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BACHMANN
à Tours


1853

ANGERS - "M. Bachmann, facteur de pianos, à Angers (Maine-et-Loire), et à Tours. M. Bachmann a exposé trois pianos à double table d'harmonie métallique, perfectionnement pour lequel il a pris un brevet d'invention.

Cette double table doit donner plus de solidité à l'instrument. Du reste, les sons des pianos de M. Bachmann sont beaux et puissants et les différents registres se relient parfaitement entre eux.

Ce qui a surtout frappé la commission, c'est le système nouveau employé par M. Bachmann dans sa pédale d'étouffoir.

On obtient ordinairement tessons étouffés dans les pianos, soit par le dérangement du marteau qui au lieu de frapper trois cordes n'en frappe plus que deux, soit par l'interposition d'un morceau de drap entre le marteau et la corde sonore.

Ces deux modes imparfaits, dont le premier surtout a le désavantage de contribuer à désaccorder les pianos, ont été heureusement remplacés par M. Bachmann. Le mécanisme de sa pédale d'étouffoir consiste uniquement dans le rapprochement du marteau des cordes.

Le bras de levier devenant moins long, le coup frappé est plus faible, et l'intensité du son diminue en proportion.

Ce système a de plus un avantage, c'est de permettre par le rapprochement ou l'éloignement du marteau de diminuer ou d'augmenter graduellement le son, et d'obtenir seulement à l'aide de la pédale, des effets de crescendo et de decrescendo. Les meubles des pianos de M. Bachmann sont riches et gracieux.

Ses pianos en bois de rose étaient grandement et justement admirés par toutes les belles visiteuses de l'Exposition." Expo Mayenne 1853 - Bulletin de la Société de l'industrie de la Mayenne ..., Volume 1, Société de l'industrie de la Mayenne, Laval, 1853, p. 381-382 (Gallica)

ANGERS - "M. Bachmann est le seul dont la fabrique ait produit un piano à queue. Celui qu'il a exposé sous le n° 650, format moyen, a été construit tout entier dans ses ateliers d'Angers.

Cet instrument mérite d'être remarqué a plusieurs égards. Sa puissance est grande et ses sons harmonieux; son prix fixé à 1,800 fr., semble aussi restreint que possible pour une telle importance; et l'on conçoit que nous insistions sur ce dernier point. Il comporte également divers changements introduits par son auteur, et dans lesquels on peut voir certains perfectionnements.

Ce piano est à double table métallique. et présente au sommier des chevilles, une barre en cuivre formant chevalet, pour remplacer ces petites pièces percées de trois trous par chacun desquels passe une des cordes dans le système admis jusqu'ici.

Cette barre placée au-dessus des cordes, pèse sur elles dans un sens opposé à l'action des marteaux qui, comme on sait, agissent de bas en haut. Cette disposition nous semble avoir d'incontestables avantages; toutefois, l'obliquité légère qu'elle présente en certaines parties n'a-t-elle point l'inconvénient de donner des longueurs différentes aux cordes qui doivent sonner la même note ?

Une légère modification suffirait à faire disparaître cette différence, si l'on pratiquait par exemple sous la barre elle même, des échancrures exactement perpendiculaires aux trois cordes du même son.

Une modification bien plus importante a été présentée par M. Bachmann, dans le piano demi-oblique qu'il a exposé sous le n° 580. Dans tous les systèmes admis jusqu'à ce jour, les cordes accrochées par l'une de leurs extrémités, sont à l'autre enroulées autour d'une cheville enfoncée avec plus ou moins de force dans un sommier en bois, parfois recouvert d'une doublure en fer ou en cuivre.

Ces chevilles ne doivent leur solidité qu'au degré même de leur enfoncement dans le trou préparé pour les recevoir.

Il en résulte une double donnée également désavantageuse : si la cheville est peu solide, l'accord est sujet à se déranger, une fois obtenu; si elle a au contraire, un degré plus grand de solidité, l'accord est plus difficile à obtenir, parce qu'il est nécessaire de produire un plus grand effort à l'aide de la clé pour faire tourner la cheville ainsi fixée.

Souvent même elle ne tourne que par saccades, de telle sorte que la tension produite dépasse le but cherché ; dès lors il faut détendre la corde trop montée, et l'on n'obtient le point convenable que par un tâtonnement pénible et des efforts multipliés. Cet inconvénient se produit parfois sur les chevilles du violon, lorsqu'elles sont mal disposées et qu'elles n'ont pas un mouvement doux et facile.

Il n'a pas lieu au contraire dans la contre-basse, où la corde est enroulée sur un pivot mobile, que fait tourner, par engrenage, la vis sans fin d'une cheville adaptée au pivot lui-même. Ce mécanisme avait été rendu indispensable par l'effort même qu'eussent demandé les énormes cordes de ce dernier instrument.

C'est un mécanisme absolument analogue que M. Bachmann a voulu adapter à chacune des cordes du piano. La difficulté était grande, il fallait en réduire l'emploi à l'espace le plus restreint possible. M. Bachmann a réussi de la manière la plus complète, et l'on peut considérer son travail comme un petit chef-d'œuvre d'ajustage.

Nous ne chercherons pas à le décrire ici ; nous ne voulons qu'en indiquer les résultats. Le premier avantage qu'il produit est de laisser le sommier presqu'intact ; dans les pianos ordinaires il est percé de 220 et quelques trous, pour placer autant de chevilles, et l'on conçoit que ce travail en altère la solidité.

Le nouveau mécanisme, au contraire, est fixé au sommier par des vis, dont le volume et la profondeur ne peuvent produire une aussi grande altération.

Dans ce système, en second lieu, la clé une fois posée sur la cheville carrée, il suffit de la plus légère pression du pouce et d'un seul doigt pour la faire mouvoir, tandis que dans le système ancien, toute la force de la main entière y suffisait parfois à peine.

La cheville ainsi mise en mouvement, le pivot où. la corde s'enroule tourne à son tour sans effort, sans saccade, d'un mouvement lent et progressif, qui conduit doucement la corde au degré de tension que l'oreille juge convenable.

L'accord aussi facilement obtenu demeure plus solide et plus inébranlable qu'aucun autre. Le tirage des cordes n'a point d'action sur cette sorte d'engrenage; et l'instrument, s'il est transporté, peut éprouver d'assez fortes secousses, sans que le pivot puisse céder, comme le font des chevilles que le frottement seul retient dans le trou du sommier.

Ainsi, facilité extrême dans la recherche de l'accord, et solidité presqu'inébranlable dans son maintien, tels nous paraissent être les résultats nécessaires de l'heureuse innovation introduite par M. Bachmann. 

La logique seule toutefois nous autorise à l'affirmer ; l'expérience n'a pas encore eu le temps de confirmer tous les avantages que nous avons énumérés, puisque nous raisonnons ici sur la première application du nouveau procédé.

Aux éloges qu'il nous semble mériter, nous croyons devoir joindre l'expression d'un regret : c'est que l'importance de ce mécanisme semble devoir ajouter au prix de chaque instrument, environ 200 fr. ; ce qui, pour les pianos droits ou obliques, forme souvent le quart du prix total. Cette condition pourrait obliger à n'adapter le système qu'à des instruments d'une valeur élevée.

Espérons que M. Bachmann saura sous ce rapport obtenir une réduction de frais, qui permette l'application plus générale de son invention. Ajoutons encore que les pianos de la même fabrique reproduisent l'emploi d'une pédale douce graduée, qui a des avantages réels, et que Pape adaptait il y a une quinzaine d'années à ses pianos carrés.

M. Bachmann parait en avoir fait aux pianos droits une application nouvelle. Par tous ces motifs, Messieurs, en raison aussi de l'importance des ateliers que dirige à Angers et en même temps à Tours, l'honorable industriel qui nous occupe, nous avons cru devoir décerner à M. Bachmann une médaille de vermeil." Bulletin, Volumes 24-25, Société industrielle et agricole d'Angers et du département de Maine-et-Loire, 1853, p. 285-288 

1855

PARIS - "Bachmann (G.), à Tours (Indre-et-Loire). - Piano avec système d'accord par des chevilles modératrices." Quinze visites musicales à l'Exposition universelle de 1855, Adrien de La Fage, 1856, p. 210

PARIS - "BACHMANN, fabricant de pianos, à Tours et à Angers. Expose un piano d'un mécanisme ingénieux, nouvel accordage au moyen de chevilles modératrices, c'est tout simplement le procédé du chevillage des guitares, et plus heureusement appliqué à la contra-basse, dont les cordes plus solides, garantissent mieux l'accord seulement, l'application de ce procédé, adapté au piano, demandait une subtilité d'exécution, dont il faut rendre à M. Bachmann la justice d'avoir résolu le problème, en ayant victorieusement triomphé des obstacles.

Par ce procédé, la corde n'a plus à craindre que la mutation de sa-propre nature, ce qui est peu à redouter avec les bonnes qualités en usage aujourd'hui et la cheville, déjà à l'abri des variations et du jeu du bois; c'est aussi bien de l'usure qui ne saurait dégager l'engrenage auquel elle est continuellement accolée par le tirage constant de la corde.

M. Bachmann a été honoré d'une médaille d'honneur de première classe (or), décernée par l'Académie nationale, agricole, manufacturière et commerciale de Paris, pour son système de chevilles modératrices et sa pédale d'amortissement ainsi que pour les nombreux perfectionnements qu'il a apportés dans la fabrication des pianos.

Des lettres autographes de MM. Thalberg, Lacombe, Vialton, etc., constatent d'une manière efficace la supériorité du mérite des instruments exposés par M. Bachmann." Le palais de l'industrie universelle : ouvrage descriptif ou analytique des produits les plus remarquables de l'exposition de 1855..., Henri Boudin (Gallica)

1858

ANGERS - "Je dirai donc seulement que, soutenant sa réputation, la maison Bachmann, d'Angers, a fait preuve, dans la confection de ses pianos, de nouveaux progrès, constatés par une médaille d'or, votée à l'unanimité par la commission, et que plusieurs autres maisons ont été honorablement remarquées aussi dans la même section." Bulletin de la Société industrielle d'Angers et du département de Maine-et-Loire, 1858, p. 142 (Gallica)

ANGERS - "A la tète des industriels dont les produits figurent dans notre section, nous devons placer M. Bachmann (d'Angers), auquel il y a cinq ans, le jury a déjà décerné une médaille de vermeil pour un système de chevilles modératrices.

D'abord élève d'un habile facteur de Suisse, et bientôt après de Hertz et de Pape, M. Bachmann puisa dans les ateliers de ces maîtres, la connaissance approfondie des qualités et aussi des défauts qu'offrent les différents modes de construction.

C'est après s'être perfectionné à cette école, qu'il est venu s'établir dans noire pays, et qu'il a fondé, à Tours et à Angers, les deux importantes maisons que vous connaissez. Mais les travaux auxquels il s'était adonné depuis son enfance, et l'élude intelligente de la mécanique lui rendaient insuffisants les sentiers battus de la routine.

Il cherchait une voie nouvelle, rêvait d'utiles inventions ; et malgré les difficultés du chemin où il se lançait, il triompha des obstacles qui avaient résisté à tant d'autres.

La partie du piano qui laissait le plus à désirer était le mécanisme qui opère la tension des cordes. Pour remplacer le système défectueux des chevilles ordinaires, dont le moindre inconvénient est d'affaiblir le sommier par les nombreux trous qu'il nécessite, beaucoup de tentatives avaient été faites, mais toutes étaient restées sans résultat.

Plus heureux que ses devanciers, M. Bachmann a su obtenir à la fois un mouvement doux et facile de la cheville, avec une extrême solidité dans la tenue de l'accordage est par l'ingénieuse application du procédé employé depuis longtemps pour la contre-basse qu'il a résolu ce difficile problème..

Il est parvenu à réduire lé volume trop grand de l'appareil primitif, et sans rien lui enlever de sa force; il l'a modifié de telle sorte que la petite caisse en cuivre qui renferme, pour toutes les notes donnant l'unisson, la vis sans fin à laquelle s'applique la clef, la roue dentée qui forme engrenage et le prolongement de son axe sur lequel s'enroule la corde n'exige pas plus d'espace que les chevilles ordinaires.

Du reste, Messieurs, cette innovation vous a été trop habilement décrite il y cinq ans, pour qu'il soit besoin de m'étendre de nouveau sur l'appréciation qui en a été faite par votre rapporteur d'alors ; j'ajouterai seulement que depuis cette époque elle a valu à son auteur le titre honorable et flatteur de fournisseur de S. M. l'Impératrice.

Les nombreuses distinctions qu'obtient M. Bachmann à toutes les expositions où il porte ses travaux, n'ont pas ralenti ses recherches.

Il avait fait un pas de géant, mais il ne s'aveuglait pas sur ce qui restait encore à faire et celle fois, comme la précédente, il nous a soumis de nouveaux perfectionnements.

Le premier est une combinaison qui lui permet d'établir son mode de chevilles modératrices, avec une réduction d'un quart dans le prix. Ce qu'il ne pouvait fournir autrefois à moins de 200 fr., il le donne aujourd'hui pour 150.

Or, comme le seul reproche qu'on pût faire à ce système était d'élever le prix de l'instrument auquel on l'appliquait, il y a une sérieuse amélioration, un progrès incontestable.

La seconde innovation a pour but de fixer invariablement le mécanisme qui sert à tendre les cordes, et d'augmenter ainsi la solidité de l'accord.

Le procédé de M. Bachmann est simple, comme le sont toujours les meilleurs moyens : l'enveloppe eu cuivre qui recouvre le sommier est munie, dans toute sa longueur, d'une saillie sur laquelle vient reposer la partie inférieure des appareils de tension; et dès-lors ceux-ci, au lieu d'avoir à supporter comme précédemment l'énorme tirage des cordes, en sont complètement déchargés.

L'effort se fait tout entier sur l'inflexible plaque de métal qui double le sommier; et il faut reconnaître que ce perfectionnement, bien simple à apprécier, est une puissante garantie de l'accord.

Le facteur, dont nous examinons les produits, a exposé trois pianos demi-obliques. Deux sont en palissandre, d'une grande simplicité et du prix de 800 fr.

Ils réunissent la puissance à l'égalité des sons; leur clavier est facile à jouer et la répétition des notes est vive; mais construits tous les deux d'après la méthode ordinaire, ils sont remarquables surtout par la modicité relative de leur prix. Le troisième, en bois de rose avec. de riches ; ornements en bronze doré, est la pièce capitale de cet exposant.

Si l'extérieur, d'un luxe du meilleur goût, en fait un meuble magnifique, l'intérieur n'est ni moins soigné, ni moins parfait.

C'est sur ce bel instrument, que nous avons apprécié les perfectionnements dont je vous ai déjà entretenus : le système des chevilles modératrices et leur nouveau mode de fixation.

La pédale douce de ces pianos rapproche les marteaux des cordes. Restreignant ainsi leur course, elle en .amoindrit le choc, et diminue l'intensité du son sans rien lui faire perdre de sa pondeur.

Toutes les cordes qui sonnent la même note sont frappées comme dans l'état normal; mais dans ce cas, elles le sont avec bien plus de douceur. Les qualités, que je signalais: à l'instant dans les deux premiers pianos, se retrouvent dans celui-ci, portées à un bien plus haut degré de perfection.

L'oreille est aussi satisfaite que l'œil, et nous ne pouvons que féliciter cet habile facteur, des heureuses innovations qui font de ce dernier instrument le meilleur de tous ceux qui nous ont été soumis.

En conséquence, Messieurs, nous accordons la médaille d'or à M. Bachmann, d'Angers." Bulletin de la Société industrielle d'Angers et du département de Maine-et-Loire, 1858, p. 332-334 (Gallica)

1872

"Il en sera de même du petit harmonica à notes de verre et à clavier du sieur Bachmann, bien inférieur au précédent, malgré les noms de Rossini, de Listz, etc., qui le patronnent à tort et à travers comme des gens satisfaits de ce qu'on soumet quelque chose à leur haute approbation." Nouvelle technologie des arts et métiers des manufactures, des mines, de l'agriculture etc. : annales et archives de l'industrie au XIXe siècle description générale, encyclopédique, méthodique et raisonnée de l'état actuel des arts, des sciences, de l'industrie et de l'agriculture chez toutes les Nations, 1872, p. 228 (Gallica)

Pour les références voyez la page
 
Pianos français B


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