements seront sans doute bâtis en toute hâte pour le chômage soit très bref, mais il faudra néamoins une quinzaine de jours pour réaliser cette installation.

Aussi M. Girard a-t-il écrit, dès ce matin, au président du Conseil général, lui demandant de convoquer le bureau pour établir les secours à donner.

D'autre part, il est fort probable que les municipalités de Vincennes et de Fontenay accorderont également des secours. Les dégâts, couverts par une assurance, se montent à un million environ.

Plus de cinq cents pianos, prêts à livrer, ont été complètement détruits."
La Presse, 14/03/1908, p. 2 (Gallica)
- Voir plus des articles sur l'incendie de 1908 sur la page L'HISTOIRE DE LA FAMILLE GAVEAU

"Jurisprudence Ouvrière - LA QUESTION DES OUTILS DÉPOSÉS - Par jugement du 4 novembre 1908, le tribunal de la Seine (chambre des appels de prud'hommes), a confirmé le jugement rendu par le conseil de prud'hommes, le 11 mai 1908, et rapporté dans l'Humanité du 13 mai 1908.

Rappelons brièvement les faits : Un ouvrier tableur, Cladé, assisté de M- Louis Oustry, réclamait à la maison Gaveau, représentée par M. André Aron, le prix de son outillage détruit lors de l'incendie des usines de pianos sises à Fontenay-sous-Bois; il demandait en outre une indemnité en raison du chômage résultant de la perte de ses outils.

Comme le conseil des prud'hommes, le tribunal décide que le patron est dépositaire des outils apportés à l'usine, que, comme tel, il est responsable de leur perte, alors qu'il ne prouve pas que l'incendie est la conséquence d'un accident fortuit ; qu'il doit indemniser l'ouvrier du chômage forcé occasionné par la destruction de son outillage. Sur l'exception d'incompétence, le tribunal n'a eu à se prononcer qu'indirectement.

M. Gaveau, ayant renoncé à ce moyen à la barre, il reste établi que le conseil des prud'hommes est compétent, car le contrat de dépôt d'outils est un accessoire du contrat de travail, ainsi que les obligations qui résultent de la responsabilité patronale, telle que celle d'indemniser l'ouvrier du chômage forcé.

A M. Gaveau, qui prétendait être exonéré de sa propre responsabilité par une clause d'un règlement d'atelier affiché et qui, sous ce prétexte, refusait l'indemnité de chômage, prétendait imposer le règlement à 70 000 qu'il avait accepté de l'assurance et ne voulait rembourser qu'une partie de la valeur des outils brûlés, le tribunal a répondu que Cladé avait, à bon droit, refusé la somme offerte, que la clause d'exonéralion de responsabilité était nulle d'ordre public, bien qu'acceptée par Cladé, et que le règlement de l'assurance, fait sans lui, ne pouvait lui être opposé.

Le tribunal a condamné la maison Gaveau à payer : 1422 fr. 50, valeur intégrale des outils brûlés et estimée par M. Bourgeois, conseiller prud'homme ; 2200 fr, d'indemnité de chômage." L'Ouvrier syndiqué, 01/03/1909, p. 4 (Gallica)

1912

"Dans la récente promotion du ministère du commerce, nous relevons avec plaisir la nomination, au grade de chevalier de la Légion d'honneur,- de M. Louis-Etienne Gaveau, conseiller du commerce extérieur et administrateur-directeur de la Manufacture de pianos Gaveau, c'est-à-dire continuateur de l'oeuvre de son père, qui fonda la maison au milieu du siècle dernier.

La Salle et tous les services de la Maison Gaveau, installés dans le luxueux hôtel de la rue de la Boétie, ainsi que l'Usine modèle de Fontenay-sous-Bois, sont connus de tous les artistes et amateurs français et étrangers, qui savent aussi que la Manufacture de pianos Gaveau est une des plus importantes et des plus anciennes de la facture française, une de celles qui représentent avec le plus d'éclat et d'autorité notre art industriel dans le monde.

La distinction dont est l'objet M. Etienne Gaveau, chef de la maison qui porte son nom, sera donc accueillie avec faveur par la fidèle clientèle ainsi que par les admirateurs de la vieille et digne marque nationale." Le Journal, 39/07/1912, p. 1 (Gallica) - et - Le Figaro, 01/08/1912, p. 1 (Gallica)

1916

"Maison GAVEAU - La guerre est venue surprendre la Maison Gaveau, comme toutes les grandes industries françaises, en plein travail.

Dans les quinze premiers jours du mois d'août 1914, la presque totalité du personnel masculin et du Siège Social, a été appelée sous les drapeaux. M. Etienne Gaveau fut mobilisé dès le premier jour et l'est encore.

C'est à l'aide du personnel féminin et de quelques chefs de service non mobilisables que la maison put, sans avoir clos ses portes un seul jour, continuer à répondre aux demandes de la clientèle, l'étranger étant bientôt venu demander à la facture française une notable partie des instruments qui lui venaient jadis d'Allemagne.

Une grande gêne fut néanmoins apportée à la fabrication par la réquisition de l'Usine de Fontenay ou l'autorité militaire installa, pendant 15 mois, d'août 1914 à octobre 1915, le dépôt du 12e régiment d'artillerie.

Malgré ces difficultés et sa situation de mobilisé, M. Etienne Gaveau parvint à maintenir la marche courante de l'Usine et à porter sa production à quatre pianos par jour ; il réussit aussi à continuer la mise au point et la construction d'une importante série de nouveaux modèles de pianos droits et à queue qui peuvent être considérés, tant au point de vue technique que ce qui concerne les meubles, comme ce que la Maison a fait jusqu'ici de plus parfait.

Mais il n'y avait pas seulement à envisager les questions commerciale et industrielle, il fallut aussi penser aux familles des ouvriers mobilisés et tâcher de subvenir à leurs besoins, ce qui a été fait dans la plus large mesure possible.

Enfin, dès le 1er décembre 1914, la Salle de Concerts de la rue La Boëtie a rouvert ses portes aux Associations Colonne et Lamoureux réunies et à de nombreux concerts de charité.

La mort, comme bien on pense, n'a pas épargné les collaborateurs de la Maison et plusieurs d'entre les plus fidèles sont tombés glorieusement au champ d'honneur." La Musique pendant la guerre : revue musicale mensuelle, 04/1916, p. 108 (Gallica)

1919

ÉTABLISSEMENTS GAVEAU
MANUFACTURE DE PIANOS FONDEE PAR Joseph-Gabriel GAVEAU EN 1847
ÉTIENNE GAVEAU, ADMINISTRATEUR-DIRECTEUR
- SIÈGE SOCIAL : 45 ET 47, RUE LA BOÉTIE, PARIS -
USINE MODÈLE A FONTENAY-SOUS-BOIS

"La Maison GAVEAU a été fondée à Paris en 1847 par M. Joseph GAVEAU qui, pendant quarante-six années d'un labeur assidu, parvint à réaliser d'importants progrès dans l'art de la fabrication du piano. Ses traditions de travail et de probité commerciale furent fidèlement poursuivies par son fils, M. Étienne GAVEAU, qui, depuis plus de vingt-cinq ans, assume la direction de la Maison et s'applique à doter les pianos qui portent son nom de tous les perfectionnements de la facture moderne.

En 1907, le siège social fut installé dans l'immeuble qu'il occupe aujourd'hui, 45 et 47, rue La Boétie, au cœur du quartier le plus élégant et le plus riche de Paris.

Cette vaste construction à sept étages commencée en 1906 contient non seulement les services administratifs, les magasins de vente et les ateliers de révision, mais encore deux salles de concerts où se donnent les séances des plus importantes Sociétés musicales telles que les Concerts Lamoureux, les Concerts Colonne, la Société Philharmonique, la Société Bach, etc.

L'usine, située depuis 1898 à Fontenay-sous-Bois (Seine),occupe un quadrilatère de plus de 17 000 mètres carrés; les ateliers proprement dits représentent une superficie de 11 000 mètres carrés.

Une commutatrice et un groupe électrogène distribuent le courant aux machines-outils. Deux chaudières assurent le chauffage général.

Il n'existe pas de feux nus. A la veille de la guerre, les machines-outils de la scierie débitaient en douze mois 2 000 arbres de toutes essences et travaillaient au total plus de 6000 mètres cubes de pièces de bois constituant les diverses parties du piano. La consommation annuelle atteignait 48000 mètres carrés de placage, 3.000.000 de mètres linéaires de fil d'acier, 250000 kilos de fonte spéciale, 1.250.000 vis et 600.000 chevilles. La production moyenne s'élevait à 10 pianos par jour.

Désireux de contribuer de façon directe à la Défense nationale, les Usines GAVEAU ont consacré depuis 1916, une part importante de leur activité à la fabrication de pièces pour l'aviation.

L'outillage dont sont dotées ces usines et la présence parmi les ouvriers d'une main-d'œuvre spécialement exercée au travail du bois les ont mises à même de fournir en grandes quantités, durant la guerre, les plans supérieurs, les stabilisateurs, les empennages, les gouvernails, les dérives, bref, tout ce qui constitue les voilures de rechange des avions types Spad VII et XIII pour les armées française et américaine." Paru dans 1914-1918 L'aéronautique pendant la Guerre Mondiale. Maurice de Brunoff. 1919

1920

"M. Gaveau quitte l'Odéon pour se consacrer entièrement à sa maison de pianos qu'il avait quelque peu négligée depuis quelques années." Le journal amusant, 01/05/1920 (Gallica)

1923

"Gaveau et Cie. - On a introduit au mois d'avril 1922 les actions Gaveau au comptant au Parquet : elles cotaient alors 360: elles se traitent actuellement à 485.

La Société des Etablissements Gaveau a été constituée en 1921 scais la forme de Société anonyme: elle a été transformée en société en commandite sous la raison sociale Gaveau et de au mois de mai 1920.

Ce remaniement- qu'il est assez rare de constater dans le sens ci-dessus, s'est opéré à l'occasion de l'absorption de la Société Immobilière Gaveau propriétaire de la manufacture de Fontenay-sous-Bois el de l'immeuble de la rue de la Boétie, absorption destinée vraisemblablement à mettre fin à certaines dissensions qui s'étaient produites entre les administrations des deux entreprises.

Le capital de la Société Gaveau et Cie est depuis cette époque de 12.000.000 représenté par 24.000 actions de 500 fr.; les parts de fondateur qui existaient antérieurement ont disparu : la dette obligataire est très modeste.

Les résultais financiers se sont traduits, pour 1921-22 (l'exercice se termine le 31 mars) par un bénéfice brut de 1.913.002 francs contre 2 millions 395.460 francs pour 1920-21 et par un bénéfice net de 984.171 fr. contre 1.415.353 fr.; les dotations aux amortissements ayant été ramenées de 527.171 fr. à 239.551 fr. le dividende n'a été réduit que de 40 à 30 fr. bien que pour le dernier exercice, les 24.000 actions aient eu également droit à l'intégralité de la répartition.

La diminution des bénéfices pour 1920-21 était attribuable au notable fléchissement de la venle des pianos consécutif à la crise générale.

La situation tendrai! à s'améliorer notablement depuis le début de l'exercice qui va se terminer à la fin du mois prochain.

D'après certains renseignements actuellement mis en circulation, la fabrication porterait sur 300 pianos par mois et les commandes en carnet assureraient l'activité des ateliers jusqu'à fin avril ; on pourrait dans ces conditions envisager un relèvement des bénéfices et sans doute du dividende qui pourrait être reporté à 40 fr.

Bien que quelques groupes paraissent avoir intérêt, en ce moment, à galvaniser le marché de l'action Gaveau, celle-ci à son niveau présent, au-dessous du pair peut paraître présenter quelque attrait comme valeur d'appoint dans les portefeuilles. Les Affréteurs Réunis." Journal des finances : cote universelle et correspondance des capitalistes, 02/02/1923, p. 9 (Gallica)

1927

"La Maison Gaveau, 45 et 47, rue La Boétie, vient d'ouvrir un nouveau département spécial de pianos à queue et de pianos droits munis d'appareils automatiques.

Ces appareils, qui représentent le résultat de plusieurs années d'expérience et de mise au point, sont ce que l'on peut trouver aujourd'hui de plus voisin de la perfection. A ce département est adjoint un rayon de vente de musique perforée." Le Figaro, 08/05/1927, p. 3 (Gallica)

1931

"Des malfaiteurs se sont introduits, la nuit dernière, dans les bureaux de la fabrique de pianos Gaveau, rue Castel, à Fontenay-sous-Bois. Mais, dérangés par l'arrivée d'un chauffeur, ils se sont enfuis." Le Petit Parisien, 01/07/1931 , p. 7 (Gallica)

GAVEAU
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LA FAMILLE GAVEAU
ARTICLES

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Pour les références voir les pages :  

Pianos français 1840 - 1849 (°1847)

Pianos français 1875 - 1899 (°1893)

Pianos français 1900 à maintenant (°1909)


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