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DEBAIN
à Paris (°1830)

1836

"Fabrique de Pianos d'Alexandre Debain et Comp., boulevard Bonne-Nouvelle, n. 26, au-dessus du Gymnase Musical,

— Société en commandite par actions.

— Capital social, 250.000 fr. représentés par 500 actions de 5oo fr. chaque.

— La Société a pour objet la fabrication, la vente, la location et l'accord des pianos, la location d'une salle de concert et de deux appartenions.

— Il sera donné six concerts gratuits par an aux actionnaires.

— Il sera donné aussi des concerts payants dont les produits seront partagés entre la Société et les artistes.

— D'après des calculs 1res modérés, les bénéfices annuels sont présûmes être de z.i.p. 100 du capital social.

— Chaque action donne droit à un intérêt de 6 p. (?), à un cinquantième de l'actif social et des bénéfices, et à une entrée aux six concerts gratuits. — Toute garantie est donnée aux actionnaires par le choix d'un conseil de surveillance et d'un banquier dépositaire des fonds.

— Le public est invité à visiter l'établissement de M. Debain qui réunit toutes les commodités qu'on peut désirer, ayant été construit exprès.

— S'adresser, pour prendre connaissance de l'acte de société, avoir de plus amples renseignemens et soumissioner les actions :

1° à M. Godot, notaire, rue de Choiseul, n. 2. 

2° à M. Socard-Magnier, banquier, rue de Lanery, n. 12. 

3° à M. Maurras, rue des Saints-Pères, n. 18.

4° à M. Debain, boulevard Bonne Nouvelle, n. 26. 5° dans les bureaux du Ménestrel, rue de Grammont, n. 7." Le Ménestrel, 26/06/1836, p. 4 (Gallica)

1840

"La Police correctionnelle vient de rendre une décision qui intéresse tous les amis de l'art musical. M. Debain, ancien facteur de pianos, et maintenant facteur d'orgues, est breveté pour des perfectionnements qu'il a apportés dans la facture des orgues expressives.

Des contrefaçons nombreuses ayant été dénoncées par lui à la  justice, une saisie fut opérée chez les sieurs Léon Marix et Bruni. MM. Cavaille, Davrinville et Roller, experts nommés et appelés à l'audience, ont constaté la contrefaçon.

C'était un spectacle inaccoutumé que celui de ce tribunal rempli jusqu'aux pieds des magistrats des instruments qui, depuis quinze ans, présentent la série des progrès accomplis dans cette fabrication, devenue aujourd'hui si importante. L'accordéon lui-même avait, obtenu les honneurs de la séance comme point de départ de l'emploi des anches libres.

Après quatre audiences consacrées a cette affaire, dans laquelle plaidaient M. Bethmont pour M. Debain, l'inventeur, MMe Crémieux et Blanc pour Léon Marix et Bruni, le trunal a prononcé son jugement. Il déclare la contrefaçon constante, ordonne la confiscation des orgues saisies, et condamne les contre-facteurs en six mille francs de dommages-intérêts au profit de M. Debain en trois mille francs d'amende au profit des pauvres, etc., etc." Revue et gazette musicale de Paris, 1843, p. 413 (Gallica) Voyez MARIX sur la date de fondation de  1840.

1853

"Ce matin, vers quatre heures, les habitans de la rue Vivienne eut été Fubitoment éveillés par les cris : au feu qui partaient d'une maison voisine du boulevard Montmartre.

Peu après, une colonne de flamme et de fumée s'est élevés dans les airs et a indiqué exactement le lieu du sinistre. L'incendie avait éclaté dans les magasins et ateliers de M. Debain, fabricant de pianos et d'harmoniums, et s'était rapidement communiqué au reste de la maison, menacant deux autres maisons contiguës, celle où est situé l'établissement des Villes de France, et une autre donnant sur le boulevard. [...]" La Presse, 17/10/1853, p. 2-3 (Gallica)

Incendie de 1853 dans Journal de Toulouse, 19/10/1853, p. 2

1857

"MAISON DEBAIN. - Il est dans la carrière des arts deux sortes d'individualités distinctes, les unes sans spontanéité, sans élan, sans initiative, se traînent dans les sentiers battus, et ne s'élèvent que rarement au-dessus de la médiocrité; les autres, c'est le petit nombre, n'acceptent pas le joug des idées toutes faites ; ils planent sur les hauteurs, s'efforcent sans cesse de découvrir de nouveaux horizons, et tournent vers l'inconnu leurs désirs enthousiastes.

Ce que nous disons des arts en général s'applique spécialement à la facture instrumentale.

— Nulle part la concurrence n'est plus active, mais il faut le dire, les hommes d'une portée vraiment sérieuse ne forment qu'une imperceptible minorité. Les nullités, les plagiaires abondent, mais il est facile de compter les inventeurs réellement distingués.

M. Debain a marqué sa place parmi ces hommes d'élite.

— Par ses belles découvertes, par son dévouement à la cause de l'art, par ses sacrifices incessants, il a une physionomie à part. On ne lira pas sans intérêt les particularités que nous avons recueillies sur sa carrière.

Alexandre Debain est né à Paris en 1809. Ses rares dispositions pour les arts mécaniques se révélèrent dès l'enfance par d'ingénieuses créations. — A une époque où d'ordinaire les aptitudes sont encore indécises, on voyait déjà se déployer toutes les ressources de son esprit inventif.

A seize ans, il entra dans l'industrie des instruments de musique. - Afin de se familiariser avec tous les genres, il travailla pendant plusieurs années chez les principaux facteurs, chez Mercier, entre autres, et chez Pape.

Il ne voulut rester étranger à aucun des progrès de l'art, et son esprit observateur s'emparant de toutes les découvertes, les soumit à un sérieux examen.

Son établissement en qualité de facteur de pianos date de l'année 1834. Ses débuts furent laborieux et pénibles.

Mais il possédait des qualités solides, devant lesquelles disparaissent les plus grandes difficultés, une volonté énergique, une activité infatigable et des connaissances théoriques et pratiques étendues et variées.

A ces mérites divers il faut joindre cet amour du progrès, ce besoin d'innovation qui se manifestent si impérieux, si puissant dans les organisations d'élite. M. Debain était déjà sur la voie des importantes découvertes qui plus tard ont popularisé son nom.

En 1840, une création vraiment merveilleuse attira sur lui la sympathique curiosité de nombreux amateurs. Il construisit seul un oranger mécanique de quatorze pieds de hauteur, dont les branches étaient chargées d'oiseaux voltigeant et chantant. Un riche Anglais, sir Henri Cliffort, fit l'acquisition de ce chef-d'œuvre.

Quelque temps après M. Debain transporta rue de Bondy ses ateliers et ses magasins. Il n'occupait alors qu'une vingtaine d'ouvriers et ne possédait d'autre clientèle que des marchands d'instruments.

Plus tard, ses magasins furent tranférés rue Vivienne. Par degrés ses relations acquirent plus d'importance et l'on apprécia de plus en plus la valeur des perfectionnements apportés à sa fabrication. — Inventeur de l'HARMONIUM, M. Debain s'assura la propriété de cette découverte par divers brevets d'invention; le premier de ces brevets remonte au 19 août 1840, les autres furent pris successivement dans les années suivantes.

C'est ici le lieu de parler avec détails de l'harmonium, une des plus utiles et des plus belles innovations dont se soit enrichi la facture moderne.

— L'harmonium est un instrument à clavier de cinq octaves. Le son y est produit à l'aide d'un soufflet qui met en vibration un ou plusieurs jeux de lames métalliques, dites anches libres, résonnant dans des cases variées de formes et de proportions, produisant divers genres de sons imitant l'orgue et les différents timbres d'instruments d'orchestre.

— Tous les jeux de l'harmonium ont l'étendue de cinq octaves d'ut en ut ; ils sont de trois diapasons différents, correspondant aux tons de 4, 8 et 16 pieds de l'orgue.

L'harmonium a les sons chantants et expressifs de la voix, ses ressources se prêtent à toutes les inspirations, à toutes les fantaisies de l'artiste. Chacun de ses registres n'agit que sur un demi-jeu, soit de la basse jusqu'au milieu, soit du milieu jusque dans les dessus ; on peut jouer de certains jeux pour le chant, accompagner avec d'autres, ou les faire entendre à la fois, ce qui permet de varier les combinaisons à l'infini.

Comme instrument de salon, l'harmonium offre de précieux avantages, soit qu'une main habile l'oblige à rendre les effets de l'orchestre, soit qu'il accompagne le chant ou tienne sa partie dans la musique d'ensemble.

Comme instrument religieux, il remplace parfaitement l'orgue. - Ajoutons qu'il reste constamment d'accord ; son mécanisme est simple, et en cas d'accident, les dérangements sont faciles à réparer.

Dès son apparition, l'harmonium éveilla de nombreuses sympathies ; beaucoup d'artistes et d'amateurs apprécièrent son importance et devinèrent ses destinées.

— Il eut même les honneurs de la contrefaçon, ce qui est le signe le plus éclatant de la supériorité. La fraude prit de telles proportions et se produisit avec tant d'audace, que M. Debain se vit obligé d'avoir recours aux moyens judiciaires pour obtenir la répression des délits qui portaient une sérieuse atteinte à ses intérêts.

Nous n'entrerons pas dans les détails des procès qu'il eut à soutenir; il suffira d'indiquer les principales questions que soulevèrent ces débats et la solution que les tribunaux leur donnèrent.

Le 22 octobre 1842, M. Debain porta devant le procureur du roi une plainte en contrefaçon contre plusieurs marchands et fabricants, et notamment contre MM. M*** et B***. — A la suite d'un rapport fait par MM.. Cavaillé, Davrainville et Roller, spécialement désignés par le juge d'instruction, et après divers incidents qui furent consignés dans les journaux judiciaires, la huitième chambre correctionnelle, rendit un jugement dont nous transcrivons ici les dernières dispositions :

« Attendu que M*** et B*** se sont rendus coupables du délit de contrefaçon. — Leur faisant l'application de la loi, prononce la confiscation au profil de Debain de tous les instruments saisis, condamne M*** et B*** à payer solidairement à Debain la somme de six mille francs de dommages-intérêts, les condamne chacun à quinze cents francs d'amende) ordonne que le présent jugement sera inséré aux frais de M*** et B*** dans trois journaux au choix de Debain, et trois fois répété dans chaque journal, et que ledit jugement sera affiché au nombre de 500 exemplaires, également à leurs frais, condamne solidairement M*** et B*** aux dépens, fixe a un an la durée de la contrainte par corps. »

Le 4 avril 1844, une saisie fut opérée par M. Debain chez MM. A*** père et fils [ALEXANDRE Père et Fils (°1829)], et plusieurs harmoniums de contrefaçon furent mis sous les scellés. Mais par suite d'un arrangement à l'amiable, MM. A*** s'engagèrent à payer une somme de 10,000 francs à M. Debain, pour avoir main-levée de la saisie pratiquée chez eux, et pour éviter un procès.

Aux termes de cette transaction, MM. A*** eurent la faculté d'exploiter pour leur propre compte les procédés de M. Debain. Seulement ce dernier se réserva formellement le droit de nommer ses instruments harmonium.

L'appel du jugement de première instance qui condamnait M*** et B*** comme contrefacteurs étant venu à la Cour royale, chambre des appels correctionnels, cette cour rendit son arrêt le 14 février 1845. — Après avoir établi que Debain avait le droit exclusif de fabriquer des harmoniums, l'arrêt se terminait ainsi qu'il suit :

« Adoptant les motifs des premiers juges, et considérant que les dommages-intérêts n'ont pas été proportionnés au préjudice causé, condamne M*** et B*** à payer à Debain 10,000 fr. de dommages-intérêts. »


Ces luttes judiciaires au milieu desquelles l'inventeur de l'harmonium déploya une grande fermeté, eurent de sérieuses conséquences, et en fin de compte, il n'eut qu'à se féliciter de leur dénoûment. En effet, des résultats importants ressortirent de ces débats : les brevets de M. Debain furent irrévocablement déclarés valables, et l'harmonium, avec les perfectionnements dont il avait pris l'initiative, resta sa propriété.

Nous ferons remarquer que les dispositions intérieures de tous les instruments à anches libres et à clavier qui se sont produits depuis quinze ans, sont tout si fait semblables aux dispositions de Harmonium décrites dons les brevets que possède l'inventeur. L'identité est frappante, INCONTESTABLE.

M. Debain peut donc, sans craindre d'être contredit, se proclamer le véritable créateur d'une industrie qui, indépendamment de son importance au point de vue de l'art, a développé de précieux éléments de travail. L'acharnement de ses adversaires et la déloyauté de ses contrefacteurs eurent pour effet de lui concilier de plus en plus l'estime des hommes sérieux, et d'éclairer l'opinion publique.

Après avoir traversé une période d'épreuves, il vit ses affaires prendre rapidement de l'extension.

Il est dans la destinée des hommes doués du génie de l'invention de marcher sans cesse dans le large et lumineux sillon qu'ils se sont tracé. A cet égard, on peut dire que la vocation de M. Debain s'est révélée d'une façon incontestable. Agrandir constamment le cercle de ses découvertes, perfectionner sans relâche, tel a été le but de tous ses efforts. A la création de l'harmonium, il a ajouté une série de travaux importants et qui méritent un examen spécial.

Dès son début dans la carrière, il s'occupa du perfectionnement du piano.

Le PIANO-ÉCRAN, dont l'invention remonte à 1836, fut exposé en 1839, et obtint dans le monde musical de nombreux suffrages. Le même accueil a été fait au STÉNOGJUPHONE, mécanisme destiné à reproduire la musique à mesure de son exécution sur le clavier.

Le
CONCERTINA, système d'orgue expressif, est une des combinaisons les plus ingénieuses qui soient dues à l'imagination créatrice de M. Debain. La soufflerie se composaitde deux boîtes semblables aux plateaux d'une balance: celle de gauche servait à l'accompagnement; celle de droite, au chant. Cette invention fut cédée, en 1839, à MM. Alexandre Jacob.

L'
ORGANINO, qui fut le précurseur de l'Harmonium, était de petite dimension. Une seule touche faisait entendre a volonté deux notes à l'octave l'une de l'autre, ce qui produisait l'effet de deux jeux.

Par l'invention de l'
ANTIPHONEL M. Debain a résolu un important problème : il a rendu facile l'exécution exacte, non-seulement du plain-chant, mais de toute autre musique, si compliquée qu'elle soit.

— Chaque morceau étant noté en pointes de fer saillantes sur de petites planchettes, que l'on peut se procurer a volonté, comme de la musique ordinaire, il suffit de placer successivement les planchettes sur un appareil qui s'adapte au clavier, et, par la fonction d'un levier ou d'une manivelle, les personnes qui n'ont aucune notion de musique peuvent rendre le morceau écrit avec autant de précision que s'il avait pour interprète l'organiste le plus exercé.

Ce mécanisme transpose à volonté, dans une étendue de 12 demi-tons, tout morceau noté sur la planchette.

L'Antiphonel a obtenu les suffrages des sommités du clergé et de l'élite des artistes; il est resté une des branches principales de l'importante fabrication de M. Debain.

Le
PIANO MÉCANIQUE est sans contredit une des créations les plus populaires de cet éminent facteur. — Par des améliorations successives, il a porté cet instrument à un degré de perfection qui permet de rendre les nuances les plus délicates et jusqu'aux effets de pédale que nécessitent le style et le coloris de la musique moderne. Il se joue au moyen d'une manivelle douce et facile, que l'on tourne d'une main taudis que de l'autre on applique les planchettes du morceau que l'on veut exécuter, en les rangeant dans leur ordre de succession.

Le mécanisme de cet instrument est indépendant du clavier ordinaire, et peut s'appliquer à quelque instrument que ce soit. Il résulte de cette séparation qu'on peut avoir à la fois, dans une seule et même caisse, deux pianos, dont l'un mécanique et l'autre non mécanique.

Le piano mécanique a reçu dans les Deux Mondes l'accueil le plus favorable; nous pourrions dire le plus enthousiaste.

-Il offre une précieuse ressource dans les localités éloignées, où n'arrivent que par intervalles des virtuoses de talent. Il est d'ailleurs de force à défier de prestesse, d'éclat et de puissance les doigts de Listz ou de Thalberg. Tous les genres de musique sont interprétés par lui avec la même facilité, la même précision, le même brio.

Ce n'est pas seulement dans le domaine de l'art musical que l'esprit inventif de M. Debain s'est manifesté avec succès. Son influence s'est également fait sentir dans des questions d'intérêt public. A ce sujet, nous devons dire quelques mots de son nouveau mode de votation adopté en 1850 par l'Assemblée nationale.

Dès 1849, une commission nommée par l'Assemblée s'occupa de l'examen de plusieurs projets destinés à la prompte constatation des votes. Parmi les moyens proposés, un seul parut digne d'attention (celui de M. Lanet de Limencet).

M. Debain fut désigné dans ces circonstances comme pouvant, par ses connaissances mécaniques, réaliser d'une manière pratique cette idée première et obtenir d'heureux résultats. Il se mit à l'œuvre, et, après quinze mois d'un travail soutenu, il parvint à organiser un système général de votation que l'Assemblée adopta dans sa séance du 6 mai 1850.

Le principe fondamental du système de votation repose sur cette condition, que chaque vote soit exprimé par un bulletin d'une épaisseur et d'une couleur déterminées qui, s'empilant sur les bulletins déjà déposés, permet d'apprécier d'un coup d'œil le nombre des votes pour et contre d'après la hauteur de la pile, près de laquelle est une échelle chiffrée, divisée en degrés coïncidant avec l'épaisseur de chaque bulletin.

L'urne est divisée intérieurement en deux capacités munies d'entrées distinctes, l'une pour, et l'autre contre. Les bulletins introduits dans l'urne s'y trouvent immédiatement triés et séparés en deux couleurs différentes.

Chaque bulletin porte, gravé sur deux tranches, le nom du représentant qui a voté.

Quand tous les bulletins sont recueillis dans les urnes, ils s'y trouvent scellés d'une manière absolue, tout en permettant de faire le dépouillement. Quelques minutes suffisent pour connaître le nombre exact des votants pour et contre, et pour proclamer le résultat du scrutin sans possibilité d'erreur.

Il y a sécurité dans l'acte même du vote, exactitude dans le résultat, et grande économie de temps.

Cette utile invention, sanctionnée par un vote de l'Assemblée Nationale, ne détourna pas longtemps M. Debain des travaux qui avaient fondé sa réputation. Il lui restait un immense progrès a accomplir dans la facture instrumentale; ce progrès s'est réalisé : l'
HARMONICORDE a paru.

L'Harmonicorde complète admirablement l'Harmonium, son aîné, sur lequel il l'emporte par la puissance, la richesse et la diversité des timbres. Il est aussi facile à jouer pour le pianiste que pour l'organiste, et son accord est si simple, que l'amateur lui-même peut aisément le rétablir.

Il ne faut pas confondre l'Harmonicorde avec les différents systèmes de pianos-orgues à un ou deux claviers qui se sont produits jusqu'à ce jour; c'est un instrument nouveau.

Le succès même qu'il a obtenu dès son apparition démontre sa supériorité sur toutes les combinaisons qui l'ont précédé.

En effet, deux obstacles distincts, d'une nature insurmontable, se sont opposés et s'opposeront toujours à l'adoption du piano-orgue dans le monde musical : la difficulté de tenir d'accord entre eux les deux instruments dont il offre la réunion pure et simple, la disparité choquante des deux caractères de sonorité. On pourrait ajouter qu'il est impossible de réunir dans la même caisse un orgue complet et un piano de bonne qualité.

Le piano-orgue à deux claviers, lui-même, est un instrument mort-né en raison de ces divers inconvénients qu'on ne peut éviter.

Or, l'Harmonicorde résout le problèmed'un instrument à anches libres, à jeux divers et d'une grande puissance, offrant à la fois les ressources sonores de l'orgue et les avantages de la percussion, c'est-à-dire l'instantanéité de l'attaque, la légèreté et la précision du toucher. La corde unique qui constitue ces dernières qualités s'harmonisant parfaitement avec les vibrations des lames métalliques, le piano peut se jouer séparément ou avec les jeux d'anches, au gré de l'artiste et dans toutes les régions de l'étendue.

L'Harmonicorde est en outre le seul instrument de ce genre sur lequel on puisse avec une seule main faire entendre distinctement deux parties dinerentes, l'une d'orgue, l'autre de piano.

Ainsi, tandis que les doigts inférieurs exécutent une mélodie d'orgue, avec quelque jeu que ce soit, les doigts supérieurs peuvent jouer une autre partie, celle-ci de piano seul, en notes arpégées ou diatoniques. Rien de plus délicieux et de plus nouveau que cet effet, qui a sa source — on ne saurait trop le répéter — dans la parfaite homogénéité des deux timbres constitutifs de l'instrument, et dans son obéissance absolue à toutes les fantaisies de l'exécutant.

Dès son entrée dans les salons et dans les concerts l'Harmonicorde a obtenu un éclatant suffrage, celui de Rossini. — D'éminents virtuoses, a la tête desquels se place M. Lefebure-Wély, travaillent activement à sa propagation. Il a inspiré des compositions charmantes. Déjà même il est le bien venu à l'étranger; avant peu il aura fait le tour du monde.

Il y a quelque temps, M. Debain a pris une mesure importante. La prospérité toujours croissante de sa maison l'a déterminé à réunir ses magasins de la rue Vivienne au siège central de sa fabrication, place de Lafayette, où il occupe actuellement plus de trois cents ouvriers.

Cet établissement, créé par lui, présente tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des dispositions en harmonie avec l'importance des opérations commerciales de son fondateur, ainsi que des salons de musique appropriés aux auditions publiques et particulières.

En faisant édifier cette manufacture modèle, M. Debain n'a eu d'autre pensée que celle de poursuivre la tâche à laquelle il aconsacré toute sa vie.

Cette réunion sur un seul point des éléments commerciaux, industriels et artistiques de sa maison, en permettant à l'œil du maître une surveillance plus directe et plus active, a déjà eu pour résultat des soins plus soutenus apportés à tous les détails de la facture, et conséquemment une supériorité plus marquée dans la qualité des produits.

En résumé, M. Debain a conquis, jeune encore, une position considérable, et chose rare, il l'a obtenue sans intrigue, sans charlatanisme, sans autres ressources que son intelligence, son travail et son activité. Il a créé une industrie nouvelle qui rend a l'art musical d'éminents services, qui occupe aujourd'hui en France plus de trois mille ouvriers et donne lieu a des opérations s'élevant par année à plusieurs millions.

— Le mérite et l'utilité des inventions dont il a doté le pays, l'influence dont il jouit, la considération et les sympathies qui l'entourent, les relations de plus en plus étendues que sa maison a établies dans toutes les parties du monde, sont des faits dont les efforts de la médiocrité et de l'envie ne sauraient affaiblir la portée. J. DORCY." Annuaire musical : institut, conservatoires, théâtres lyriques, associations des artistes, 1857, p. 169-185 (Gallica)

1861

"Il y a deux ans, M. Debain, facteur de pianos et d'harmoniums, eut à soutenir un procès contre divers éditeurs pour la reproduction de leurs propriétés musicales, au moyen du pointage sur les planchettes affectées aux pianos mécaniques.

Le Tribunal et la Cour ayant jugé que ce mode de reproduction rentrait sous le coup de la loi de 1793, M. Debain se soumit à la chose jugée, et traita avec les principaux éditeurs de musique du droit exclusif, pendant dix ans, de reproduire par les instruments mécaniques les oeuvres qui leur appartiennent.

Après avoir payé à cet effet une somme qui dépasse 60,000 fr., M. Debain offrit à ses concurrents départager avec lui, moyennant un droit de 2 p. % sur les ventes annuelles, le droit qu'il tenait des éditeurs. Plusieurs acceptèrent; mais d'autres refusèrent toutes propositions amiables. [...]" Le Ménestrel, 09/06/1861, p. 223 (Gallica)

1863

"Sa Majesté la reine d'Espagne, Isabelle II, vient de conférer à M. Debain, facteur d'orgues et de pianos, à Paris, le titre de fournisseur de sa maison royale.

Cette distinction, jointe à celles qui lui étaient déjà accordées par LL. MM. l'Empereur des Français et la reine d'Angleterre, est une nouvelle preuve qu'à l'étranger, les instruments de M. Debain sont comme en France, fort appréciés." Le Ménestrel, 26/04/1863, p. 167 (Gallica)

1893

"Le 16 octobre 1853, les grands ateliers du fabricant de pianos Debain, rue Vivienne 08, furent incendiés. Ces ateliers étaient contigus aux grands magasins des Villes-de-France, ce qui était un nouvel aliment pour l'incendie.

Heureusement que les pompiers étaient là. Ils firent des prodiges pour abattre les murailles, isoler l'incendie, mais dix d'entre eux reçurent de graves blessures, et cinq durent passer de longs jours sur un lit de douleur." Les sapeurs-pompiers, François Bournand, ..., 1893 (Gallica)

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pianos français 1830 - 1839


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