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DANTI L.
à Paris

1888

 LA PÉDALE SOURDINE DANTI

"Nous croyons pouvoir affirmer que tous ceux qui liront ces lignes, quelle que soit leur situation sociale, ont eu plus d'une fois l'occasion de souhaiter qu'il fût possible de donner aux pianistes, et surtout aux apprentis pianistes, un moyen de s'exercer sur leur instrument sans troubler le repos de personne.

On voit encore, en effet, de fort honnêtes gens qui n'aiment pas la musique, quoique ce fait devienne de plus en plus rare ; et, même parmi les mélomanes, il est peu de gens qui n'aient protesté souvent contre les études, les exercises qui sont toujours si fastidieux à entendre.

On ne peut donc qu'ètre reconnaissant aux inventeurs qui ont imaginé un procédé permettant aux pianistes de jouer sans bruit, tout en imprimant à l'instrument des vibrations suffisantes pour que l'exécutant s'entende lui-même. C'est ce qu'on a tenté d'obtenir au moyen des pédales sourdines ; mais ces pédales présentent en général des inconvénients très sérieux pour les musiciens.

Elles ont, en effet, la plupart du temps le tort grave de dénaturer le timbre et de ne pas laisser aux doigts leur impulsion; elles assourdissent tellement le son, que l'artiste ne peut guère se rendre compte de ce qu'il joue. Si donc elles sont très satisfaisantes pour les voisins, elles sont tout à fait défectueuses ponr le pianiste.

C'est ce qui nous fait regarder comme une innovation bien digne d'être signalée la pédale sourdine inventée par M. Danti, successeur de la maison Franche, et ancien. contre-maître de la maison Herz (40, rue de l'Université, à Paris).

Cette pédale sourdine donne au pianiste assez de son pour qu'il puisse s'entendre très distinctement et même percevoir toutes les nuances, sans que son jeu puiose en aucune façon gêner les voisins. La diminution du son est telle, qu'une personne placée dans une pièce voisine du même appartement n'entend rien.

M. Danti applique cette sourdine à un modèle de pianos qu'il fabrique lui-même ; mais il peut aussi l'adapter à n'importe quel piano d'un autre facteur.

De peur qu'on ne trouve pas notre autorité suffisante, et qu'on doute des résultats si remarquables que nous venons d'énoncer, nous dirons que les attestations des maîtres du piano n'ont pas fait défaut à M. Danti.

MM. Marmontel, Delaborde et Th. Dubois, tous trois professeurs au Conservatoire, MM. Francis Thomé et Fissot, ce dernier également professeurau Conservatoire, les maîtres incontestés, ont tenu à affirmer l'excellence de cette invention.

M. Marmontel la déclare propre à rendre des services aux artistes et aux amateurs, M. Delaborde dit qu'elle constitue un perfectionnement très intéressant et très pratique, et qu'elle ne nuit en rien à l'instrument, M. Dubois la regarde comme très ingénieuse, M. Francis Thomé constate que M. Danti a pleinement réussi à atteindre le but difficile qu'il se proposait.

Grâce à cette invention, on ne craindra plus d'étudier le piano à n'importe quelle heure. D'autre part, les compositeurs seront à même, lorsque l'inspiration leur viendra au milieu de la nuit, de ne pas laisser échapper un motif qu'ils risquent fort de ne plus retrouver, et de l'exécuter au piano sans s'exposer aux réclamations des voisins.

Quoique nous ayons tenu surtout à attirer l'attention sur cette ingénieuse innovation, nous devons dire aussi que M. Danti fabrique lui-même d'excellents pianos.

Sa compétence dans cette fabrication est suffisamment démontrée par sa qualité d'ancien contre-maître de la maison Herz. Il y a trois ans qu'il est à la tête de l'ancienne maison Franche, maison très honorablement connue depuis longtemps déjà, car sa fondation remonte à 1847.

Mais, nous le répétons, si intéressante que soit cette manufacture, nous ne voulions ici nous occuper que de la nouvelle pédale sourdine, à laquelle beaucoup de nos confrères de la presse quotidienne ont d'ailleurs déjà consacré des articles, et qui est une invention destinée à rendre de grands services non seulement aux gens du monde, mais encore à l'art et aux artistes. - E. ROBERT." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 15/01/1888, p. 4 (Gallica)

Pour les références voyez
la page alphabétique D
 


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