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Collectionneurs, passionnés, si vous avez des photos de marteaux originaux de pianoforte du 18-19ème siècle, envoyez les ! Nous préparons une page pour aider les restaurateurs à trouver la bonne formule.

La garniture de marteaux
1761 à maintenant

1761

 Henri SILBERMANN

"Le sieur Henri Silbernam [sic], auteur d’orgues et de clavessins à Strasbourg, fabrique des clavessins à piano e forte d’une structure particulière & très avantageuse.

1°. Les cordes sont frappées en dessous par le moyen de petits marteaux ronds et garnis de peau, ce qui produit un son moëlleux qui n’a point le sec de celui des clavessins ordinaires. Premier avantage. [...]" L’Avantcoureur n° 14 Lundi 6 avril 1761, p. 219-220


1773

TASKIN, et la peau de buffle

"[...] Ce fut en 1768 qu’il obtint la répétition de ses expériences le succès qu’il en espérait. Parmi les trois rangs de sautereaux ordinaires aux Clavecins, il en choisit un, dans lequel il substitua aux plumes de corbeau, des morceaux de peau de buffle, qu’il introduisit dans les languettes, de la même manière à peu près que les plumes.

De l’effet de cette peau sur la corde de l’instrument, il résulte des sons veloutés et délicieux ; on enfle ces sons à volonté, en appuyant plus ou moins fort sur le clavier ; par ce moyen on obtient des sons nourris, moelleux, suaves, ou plutôt voluptueux, pour l’oreille la plus épicurienne." Essai sur la musique ancienne et moderne. T1, par J.-B. de La Borde, 1780, p. 346-350


1815

"[...] The wires of the piano are made, as we have observed, to sound by means of wooden levers, called hammers, each of which has a rising projection at its end, covered with folds of leather, so as to produce a clear tone." The Circle of the Mechanical Arts; Containing Practical Treatises on the ..., 1815, p. 449


1818

PLEYEL s'occupe lui-même à en garnir les marteaux

"M. Pleyel a composé depuis dans un style plus travaillé, mais il n'a pas donné le jour encore à ces nouveaux enfans de son heureux génie.

Cet homme estimable, plus en vieux encore de le montrer excellent père qu'excellent compositeur, voyant qu'il avait perdu de sa vogue par une cabale puissante & par les progrès des lumières, s'est mis à la tête d'une fabrique de pianos : il s'occupe lui-même à en garnir les marteaux pour en perfectionner le son." Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières: musique, Volume 2, 1818, p. 298


1826

PAPE

"L'expérience m'ayant démontré que la peau dont on se sert ordinairement pour garnir les marteaux présentait de graves inconvénients sous le rapport de la qualité du son, j'ai dirigé mes recherches vers la composition d'une étoile qui obvierait à ces inconvénients; je pense avoir atteint le but que je me suis proposé : cette étoffe se compose avec les matières suivantes.

Je prends une partie de poil de lapin et un sixième de bourre de soie que je fais carder ensemble : ce mélange sert à former une première couche; je prends ensuite une partie de poil de lièvre que je mêle avec un tiers d'édredon, et je fais également carder ensemble ces deux matières dont je forme une seconde couche : ces matières ainsi disposées, je les fais fortement feutrer par les procédés connus, jusqu'à ce que l'étoffe ait une consistance convenable et la souplesse nécessaire.

Je suis convaincu qu'une étoffe ainsi composée n'éprouve aucune altération par l'usage et qu'elle est à l'abri des influences de la température.

Je fais observer que les matières que je viens d'indiquer ne sont pas les seules que l'on puisse employer pour composer une étoffe de ce genre; mais, comme personne, jusqu'à ce moment, n'a imaginé de garnir les marteaux à l'usage des pianos avec un feutre composé, je réclame le droit exclusif d'employer cette étoffe, quelles que soient d'ailleurs les matières qui pourraient servir à la fabriquer." Description des machines et procédés spécifiés dans les brevets d'invention, 1841, p. 445


1827

CÔTE de Lyon

"Au sieur Côte (Charles), facteur de pianos, à Lyon, département du Rhône. [...] Le perfectionnement des marteaux consiste dans une garniture en feutre très épais; cette garniture, qui est d'un seul morceau de feutre, remplace sept ou huit peaux qui forment la tête du marteau; ce procédé est pour la durée de l'instrument.

Les peaux, après avoir servi quelques années, deviennent durés et sèches : ce qui occasione cette sécheresse, c'est que la première peau étant usée, le marteau se trouve endurci par la colle qui tenait cette première peau.

Le feutre ne peut avoir cet inconvénient, étant d'une seule épaisseur. [...]" Description des machines et procédés spécifiés, Volume 23, 1832, p. 370-373


1834

PAPE, une étoffe de laine fine, soit cachemire, vigogne ou autre

"Brevet d'invention de dix ans en date du 22 novembre 1834, au sieur Pape (Henri), à Paris [...]

Les marteaux sont recouverts d'un feutre perfectionné que j'emploie à la place de peaux, et qui a sur ces dernières le grand avantage de ne pas changer de qualité par l'influence de la température, et aussi de donner plus d'égalité aux sons. Le feutre pour cet usage faisait déjà partie de ma demande d'un brevet d'addition en date du 10 mai 1826.

Je viens aujourd'hui demander une addition pour perfectionnement du feutre à l'usage de la garniture des marteaux : ce perfectionnement consiste à augmenter la solidité et à donner plus de qualité aux sons en employant, dans le feutrage, une étoffe de laine fine, soit cachemire, vigogne ou autre, fabriquée à cet effet, et à lui donner, en feutrant, le degré d'épaisseur graduelle qui est nécessaire pour cet emploi; ce feutre, ainsi préparé, acquiert plus d'élasticité et de consistance, et, par conséquent, est très-convenable pour cet usage. [...]" Description des machines et procédés spécifiés ..., 1845, p. 22 (voir PAPE Brevets)

ARMELLINO, accordeur de pianos et le peau

"Le molleton des pilotes et la tête des marteaux, en y collant avec de la gomme un morceau de peau de daim de la même nuance que les autres.

C'est une chose délicate que le collage d'une garniture de marteaux; surtout lorsqu'il s'agit des marteaux d'un piano carré, où tout est, pour ainsi dire, en biais.

On commencera donc par coller, avec la plus grande propreté Une partie de la peau sur l'un des côtés de la tête du marteau (fig. 25 bis), et un quart-d'heure après on collera le reste sur l'autre côté.

Une fois que la colle aura bien séché, on remettra le marteau à sa place, et l'on frappera vivement la touche.

Si l'on n'obtient pas un son pur et bien distinct, on rapprochera, par le moyen d'un petit crochet (fig. 20 bis), le marteau des cordes et l'on s'assurera dans quelle direction il pèche. On tâchera alors de le redresser avec les doigts; mais là où l'emploi d'un canif sera indispensable, on n'opérera que sur les côtés de la tête du marteau, et jamais sur la partie de la peau qui doit frapper les cordes; cela rendrait le marteau dur et le son âpre.

Le pousse-pilotis, avec de la peau de mouton de diamètre à peu près d'un pouce. L'attrape-marteau avec un morceau carré long de buffle.

Et enfin toutes les autres garniture, y compris la pédale céleste, avec la même peau ou le même drap qui se trouve attaché aux pièces du piano." Manuel simplifié de l'accordeur, ou L'art d'accorder le piano, mis à la portée de tout le monde, Giorgio Armellino, 1834, p. 62 et image p. 83 (Gallica)


1836

PLEYEL et la peau du lapin

"Aussi, pour m'assurer du fait, je me suis transporté chez M. Pleyel, l'un des premiers facteurs de pianos de la capitale, et qui en fournit beaucoup à l'étranger; là j'ai vu sur les registres de cet habile artiste des achats faits par lui à M. Renou, de plusieurs douzaines de peaux de lapins qu'il lui a payées à raison de 4 fr. la pièce.

J'ai désiré savoir de M. Pleyel le motif qui le déterminait à donner une préférence si marquée à la peau du lapin. Il m'a répondu que la texture de ce cuir recouvert d'une couche mince de celui de chamois faisait mieux vibrer et plus agréablement les cordes de ses pianos que tous ceux dont il s'était servi précédemment. [...]" Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, Volume 35, 1836, p. 318

Edward DODD et la peau

"Il consiste en une nouvelle construction de marteaux, au moyen de laquelle on parvient à donner la tension et le degré de dureté que l'on veut à la peau, drap ou autre matière que l'on emploie pour garnir les marteaux des pianos, avec une facilité et une exactitude qui ne laissent rien à désirer.

Ordinairement on colle la peau, le drap ou autre matière employée, sur le bois de la tète du marteau, de sorte que pour obtenir le degré de dureté ou de tension de la peau extérieurement sur chaque marteau d'un piano, tension nécessaire pour rendre des sons égaux, il faut, de la part de l'ouvrier, beaucoup d'habitude, d'habileté et de soins.

Il faut souvent décoller plusieurs fois la peau extérieure pour garnir les marteaux avant d'atteindre le ton cherché, ce qui fait perdre beaucoup de temps, est coûteux, et ne réussit que difficilement à produire le degré d'exactitude qu'exige la parfaite égalité du son.

A l'aide du nouveau moyen, l'ouvrier qui aura l'oreille exercée parviendra immédiatement à donner la tension nécessaire, et par conséquent à produire le ton convenable. [...]" Description des machines et procedes, 1836, p. 248 (Extrait d'un brevet de Edward DODD, de Londres, en 1836 ) - voir Edward DODD à Londres.

La peau de daim jaune, ou avec une espèce de feutre particulier gris ou vert, par MONTAL

"La garniture des marteaux doit fixer notre attention d'une manière particulière ; c'est elle qui, avec la frappe, détermine en partie la qualité de son de l'instrument.

A présent on garnit les marteaux avec de la peau de daim jaune, ou avec une espèce de feutre particulier gris ou vert.

Le daim est très solide, mais on a de la peine à en trouver de bonne qualité, d'où résulte une grande difficulté pour égaliser un piano, ce qui a engagé beaucoup de facteurs à employer du feutre parce qu'il procure une égalité parfaite et une qualité de son préférable pour beaucoup de personnes.

Cependant il est moins solide que le daim, les cordes le coupent facilement, surtout dans les dessus, le piano perd de sa bonté, et on est obligé de renouveler la garniture au bout d'un certain temps.

Que l'on fasse usage du feutre ou du daim, pour que les marteaux soient bien et solidement garnis, il faut que la garniture soit très serrée, proprement collée et coupée bien net.

Il faut aussi qu'ils portent bien d'aplomb sur les cordes, qu'ils ne soient ni trop en avant ni trop en arrière afin qu'ils n'empruntent pas sur les cordes voisines.

Le molleton des étouffoirs doit aussi être coupé et rogné avec beaucoup de soin; ils doivent porter juste et d'aplomb sur leurs cordes respectives sans emprunter sur les voisines.

Enfin les bouts des touches, des têtes de pilotes. et autres endroits où il y a des frottements, doivent être revêtus d'une garniture bien moelleuse, afin de diminuer les bruits autant que possible, de manière que l'oreille n'entende qu'un son pur et net.

Avant de terminer cet article sur la solidité d'un piano, je dois dire qu'en général les pianos à queue sont les plus solides et les pianos droits les plus sujets à se déranger, à ne point soutenir le travail, et dont le mécanisme marche le moins bien." L' art d'accorder soi-même son piano, Claude Montal, 1836, p. 115


1837

Le recouvrage en daim doit être préféré

"[...] Il est bon de remarquer si l'on entend des claquements de bois lorsque l'on fait agir les touches ; il y aurait encore là une grande réparation a faire.

C'est que les draps seraient usés par les frottements ou mangés aux vers, et les peaux durcies parle choc; les trous par lesquels passent les pointes des touches occasionnent aussi des bruits lorsqu'ils sont devenus trop grands. Tous ces inconvénients ne peuvent exister que dans des pianos qui ont servi.

Lorsqu'un piano neuf a le timbre doux, moelleux, on ne peut pas exiger un grand volume de son pour le moment, il en acquérera par la suite; mais si l'instrument a le timbre sec, sans avoir une grande force de son il faut en conclure qu'il n'en aura jamais davantage.

Ainsi lorsqu'un piano à un timbre de cette nature, il faut qu'il porte avec lui une vigoureuse sonorité.

On reconnaît que les marteaux sont couverts de peaux de daim quand ils offrent une couleur jaune, et qu'ils sont en feutre quand la couleur est verte, et quelquefois grise ou noire; quoiqu'on ait perfectionné cette dernière matière, le recouvrage en daim doit être préféré; le daim se durcit à la longue, mais le feutre tombe en ruine, et la ruine du feutre arrive avant le durcissement du daim, de sorte que cette dernière garniture doit être plus convenable pour la province, où l'on n'a pas toujours sous la main des hommes pour faire cette réparation.

Il faut faire attention, quand on choisit un piano, que les sons soient bien égalisés; c'est-à-dire, qu'ils ne soient pas plus forts dans les dessus ou dans les basses que dans le médium, défaut très commun; que les basses donnent à l'oreille des sons appréciables, et non un bourdonne ment comme presque toutes les demi-octaves supplémentaires dans les pianos à six et demie.

Une oreille exercée peut encore s'assurer de la qualité de la dernière octave des dessus en pinçant avec l'ongle chaque corde, et écouter si la vibration en est pure, c'est-à-dire qu'elle ne fasse pas entendre plusieurs sons, et ne produise pas l'effet de deux unissons qui ne sont pas bien d'accord.

Cependant il ne mut pas être très rigoureux sur ce défaut, car on aurait beaucoup de peine à rencontrer un piano qui en serait tout-à-fait exempt. Le chevillier du piano doit être d'un dessin régulier; les cordes doivent laisser entre elles un intervalle régulier et un écart un peu plus grand entré chaque note, afin d'éviter les emprunté qui pourraient arriver par la plus petite déviation des marteaux. [...]" Agenda musical : contenant les noms et demeures de tous les ..., Planque, 1837, p. 276-278 (Gallica)


1838

BROADWOOD and the quality of this wool having been found admirably adapted

"An important and very curious part of the labour is the adjustment of the little pieces of vellum, cloth, felt, and leather. Vellum is used for the hinges of some of the minute parts; the two ends or edges of the vellum being glued into slits in the two pieces which are to be hinged together; and it thus forms a hinge peculiarly delicate in its action.

The little pieces of cloth are used in various ways for subduing the rattling sound which pieces of mechanism would be apt to produce, and which would interfere with the tones of the instrument.

To such a degree of refinement is this carried, that small holes not above a twelfth or fifteenth of an inch in diameter are lined with cloth in order to give a smoothness to the motion of a wire which passes through the hole.

The felt and the leather are principally employed as coverings for the hammers and dampers which come in contact with the wires, and which are thus covered to give mellowness to the tone.

If a stretched wire be struck by a piece of wood or of metal, two sounds are heard—one due to the vibration of the wire itself, and the other to the blow which the striking substance gives: to get rid of this latter sound is the object of leathering and felting the hammers. The felt used for this purpose at Messrs.

Broadwood's, and which is a beautifully soft white substance about a fourth or fifth of an inch thick, is said to be made from the wool of sheep reared on Prince Esterhazy's estate in Hungary, the quality of this wool having been found admirably adapted, from its softness, for this purpose.

This is not the least remarkable of the instances which show how manufactures, when left to regulate themselves, set distance at defiance, and draw together commodities from all quarters." The Penny Magazine, 1838, p. 174 - and - Days at the Factories: Or, The Manufacturing Industry of Great Britain ..., George Dodd, 1843, p. 403


1840

On remplace quelquefois la peau supérieure par le feutre

"On emploie une grande quantité de peaux de daim pour garnir les marteaux des pianos; c'est à Niort qu'est la principale fabrique pour leur préparation.

On garnit chaque marteau de plusieurs épaisseurs de peau. On remplace quelquefois la peau supérieure par le feutre, excepté dans la dernière octave aiguë; toutefois, les meilleurs facteurs n'emploient que le daim." Dictionnaire du commerce et de l'industrie, Volume 4, Blanqui, 1840, p. 71

STREICHER

"[...] Hr. Pape, einer der ersten Pianoforte-Fabrikanten in Paris, machte vielfältige Versuche mit Hutfilz und verwendete auf dessen Verbesserung zum Gebrauche der Hammerbelederung viel Geld.

Er legte so großen Werth auf diesen eigens zubereiteten Filz, daß er sich nicht nur in Frankreich, sondern auch in England Patente darauf geben ließ.
Vor einigen Jahren habe ich bei einem Wiener Hutfabrikanten ähnlichen Filz nach Pape'schem Muster verfertigen lassen, allein e
r rieb sich zu bald auf.

Der Pape'sche Filz ist compacter und besteht aus zwei Lagen, deren untere ziemlich fest ist. Hr. Flebus, bürgerlicher Hutmacher in Wien, erklärt, daß die untere Lage des Pape schon Filzes keine besondere Masse sep, sondern durch Steifen mittelst Leim gebildet werde; eine Behauptung, deren Nichtigkeit der Pariser Klaviermacher, den ich kürzlich darüber zu sprechen Gelegenheit hatte, gänzlich in Abrede stellt.

Dem sey nun wie ihm wolle; — ich habe vor drei Monaten versuchsweise ein Pianoforte halb mit solchem Original- und halb mit hiesigem Filze beledert, und dieses Instrument, da mir sehr viel an schneller Ueberzeugung lag, einem mit dem musikalischen Zeitgeiste fortschreitenden Pianisten zur Disposition gestellt. [...]" Dinglers polytechnisches journal, Volume 79, 1840, p. 30-36 (pour le texte intégral, voir  STREICHER (°1794))

Feltro per coprire le teste de’ martelli dei cembali

"A Frenzel Carlo cappellajo in Vienna, Windmühle n.° 88, per un anno e colla condizione del segreto, come da determinazione dell’ imperiale regia camera aulica generale 7 marzo 1840 e da dispaccio aulico 18 detto n.° 8576-699, per l’invenzione n di una stoffa di feltro per coprire le teste de’ martelli dei cembali, la quale secondo la degradazione della grossezza è utile tanto pei tuoni alti, quanto pei bassi, che rende il tuono dell’istromento più netto e più pieno, non è esposta mediante un ingrediente alla corrosione del tarlo, e non solamente è eguale a simile stoffa proveniente dall’Inghilterra, ma la supera."  Raccolta degli atti del governo e delle disposizioni generali ..., Volume 1, 1840, p. 180 

 Brevet de BILLION de 1840 et ses feutres de laine

"BREVET D'INVENTION DE CINQ ANS en date du 19 octobre 1840,

Au sieur Billion jeune (Eugène-Hippolyte), à Paris,
Pour des marteaux de piano feutrés.

Frappé du résultat, bien incomplet, qu'ont donné, jusqu'à ce jour, dans leur application aux marteaux de pianos, les peaux de toute espèce, et, comme étouffoirs de pianos, les feutres excessivement mal confectionnés, j'ai conçu l'idée d'une fabrication de feutres supérieurs en qualité et à bien meilleur marché que tout ce qu'on a produit jusqu'à présent dans le commerce.

Pour arriver au point de perfection dont les facteurs de pianos sentent le besoin depuis si longtemps, voici comme je procède:

Je prends la laine d'agneau, dite agneline, la plus fine possible, à son état brut, c'est-à-dire qu'elle n'est seulement que dégraissée; je l'épluche d'abord au bernaudoir, pour en faire tomber la laine la plus courte et d'une qualité inférieure, qui provient du pied des agneaux, ensuite je l'épluche à la main pour en retirer les gros bouts et les ordures les plus grossières, telles que la paille.

Après ce travail, je carde la laine deux fois avec une carde à laine ordinaire, en ayant soin de diviser la laine en sens inverse, tantôt en large, tantôt en long, pour donner à la pièce cardée une égale épaisseur et surtout beaucoup d'élasticité, au milieu comme sur les côtés, ce qui n'aurait pas lieu si je laissais la pièce toujours aller dans le même sens.

Les pièces à feutrer sortent de la carde de la longueur, de la largeur et de l'épaisseur que je le désire, autant, bien entendu, que le permet le cylindre de la carde; j'en place alors une ou plusieurs, selon le besoin, dans une feutrière ou toile, connue sous ce nom dans la chapellerie. Les pièces ainsi enveloppées, je les pose sur des plaques fort chaudes, sans l'être cependant au point de brûler la marchandise.

Pendant que les pièces sont placées sur les plaques chaudes, elles ont besoin d'être marchées, c'est-à-dire plus ou moins froissées avec les mains, pour, en agissant ainsi et au moyen de la forte chaleur que leur communique la plaque, obliger la laine à se crisper et à s'accrocher entre elle et d'elle-même, pour ainsi dire.

Ce travail ne demande pas moins d'une heure, une heure et demie environ; en telle sorte que la pièce posée sur la plaque chaude, au commencement de l'opération, avec 85 millimètres environ d'épaisseur, puisse, à la fin du marchage dont j'ai parlé plus haut, être réduite à 14 à 15 millimètres environ, suivant le numéro d'épaisseur que je veux donner au feutre; car je distingue, par les numéros de 1 à 6 inclusivement, l'épaisseur des feutres que je destine aux marteaux de pianos.

Cette opération terminée, je fais passer à la foule les pièces enveloppées d'une toile.

La foule a pour résultat de mieux feutrer la laine et de l'adoucir: l'eau qui sert à la foule doit être presque bouillante et saturée de savon blanc, qui blanchit la laine et l'adoucit toujours davantage.

Pour être foulées convenablement, il faut que les pièces soient roulées sur tous les sens, pendant à peu près une heure quarante minutes, sans appuyer beaucoup.

Au sortir de la foule, il faut passer les pièces dans une eau bien chaude, de rivière, pour dégager la laine du savon blanc qui y adhérerait encore.

Ces pièces, une fois bien séchées, ont besoin d'être épluchées de nouveau et débarrassées des ordures qui auraient pu s'y attacher pendant la fabrication, et ensuite d'être passées à la pierre ponce, pour en couper et en enlever les jarres les plus grosses et les plus longues, et, autant que possible, égaliser tous les poils de la pièce de feutre.

Les pièces sont soumises immédiatement, à chaud, à la presse hydraulique, pour obtenir une égalité plus parfaite et renforcer le feutrage; puis on les ébarbe et on les rogne, et elles peuvent être ainsi livrées au commerce, pour être appliquées aux marteaux de pianos.

Au lieu de me servir, comme pour les marteaux de pianos, de laine courte, dite agneline, il est indispensable d'employer, pour la fabrication des étouffoirs de pianos, la laine mérinos première qualité. Je prends cette laine après avoir été peignée avec soin ; comme la laine destinée aux marteaux de pianos, je la passe deux fois à la carde et lui fais subir les mêmes phases de fabrication, aussi bien en long qu'en large; je la mets également dans des feutrières; je la pose ensuite sur les plaques dont parle la première fabrication; je la froisse ou roule plus ou moins, selon le numéro d'épaisseur qu'on veut lui donner, puis j'en épluche les ordures qui reparaîtraient à la suite de cette opération.

Ces pièces de laine, ainsi amenées à l'état de molleton, sont soumises, sans avoir été foulées, à la presse hydraulique, pour les lisser, les égaliser et les parer.

Comme celles destinées aux marteaux de pianos, on ne les passe pas à la pierre ponce, étant d'une laine beaucoup plus fine et se trouvant moins feutrées, à cause de leur destination, que les pièces pour marteaux de pianos.

Aussitôt après cette préparation, elles peuvent être livrées au commerce pour les étouffoirs de pianos ou tout autre usage analogue.

Je distingue le plus ou moins d'épaisseur de ces pièces par les numéros un, deux et trois." Description des machines et procédés spécifiés, 1846, p. 294


1841

GROETAERS à Bruxelles et la peau moelleuse.

"M. Groetaers [facteur de pianos à Bruxelles], qui a obtenu la médaille d'or en 1835, a exposé cette année des pianos de deux espèces; pianos à queue et de forme verticale. Ses pianos à queue ont un son assez volumineux dont le défaut nous parait étre cependant de manquer de rondeur.

L'épaisseur de la peau de daim ou de feutre dont on garnit les marteaux détermine la qualité du son, et rend celui-ci éclatant ou un peu couvert, à volonté.

Il est des personnes qui estiment davantage le premier de ces deux états et d'autres qui préfèrent le second ; mais des raisons positives font préférer les instruments auxquels la garniture un peu épaisse des marteaux donne, dans le principe, un son moins brillant.

Au bout d'un certain temps, les cordes, par un choc répété, impriment dans la peau dont les marteaux sont couverts des sillons plus durs.

Par un effet dont il est facile de se rendre compte, le son de l'instrument devient alors plus éclatant et plus métallique; cette qualité, estimée de quelques-uns, devenant un défaut pour tous à cause de son exagération, il faut en venir à remplacer l'ancienne garniture par une peau moelleuse.

Si l'on donne de prime abord au son ce brillant qu'il n'acquiert que trop tôt de lui-méme, on met l'acheteur dans le cas d'avoir recours à de hâtives et fréquentes réparations. Le piano vertical du méme facteur a un son faible et sans portée.

A tout prendre et malgré le défaut que nous venons de signaler, les pianos de M. Groetaers nous semblent étre les meilleurs instruments sortis de son atelier." Revue de l'exposition des produits de l'industrie nationale en 1841, p. 231

Les meilleurs facteurs n'emploient que le daim.

"Il y a à Paris une dizaine d'ouvriers qui s'occupent exclusivement de la fabrication des claviers; ils les confectionnent pour les différens facteurs, qui, en général, fournissent les matériaux et principalement l'ivoire.

On emploie une grande quantité de peaux de daim pour garnir les marteaux des pianos; c'est à Niort qu'est la principale fabrique pour leur préparation. On garnit chaque marteau de plusieurs épaisseurs de peau. On

remplace quelquefois la peau supérieure par le feutre, excepté dans la dernière octave aiguë; toutefois, les meilleurs facteurs n'emploient que le daim." Encyclopédie du commerçant. Dictionnaire du commerce et des marchandises, 1841, p. 1773

PLEYEL et le son douce et moelleuse

"Camille Pleyel, fils du compositeur, se mit en 1825 à la tête de la fabrique de son père, fonda un établissement à l'instar des grandes fabriques anglaises, qui, après s'être placé tout d'abord hors ligne par la qualité de ses pianos, devint bientôt une des plus importantes manufactures d'Europe par la quantité des produits qu'elle mit en circulation annuellement.

Par d'ingénieuses améliorations, Pleyel sut donner au piano à queue une qualité de son douce et moelleuse, et surtout un toucher très facile ; c'est aux beaux travaux, au talent incontestable de cet habile facteur, que la France dût la vulgarisation et l'usage général de cet instrument." Revue étrangére de la littr̄ature, des sciences et des arts, Volume 37, 1841, p. 554


1842

Pierre MANERA à Paris
et
des peaux de premier choix

"[...] L'ébénisterie en est très soignée, le clavier est bien fait, le mécanisme est excellent, M. Manera n'employant, pour la garniture de ses marteaux, que des peaux de premier choix." Journal des débats politiques et littéraires, 09/12/1842, p. 4 (Gallica)


1844

PLEYEL les recouvre d'une dernière enveloppe moelleuse

"[...] Après eux, il passe chez l'égaliseur, qui choisit la peau la plus souple, la plus élastique, la divise et la répartit avec un soin minutieux, comme le tableur pour les pièces de sa table d'harmonie; et prenant alors les marteaux, déjà garnis de cuir, de buffle et de daim, il les recouvre d'une dernière enveloppe moelleuse, pour qu'ils puissent produire ces sons veloutés qui charment aussi bien le cœur que l'oreille; l'égaliseur met ensuite toute cette organisation en équilibre, l'accorde douze fois, et le livre au chef, qui, après l'avoir examiné en entier, et essayé une fois encore, écrit :

Vu; et lui délivrant ainsi son passeport, le lance dans le monde, ... il vit !" Voyage scientifique d'un ignorant, dans 'Le Magasin pittoresque, Volume 12, 1844, p. 47

PAPE, en négligeant toutefois la couleur verte

"M. Pape avait pris, tant en France qu'en Angleterre, un brevet pour l'application du feutre à la garniture des marteaux.

Mais, tandis que les facteurs anglais lui payaient loyalement une prime pour employer cette matière, les facteurs français s'en servaient sans aucune espèce de scrupule, sous le prétexte qu'ils employaient du feutre anglais, dont la couleur était blanche, et que le feutre employé par M. Pape était vert.

Un premier procès, dont les lenteurs et les tracasseries de tout genre avaient appris à M. Pape le peu d'appui que la propriété industrielle trouvait alors dans la jurisprudence des tribunaux français, l'empêcha de faire valoir ses droits légitimes à l'application exclusive de cette importante invention, et les facteurs français purent impunément lui faire la guerre avec ses propres armes, en négligeant toutefois la couleur verte, parce que M. Pape ne leur avait pas appris que son caractère vénéneux empêche le feutre d'être attaqué par les insectes ainsi que les autres étoffes employées à la garniture de certaines pièces du mécanisme." Revue scientifique et industrielle, Volume 17, 1844

Son beaufrère [voir Notice sur les inventions et les perfectionnements de H. Pape, 1845, p. 10 (Gallica)], et probablement ouvrier-tabletier chez PAPE, FISCHER Pierre Frédéric a déposé cet invention de feutre à Londres en 1835. Et voir ses Brevets.

PAPE et son brevet

"Brevet d'invention de quinze ans, en date du 27 décembre 1844, au sieur Pape, à Paris, pour de nouvelles dispositions applicables aux pianos.

J'ai déjà en
1826 pris un brevet d'invention pour la substitution d'un feutre à la peau employée dans la garniture des marteaux; mais cette garniture ne présente pas toute la durée désirable.

C'est pour remplir cette condition, si nécessaire aujourd'hui, en raison de la fatigue qu'on fait éprouver aux pianos, que je me suis livré à de nouvelles recherches, et les marteaux que je présente ici réunissent, au plus haut point, la solidité à la bonté.

Les marteaux ordinaires sont, comme on le sait, fixés sur le manche, de manière à ne toucher la corde que d'un seul point, et, par conséquent, lorsque cette petite partie est usée, il faut en renouveler la garniture.

Les marteaux dont il s‘agit ici étant montés, comme un galet, sur son centre, sont susceptibles d'être tournés à mesure que la partie qui est en contact avec la corde est usée; et cela se fait avec la plus grande facilité.

Cette amélioration. si simple en elle-même, est, en outre d‘une très-grande importance sous le rapport de l'exécution du marteau et de l'égalité des sons qui en résulte.

Ainsi, les marteaux ordinaires ne peuvent être faits que un à un, et il devient, par suite de cela, difficile que la peau et le feutre employés soient toujours également tendus, pour l'un comme pour l'autre; tandis que les nouveaux marteaux sont garnis par un moyen mécanique, et tous ensemble.

Je me sers aujourd‘hui, à cet effet, d'une baguette de bois arrondie et en cône, c'est-à-dire, plus petite pour les marteaux des dessus que pour ceux des basses. Ensuite je colle dessus la première bande de peau, jusqu'à ce que le marteau ait l'épaisseur voulue.

Lorsque toute la garniture est placée, je la découpe en marteaux, au moyen d'une scie à lame de couteau, et suivant la largeur demandée par l'espacement des cordes; puis je perce ces marteaux, au centre, d'un petit trou dans lequel j'introduits du casimir, et les monte ensuite. [...]" Description des machines et procedes specifies dans les brevets d'invention, 1850, p. 136 (et images p. 403)

 

PAPE, un marteau creux, formé d'un anneau de cuir, recouvert de peau, et ensuite de feutre

"Aujourd'hui, l'emploi du feutre, pour la garniture des marteaux, a remplacé, dans toute l'Europe, celui de la peau.

C'est à lui qu'on doit cette belle qualité de son des pianos modernes, et cette égalité sans laquelle le meilleur instrument sera défectueux.

Enfin, je croix pouvoir ajouter, sans crainte d'être démenti, que ce perfectionnement a été le début d'une nouvelle ère dans la construction des pianos, dont il restera l'une des bases fondamentales.

On doit encore à M. Pape un autre perfectionnement dans l'exécution des marteaux; il consiste à substituer, au marteau plein, en bois garni de feutre, un marteau creux, formé d'un anneau de cuir, recouvert de peau, et ensuite de feutre; disposition qui détruit la sécheresse du choc, conserve, au son, tout son moelleux, et, au marteau, son élasticité.

Enfin, M. Pape est le premier qui ait aussi remplacé, par le bois de Fernambouc ou celui d'amourette, le cèdre qu'on employait autrefois pour les manches des marteaux, et qui n'set pas assez fibreux pour résiter au jeu fougnueux des pianistes modernes. [...]" Revue scientifique et industrielle, 1844, p. 386 (aussi intéressant sur le feutre : p. 385 et p. 393)

PAPE, et la qualité des sons ... dépend ... des matières qui garnissent les marteaux

"La qualité des sons d'un piano, indépendamment des conditions de la table d'harmonie et du bon choix des cordes, dépend encore beaucoup de la nature et des propriétés des matières qui garnissent les marteaux, ainsi que de leur emploi.

En effet, selon que ces matières seront plus ou moins dures, ou plus ou moins molles, la qualité des sons d'une même corde variera depuis l'extrême sécheresse jusqu'à l'extinction presque complète du son.

Ajoutons que, pour obtenir ce qu'on appelle l'égalité du clavier, chaque corde exige de son marteau un degré de molesse ou de dureté différent, variant graduellement d'une extrémité du clavier à l'autre, et l'on se fera une idée des difficultés que présente l'exécution d'une bonne garniture de marteaux, si le garnisseur n'a pas à sa disposition des matières classées dans un ordre régulier et successif de dureté différente.

Jusqu'en 1826, la peau fut la matière exlusivement employée à la garniture des marteaux; et, si l'on considère que la même peau présente des parties plus ou moins sèches, plus ou moins poreuses, et qu'il fallait choisir, dans tous les points, les portions qui convenaient le mieux à la note dont on garnissait le marteau, qu'il fallait serrer plus ou moins ces morceaux et les collant, pour donner à chaque marteau le degré de dureté ou de molesse qui lui convenait, afin de compenser, par cette condition que prenait, dans un atelier, un bon garnisseur, et on ne s'étonnera pas d'apprendre que les plus grandes réputations, dans la facture, ne s'en rapportait à personne sur l'execution de cet important travail.

A Vienne, le facteur Graft [Graf], à Paris, M. Petzold, ont dû leur fortune à leur habileté comme garnisseurs. Malheureusement, il ne suffisait pas que la garniture donnât une égalité de sons parfaite dans toute l'étendu du clavier, au moment de la vente de l'instrument.

Il eût encore fallu que cette égalité se conservait assez longtemps pour que le propriétaire y trouvât une compensation du prix élevé qu'on était obligé d'exiger d'un instrument qui avait coûté tant de peines et tant de soins pour l'amener à ce degré de perfection.

Mais, bien loin d'en être ainsi, quelques mois s'écoulaient à peine, que le durcissement excessif de quelques marteaux détruisait cette égalité si chèrement acquisé; et quand, par un hasard inouï, l'égalité se conservait, on n'échappait nullement à un durcissement général des marteaux, qui transformaiten sons secs et criards les sons pleins et moelleux qu'avait d'abord produits l'instrument.

J'ai déjà signalé trop de perfectionnements capitaux sortis des mains de M. Pape, pour que vos lecteurs ne s'attendent pas à le voir encore aborder le premier cette importante question.

En effet, c'est encore lui, et à lui seul, qu'on doit les conditions qui, aujourd'hui, rendent à peu près impossible de faire une mauvaise garniture de marteaux, et qui permettent d'acquérir à si bon compte un instrument passable.

C'est à la substtion du feutre à la peau employée, à partir de 1826, par M. Pape, qu'est due cette heureuse révolution. Son mode de fabrication permet, en effet, de lui donner, à volonté, divers defrés de dureté et de molesse qu'il conserve presque indéfiniment sous les chocs multipliés qu'il reçoit; de sorte qu'après un très long service, le même marteau donne encore la même qualité de son.

Pape avait pris, tant en France qu'en Angleterre, un brevet pour l'application du feutre à la garniture des marteaux.

Mais, tandis que les facteurs anglais lui payaient loyalement une prime pour employer cette matière, les facteurs français s'en servaient sans aucune espèce de scrupule, sous le prétexte qu'ils employaient du feutre anglais, dont la couleur était blanche, et que le feutre employé par M. Pape était vert.

Un premier procès, dont les lenteurs et les tracasseries de tout genre avaient appris à M. Pape le peu d'appui que la propriété industrielle trouvait alors dans la jurisprudence des tribunaux français, l'empêcha de faire valoir ses droits légitimes à l'application exclusive de cette importante invention, et les facteurs français purent imprunément lui faire la guerre avec ses propres armes, en négligeant toutefois la couleur verte, parce que M. Pape ne leur avait pas appris que son caractère vénéneux empêche le feutre d'être attaqué par les insectes, ainsi que les autres étoffes employées à la garniture de certaines pièces du mécanisme.

Je ne suis point autorisé à réveler les conditions actuelles de la fabrication du feutre employé par M. Pape, et qui possède une incoutestable supériorité sur celui qu'emploient aujourd'hui les autres facteurs, dont le scrupule ne s'arrêterait probablement pas devant quelques détails de fabrication.

Aujourd'hui, l'empoi du feutre, pour la garniture des marteaux, a remplacé, dans toute l'Europe, celui de peau. C'est à lui qu'on doit cette belle qualité de son des pianos modernes, et cette égalité sans laquelle le meilleur instrument sera toujours défectueux.

Enfin, je crois pouvoir ajouter, sans crainte d'être démenti, que ce perfectionnement a été le début d'une nouvelle ère dans la construction des pianos, dont il restera l'une des bases fondamentales." Revue scientifique et industrielle, 1844, p. 384-386

India-rubber, combined with sulphur

"To William Brockedon, of Devonshire-street, Queen's square, in the county of Middlesex, Gent., for improvements in covering the roofs of houses and other buildings, in covering the valves used when propelling by atmospheric pressure, in covering the sleepers of railways, and in covering parts of stringed and keyed musical instruments. —[Sealed 24th July, 1844.] [...]

This invention consists in the application of India-rubber, combined with sulphur, and subjected to a high temperature, as described in the specification of a patent granted to Thomas Hancock, 21st November, 1843,* to various useful purposes. [...]

Fourthly, — this composition is to be used as a substitute for felt or leather, for covering the heads of pianoforte hammers (the strips of composition being slightly stretched over the hammer-heads, and secured thereto by a solution of India-rubber, or other suitable means); and also for covering the key-stops of flutes and similar wind instruments." Newton's London Journal of Arts and Sciences: Being Record of the ..., 1845, p. 184


1845

PAPE et son brevet ne mentionne pas de couleur

"Des marteaux et de leurs diverses garnitures. - À la même époque je changeai la garniture des marteaux, en remplaçant la peau par le feutre, méthode aujourd'hui usitée dans toute l'Europe.

Cette innovation aurait pu être des plus avantageuses pour mes intérêts; mais, par suite de la tolérance dont j'ai fait preuve dans le principe en ne poursuivant pas les facteurs qui me contrefaisaient, elle a fini par devenir une arme contre moi.

En effet, avant l'adoption du feutre, il y avait bien peu de facteurs qui fussent à même d'égaliser un piano aujourd'hui cette opération est devenue beaucoup plus facile.

Ce que je dis ici ne m'est aucunement dicté par le regret d'avoir laissé échapper l'occasion de grands bénéfices que j'aurais pu faire aisément en vendant des licences à chaque facteur, mais bien plutôt par un sentiment d'amour-propre froissé, et par l'ingratitude à laquelle je me sais vu en butte.

Tout en se servant du feutre, la plupart des facteurs feignaient d'ignorer mes titres et mes droits d'inventeur, sous prétexte qu'ils employaient un prétendu feutre anglais, qui est blanc, tandis que le mien était vert.

Cette défaite était cependant fort mal trouvée, car mon invention est également brevetée en Angleterre (Ce brevet a été délivré à M. Fischer, mon beau-frère.)

Si j'ai choisi le vert, c'est que cette couleur étant due à une matière vénéneuse, empêche que la feutre soit attaqué des mites, tandis que le blanc y est très sujet.), et le brevet ne mentionne pas de couleur; Il y avait aussi un perfectionnement à apporter dans la confection des marteaux.

Je substituai au marteau plein en bois, garni de feutre, un marteau creux formé d'un anneau de cuir, recouvert de peau et par dessus de feutre disposition qui détruit la sécheresse du choc, conserve au son tout son moelleux et au marteau son élasticité.

Restait encore à trouver la condition non moins essentielle d'une qualité de bois propre à remplacer le cèdre, dont on se servait communément pour les manches de marteau car ce bois quoique favorable sous le rapport de la sonorité, n'est pas assez fibreux pour pouvoir résister au jeu fougueux de nos pianistes modernes.

Après des essais et des expériences multipliés, j'ai découvert que les bois de Fernambouc et d'Amourette convenaient parfaitement bien pour cet emploi, et depuis assez long-temps déjà ils sont d'un usage général aussi ne se doute-t-on plus aujourd'hui qu'un manche de marteau puisse casser." Notice sur les inventions et les perfectionnements de H. Pape, 1845, p. 10-11 (Gallica)

BILLION, fabricant de feutres

"(1041. 15 mai 1845.) Fabrication de feutres, à l'usage des marteaux et étouffoirs de pianos. B. d'inv. de 15 ans, pris le 8 mars 1845, par Billion jeune, fabricant de feutres, élisant domicile chez Armengaud jeune, à Paris, rue des Filles-du-Calvaire, n. 6." Catalogue des brevets d'invention, 1845, p. 277


1846

Peau et feutre chez MONTAL

"Les marteaux, dans les pianos droits de M. Montal, sont garnis avec une peau préparée d’une manière particulière et recouverte de double feutre, ce qui leur procure plus d’élasticité et accroît encore la puissance et la rondeur du son." Bulletin, Volume 45, 1846, p. 434


1847

BERDEN, à Bruxelles

"Ils ont imaginé une vis de pression, avec coussinet appliqué sur la noix des marteaux, pour éviter la déviation des touches, et faire frapper ainsi constamment les deux cordes à la fois. Tous les marteaux de leurs instruments sont garnis de feutre. [...]" Rapports de jury et documents de l'Exposition de l'industrie belge en 1847, p. 355


1848

Spécialité de feutres perfectionnés pour pianos

"Pajot, commission, exportation, pianos neufs de toutes factures, de France et de l'étranger, nombreux pianos d'occasion, spécialité de feutres perfectionnés pour pianos, Basse-du-Rempart, 48, 1er, et à Lyon, Bourbon, 6." Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1848, p. 513 (Gallica)


1849

VAN GILS et le CAOUTCHOUC

"Un autre avantage résultant de l'emploi de cette substance, c'est que les vers, ces constants destructeurs du drap et de toutes les laines en général, ne l'attaquent pas. 

M. Van Gils va plus loin : il substitue encore le caoutchouc aux peaux et aux feutres employés pour la garniture des marteaux. Bien qu'il prétende que ce nouveau mode de garniture donne une sonorité cristalline possédant toutes les qualités de rondeur et de netteté désirables, nous n'osons pas dire qu'il ait raison.

L'instrument que nous avons examiné n'étant point terminé dans toutes ses parties, il ne nous est guère possible de prononcer d'une manière assurée.

Cependant nous croyons que le moelleux du feutre et la douceur de la peau seront difficilement remplacés par le caoutchouc.

Si l'invention de M. Van Gils n'atteint pas de prime abord tous les résultats qu'il croit en obtenir, elle pourra néanmoins fournir plus tard de bonnes applications. Nous louons donc M. Van Gils de ses efforts, et nous l'encourageons à continuer." La Tribune des artistes, Paris, 1849, p. 139-140 (Gallica)


1855

STERNBERG [élève de PLEYEL] à Bruxelles

"L'art de confectionner les marteaux surtout n'était pas très-avancé, et on on était encore à les garnir en peau. Cependant l'Exposition universelle de Londres permit de constater de remarquables progrès chez les facteurs belges.

Les produits de M. Sternberg, notamment, furent remarqués, bien qu'ils laissassent un peu à désirer pour la qualité du son. Depuis, ce facteur ne s'est pas arrêté, il a travaillé avec persévérance et courage, il a rempli la Belgique de ses instruments, et il faut maintenant compter avec lui." La France Musicale, 1855, p. 250 (Gallica)

Que la garniture des têtes de marteau, si importante pour la durée et les qualités des sons, est composée de très-bon feutre blanc recouvrant elle-même d'une autre garniture en feutre vert;

"Le premier travail n'est pas bien difficile. [...] Pour ce qui est de la garniture des marteaux, c'est bien autre chose, ce travail demande la plus sérieuse attention, et si on ne parvient pas à bien l'établir, on n'aura rien fait.

J'ai déjà dit un mot à ce sujet; mais il s'agissait alors de remédier à un accident et non’pas delregarnir les marteaux de tout un clavier.

Pour ceci, il faut agir autrement.

Une fois la tête d'un marteau mise à nu ou dépouillée de son ancienne garniture, on coupera une bandelette de buflle, et une autre de feutre.

On collera le bout de la première sur l'un des côtés de la tête du marteau, et lorsque la colle aura bien prié, on collera l'autre bout sur le côté opposé.

On introduira la pièce ainsi préparée dans le moule à marteau (fig. 33, a) et on glissera la cheville (fig. 33, b) dans la coulisse (fig. 33, c).

Si on a un étau, on y placera le moule afin de presser davantage les extrémités de la garniture.

Àu-dessus du buffle et lorsqu'il sera sec, ou collera, en procédant de la même manière, la bandelette de feutre.

Pour égaliser maintenant cette double garniture dans ses parties latérales, on se servira du même moule; seulement on placera la pièce de manière à ce que le couteau (fig. 35), que l'on glissera sur la surface du moulin, coupe juste la garniture à la hauteur voulue. [...]

Dans l'excellent mécanisme du piano dont je me sers depuis longtemps, et qui m'a été fourni par M. Isidore Maignié, facteur, faubourg Poissonnière, n° 97, je remarque ceci :

1° Que les collages ont été faits avec un soin extréme;

2° Que tous les axes sont argentés;

3° Que l'attrape-marteau avec sa chaise sont garnis de bonne peau de daim;

4° Que les noix des marteaux sont fixées et retenues par des fourches à pression;

5° Que la garniture des têtes de marteau, si importante pour la durée et les qualités des sons, est composée de très-bon feutre blanc recouvrant elle-même d'une autre garniture en feutre vert;

6° Qu'enfin tous les ressorts sont en excellent métal argenté." Manuel simplifié de l'accordeur, ou L'art d'accorder les pianos mis à la ..., Giorgio Armellino, 1855, p. 49/56


1868

SIEVERS de Naples,
et le feutre de laine et/ou la peau de cerf

"Per guarnire i martelli non vi ha in realità che due sole specie di materiali da usare, cioè l la pelle di animali, ed i feltri di lana; tutti gli altri materiali come sughero, il caoutchouc preparato, la gomma elastica, ed i tessuti di lana o di cotone non hanno fatto buona riuscita.

Di feltri abbiamo tre qualità per i martelli : quelli di lana alquanto ordinaria molto compatta e dura sono destinati per la prima grossezza; indi i martelli si ricuoprono con un'altra qualità di feltro di lana finissima; è questo un buon materiale che produce bel suono, specialmente nelle corde dei bassi e dei medii.

Una terza qualità di feltro, anche di lana mediocremente fina e non tanto dura, è destinata per qualunque genere di martelli che si ricuoprono di pelle; fa un bellissimo effetto ed è anche di lunga durata.

(Nei pianoforti alla Vienese i martelli di feltro solo non resistono, perciò di sopra al feltro si rivestono di pelle, poichè in questo meccanismo il martello trovandosi attaccato direttamente al tasto, con un tocco leggiero percuote le corde ad un punto più lontano, e con un tocco forte un punto più vicino alla spina del pancone, dimodochè sopporta un strofinio continuo che straccia il feltro in pochi mesi, mentre la pelle resiste per anni.)

[...] I fratelli Geyer in Eisenberg usano una loro speciale concia con le pelli di cervo del Canada per le soprapelli dei martelli, che dà un ottimo materiale di bell'effetto per la voce, e di lunga durata; eglino hanno una delle più grandi fabbriche di questo genere in Germania.

[...][...] Sono da prefirirsi le pelli di cervi maschi, perchè quelle delle femmine in generale sono troppo cedevoli, dovendosi allargare quando sono nello stato di gravidanza. Prima della conciatura si riconoscono benissimo alle manumelle, ma dopo, questa distinzione sparisce, e si possono conoscere solamente alla cedevolezza in tutti i versi.

La ragione di questa preferenza sta in ciò che, se il pezzetto di pelle sul martello è troppo tirato per farlo ben appoggiare, si sente al tocco sotto le corde, locchè in arte si chiama arenoso, come se vi fosse della sabbia nella pelle; se al contrario si tira meno, allora non appoggia bene e si sente un guazzare molle molto dispiacevole alla percussione della corda.

Del resto anche le pelli dei maschi, quando sono stati ammazzati dopo la stagione di buon pasolo, si ritrovano pù grassi; se l'animale è di media età o piuttosto giovane, anche la pelle è più grassa, doppia e più cedevole, e le pelli grasse non sono mai ben secche.

Il miglior punto è quanto l'animale non è nè troppo grasso nè troppo magro e di giusta età.

La pelle di cervi in generale si deve tagliare a traverso per aver i pezzetti per lungo, perchè quelle pelli non cedono col verso dei peli (ved. fig. 221).

Alle giunture delle gambe, dove i peli s'incrociano in tutt'i sensi, non vi è modo di trovare un verso in cui la pelle non cedesse.

È buono anche di tagliare i pezzetti per luno come si vede nella fig. 221 a, acciocché corrano nel verso dei peli; debbon essere anche di eguale larghezza, perché i pezzetti più larghi hanno più resistenza degli stretti, e le dita dell'artefice non possono sempre cambiar forza e tatto; perciò è buono che ogni pezzetto abbia l'istessa resistenza.

Se l'artifice non è distratto, la forza ed il tatto delle dita non cambia, e così i martelli riescono tutti di eguale carattere e colorito per la voce." Il Pianoforte, Guida pratica per costruttori, accordatori, dilettanti e possessori di pianoforti, 1868, p. 48-49/129-130 (Music Library Scores Collection)

1874

 Les couches de l'extérieur sont ordinairement les plus souples, celles de l'intérieur les plus rigides

"[...] On peut se convaincre de l'exactitude de ce qui précède à l'aide d'un piano ouvert. Si l'onabaisse une touche en mettant dessus un poids suffisant, la corde correspondante se trouve dégagée de son étouffoir, et l'on peut alors, à volonté, la pincer avec le doigt ou avec une pointe, ou bien la frapper avec une pointe métallique ou avec un marteau de piano.

On obtient par ces divers moyens des sonorités tout à fait différentes. Que l'on pince ou que l'on frappe la corde avec un objet métallique et dur, le son qui en résulte est aigu et tintant, et, à l'aide d'une certaine attention, on entend distinctement un grand nombre de notes très-élevées. Ces notes cessent, le son devient moins éclatant, plus doux et plus sonore, si l'on pince la corde avec l'extrémité molle du doigt, ou bien si on la frappe avec un marteau de l'instrument.

On distingue encore très-facilement les variations correspondantes de l'intensité du son fondamental. Si l'on se sert d'un métal pour frapper, ce son principal s'entend à peine, et le son total est vide, en quelque sorte. Cette particularité du son, que nous désignons par le mot vide, se manifeste toutes les fois que les notes supérieures ont trop de force, relativement au son fondamental.

Ce dernier est le plus plein possible lorsque la corde est pincée par le doigt, auquel cas le son total est doué d'une sonorité pleine et harmonieuse. L'action du marteau ne donne pas, du moins dans le médium et la partie grave, un son aussi plein que lorsqu'on pince la corde avec le gras du doigt.

C'est ici le lieu de se demander, pour quelle raison il est avantageux de recouvrir les marteaux de couches épaisses de feutre fortement comprimées, et, par suite, rendues élastiques.

Les couches de l'extérieur sont ordinairement les plus souples, celles de l'intérieur les plus rigides. Aussi la surface du marteau touche-t-elle la corde sans choc trop brusque, tandis que les couches intérieures développent la force élastique en vertu de laquelle le marteau est renvoyé par la corde.

Un renvoi de la même nature se manifeste si l'on prend un marteau de piano, et qu'on le frappe avec force sur une table ou contre un mur : il rebondit sur ces surfaces rigides à la façon d'une balle de caoutchouc.

Plus le marteau est lourd, plus les couches de feutre sont épaisses, ce qui est précisément le cas des marteaux delà partie grave, et plus le renvoi du marteau par la corde se fait attendre. Pour les octaves élevées, on a l'habitude d'alléger les marteaux et de diminuer l'épaisseur du feutre.

C'est évidemment la pratique qui a fait découvrir aux facteurs d'instruments les proportions à observer entre l'élasticité du marteau et le son de la corde. La constitution du marteau exerce sur le timbre une influence extrême.

La théorie démontre que les notes supérieures, dont la demi-vibration dure un temps égal à celui pendant lequel le marteau repose sur la corde, sont ordinairement rendues plus sensibles par la percussion, tandis que les notes, pour lesquelles le rapport de ces durées est de 3, 5, 7,... fois plus considérable, se trouvent proportionnellement affaiblies.[...] [...]" Théorie physiologique de la musique: fondée sur l'étude des sensations auditives, M. G. Guéroult, 1874, p. 107

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Articles sur le feutre

"Fortepiano Hammers : A Field Report" (p. 225-258 dans Instruments à claviers-expressivité et flexibilité sonore, ed. Steiner (Actes des rencontres / Harmoniques / Lausanne 2002, Peter Lang, Bern, par  Christopher Clarke, facteur de piano-forte, Donzy-Le-National 2004

Le cuir dans les garnitures de marteaux : présentation de la problématique, par Christopher Clarke, facteur de piano-forte, Donzy-Le-National, 2006

De l'importance des garnitures originales des piano-forte chez Camille Pleyel. Olivier Fadini (pianinopleyel. blogspot.fr), 2012

Hammer-Coverings of Pleyel Pianos During the Chopin-Era, Massimiliano di Mario, 2014

"Affect in Action: Hammer design in French Romantic pianos" (p. 269-304 dans Chopin et son temps, eds. Hug & Steiner (Actes des rencontres / Harmoniques / Lausanne 2010, Peter Lang, Bern, par  Christopher Clarke, facteur de piano-forte, Donzy-Le-National  2016

 
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