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BORD Antoine
(1814 - 1888)
à Paris (°1843)

1880

"M. Antoine Bord, originaire de Toulouse, est un ancien contre-maître de la maison Martin, fabricant de pianos de notre ville. M. Bord, qui sentait en lui l'intelligence dont la nature l'avait doué, prit son essor vers la capitale, et quitta Toulouse en 1843, en laissant dans la maison Martin les souvenirs les plus honorables et les plus agréables, parmi les employés et les ouvriers de la fabrique toulousaine.

M. Bord se mit aussitôt à l'oeuvre dans des conditions très modestes; mais les innovations et les procédés mécaniques qu'il mit en oeuvre dans la fabrication de ses pianos, ne tardèrent pas à fixer l'attention des artistes et des musiciens, et bientôt la fabrication de l'ancien contre-maître de Toulouse prit une certaine extension qui a été toujours en croissant, pour arriver à ce qu'elle est aujourd'hui, la première fabrique de pianos de Paris, et selon toute apparence la première fabrique de l'Europe.

Mais M. Bord n'est pas seulement un mécanicien et un facteur de pianos intelligent, il est aussi un grand coeur, et dès que son établissement a eu acquis une certaine importance, il n'a pas voulu être seul à bénéficier de l'exploitation de son industrie; il s'est empressé d'associer tous ses ouvriers à son entreprise, de manière à les faire participer aux bénéfices de son établissement.

Cette association entre l'industriel capitaliste et les travailleurs qui mettent en action ledit capital est établie de la manière suivante : M. Bord prélève, sur les bénéfices de chaque année, dix pour cent de la valeur du capital engagé, lequel dépasse deux millions, et le reste est abandonné en totalité aux travailleurs, qui se partagent la somme qui leur revient au marc le franc, c'est-à-dire selon l'importance du salaire de chacun.

Ce fut au mois de mars 1866 que fut distribué le premier dividende; il fut seulement de 16,186 fr. 14 c. L'année suivante, en 1867, il fut de 38, 237 fr. 10 c. Mais, grâce à la prospérité de la maison, ce dividende a été toujours croissant; en 1875, il s'est élevé à la somme importante de 117,412 fr. 49 c.

Cette progression des bénéfices s'est maintenue, de telle sorte que M. Antoine Bord, chaque dix ans, pourra verser dans la poche des ouvriers de son usine la somme ronde de un million de francs. Tel est, on peut le dire, le miracle opéré par l'ancien contre-maître de la maison Martin de Toulouse, qui, par son génie, s'est élevé à cette position exceptionnelle." La folie, 1880 (Gallica)

1881

M. A. BORD,
Le Panthéon de l'industrie :
journal hebdomadaire illustré, 18/01/1882
, p. 185 (Gallica)

M. A. BORD - FABRICANT DE PIANOS

"MALGRÉ de rares exemples, dont il ne convient ni de nier ni d'exagérer la signification, il existe une loi économique (loi cruelle assurément) à laquelle les travailleurs n'échappent guère :

C'est que l'homme que les hasards de la naissance ont privé de toute espèce de capital et condamné à vivre du travail de ses mains ne sortira pas, s'il n'est doué d'une intelligence tout à fait exceptionnelle et d'une invincible force de volonté, de la condition que la nature lui a faite.

En d'autres termes : le travail manuel fait vivre l'homme qui s'y livre, mais,-en règle générale, ne l'enrichit pas.

Et c'est pourquoi, s'il était d'usage, dans ce journal, d'assigner une place spéciale, une place d'honneur au plus méritant d'entre les hommes dont nous publions hebdomadairement les biographies, nous choisirions très certainement, pour cette distinction, quelqu'un de ces intrépides lutteurs qui, par leur énergie, ont triomphé de cette loi économique.

Et dans cette petite phalange de simples ouvriers que l'intelligence, le travail et la volonté ont élevés au premier rang de la grande armée industrielle, nous chercherions, s'il en est un, un de ces grands cœurs que la fortune péniblement et longuement acquise n'a pas aveuglés ni corrompus, qui se souviennent avec un orgueil on ne peut plus légitime du temps où ils maniaient, eux aussi, la lime, la scie et le marteau, qui s'en souviennent, disons-nous, au grand profit de leur maison, où ce souvenir les engage à conserver une surveillance personnelle de tous les instants, au grand profit de leurs ouvriers, en qui ils voient non des esclaves du travail, mais des collaborateurs, des amis, des frères moins heureux, un de ces hommes, enfin, montés au sommet de l'industrie, sans avoir connu la morgue et l'égoïsme des parvenus, un homme comme M. A. Bord, dont le nom est désormais célèbre à plus d'un titre dans la fabrication des pianos.

Quand M. A. Bord, habile ouvrier mais simple ouvrier, conçut la pensée paradoxale d'établir tout seul, sans aide, sans ressource, une fabrique de pianos en chambre, comme un autre eût établi un atelier de repasseur de montres, les grandes fabriques de pianos étaient encore rares à Paris (c'était en 18.43); mais elles existaient, assez puissantes, assez riches, assez bien outillées pour décourager une tentative aussi téméraire et la faire paraître absurde.

M. Bord, nous l'avons dit, ne possédait, pour un si terrible début, que ses deux bras, une grande habileté acquise, un courage invincible et le mince crédit que les fournisseurs accordent à l'honnêteté intelligente et laborieuse.

Il n'avait, comme sérieux élément de succès, que ce qui a fait, du reste, l'immense réputation de la maison qu'il a fondée : un grand esprit inventif et une conscience d'exécution, un soin de fabrication absolument hors ligne.

Les grandes maisons auxquelles il entreprenait si singulièrement de faire concurrence pouvaient l'écraser par la fabrication économique qui leur permettait de livrer à des prix inabordables pour lui, mais elles ne pouvaient offrir à leur clientèle, si ce n'est à des prix plus élevés, des instruments aussi puissants, aussi solides, aussi soigneusement travaillés que ceux du petit fabricant anonyme.

L'anonymat ne dura pas longtemps.

Les pianos de M. Bord, livrés par unités, à très longs intervalles, à des marchands, étaient rapidement enlevés, furent promptement connus et attirèrent bientôt des commandes.

M. A. Bord, ne suffisant déjà plus à sa besogne, prit un ouvrier.

Le succès, dans de pareilles conditions, n'est pas proportionnel aux ressources acquises; il est, si l'on nous permet cette expression mathématique, en raison directe du carré du capital conquis.

Les ressources doublées attirèrent une clientèle quadruple ; le nombre des ouvriers s'accrut dès lors dans des proportions merveilleuses (il a dépassé aujourd'hui le chiffre de cinq cents); la chambre-atelier ne suffisait plus depuis longtemps, il avait fallu la remplacer par l'usine de Saint-Ouenet les ateliers de la rue des Poissonniers, que l'on dut successivement agrandir; les bras des nombreux ouvriers devinrent insuffisants à leur tour, il fallut décupler, centupler leur puissance à l'aide de machines-outils commandées par une puissante machine à vapeur.

Et c'est ainsi que M. Bord, placé à la tête de la fabrication des pianos, vient, à sa façon, de célébrer ses noces d'or en livrant son cinquante-millième piano, au moment même où le jury de Melbourne lui décernait le premier prix.

D'autres s'endormiraient sur un pareil succès. M. Bord, qui n'est arrivé à la fortune et à la réputation que par son travail personnel, ne croit pas avoir le droit de dormir, ni de se reposer, ni d'être malade ; et dussions-nous susciter l'incrédulité de quelques-uns de nos lecteurs, nous signalerons, à ce propos, un fait incroyable, impossible, mais réel et certain.

M. Bord n'a jamais laissé sortir un seul instrument de ses magasins sans l'avoir soigneusement examiné lui-même et retouché.

Il est malade : rien ne peut le décider à se départir de sa surveillance.

Il se casse un bras : il ne suspend ni un jour ni une heure ce contrôle quotidien qui ne cessera qu'avec son existence.

Quelqu'un peut-être sera tenté d'accuser de superstition une activité pareille; ce ne sera pas nous, assurément, car nous sommes d'avis, avec M. Bord, que l'immense réputation de sa maison doit être conservée par les moyens mêmes qui la lui ont conquise.

Et maintenant, après avoir signalé, dès le début de cet article, la nature des rapports que M. Bord a établis avec ses ouvriers, nous sentons le besoin de donner la preuve de notre affirmation.

Dans l'usine, les ateliers de fabrication, la maison de vente de M. Bord, tous les ouvriers, tous les employés sont associés aux bénéfices, par un acte absolument spontané du chef de la maison, qui s'est fait ainsi, sans- doute, un personnel entièrement dévoué, mais qui avait visé un autre but.

Se souvenant qu'il avait, en son temps, travaillé de ses mains, qu'il avait, à un moment, envisagé, lui aussi, avec un effroi tout naturel ce sombre avenir de l'ouvrier vieilli, perclus, malade, hors d'état de gagner sa vie et celle deb siens, condamné à implorer pour lui et pour eux l'assistance publique, il a voulu donner au travailleur le moyen pratique de réaliser ce que tant d'autres lui conseillent d'une façon entièrement platonique et dérisoire :

L'épargne, qui est la seule sécurité de l'avenir quand il se trouve, par hasard, un homme comme M. Bord, assez généreux pour la rendre possible.

C'est en témoignage de reconnaissance pour ces procédés vraiment philanthropiques que les ouvriers de M. Bord lui ont tout récemment offert son buste, œuvre du sculpteur Mathurin Moreau, et c'est à cette occasion que M. Bord a offert à tous ses collaborateurs un banquet dont nous parlions ailleurs et qui a consacré, dans une communion touchante et fraternelle, les principes économiques et humanitaires sur lesquels M. Bord a établi les bases de sa grande fortune industrielle.

M. Bord vient d'envoyer à l'Exposition de Bordeaux trois remarquables types de sa fabrication, savoir : un petit piano palissandre à queue, à cordes croisées; un piano grand format demi-oblique, cadre en fer, cordes croisées, en noyer loupeux, et enfin un grand format demi-oblique en palissandre.

Après tant de récompenses déjà obtenues depuis près d'un demi-siècle, dans toutes les expositions, ce n'est pas une médaille de plus qui pourrait rien ajouter à l'éclat de la grande réputation de l'industriel et de l'homme de bien. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à nous joindre à tous les ouvriers de M. Bord, qui ont demandé pour lui, par acclamation, au banquet du 10 juin, la croix de la Légion d'honneur. - STEVENS." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 01/1881, p. 280 (Gallica) - et - Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 18/01/1882, p. 185 (Gallica)

1883

 M. A. BORD. FABRICANT DE PIANOS (fr)

"EST-IL bien nécessaire que nous nous excusions de publier une seconde fois dans nos colonnes le portrait de M. Bord ?

Cette exception à une règle que nous nous sommes faite et qui est presque absolue, s'est pourtant produite un très petit nombre de fois, et toujours les raisons que nous avons cru devoir en donner ont été parfaitement comprises et accueillies.

Aujourd'hui, la personnalité de M. Bord répond si bien a l'idéal de notre œuvre, elle recommande si chaudement la grande vertu sociale que nous préconisons : l'amour du travail, elle appuie si bien nos efforts de propagande de l'autorité si forte et si rare, hélas ! qui s'attache au succès, M. Bord, l'ancien apprenti sans ressource, l'ancien ouvrier besogneux, l'ancien fabricant sans capitaux, qui se montra hardi jusqu'à la témérité dans la création de sa maison, M. Bord devenu riche, puissant, honoré des plus hautes distinctions, portant sur sa poitrine la croix des braves, décernée à la plus noble, à la plus féconde de toutes les bravoures, celle du travailleur, M. Bord se souvient avec une si complète satisfaction des misères de ses débuts, il en parle avec une bonhomie si engageante, et s'en autorise si bien pour traiter en amis et en frères les travailleurs qui reçoivent ses ordres, qu'on ne saurait trop rappeler le souvenir d'un tel homme dans un journal qui met son principal zèle à trouver des exemples à l'appui de ses doctrines, el qui a si souvent la douleur de se heurter à la stérilité du travail, à la morgue des parvenus, et d'y trouver une sorte de démenti à ses plus chères opinions.

M. Bord n'est plus jeune, puisqu'il est né en 1814.

Cette date a besoin d'être rappelée à tous ceux qui le voient travailler avec une infatigable activité ; nous disons travailler de ses maius, se donnant le soin de visiter, de retoucher tous les instruments sans exception , qui sortent de ses ateliers (12 pianos par jour) ; cette date mérite d'être méditée par nombre de chefs de maisons arrivés, et qui se justifient par le chiffre de leur fortune et l'importance de leurs affaires d'abandonner à des subalternes la direction effective de leurs travaux auxquels il leur semble qu'il leur serait impossible de s'associer sans déroger.

Le travail est autrement noble aux yeux de M. Bord, et l'estime où il le tient est, après tout, un équitable sentiment de reconnaissance, puisque c est le travail seul qui l'a fait ce qu'il est.

Dès l'âge de treize ans, il travaillait gratis, en qualité d apprenti, étant l'aîné de sept enfants.

A quatorze ans, l'apprenti touchait un salaire régulier de 50 centimes par semaine, salaire qui n'était pas encore la rémunération de ses travaux, mais la récompense de son zèle à balayer l'atelier chaque dimanche au matin.

Mais l'ouvrier habile et intelligent ne tarda pas à se révéler, et lorsqu'il entra dans une grande maison en qualité d'égaliseur, il avait déjà construit tout seul diverses pièces intérieures et même quelques pianos droits complets du système Roller et Blanchet.

Nous espérons que quelqu'un de ces instruments, s'il en existe encore, sera recueilli par quelque amateur et placé dans la galerie que l'on créera un jour ou l'autre pour servir à l'histoire du piano.

Enfin, après une série de voyages dans lesquels il avait fait son éducation commerciale, M. Bord, riche de l'habileté acquise, des idées nouvelles qu'il avait amassées, des espérances qu'il fondait sur elles, riche surtout de son courage qui ne faiblissait devant aucun obstacle, forma, en 1843, cette incroyable entreprise à propos de laquelle nous avons eu ailleurs l'occasion d'exprimer notre étonnement : la fabrication des pianos (et qui pis est des pianos à queue), sans ouvriers, sans outillage mécanique, sans clientèle, sans capital, et l'on pourrait même ajouter sans atelier, puisque le premier atelier de M. Bord se réduisait aux dimensions exiguës d'une cuisine!

On devine ce qu'il fallait de temps et de patience à un homme seul, pour produire un instrument en état de disputer la faveur publique à ceux des plus grandes maisons, si l'on songe surtout que dans ces pianos, livrés aux marchands et immédiatement vendus à la clientèle, chaque détail était, selon la méthode constante de M. Bord, exécuté avec un soin méticuleux.

Il convient d'ajouter, pour expliquer le succès de M. Bord dans cette lutte inégale d'un seul homme contre des maisons anciennes, riches et renommées, que ses pianos ne se distinguaient pas seulement par leur solidité caractéristique, la beauté et l'ampleur de leurs sons, les soins donnés à tous les détails de leur exécution, mais que chaque exemplaire livré au public contenait quelque nouveauté utile: double échappement, barre harmonique pour les dessus, rassort à boudin commandant l'échappement et mille autres détails dont plusieurs, les deux derniers notamment, sont aujourd'hui adoptés par tous les fabricants français et étrangers, etc., etc.

Bientôt, le public voulut connaître le nom de cet industriel inépuisable dont les instruments anonymes commençaient à figurer un peu partout; le succès s'accentua, les commandes directes se produisirent et se multiplièrent, il fallut s'associer des ouvriers, déserter l'atelier-cuisine, construire l'usine de Saint-Ouen et les ateliers de la rue des Poissonniers, où s'évertue, sous l'œil du maître, au ronflement d'une puissante machine à vapeur et des machines-outils de toute espèce, une population de cinq cents ouvriers, véritables collaborateurs du chef de la maison et généreusement associés à ses bénéfices.

On nous annonce, en ce moment même, qu'une fête où la presse parisienne sera largement représentée, se prépare pour célébrer le triomphe de M. Bord à l'exposition d'Amsterdam et son admission dans les cadres de la Légion d'honneur; c'est pour nous une raison de plus de présenter de nouveau cet honorable industriel à nos lecteurs, et si la présente notice révèle en nous le désir de devancer nos confrères dans les appréciations élogieuses qui suivront inévitablement le banquet, on voudra reconnaître en même temps que l'empressement que nous mettons à être les premiers en cette occasion est entièrement justifié par les liens qu'établissent naturellement entre M. Bord et nous la nature de nos études et celle de ses travaux. Un dernier mot qui a bien son importance sur la valeur que l'me) doit accorder aux récompenses décernées dans les Expositions.

A l'Exposition coloniale d'Amsterdam, devant la première maison d exportation pour les pianos, devant un nom qui fait autorité sur le marché anglais et connu dans le monde entier le jury, composé en partie d'étrangers de la classe XXXIII (instruments de musique), sans concours comparatif, a cru pouvoir aller jusqu'à accorder une médaille d argent à la maison Bord ; c est tout simplement grotesque !

Pour protester, les présidents de jury de toutes les classes -réunies ont accordé la médaille d'or à M. Bord, et le gouvernement irançais vient de le nommer chevalier de la Légion d'honneur. A. CORROYER.

 MR. A. BORD - PIANOFORTE MAKER (eng)

"Is it necessary to make excuses for publishing a second time in our columns the portrait of Mr. Bord ? This exception to a rule we have formed and which is nearly absolute has yet occured a very few times, and the reasons we have given have always been perfectly understood and accepted. Today.

Mr. Bord's personality answers so well to the ideal ot our aim; it recommends so warmly the great social virtue we extol, the love of work ; it seconds our efforts of propagation with the authority so strong and so rare, alas, which is attached to success; Mr. Bord, the former apprentice, without resources, the former needy workman, the former factor without money, who showed himself bold to the verge of temerity in the creation of his firm, Mr. Bord, now rich, mighty, honoured with the highest distinctions, bearing on his breast the cross of the brave awarded to the noblest, the most fruitful bravery, that of the worker, Mr. Bord recollects with so full a satisfaction the difficulties that beset the beginning of his career, he refers to them with a frankness so engaging, he takes so kindly advantage of them when he treats like his frieuds and bretheren those who work under his orders, that such a man can never be too much remembered in a paper which seeks most of all instances able to corroborate its doctrines, and which has so often the misfortune to struggle against the sad barrenness of labour and the foolish pride of self-made men, finding therein a sort of contradiction to its dearest opinions.

Mr. Bord is no longer young, being born in 1814.

The above date must be recalled to the memory of those who see him working on with an indefatigable activity, working on with his own hands, taking pains to examine, to retouch every instrument, without exception turned out by his workshop; the above date deserves to be thought of by many heads of successful firms, who, taking advantage of the amount of their fortune and the importance of their business, leave to inferiors the real direction of their house, which they believe they could not conduct without derogating.

Work has a nobler meaning in Mr. Bord's eyes, and his respect for it is, after all but a just feeling of gratitude, for work alone has made him what he is.

At the age of thirteen years, although the eldest of seven children, lie was already working without pay, as apprentice.

When he was fourteen years old, the apprentice had a salary of 50 centimes per week, which was, not the remuneration of his work yet, but the reward of his sweeping the workshop every Sunday morning.

But the cleverness of the workman soon revealed itself, and by the time he entered a great house, he had already constructed by himself several interior pieces and even some straight pianos, complete, on the system Roller and Blanchet.

We cannot but trust that one other of those instruments, if they exist still will be found by some amateur and placed in the gallery which must be created one day and devoted to the history of the piano.

At last, after long travelling about and perfecting his commercial education, Mr. Bord, rich with his acquired skill, the novel ideas he had gathered, the hopes they raised in his mind, rich most of all with his courage which 110 obstacle could shake, formed in 1843 that extraordinary enterprise concerning which we have had elsewhere an opportunity for expressing our astonishment the turning out of pianos (and what is more, of long pianos) without workmen without any mechanical help, without customers, without money, and, one might even add, without workshop Mr. Bord's first workshop having only the strict dimensions indispensable to a kitchen !

It is easy to guess how much time arid patience were required by a man completely alone, in order to produce an instrument able to vie with those of the greatest firms for public favour, especially if on^ remembers that in all these pianos, delivered to dealers and immediately sold to customers, every detail, true to Mr. Bord's constant method, bore the mark of the most minute care.

We must add, in order to explain Mr. Bord's success in that uneven struggle of one man against old, wealthy and famous firms, that his pianos did not on'y boast a characteristic solidity, a full and beautiful sound, a wonderful care in the least detail, but that every one of them offered the public some useful novelty : double escapement, harmonical bar for the top, ingenious spring for the escapement, and a thousaud other inventions, of which several and especially the two last, are now adopted by every french and foreign factor, se., se.

The public was soon anxious to learn the name of the inexhaustible manufacturer whose instruments began to be seen every where; his success increased, direct orders came, and always more and more; workmen became necessary, the kitchenworkshop had to be deserted, and the great factory of Saint-Ouen and workshop of the rue des Poissonniers had to be constructed, whepe a population of five hundred workmen, true helps of I he head of the firm, and thauks to his generosity partners of his earnings, labour steadih- under the eye of their master, accompanied by the roar of a mighty steam-engine and all sorts of machines.

We hear at this very moment that a festival, where the Faris press will be largely represented, is about to take place in order to celebrate Mr. Bord's triumph at the Amsterdam Exhibition and his admission in the ranks of the Legion of Honour.

This gives us another reason for presenting the honourable manufacturer once more to our readers, and if the present notice, shows how eager we are to precede our felow-journalists in the laudatory appreciation which will not fail to follow the banquet, it cannot be denied at the same time that this eagerness to be the first in the present case is wholly justified by the bond formed between Mr. Bord and us through the identical nature of our aim and that of his work.

One word more, not devoid of importance, on the value of rewards afforded at Exhibitions. At the Amsterdam Colonial Exhibition before the first piano-exportation firm, before a name which is an athority in the English market and which is renowned in the whole world, the jury, partly composed of foreigners of the XXXIIIe class (musical instrument) without comparative concourse, has gone so for as to award a simple silver medal to the firm Bord.

This is simply ridiculous! Wishing tf) mark their disapproval, the presidents of the jury of every class have awarded the gold medal to Mr. Bord, and the French government has just named him a knight of the Legion of Honour. A. CORROVER." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 07/10/1883, p. 305-306 (Gallica) - et - et comme nécrologie de nouveau Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 11/03/1888, p. 49-50 (Gallica)

1888

NÉCROLOGIE

"Nous annonçons avec regret la mort de M. Jean-Antoine-Denis Bord, directeur de la fabrique de pianos bien connue. M. Bord était âgé de soixante-quinze ans." Le Ménestrel, 11/03/1888, p. 88 (Gallica)

LES OBSÈQUES DE M. BORD

"Mercredi, à trois heures, la petite commune de Créteil prenait part à une touchante cérémonie.

Les obsèques de M. Bord, le grand facteur de pianos, chevalier de la Légion d'honneur, décédé à l'âge de soixante-quinze ans, avaient attiré une foule sympathique d'amis dévoués, de fournisseurs, d'ouvriers, de tous ceux enfin qui ont coopéré à son œuvre qui peut servir d'exemple.

N'oublions pas les pauvres de Créteil qui touchaient 500 francs, en dehors de la commune qui reçoit un legs de 10,000 francs pour l'entretien du monument. Les trois exécuteurs testamentaires, qui sont en même temps les neveux de M. Bord, avaient organisé avec la plus grande pompe es funérailles de cet homme de bien, mort, pour ainsi dire, l'outil à la main, car ce fut un travailleur dans la plus haute acception du mot. Raoul Pugno, avec le concours de MM. Bernis-Nicosia, Giannini et Baretti, de la Société des concerts du Conservatoire, avait convié dans l'église de Créteil la maîtrise de l'église] Saint-Eugène de Paris.

— Bord, qui vivait toujours au milieu de ses ouvriers, les avait beaucoup étudiés en analysant leurs besoins quotidiens et en s'occupant de leur avenir avec une constante sollicitude. Il est le fondateur, comme Leclaire et comme Godin de Guise, d'un système de participation aux bénéfices qui appelle toute l'attention des philanthropes et des hommes de progrès.

— Tout parle en faveur de cette organisation spéciale qui a donné des résultats concluants. Le personnel et les ouvriers,de la maison Bord ont reçu, de 1866 à 1887, des dividendes qui s'élèvent à 1,500,000 francs, et Bord, pour couronner son œuvre, leur dit le suprême adieu en leur laissant 500,000 francs toujours répartis avec la même justice, proportionnellement et selon leur temps de service.

Tous les hommes de cœur, et ils étaient nombreux aux funérailles, regretteront cette haute personnalité qui, en dehors de toutes ses largesses, luttait victorieusement avec une invincible énergie contre la concurrence étrangère.

Citons, après nos propres impressions, les lignes suivantes que l'Evénement et le Temps du 9 mars ont consacrées à cette imposante cérémonie.

Extrait de l'Evénement du 9 mars 1888 :

OBSÈQUES DE M. BORD

Les obsèques de M. Bord, chevalier de la Légion d'honneur, l'un des principaux facteurs de pianos de Paris, ont été célébrées hier, à Créteil, au milieu d'une affluence considérable.

MR. BORD'S OBSEQUIES

Last Wednesday at 3 o'clock the inhabitants of Creteil were witnesses of a touching ceremony. The obsequies of Mr. Bord the great manufacturer of pianos chevalier de la Legion d'honneur deceased, aged 75, had attracted a great many sympathetic people, devoted friends, purveyors, workmen and those who had contributed to his immense work being an example for all.
Let us not forget the poor of Creteil, who had 500 fs., without the Commune, receiving 10,000 fs. for the keeping in repair of the monument.

The three executors of the will, becing the nephews of Mr. Bord, had organised with the greatest magnificency the funeral of this benefactor, died, we may say, the tools in hand, for he was in reality a worker in the word's highest acception.

Raoul Pugno, Barris-Nicosia, Giannini and Baretti had invited the choral Society of the church of St-Eugene of Paris.

Bord, who always lived with his workmen, had studied them thoroughly, analysed their daily needs, and was much engrossed with their future, always with the same sollicitude.

He is founder, the same as Leclaire, Godin de Guise, of a system of participation in the benefits, which attracts the attention of all philantropists, and men of progress.

All proves the perfection of this special organisation it has conducted to astonishing results. The persons employed in the office, the workmen of the establishment have received from 1886-1887 the dividends monuting to 1,500,000 fs. Bord completing his work, left to his fellow labourers, the first as well as the last 500,000 fs, distributed always with the same justice, according to their merits.

All honest men and they were numerous this day, shall regret this high personality, who, besides all his largess, struggled victoriously with an invicible energy, against the foreign concurence.

Let us cite, following our personel impressions, the lignes which the Evenement and the Temps of the 9 march have consacrated to the imposing ceremony.

We read in the a Evenement of the 9 marchs :

MR. BORD'S OBSEQUIES

The obsequies of Mr. Bord, chevalier de la Legion d'honneur, one of the greatest manufacturers of pianos at Paris, had been celebrated yesterday at Creteil in the presence of a great affluence of people.
" Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 11/03/1888, p. 49-50 (Gallica)

BORD
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Pour les références voyez la page
pianos français 1840 - 1849


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