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CHALLIOT
à Paris


1839

PARIS - [sur ses harpes] M. Challiot est favorablement connu dans le monde musical. Les instruments qu'il fabrique se recommandent par la qualité du son, et la structure soignée dans toutes les parties.

Les travaux de M. Challiot sont le fruit d'une longue expérience qui s'est transmise de père en fils, car l'art du luthier est héréditaire dans cette famille depuis plusieurs générations.

Antoine Challiot, le grand-père de l'artiste qui nous occupe, était déjà patenté en 1778, et fabriquait des harpes qu'on vendait soit sous son nom, soit sous celui d'autres luthiers célèbres qui lui commandaient des instruments.

Son fils, Pierre Challiot, travailla pour son propre compte et ne voulut livrer au public ses harpes que sous son nom. Ce fut lui qui, le premier, adopta le mécanisme d'Erard dès que l'expiration du brevet en permit l'emploi général.

Il exposa, en 1825, des harpes construites sur ce principe, qui se firent remarquer, en onire, par un mécanisme particulier adapté aux pédales.

Encouragé par l'approbation de jury, qui lui décerna une mention honorable, il se présenta, en 1827, de nouveau avec des harpes à double mouvement, imitées également de celles d'Érard dont le brevet, pour ce double mouvement, venait aussi d'expirer.

Cette fois il reçut la médaille de bronze. Cet artiste est mort au mois de février dernier.

Aujourd'hui
son fils, M. Etienne Challiot, expose plusieurs harpes tant à simple qu'à double mouvement.
Rien n'a été innové dans le mécanisme qui est parfaitement exécuté sur les modèles que M. Challiot s'est proposé de reproduire. Mais il a appliqué à ses harpes un perfectionnement dont les amateurs ne manqueront pas d'apprécier l'utilité et dont nous allons nous occuper.

On sait qu'un des plus grands défauts de la harpe consiste dans la rupture trop fréquente des cordes.

Cet instrument est, de tous, le plus sujet à l'influence des variations atmosphériques qui, agissant sur les cordes, les fait souvent monter et les force à se rompre par suite d'une trop forie tension. On cite le fait d'un professeur distingué, lequel, voulant prendre un matin sa harpe, n'y trouva plus que six cordes sur quarante deux.

Pour éviter l'inconvénient dont nous parlons, on n'aurait, il est vrai, qu'à détendre les cordes avant de mettre la harpe au repos. Mais quel travail alors pour remonter plus tard ces mêmes cordes une à une au ton, lorsqu'on veut de nouveau se servir de l'instrument !

Ce ne serait donc que changer un inconvénient pour un autre, et mieux vaudrait sans doute s'abandonner au hasard et risquer la rupture qui peut survenir, et qui, n'étant pas toujoui s aussi considérable que celle qu'éprouva le malheureux professeur, peut se réparer en moins de temps et avec moins de fatigue qu'il n'en faudrait pour accorder l'instrument en entier.

Il s'agissait donc de trouver un autre moyen, celui de pouvoir détendre et retendre toutes les cordes à la fois et d'une manière facile. C'est ce que M. Challiot est parvenu à faire à l'aide d'un procédé si simple qu'on s'étonne de ne pas l'avoir vu employer plus tôt. Voici en quoi il consiste.

Dans les harpes de M. Challiot la console et la colonne sont rendues indépendantes de la table d'harmonie, de sorte que la colonne, sans cesser de faire corps avec la console, reste mobile et peut être penchée en avant ou en arrière, suivant le besoin. A cet effet, l'arête de la base de la colonne est appuyée sur une charnière qui permet de lui faire exécuter ce mouvement sans fatiguer la terrasse.

Pour régler cette marche, un autre changement devenait nécessaire.

Ainsi, au lieu d'attacher la culée de la console à l'extrémité supérieure du corps d'harmonie avec des chevilles de bois, comme on le fait habituellement, M. Challiot se sert d'une vis de rappel qui, traversant la culée, fait marcher deux goujons de fer fixés à l'extrémité supérieure du corps d'harmonie, et qui force ainsi le montant à se rapprocher de la table ou à se porter plus ou moins en avant. Cette vis, dont la téle est entièrement semblable à celle des chevilles, se tourne à volonté avec la clé qui sert à monter les cordes.

En la tournant à gauche, elle ramène en arrière la console et la colonne, et diminue par conséquent l'angle de tension que les cordes forment avec la table d'harmonie. Une diminution d'un seul degré dans cet angle fait baisser les cordes aiguës de quatre tons, et les autres proportionnellement. Pour les remonter au ton qu'elles avaient, on retourne la vis en sens contraire.

Plusieurs personnes ont cru que les cordes se détendant d'une manière égale, l'instrument ainsi haussé ou baissé à volonté conservait parfaitement l'accord : c'est une erreur. Peut-être un jour tentera-t on de résoudre ce problème, ce qui sera bien difficile, peut-être même impossible; mais il ne faut désespérer de rien à une époque où l'on est parvenu à faire un instrument de musique qu'un sourd peut accorder.

Toutefois, dans l'état actuel des choses, les cordes de la harpe de M. Challiot, étant remontées après avoir été baissées pendant le temps de repos, ne perdent que très peu leur accord, et il suffit de le repasser pour lui rendre toute sa pureté.

Les harpes à remonteur (tel est le nom que M. Challiot a donné à son mécanisme) présentent donc un avantage réel en empêchant cette fréquente rupture des cordes, qui faisait le désespoir des harpistes.

Aussi la Société d'encouragement et l'Académie de l'industrie française ont-elles décerné une médaille d'honneur à M. Challiot, qui s'tst garanti la propriété de son invention par un brevet.

M. Challiot annonce pouvoir adapter son mécanisme à toute harpe quelconque à raison de cent francs.

Parmi les harpes exposées par M. Challiot, deux se font remarquer particulièrement.

L'une est à six octaves et demie, l'autre va même jusqu'à sept.

Nous ne voudrions pas que cette dernière innovation trouvât des imitateurs, et nous espérons que M. Challiot lui-même n'aura fait qu'un essai qu'il abandonnera dans la suite.

Si quelques facteurs de pianos s'obstinent à porter l'étendue du clavier à sept octaves, il ne s'ensuit pas que la harpe doive donner dans le même excès.

A quoi servent les dernières cordes ajoutées dans le dessus qui, vu leur peu de longueur, ne peuvent convenablement vibrer et ne rendent qu'un son sec et peu agréable à l'oreille ?

Dailleurs la construction de cette harpe a dû subir quelques modifications à cause d'une difficulté qui se présentait et que M. Challiot n'a pu vaincre qu'en changeant la disposition des cordes.

Comment la main droite, déjà si gênée pour atteindre la sixième octave, aurait-elle pu attaquer la septième ?

M. Challiot, prévoyant cet inconvénient, a placé les cordes à droite au lieu de les placer à gauche, comme elles le sont dans toutes les harpes, changement qui permet aux doigts de la main droite d'atteindre les dernières cordes avec moins de peine et sans trop s'allonger.

Ce nouveau système provoquera sans doute d'autres objections dans lesquelles nous n'entrerons pas ici, persuadés que nous sommes qu'abandonnant les notes aiguës de la septième octave M. Challiot rentrera dans le système ordinaire.

Quant à la facture de cet instrument, nous n'avons que des éloges à lui donner. Il se distingue non moins par la qualité du son, dont la puissance est remarquable, que par les ornements qui sont d'un goût exquis.

La colonne est torse et décorée dans le style gothique avec un triple rampant de feuilles et de grappes qui les espacent.

Toute la harpe a une teinte d'ivoire, ce qui est fort doux à l'oeil et se marie bien avec les dorures et les filets qui forment les panneaux.

La harpe à six octaves et demie se fait aussi remarquer par les ornements en style gothique qui ajoutent à la valeur de l'instrument.

Pour obtenir un plus grand volume de son, M. Challiot a calculé de nouvelles épaisseurs dans les tables qu'il a prolongées jusqu'à lu partie antérieure de la harpe. Les notes basses surtout ont gagné à cette nouvelle disposition.

Ajoutons encore que les pédales aussi ont subi une modification qui en rend l'usage plus commode.

En général M. Challiot exerce son art avec un zèle qui mérite les plus grands éloges." Revue et gazette musicale de Paris, Volume 6, 09/06/1839, p. 180

1859

PARIS - "Revenons aux pianos exposés : nous en avons particulièrement remarqué deux, envoyés par M. Chaillot [sic], facteur, né à Rouen et établi à Paris.

Ils sont très-bons, leur sonorité est excellente. L'un d'eux, en bois de rose, brillamment incrusté, semble, par sa forme basse, destiné aux chanteurs qui s'accompagnent et dont il laisse voir toute la personne.

Pour ne pas perdre par cette petite forme la sonorité, il a fallu retrouver la longueur des cordes à l'aide d'une grande obliquité, difficile à réaliser.

Mais cette difficulté a été heureusement vaincue : c'est là une heureuse innovation." Revue des Races Latines, 07/1859, p. 384 (Gallica)

Pour les références voyez la page
alphabétique C


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